DES DISPOSITIONS A LA CONFIRMATION. — DES CÉRÉMONIES
Est-il nécessaire d'être en état de grâce pour recevoir la Confirmation f — Oui, ce serait un sacrilège de recevoir la Confirmation en état de péché mortel.
Pourquoi faut-il être en état de grâce pour recevoir ce sacrement ? — Par la raison qu'il faut qu'une plante existe pour qu'elle croisse, qu'un enfant soit vivant pour qu'il grandisse, que le soleil soit sur l'horizon pour arriver à son midi. Or, le sacrement de Confirmation ne donne pas la vie, mais il l'augmente; il faut donc qu'elle existe. — Celui qui la recevrait en état de péché mortel, recevrait-il le caractère du sacrement ? — Oui, mais il serait privé de la grâce.
Quel caractère imprime la Confirmation ? — Celui de soldat, qui distingue ceux qui sont confirmés de ceux qui ne le sont pas, à peu près comme l'habit qu'on donne aux soldats les distingue des simples citoyens.
— Celui qui a reçu la Confirmation en état de péché, est-il privé pour toujours de la grâce du sacrement ? — Il est probable que quand il se reconciliera avec Dieu, il recevra cette grâce. ~ Expliquez comment on peut concevoir cette merveille de la bonté divine ? — Les sacrements sont des canaux par où les grâces coulent ducœurde Jésus dans les âmes ; or, de même qu'une digue arrête l'eau dans un canal, et que dès qu'elle est enlevée, l'eau se répand pour arroser la prairie ; ainsi le péché arrête la grâce de la Confirmation; mais aussitôt qu'il est effacé, la grâce coule dans l'âme pour la rafraîchir et la fertiliser. — En est-il ainsi du Baptême ?
— On regarde comme certain qu'un adulte ayant été baptisé sans repentir de ses fautes , ne reçoit la grâce du Baptême qu'au moment où il reçoit le pardon de ses péchés dans le sacrement de Pénitence.
Lorsqu'on est en état de péché mortel, que doit-on faire avant de recevoir la Confirmation? — On doit s'exciter de tout son cœur à une grande douleur des péchés dont on est coupable, s'en confesser et en recevoir l'absolution.
Est-ce assez d"êlre en état de grâce pour recevoir la Confirmation ? — Il faut encore s'y disposer par de ferventes prières, par une foi vive, par un désir ardent de recevoir la grâce de ce sacrement, et par une ferme résolution de se donner à Dieu.
Comment peut-on obtenir ces sentiments ? — En les demandant à Dieu et enjoignant le jeûne à la prière, comme firent les apôtres avant de recevoir le Saint- Esprit; ils passèrent dix jours dans la retraite, le jeûne et la prière.
Que doit-on savoir pour être admis à la Confirmation? — On doit savoir au moins les principaux mystères de la religion et ce qui regarde le sacrement de Confirmation.
A quel âge peut-on être confirmé ? — L'usage actuel de l'Église est que pour être confirmé on ait l'âge de raison. — Pourquoi exige-t-on qu'on ait cet âge ? — Pour trois principaux motifs: 1« afin qu'on ait plus de lumière pour connaître toute l'excellence de ce sacrement ; 2" afin qu'on le reçoive avec des dispositions plus parfaites, et avec plus de fruit; 3» parce que ce n'est qu'à l'âge de raison que les tentations pour le mal se font sentir et qu'on a besoin de ce sacrement.
Est-on obligé de communier, si on le peut, le jour ou Ion reçoit la Confirmation ? ^ Ce n'est pas une obligation, mais une excellente pratique de communier, si on le peut, le jour que l'on reçoit la Confirmation. Dans les premiers siècles de l'Église, on recevait assez ordinairement trois sacrements le même jour, le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie.
Est-il nécessaire d"être à jeun pour recevoir le sacrement de Confirmation ? — Cela n'est pas nécessaire, mais il est très à propos, quand on peut le faire sans s'incommoder.
Que doit-on faire au moment de la Confirmation? — On doit prier avec ardeur le Saint-Esprit de venir en nous et d'y demeurer toujours.
Que faut-il faire après avoir été confirmé ?— Il faut remercier Dieu des grâces qu'on vient de recevoir et renouveler les vœux du Baptême avec une ferme résolution d'y être fidèle le reste de sa vie. On a reçu le don de Dieu par excellence, le Saint-Esprit qui est comme le cœur de la sainte Trinité.
Pourquoi faut-il alors renouveler les promesses du Baptême ? — Parce que si le Baptême nous a fais cliré-
tiens, la Confirmation nous rend parfaits chrétiens; ainsi le sacrement de Confirmation est comme la perfection du sacrement de Baptême.
A quoi est obligé celui qui a reçu la Confirmation ?— Il est plus étroitement obligé qu'auparavant à vivre en parfait cîirétien. — Qu'est-ce que vivre en parfait chrétien ?— C'est n'attacher son cœur ni aux plaisirs ni aux honneurs, ni aux biens de la terre, mais chercher en toutes choses à se conformer à la volonté de Dieu.
Que devient le chrétien par le sacrement de Confirmation ? — Il devient soldat de Jésus-Christ. — Tout chrétien est-il obligé d'être soldat de Jésus-Christ ? — Oui ; il n'y a que deux camps dans le monde, celui de Jésus-Christ et celui de Satan. — Qui vous l'apprend ?
— Jésus-Christ lui-même, quand il nous dit : « Celui qui n'est pas pour moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi, dissipe. »
Quelles sont les qualités d'un bon soldai ? — Un bon soldat est: 1° désintéressé ; 2° exact à observer la consigne, le code et les règlements militaires ; 3" courageux et dévoué.
A-t-on souvent rencontré des soldats intéressés qui prêtent de l'argent à gros intérêts, qui achètent des champs, des prés, des vignes, des maisons ou des châteaux?—Ils n'y songent même pas. ~ Pourquoi? — Parce que, aujourd'hui en garnison dans une ville, demain il faudra partir pour une autre destination. Le soldat ne considère la vie militaire que comme un voyage, et il comprend que tant qu'il est soldat, il ne doit se fixer nulle part. — A quoi donc songe-t-il ? — A se bien battre, à monter en grade, à mériter la croix d'honneur et à obtenir une retraite honorable.
Est-ce ainsi que vivent les soldats de Jésus-Christ ?
— Il s'en faut bien ; ils ne songent qu'à s'enrichir, ils s'occupent d'opérations lucratives, ils achètent des
champs, des près, des vignes, des maisons, des palais, comme s'ils ne devaient jamais mourir; ils oublient qu'ils sont en garnison ici-bas, et que demain ou aprèsdemain le Dieu des armées leur donnera un ordre de départ pour l'autre monde ; et ils auront pour palais un tombeau, pour vêtement un suaire, et six pieds de terre pour toute propriété ; et encore n'en jouiront-ils qu'à titre de locataires.
Quel devrait être le premier soin des soldais de Jésus-Christ ? — De se bien battre, de monter ,en grade, de mériter des croix d'honneur et d'obtenir une retraite dans le ciel. — Qu'entendez-vous par là ? — J'entends qu'ils doivent s'occuper avant tout de combattre leurs passions : l'orgueil, l'ambition, la cupidité, l'égoïsme, la sensualité ; de faire chaque jour de nouveaux progrès dans la vertu, et de mériter ainsi une place plus élevée dans le ciel.
Quelle est la seconde qualité d'un bon soldat? — L'exactitude à observer sa consigne et son règlement : son capitaine lui dit : Va, et il va ; viens, et il vient ; fais cela, et il lefait. — Demande-t-il pourquoi on lui donne tel ordre ? — Jamais ; il ne sait qu'une chose, obéir.
— En quoi obéit-il ? — En tout ce qui lui est commandé.
A quoi l'occupe-t-on d'abord ? — A des exercices et à des manœuvres militaires. — N'y a-t-il pas quelque chose de ridicule dans ces exercices : par exemple, marcher au pas, charger son fusil en douze temps, simuler des combats ou des sièges ? — Cela paraît ainsi aux yeux d'un philosophe qui n'approfondit rien.
— Ne suffit-il pas, sur le champ de bataille, d'avoir le bras robuste, de manier vigoureusement le sabre, enfin de tuer l'ennemi, peu importe de quelle manière?
— On le croirait d'abord, mais les vieux capitaines qui ont blanchi sous les armes déclarent qu'on ne peut
être vaillant guerrier, si l'on n'est brisé dans ces exercices et ces évolutions militaires.
Quels senties exercices des soldats de Jésus-Christ ?
— Ce sont la méditation, l'examen de conscience, les pieuses lectures, l'oraison, Tassistance aux offices, la récitation du chapelet, la fréquentation des sacrements, etc. —N'y a-t-il pas là quelque chose de puéril ? — Des philosophes sans réflexion l'ont prétendu.
— Ne suffit-il pas d'être vertueux et honnête homme P — Les vieux capitaines, tels que saint Basile, saint Augustin, saint Dominique, saint François d'Assise, et tous les autres prétendent qu'on ne sera jamais bon soldat de Jésus-Christ si l'on n'est brisé dans les exercices de la vie spirituelle.
Quel est le code des soldats de Jésus-Christ ? — Le décalogue. — Que fait-on d'un soldat qui enfreint un seul article du code militaire ? — On le punit selon la gravité de l'infraction, quelquefois on le dégrade et on le fusille. — Que fera le Dieu des armées de ses soldats qui n'observent qu'un seul article du décalogue, le septième ?— Il les condamnera aux galères perpétuelles.
Quelle est la consigne des soldats de Jésus-Christ ?— C'est d'assister à la messe et aux offices de la paroisse, de s'abstenir d'œuvres servîtes les jours de dimanches et de fêtes, d'observer la loi de l'abstinence, de faire la prière chaque jour, etc. —N'y en a-t-il pas beaucoup qui enfreignent la coasigne ? — Un trop grand nombre.
— Pourquoi ne les punit-on pas? — Le temps des punitions n'est pas venu ; mais chaque jour un rapport sur la conduite de ces soldats est mis sous les yeux du général en chef, qui se contente de mettre aux arrêts ou à la salle de police quelques-uns des délinquants, en attendant le grand jour oi^i il distribuera les châtiments et les récompenses.
Aux jours de revue, que doit faire le soldat ? — Il
doit se présenter devant ses chefs, qui l'examinent des pieds à la tête pour constater que ses habits et ses armes sont dans une grande propreté. — Y a-t-il aussi des jours de revue pour le soldat de Jésus-Christ ? — Oui, chaque année, au temps pascal, il doit se présenter devant son capitaine qui examine aussi si ses armes et ses vêtements sont brillants de propreté. — Quels sont ces vêtements et ces armes ? — Les vêtements sont la conscience, et les armes les vertus chrétiennes. — Que fait-on du soldat qui est en défaut quand on le passe en revue ? — On l'oblige d'approprier ses vêtements et ses armes, et on lui inflige une punition pour ne pas les avoir tenus propres. — A quoi s'exposent les soldats de Jésus-Christ qui ne se présentent pas à la revue lorsqu'ils en reçoivent l'ordre, ou qui ne tiennent pas leurs vêtements et leurs armes dans la plus grande propreté ?— A recevoir, sans s'y attendre, Tordre du Dieu des armées de paraître en sa présence pour entendre de sa bouche leur éternelle condamnation.
Quelle troisième qualité avez-vous donnée au soldat ? Le courage et le dévouement. — Quelle est la devise du bon soldat ? — C'est d'être toujours sans peur et sans reproche. — Aime-t-il beaucoup le temps de la paix ? — Loin de là, il ne respire que les combats ; la plus belle harmonie pour ses oreilles est le bruit du tambour ouïe son de la trompette qui sonne la charge. Son cœur bondit de joie, quand il entend gronder le canon. Lorsqu'il est en repos, il lit ou plutôt il dévore les livres où sont racontés les exploits des grands guerriers, et où il n'est question que de guerres et de batailles.— D'où lui vient cette passion pour les combats ? — De son ardent désir de servir son pays et de se couvrir de gloire.
Rencontre-t-on des soldats de Jésus-Christ aussi pas-
siormés pour les combats du Seigneur ? — L'histoire les compte par millions : ainsi les apôtres et les martyrs, les Antoine, les Ghrysostome, les Athanase, les Jérôme, les Cyprien, les Bernard, etc., et tous ceux que ces grands capitaines ont formés à leur école. — Quels sont leurs beaux faits d 'armes ?— C'est d'avoir enduré avec courage et même avec joie la pauvreté, le mépris, l'ignominie, les persécutions et quelquefois la mort pour Jésus-Christ. — D'où leur venaient cet amour de la mortification et de la pénitence, cette soif des humiliations et cette patience héroïque au milieu des peines ou des tourments les plus cruels ? — Ils se considéraient comme de vrais soldats et comprenaient qu'ils n'arriveraient à la gloire qu'en marchant sur les traces de Jésus-Christ, leur général en chef. Alors ils se dépouillaient de tout et évitaient avec soin tout ce qui aurait pu affaiblir la vigueur de leur âme, et ils brûlaient d'en venir aux mains avec le monde, le démon et la nature corrompue de l'homme.
N'est-ce pas un beau spectacle que celui d'une armée nombreuse au jour d'une grande revue ? — Il est ravissant ; et quand la revue a lieu sur une place publique, au milieu d'une ville, la foule se presse de toutes parts et jusqu'aux fenêtres des édifices pour le contempler. — Est-il aussi beau quand, revenant du champ de bataille, l'armée rentre dans la capitale avec des vêtements en lambeaux, des armes brisées et des drapeaux déchirés ou percés par les balles ? — Il s'en ^aut bien ; cependant, si elle a remporté la victoire, elle est plus fière et plus glorieuse qu'au jour de la revue. La joie peinte sur le front, les soldats ont entonné le chant du triomphe, et leurs concitoyens font retentir leurs applaudissements ; ce n'est plus de l'admiration qu'ils excitent, c'est de l'enthousiasme. — Est-il étonnant que les apôtres et tous les Saints se soient réjouis,
et qu'ils aient remercié Dieu de ce qu'il les avait trouvés dignes de souffrir les mépris et les fouets pour son amour ? — Pas plus que de voir des soldats heureux de la victoire qu'ils ont remportée. — Qui applau- 'liî à leur triomphe ? — Le ciel tout entier : Dieu, les Anges et les Saints.
Comment les princes récompensent-ils le soldat courageux ?— En le décorant de la croix a'honneur. — Quel avantage procure au soldat cette croix d'honneur?
— Elle le rend plus honorable aux yeux de ses compagnons d'armes et lui donne droit à une augmentation de traitement. — Quel effet produit-elle sur les autres soldats ? — La plus noble et la plus ardente émulation, tous brûlent de se signaler, afin de mériter une semblable distinction. — Quel soldat regarde-t-on comme le plus heureux? — Celui qui a obtenu le plus grand nombre de décorations.
Comment Jésus-Christ récompense-t-il ses soldats ?
— Il leur distribue des croix d'honneur. — Quelles sont ces croix d'honneur ? — Les mépris, les injures, les maladies, les peines, les souffrances de tous genres.
— Quel avantage procurent ces croix ? — Elles rendent ceux qui en sont décorés plus honorables aux yeux de Dieu et des hommes, et donnent droit à une augmentation de grâce sur la terre et de gloire dans le ciel.
— Quel effet devraient produire ces croix sur tous les chrétiens ? — L'envie de les partager. — Quel est le chrétien le plus heureux ? — Celui à qui Dieu accorde le plus de croix et de souffrances.
Un bon soldat rougit-il des exercices et de l'habit militaires, de son drapeau ou de ses armes ? — Jamais, celui qui en rougirait, mériterait d'être chassé honteusement. — Un soldat de Jésus-Christ peut-il rougir de ses exercices et de son drapeau ? •- S'il se rendait coupable de cette lâcheté, il mériterait d'être marqué
du sceau de la honte et derinfamie. — Le bon soldat se plaint-il de ne plus mener une vie aussi commode que dans sa famille, de marcher à grandes journées^ de coucher sur la terre, de souffrir la faim et la soif? — Il s'en garde bien, peu lui importe la peine, pourvu qu'il arrive à son but. Ainsi doit se conduire tout soldat de Jésus-Christ, — Qu'est-ce que la gloire militaire ? — C'est rétoile qui brille au tirmament. — Qu'est-ce que la gloire du chrétien ? — C'est le soleil qui fait pâlir toutes les étoiles.
Pourquoi trouvons-nous aujourd'hui si peu de parfaits chrétiens ? — C'est parce qu'on ne reçoit pas le sacrement de Confirmation, ou qu'on le reçoit sans préparation et sans dévotion, ou qu'on ne s'applique pas à en conserver les grâces.
Vivre en parfait chrétien, c'est se montrer soldat courageux de Jésus-Christ et pratiquer les vertus qu'impose ce noble titre : le désintéressement, la fidélité à remplir tous ses devoirs ou le dévouement. Soyez donc de braves guerriers, aimez les exercices religieux, aimez à lire la vie des Saints, de ces héros de Jésus-Christ ; soyez exacts à observer la consigne, le code et les règlements militaires ; montrez-vous courageux dans le combat, ambitionnez la croix, et vous serez assurés du triomphe, de la gloire et d'une pension de retraite.
Suétone rapporte que César-Auguste traversant un jour la ville de Rome, un vieux soldat qui avait longtemps porté les armes pour son service, l'arrêta et lui dit : « Sachez, César, que je ne suis qu'un pauvre soldat; j'ai blanchi à l'ombre de vos lauriers. Le destin jaloux de ma fortune, m'a suscité un procès, et il y va de tous mes biens et de mon honneur. Je suis donc contraint de recourir à votre bonté, je vous supplie très humblement de commander au Sénat de prendre la défense de ma cause. — Qui est votre rapporteur,
Si SEPTIÈME SOIRÉE.
dit César ? — C'est un tel, répond le soldat. — Officier, reprend César, allez dire de ma part à un tel sénateur que je lui recommande le procès de ce brave homme.» Le soldat indigné déchire ses vêtements, ouvre son sein et le montrant tout couvert de cicatrices : « Je ne vous ai pas défendu par procureur. César, à la bataille d'Actium, mais en personne ; voyez-en les preuves. » Confus de cette répartie, César alla sur-le-champ trouver lui-même le juge et fit rendre justice à ce vieux guerrier.
Ce soldat, mes amis, c'est Jésus-Christ; sa fortune, c'est votre âme et l'âme de vos frères, fortune que le diable veut lui ravir. Il vous supplie, vous qu'il a fails empereurs et rois, de défendre sa cause et sa gloire. Vous contenterez-vous de prier un autre de rendre justice à Jésus-Christ ? Regardez-le donc, ce Jésus, et voyez ce qu'il a souffert en combattant pour vous ; voyez ses plaies et ses blessures. Il n'a épargné ni ses biens, ni sa peine, ni son honneur, ni son corps, ni sa vie, et vous ne feriez pas pour lui ce qu'il a fait pour vous ? Votre àme est son bien, sauvez-la, votre intérêt y est encore plus engagé que le sien.
Comment administre-t-on le sacrement de Confirmation ? — L'évêque étend d'abord ses mains sur ceux qu'il doit confirmer, et il invoque le Saint-Esprit, le priant de descendre sur eux et de les remplir de ses dons..— Que doivent faire les enfants pendant l'imposition des mains?— Ils doivent s'incliner profondément, s'humilier devant Dieu et invoquer le Saint-Esprit, en disant : Mon Dieu, donnez-moi votre Esprit, je vous en conjure par Xotre-Seigneur Jésus-Christ.
Que signifie Timposition des mains que fait l'évêque sur ceux qu'il doit confirmer ? — Elle signifie que le Saint-Esprit va descendre dans l'âme des confirmés, et qu'il sera leur protecteur. L'imposition des mains a lieu
dans les sacrements de Baptême, de Confirmation et d'Ordre ; elle a lieu également dans le sacrifice, sur la victime de l'immolation, pour faire entendre que Dieu prend possession de sa créature et la tient comme dans sa main, qu'elle doit se regarder comme une victime et aussi comme prêtre et pontife , comme le représentant du Très-Haut, revêtu d'un pouvoir divin, et sur lequel Dieu étend sa protection toute particulière.
Pourrait-on se présenter à la Confirmation si Timposition des mains était commencée ? — Non ; il ne faudrait pas se présenter à la Confirmation, si Ton arrivait après l'imposition des mains. — Que faudrait-il faire ? — Il faudrait prier l'évêque de la recommencer pour ceux qui seraient arrivés trop tard.
Comment doit-on se présenter à la Confirmation ? — On doit s'y présenter avec une grande modestie, les yeux baissés, les mains jointes, le front lavé et découvert.
Que fait l'évêque après avoir étendu les mains et prié pour ceux qu'il confirme ? — L'évêque trempe son pouce dans le saint chrême et fait une onction en forme de croix sur le front de chacun de ceux qu'il confirme, en disant: Je te marque du signe de La croix, et je te confirme avec le chrême du salut, au nom. du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. — Que doit faire l'enfant pendant qu'il reçoit l'onction? — Il doit prier le Saint-Esprit de descendre en lui, de le fortifier et de le remplir de ses dons.
Pourquoi la Confirmation se donne-t-elle avec du saint chrême ? — Pour signifier l'effet produit par ce sacrement.— Cette onction est-elle nécessaire?— Oui; elle a été toujours pratiquée dans l'Église comme étant une partie essentielle de la Confirmation. Saint Paul fait entendre que les apôtres conféraient ainsi le sacrement de Confirmation.
Qu'est-ce que le saint chrême ? — C'est un mélange d'huile d'olive et de baume que l'évêque consacre le jour du Jeudi-Saint. — Pourquoi la bénédiction du saint chrême se fait-elle avec tant de solennité ? — Pour faire entendre quil faut avoir un grand respect pour le sacrement de Confirmation et de saintes dispositions pour le recevoir. — Pourquoi se sert -on du saint chrême plutôt que de toute autre matière ? — Parce qu'il signitie onction et qu'il marque l'onction spirituelle du Saint-Esprit qui, par la Confirmation, consacre les chrétiens rois, prêtres et prophètes avec Jésus-Christ, d'une manière bien plus parfaite que par le Baptême. — Est-il absolument nécessaire que le saint chrême soit consacré par l'évêque ?
— Oui ; autrement le sacrement serait nul.
Que signitie l'huile dont est composé le saint chrême?
— L'huile, dont l'effet ordinaire est d'adoucir et de fortifier, signifie que la grûce du Saint-Esprit adoucit ce que la loi de Dieu peut avoir de pénible et nous fortifie pour l'observer avec courage. — Pourquoi se sert-on d'huile d'olive ? — Pour trois raisons : 1° parce qu'elle est la meilleure et la plus commune ; 2° parce que l'olivier qui est toujours vert, exprime mieux la vigueur toujours nouvelle du chrétien et la miséricorde du Saint-Esprit ; Z" parce que l'olivier est le symbole de la paix et qu'il fait comprendre que le confirmé est destiné à combattre les ennemis du salut pour avoir la paix avec Dieu, avec le prochain et avec lui-même.
Pourquoi l'évêque fait-il l'onction du saint chrême sur le front et en forme de croix ? — C'est pour nous apprendre que nous devons nous glorifier dans la croix de Jésus-Christ., la porter avec joie à. la suite de ce divin Maître, professer ouvertement notre foi et ne pas rougir de vivre en chrétiens.
Pourquoi cette onction se fait-elle avec le pouce
seul ?— Elle se fait avec le pouce seul qui est le doigt le plus fort et le plus agissant, parce que le Saint- Esprit qui est appelé le doigt de Dieu, est conféré par la Confirmation.
Que signifient les paroles que prononce l'évêque en faisant l'onction du saint chrême ? — Ces paroles : jeté marque, signifient que la Confirmation imprime dans l'âme le caractère de soldat de Jésus-Christ. Celles-ci : Je te conjirine , signifient que ce sacrement donne la force de combattre les ennemis du salut ; enfin ces dernières paroles : Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit marquent que le confirmé est consacré par les trois personnes divines.
Pourquoi l'onction est-elle faite sur le front? — Parce que le confirmé est décoré du signe de la croix, comme le soldat du signe que lui donne le chef de l'État, et il faut que ce signe soit visible à tous ; c'est sur le front que paraît la rougeur de celui qui fait quelque acte de lâcheté, et le signe de la croix y est imprimé pour qu'on n'y aperçoive jamais que la marque du courage.
A-t-on toujours donné la Confirmation par Timposition des mains et l'onction du saint chrême ? — Oui, car Tertullien qui vivait au second siècle, parlant des trois sacrements qu'on donnait en même temps, dit : « La chair est lavée, afin que Tâme soit purifiée ; la chair est marquée du signe de la croix, afin que l'âme soit munie contre les attaques de l'ennemi ; la chair est ombragée par l'imposition des mains, afin que l'âme soit illuminée ; la chair est nourrie du corps et du sang de Jésus-Christ, afin que l'âme soit engraissée de la divinité. »
Que devons-nous entendre par le léger soufflet que donne l'évêque à celui qu'il confirme? — Le léger soufflet de l'évêque signifie que le chrétien doit souffrir
généralement, à l'exemple de Jésus-Christ et pour l'amoar de lui, les affronts et les mauvais traitements.
Comment affranchissait-on autrefois les esclaves ? — En leur donnant un léger soufflet ; c'est pourquoi le soufflet donné par l'éveque rappelle au confirmé qu'il va jouir d'une liberté parfaite. — Quel est le principe de la vraie liberté ? — La science pour bien connaître ses devoirs et la force pour les accomplir. Or, la Confirmation donne l'un et l'autre. — D'où vient que tant de chrétiens éprouvent une si vive répugnance à supporter une injure ou une moquerie V— Tls oublient toujours qu'ils ont reçu un soufflet de l'éveque et quelle en est la signification.
Que dit l'éveque en donnant ce léger soufflet ? — L'éveque dit : La paix soit avec vous, pour souhaiter au confirmé la véritable paix qui se conserve particulièrement par la patience.
Quel est le principe de la paix? — C'est la victoire remportée sur les ennemis. — La "véritable paix est donc un des effets de la Confirmation ? — Sans aucun doute puisqu'elle donne la force de combattre tous les ennemis du salut et de remporter sur eux de glorieuses victoires.
A quoi faut-il prendre garde, quand on a reçu l'onction du saint chrême ? — Il ne faut pas se toucher ie front jusqu'à ce qu'il ait été essuyé par les prêtres. — Pourquoi mettait-on autrefois un bandeau sur l'onction aux confirmés ? — Pour leur signifier avec quel soin ils devaient conserver l'onction intérieure de la grâce. — Pourquoi leur donnait-on un parrain et une marraine? — Pour deux raisons: 1« pour rendre témoignage de leur bonne conduite ; 2° pour former ces nouveaux soldats à la milice de Jésus- Christ, comme on donne un maître d'escrime aux jeunes soldats.
Les confirmés peuvent-ils se retirer après que la cérémonie de l'onction est achevée ? — Non, ils doivent attendre que Tévêque ait achevé les dernières prières et qu'il ait donné la bénédiction. — Que représente cette bénédiction de l'évéque ? — La bénédiction que Jésus-Christ, après sa résurrection, donna à ses apôtres lorsqu'il leur apparut et leur dit : La paix soit avec vous. — Gomment faut-il la recevoir ? — Il faut la recevoir à genoux, avec foi, avec respect et dévotion, comme si Jésus-Christ la donnait lui-même en personne. — Que doit dire le confirmé en recevant cette bénédiction ? — Il doit dire au fond de son cœur : Mon Dieu, donnez-moi, je vous en supplie, votre sainte bénédiction comme vous l'avez donnée à vos apôtres en leur apparaissant et en montant au ciel.
L'évoque n'ordonne-t-il pas quelques prières après la Confirmation ? — Oui, il ordonne h chacun des confirmés de réciter l'Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres.
Que doivent faire les parents de ceux qui se disposent à recevoir le sacrement de Confirmation ?— Ils doivent prier pour eux, faire de bonnes œuvres et surtout une fervente communion à cette intention, enfin les affermir dans la vertu par leurs conseils et leurs exemples.
DE l'eucharistie. — CE QUE C'eST QUE CE SACREMENT.
Quel est l'ordre des sacrements ? — Le Baptême est l e premier de tous, puisque c'est par lui que l'homme
devient chrétien et naît à la vie de la grâce. La Confirmation est le second, il perfectionne ce qu'a fait le Baptême. Le troisième est l'Eucharistie, destinée à conserver la vie divine dans le chrétien. — N'en est-il pas de même de la vie corporelle ? — Oui ; l'enfant vient au monde, puis il grandit et se développe et il prend de la nourriture pour conserver et développer en lai la vie corporelle. — Pourquoi place-t-on la Pénitence avant l'Eucharistie ? — Parce que aujourd'hui l'Eucharistie ne se donnant qu'aux adultes qui peuvent déjà s'être rendus coupables de quelques péchés actuels, ils doivent se disposer à la recevoir en purifiant leur âme parle sacrement de Pénitence.
Qic est-ce que l'Eucharistie'? — L Eucharistie est un sacrement qui contient, sous les apparences du pain et du vin, le vrai corps et le vrai sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ pour être la nourriture spirituelle de nos âmes.
Que signifie le mot Eucharistie? — Il signifie action de grâces.— Vomqnoi ce sacrement est-il ainsi nommé? — 1« Parce qu'en l'instituant Jésus-Christ rendit grâces à son Père ; 2" parce qu'on ne doit pas le recevoir sans endre grâces à Dieu ; 2^ parce que c'est le moyen le plus efficace de témoigner à Dieu sa reconnaissance, puisqu'on lui rend autant qu'on a reçu de lui.
Comment nomme-t-on encore l'Eucharistie ? — On la nomme : 1° le tr^ès saint Sacrement, parce que c'est le plus saint et le plus auguste des sacrements, puisqu'il contient Jésus-Christ, qui est le Saint des saints, l'auteur et la source même de toute sainteté ;
2° Le Sacrement de l'autel, parce que c'est à l'autel que se fait ce sacrement, qu'il s'y conserve et qu'on l'y distribue ;
3° La sainte Table, parce qu'il est le festin des noces
auquel Jésus-Christ invite tous les fidèles pour les nourrir de son corps et de son sang;
4» La sainte Cène, parce que Jésus-Christ Ta institué au dernier souper appelé Cène, qu'il fit avec ses apôtres.
5'^ La sainte Hostie ou la sainte Victime, parce qu'il contient Jésus-Christ, qui continue à s'immoler chaque jour pour nous et demeure dans l'Eucharistie, comme dans un état permanent d'immolation et de victime ;
G'' Les saints Mystères, à cause des grands prodiges que Dieu opère dans ce sacrement, puisqu'il est par excellence le mystère de l'amour de Dieu envers les hommes, et que Jésus-Christ y demeure voilé et caché d'une manière qui ne se peut comprendre ;
7" Le Pain du ciel parce qu'il contient Jésus-Christ, qui est descendu du ciel en se faisant homme ;
8° Le Pain des Anges, parce que, quand ils reçoivent l'Eucharistie, les fidèles se nourrissent de la substance divine, comme les anges s'en nourrissent dans le ciel ;
9"^ Le Pain des enfants de Dieu, parce qu'il faut être enfant de Dieu pour avoir droit de s'en nourrir et de la recevoir dignement ;
10*^ La Communion ou la sainte Communion, parce que l'Eucharistie unit les fidèles non seulement à Jésus-Christ et les rend participants de sa chair et de sa divinité, mais encore parce qu'elle les unit les uns aux autres dans le même Jésus-Christ et les incorpore en lui, de manière à ne faire tous qu'un même corps avec lui ;
11° Le saint Viatique, ou provision pour un voyage, parce qu'elle est la nourriture qui doit soutenir les fidèles dans le voyage de cette vie et leur donne assez de force pour arriver au ciel ;
12° La Vie, parce qu'elle est le principe et la source de la vie véritable, de la vie divine ;
13^ La PerfeoAion, parce qu'elle est le don le plus parfait de Dieu et le moyen le plus efficace de conduire le chrétien à la perfection.
D'où vient qu'on donne tant de noms différents à l'Eucharistie ? — C'est à cause de son excellence qui ne peut être exprimée par un seul mot, ni même par plusieurs, tant elle renferme de grâces, de faveurs et de vertus.
Quelles ont été les figures de l'Eucharistie ? — Voici les principales : l'arbre de vie, l'agneau pascal, la manne, farche d'alliance, les pains de proposition, le pain mystérieux que Dieu envoya au prophète Élie et la colonne mystérieuse qui conduisit les Israélites dans le désert.
Quels sont les rapports entre l'arbre de vie et l'Eucharistie ? — L'arbre dévie, placé au milieu du paradis terrestre, produisait des fruits destinés à nourrir l'homme innocent, à le préserver de la vieillesse et des maladies et à l'empêcher de mourir. L'Eucharistie est donné à TÉglise pour nourrir les vrais chrétiens, les préserver du péché et leur communiquer la vie éternelle.
Comment l'agneau pascal est-il la figure de l'Eucharistie ? — L'agneau pascal devait : 1« être exempt de défauts ; 2° introduit dans chaque maison le dixième jour du premier mois ; 3° immolé le quatorzième jour de ce même mois ; 4° vers trois heures après midi; 5° on devait ne pas lui briser les os ; 6° le sang de l'agneau, dont les portes des maisons étaient teintes, les préserva du glaive de l'ange exterminateur, qui fit mourir tous les premiers-nés de l'Egypte; 7° Les Israélites étaient obligés de manger la chair de cet agneau immolé; 8° ils devaient la manger dans chaque famille ; 9' il leur était défendu de la manger hors de la maison ; lO'' enfin , ils la mangeaient en habits de voyageurs.
Nous remarquons dans l'Eucharistie des traits analogues : 1° Jésus-Christ, le véritaJDk^ agneau de Dieu, est la sainteté même ; 2» il est entré comme en triomphe à Jérusalem le dixième jour du premier mois ; 3° il a institué l'Eucharistie le quatorzième jour du même mois ; après avoir fait la pâque légale avec ses disciples ; 4° Jésus-Christ s'est immolé en mourant sur la croix vers trois heures de l'après-midi ; 5° on ne rompit point les jambes à Jésus-Christ, comme on fit aux deux voleurs crucifiés avec lui ; 6° c'est par la vertu du sang de Jésus-Christ que les chrétiens sont délivrés de la mort éternelle ; 7° Jésus-Christ leur ordonne de manger sa chair et de boire son sang pour avoir la vie de la grâce ; 8-^ les chrétiens doivent communier à Pâques dans leurs paroisses ; 9° il n'est pas permis de participer à l'Eucharistie hors de l'Église cathohque ; 10» les fidèles en se nourrissant de l'Eucharistie doivent se regarder comme des étrangers sur la terre et s'avancer vers le ciel, leur véritable patrie.
Quels rapports voyez-vous entre la manne et-l'Eucharistie ? — 1° La manne descendait du ciel pour nourrir les Israélites ; 2o elle satisfaisait à tous leurs besoins corporels ; 3" elle ne leur a été donnée qu'après leur délivrance de la servitude de l'Egypte ; 4" elle leur a servi de nourriture jusqu'à leur entrée dans la terre promise ; 5° il la leur fallait amasser dès le matin et avant le lever du soleil.
Or, Jésus-Christ dans l'Eucharistie : 1° est le pain vivant descendu du cielpour nourrir les fidèles dans le désert de cette vie ; 2° C'est un pain qui suffit à tous les besoins spirituels de Tame ; 3" Il n'est donné aux chrétiens qu'après leur affranchissement de la servitude du péché et du démon ; 4° il sert de nourriture aux chrétiens durant le pèlerinage de cette vie, jusqu'à ce qu'ils entrent dans le ciel, la véritable terre promise; o» enfin
ils doivent se disposer avec ardeur et avec empressement à recevoir l'Eucharistie.
En quoi l'arche d'alliance figurait-elle l'Eucharistie ? — V En ce que le bois incorruptible dont Tarche d'alliance était faite et l'or qui la couvrait de toutes parts représentaient la pureté et la sainteté de l'Eucharistie ; 2' en ce qu'elle contenait les tables delà loi, comme l'Eucharistie contient Jésus-Christ, qui est le Verbe ou la parole de Dieu et l'auteur de la loi ; 3" en ce que c'était dans l'arche d'alliance que Dieu était censé résider, qu'il y faisait paraître sa gloire et y notifiait ses volontés, comme Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie, y exauce nos prières, apaise la colère de son Père, nous éclaire dans nos doutes, nous console dans nos peines et nous assiste dans nos besoins.
Comment les pains de proposition figuraient-ils l'Eucharistie ? — Les douze pains de proposition, placés en deux rangs de six, vis-à-vis de l'autel des parfums, figuraient l'Eucharistie, en ce qu'ils étaient toujours en présence de Dieu et qu'il fallait être pur pour s'en nourrir, comme Jésus-Christ, caché dans l'Eucharistie sous l'espèce du pain, est perpétuellement en la présence de Dieu son Père, s'offre à lui en notre faveur, et ne saurait être reçu que dans des cœurs purs. .
En quoi le pain mystérieux que Dieu envoya au prophète Élie figurait-il TEucharislie? — En ce que ce pain donnn au prophète Élie la force de marcher pendant quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne d'Horeb, comme l'Eucharistie donne aux chrétiens la force de marcher sans relâche vers le ciel figuré par cette montagne.
Comment la colonne mystérieuse qui guidait les pas des Israélites dans le désert était-elle une figure de l'Eucharistie ? — Cette colonne s'étendait pendant le
jour comme une nuée, sur le camp des Israélites, les défendait contre les ardeurs du soleil et tempérait la chaleur des sables du désert ; pendant la nuit, elle prenait la forme d'un feu brillant qui se faisait voir à toute cette grande armée et la guidait à travers ce pays inconnu. Ainsi TEucharistie est d'abord une nuée mystérieuse, parce qu'elle exerce la foi du fidèle et cache la majesté éblouissante du Dieu vivant, elle tempère l'ardeur des passions, elle éclaire les chrétiens et assure leurs pas dans la route du salut.
Pourquoi l'Eucharistie est-elle un sacrement ? — Parce qu'elle renferme les trois conditions nécessaires à un sacrement : 1" elle est un signe sensible^ car les apparences du pain et du vin, et les paroles par lesquelles le pain et le vin ont été consacrés, sont sensibles; 2^ elle produit la grâce, car Jésus-Christ promet la vie à celui qui mangera sa chair et boira son sang ; il a fait à tous les fidèles un commandement formel de recevoir ce sacrement^ quand il a dit : « Si vous ne mangez la chairdu Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas en vous la vie. »
Pourquoi l'Eucharistie est-elle le plus parfait des sacrements ? — Parce qu'elle contient Tauteur même de toute grâce et qu'elle est comme la fin des autres sacrements, qui ne paraissent établis que comme moyens pour bien recevoir Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Le Baptême donne la vie pour avoir droit de communier ; la Confirmation fortifie le chrétien pour éviter le péché et pouvoir communier souvent ; la Pénitence purifie l'âme quand elle est souillée par le péché, afin qu'elle puisse s'unir à Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; l'Extreme-Onction ôte les restes des péchés pour le même motif ; l'Ordre consacre les prêtres pour célébrer le saint sacrifice de la messe, faire et conférer le sacrement de l'Eucharistie ; enfin le Mariage donne aux
époux la grâce de \ivre saintement dans le mariage, afin qu'ils se présentent fréquemment à la Table sainte.
Comment démontrez-vous que Jésus-Christ tout entier est réellement présent dans l'Eucharistie ? — On le démontre : 1° par l'autorité de l'Église ; 2° par l'Écriture sainte ; 3° par la doctrine des Pères de l'Église ; 40 par la croyance universelle de toute l'Église ; 5" par les raisonnements appuyés sur des faits ou sur des vérités chrétiennes.
La présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est-elle un dogme de foi ? — Oui ; le saint Concile de Trente enseigne et reconnaît ouvertement et simplement que dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, Notre-Seigneur JésLis-Christ, vrai Dieu, et vrai homme, est contenu véritahlement, réellement et substantiellemeni sous l'espèce de ces choses sensibles. Car il ne répugne point que notre Sauveur soit toujours assis à la droite du Père dans le ciel, selon la manière d'être naturelle ; et que néanmoins il soit présentsubstantiellement en plusieurs autres lieux d'une manière sacramentelle ; que noire esprit éclairé par la foi peut concevoir comme possible à Dieu, et que nous devons croire très constamment, quoiqu'on puisse à peine l'exprimer par des paroles. Car c'est ainsi que tous nos prédécesseurs qui ont appartenu à la véritable Église de Jésus-Christ, toutes les fois qu'ils ont parlé de cet auguste sacrement, ont reconnu et professé ouvertement que notre Rédempteur institua ce sacrement si admirable, dans le dernier repas, lorsqu'après avoir béni le pain et le vin, il attesta en termes clairs et formels à ses apôtres, qu'il leur donnait son propre corps et son propre sang. Et comme ces paroles rapportées par les saints évangélistes et depuis répétées par saint Paul, portent en elles-mêmes celte signification propre et très manifeste, selon la-
quelle elles ont été entendues par les Pères, certes c'est un horrible attentat que des hommes opiniâtres et méchants osent les détourner, selon leur caprice et leur imagination, à un sens métaphorique, par lequel la vérité de la chair et du sang de Jésus-Christ est niée, contre le sentiment universel de l'Église qui, étant comme la colonne et l'appui de la vérité, a détesté ces inventions d'esprits impies et sataniques, conservant toujours la mémoire et la reconnaissance d'un bienfait qu'elle regarde comme le plus excellent qu'elle ait reçu de Jésus-Christ.
(c Si quelqu'un nie que le corps et le sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ avec son âme et sa divinité, et par conséquent Jésus-Christ tout entier soit contenu véritablement, réellement et substantiellement dans le sacrement de la très sainte Eucharistie, et s'il dit au contraire qu'il y est seulement comme dans un signe, ou bien en figure ou en vertu, qu'il soit anathème. »
Peut-on désirer une définition plus formelle? — Non certes. — Que suit-il de celte décision ? — Que les chrétiens qui soutiennent que Jésus-Christ n'est pas réellement et substantiellement présent dans l'Eucharistie sont hérétiques.
Prouvez cette même vérité par l'Écriture ? — Au chapitre VI de Saint-Jean ; il est dit que Jésus-Christ, après avoir nourri avec quelques pains une grande multitude qui se montra plus ardente encore pour le suivre, prit occasion de lui parler de la nourriture de l'âme, de la foi en la parole de Dieu ; s'élevant ensuite à quelque chose de plus précieux encore, il promet l'Eucharistie. « Le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde... En vérité, envérité, je vous le dis : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas en vous la vie. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle. Ma
chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment un breuvage. »
Les Juifs sont scandalisés de ces paroles, et quelquesuns de ses disciples l'abandonnent ; et Jésus, au lieu de les détromper, s'il les croit dans l'erreur en prenant ses paroles à la lettre, appuie encore davantage et prononce comme un serment : En vérité, en vérité. Je vous le dis. — Dans quel sens Luther a-t-il expliqué ces paroles ? — Dans le sens catholique, c'est-à-dire de la présence réelle de Jésus-Chrisl dans l'Eucharistie.
Prouvez la même vérité par les paroles de l'Institution ? — Jésus dit à ses apôtres : «Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; prenez et buvez, car ceci est mon sang qui sera répandu pour vous. » Et il leur dit que c'est là son testament. Or, ces paroles sont claires et précises; un homme de bon sens ne saurait concevoir comment les calvinistes peuvent prétendre qu'elles signifient : Ceci est le signe de mon corps, ceci est le signe de mon sang. Car ce n'est pas le signe du corps, mais le corps lui-même qui a été livré pour nous ; ce n'est pas le signe du sang, mais le sang en réalité qui a été répandu. — Si quelqu'un avait fait un testament en faveur de Calvin et lui avait donné un beau palais, pensez-vous que ce sectaire se fut contenté d'un signe ou d'un tableau représentant le palais ? — Non certes ; il eût eu grand soin de faire voir qu'il faut prendre à la lettre toutes les paroles d'un testament.
Qu'arriverait-il si les magistrats expliquaient les lois humaines comme Calvin explique l'Écriture ? — Tous les débiteurs, au lieu d'écus bien sonnants, pourraient se libérer de leurs dettes en donnant des figures ou des images d'écus, et les marchands se contenter de débiter des images ou des ligures d'objets vendus ou promis, au lieu des objets eux-mêmes.
Comment prouvez-vous que Calvin interprète mal les paroles de Jésus-Christ ? — Parce que: 1° ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, sont proprement le testament de Jésus-Christ ; or, dans un testament toutes les paroles doivent être expliquées dans leur sens naturel ;2^ Jésus-Christ avait dit à ses apôtres que le temps était venu de ne plus leur parler en paraboles, mais de leur découvrir clairement comme à ses amis ce qu'il avait appris de son Père ; 3° quand Jésus- Christ parlait en paraboles, les évangélistes en font la remarque, et aucun d'eux n'indique que les paroles de l'institution de l'Eucharistie renferment une parabole ; 4» ce n'est pas d'ailleurs la coutume qu'un homme qui va mourir fasse en paraboles ses adieux à ses amis ; 5° s'il eût exposé une simple parabole, Jésus-Christ aurait du l'expliquer, puisqu'il s'agissait d'un dogme de foi, et qu'en parlant en figure, il exposait ses apôtres et tous les fidèles à tomber dans une erreur grave, dans l'idolâtrie, en adorant du pain au lieu de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; or, Jésus-Christ ne dit rien en ce sens ; 6o Jésus-Christ avait promis de donner un pain qui renfermerait la vie ; or, si l'Eucharistie, n'était que la figure ou l'image de Jésus-Christ, elle ne contiendrait pas la vie, et Jésus-Christ nous aurait trompés ; 7° Jésus-Christ établissait une loi, puisqu'il faisait une obligation à tous les fidèles de manger sa chair et de boire son sang ; or, enpromulgantuneloi, jamais un législateur ne parle en figure ; 8° Fagneau pascal que venait de manger Jésus-Christ était la figure de la nouvelle pâque qu'il allait instituer ; mais si le pain et le vin n'eussent été que la figure de son corps et de son sang, et non son vrai corps et son vrai sang, il n'eût fait que substituer une figure imparfaite à une figure beaucoup plus parfaite.
Prouvez la présence réelle par les paroles de saint
Paul?— Dans sa l'"' Épît. aux Cor. cliap. XI, après avoir rapporté l'institution de l'Eucbaristie à peu près dans les mêmes termes que les évangélistes, saint Paul ajoute : « C'est pourquoi quiconque mangera ce pain et boira ce calice indignement, se rendra coupable du corps et du sangde Jésus-Christ. Que l'homme donc s'éprouve lui-même, et qu'il mange de ce pain, et qu'il boive de ce calice ; car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne discernant pas le corps du Seigneur. »
Que signifient ces paroles ? — Que celui qui communie indignement commet un crime aussi grand que celui des Juifs qui ont fait mourir Jésus-Christ ; il devient coupable du sang de Jésus-Christ comme un meurtrier est coupable du sang qu'il a versé. Or, si Jésus-Christ n'était qu'en figure dans FEucbaristie, celui qui communie indignement ne serait pas plus coupable qu'un pécheur qui prendrait dans sa main l'image ou la figure de Jésus-Christ.
Quelle est la doctrine des saints Pères sur l'Eucharistie?— Tous enseignent qu'elle contient réellement le corps, le sang, Tàme et la divinité de Jésus-Christ, et l'on ferait un énorme volume de leurs témoignages surce sujet. — Piapportez les principales raisons qu'ils développent?— Ils disent: 1° que le pain eucharistique n'est pas un pain commun, mais le corps même de Jésus-Christ, en quoi il a été changé, lorsqu'on a prononcé les paroles sacrées ;
2° Que l'Eucharistie est le vrai corps, le propre corps de Jésus-Christ, celui qui est né de la bienheureuse Vierge Marie, qui a souffert et qui est mort pour nous et qui est sorti vivant du tombeau ;
3° Que l'Eucharistie n'est pas seulement le signe ou la figure du corps de Jésus-Christ, mais son vrai et propre corps :
i'' Que les paroles que prononce le prêtre en consacrant l'Eucharistie sont aussi puissantes que celles que Dieu prononça en créant l'univers, en changeant l'eau envin aux noces de Cana, en s'incarnant dans le sein de la Vierge Marie ;
5" Que l'Eucharistie est un mystère étonnant, inaccessible aux sens, mais que les fidèles sont obligés de croire, à cause de la souveraine véracité de Dieu et de sa puissance infinie ;
6" Enfin il tirent des conséquences 'qui supposent la présence réelle : par exemple, qu'il faut dans l'Eucharistie adorer Jésus-Christ comme on adore Dieu; que celui qui volontairement laisse tomber une parcelle du pain eucharistique commet une horrible profanation.
Si l'Eucharistie n'était que la figure du corps de Jésus-Christ, les saints Pères auraient-ils pu parler de la sorte? — Jamais; ou bien ils auraient parlé comme des insensés.
Rappelez en particulier quelques témoignages des Pères?
Saint Ignace d'Antioche, disciple des apôtres, parlant de certains hérétiques, dit : « Ils s'abstiennent de l'Eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus- Christ, celle qui a souffert pour nos péchés, celle que par sa bonté le Père a ressuscitée. »
Saint Justin qui vivait au second siècle : « Nous recevons l'Eucharistie, dit-il, non pas comme un pain commun ni comme un breuvage ordinaire, mais comme la chair et le sang de Jésus-Christ qui s'est fait homme pour nous. «
Saint Cyrille de Jérusalem: « Puisque Jésus-Christ, en parlant du pain, a déclaré que c'était son corps, et puisqu'on parlant du vin, il a si positivement assuré
que c'était son sang, qui osera jamais révoquer en doute cette vérité ? Autrefois à Cana de Galilée, il changea l'eau en vin par sa seule volonté ; et nous estimerions qu'il n'est pas assez digne pour nous faire croire sur sa parole qu'il ait changé du vin en son sang? Sous l'espèce du pain, il vous donne son corps, et sous l'espèce du vin, il vous donne son sang, afin qu'étant faits participants de ce corps et de ce sang, vous deveniez un même corps et un même sang avec lui. »
Saint Ambroise :« Le pain, avant la consécration, c'est du pain ; mais quand le moment de la consécra" tion arrive, du pain se fait la chair de Jésus-Christ. Par quelle parole ? par la parole qui a fait toutes choses. Le ciel n'était pas avant la création ; mais écoutez ce que dit la sainte Écriture : « 11 a parlé, et ces choses ont été faites ; il a commandé et elles ont été créées. >> Ainsi je vous réponds : Avant la consécration, ce n'était pas le corps de Jésus-Christ ; mais après la consécration, je vous dis que c'est le corps de Jésus-Christ. Jésus-Christ a parlé, et la chose est. »
Saint Jean Chrysostome dit que comme une mère tendre nourrit son enfant de sa substance, ainsi Jésus- Christ nourrit les chrétiens de son propre sang. Puis il montre que non seulement il n'y a pas de péché à adorer le pain eucharistique, mais qu'il y aurait péché à ne pas l'adorer.
Saint Augustin fait le même raisonnement en exphquant ces paroles : adorez l'escabeau de ses pieds.
Saint Jean Damascène : « Le pain et le vin ne sont pas la figure du corps et du sang de Jésus-Christ, à Dieu^ne plaise, mais le corps même du Seigneur, enrichi de sa divinité, puisque le Seigneur a dit : Ceci estmon corps, et non la figure de mon corps ; ceci est mon sang, et non la figure de mon sang. »
Prouvez-nous par la croyance universelle de l'Église
que Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie ?
Au moment où parut Calvin, au seixième siècle, tous les chrétiens du monde entier croyaient à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et les protestants eux-mêmes n'ont jamais pu établir le contraire. Lorsqu'ils prétendirent que les Grecs n'admettaient que deux sacrements, les évêques de l'Orient se réunirent en Concile et déclarèrent que l'Église grecque reconnaissait sept sacrements, comme l'Église latine. Il est donc certain que non seulement les catholiques, mais encore les hérétiques de tous les temps, de tous les lieux, ont cru la présence réelle jusqu'au moment où Calvin a répandu ses erreurs.
Or, cette croyance universelle est une preuve irréfragable du dogme cathoHque. En effet, ou elle vient des apôtres, et comme les apôtres étaient inspirés de Dieu, ils ont dit la vérité en enseignant que Jésus- Christ est substantiellement présent dans l'Eucharistie, et tout chrétien doit le croire. Ou bien cette croyance a été introduite dans l'Église, comme le prétend Calvin. Mais à quelle époque a eu lieu cette innovation ? Par qui ce dogme a-t-il été inventé ? Dans quel pays a-t-il été proclamé d'abord ? L'histoire n'en dit mot.
Est-ce possible qu'une erreur aussi grave ait pu se répandre dans le monde sans que personne ne l'ait combattue, sans que ni évêque, ni prêtre, ni laïque ne s'en soit aperçu on ne l'ait rejetée ? L'histoire nous rapporte des disputes interminables sur des points moins importants, par exemple, sur l'usage de chanter alléluia à certaines époques de l'année, ou le symbole à la messe le dimanche, de célébrer les fêtes de Pâques à telle époque, de consacrer l'Eucharistie avec du pain levé ou du pain azyme ; et nul n'aurait parlé de l'introduction d'une croyance, qui, si elle était fausse, rendait les
chrétiens idolâtres ? Et les hérétiques qui se reprochaient des usages particuliers de discipline, auraient gardé le silence le plus profond sur cet article ? Mais il faudrait être insensé pour le croire. Si l'Église romaine avait adopté et répandu cette croyance, les hérétiques l'eussent repoussée, et si les hérétiques en avaient été les inventeurs, jamais l'Église catholique ne l'eût admise.
Il ne s'agit pas ici d'un dogme abstrait dont on s'occupe peu, mais d'une vérité fondamentale et pratique. Jésus ayant déclaré que pour avoir la vie, il fallait manger sa chair et boire son sang, dès le temps des apôtres, les chrétiens ont dû communier souvent; les apôtres, les évoques, les prêtres ont dû savoir exactement ce qu'ils faisaient en communiant, et les uns devaient l'apprendre aux autres. L'histoire montre qu'en effet les évêques et les prêtres faisaient de fréquentes instructions sur l'Eucharistie. — Il est donc tout à fait impossible qu'une telle croyance se soit clandestinement introduite?— Oui ; autant vaudrait dire qu'un jour dix millions de personnes ont formé l'horrible complot d'empoisonner le genre humain, et qu'aucune n'arévélé le secret ni fait la moindre opposition.
FAITS QUI ÉTABLISSENT LA PRESENCE REELLE, -r- RÉPONSES AUX OBJECTIONS.
Quels faits établissent la vérité delà présence réelle? — Tous les miracles opérés par la communion, ou à raison de la présence réelle.
C'était la coutume à Constantinople, lorsqu'on voulait renouveler la sainte Eucharistie, de donner aux enfants innocents ce qui restait des dernières consécrations. Il se trouva un jour un petit Juif qui communia avec les autres. Son père, verrier de profession, voulant savoir pourquoi son fils rentrait si tard, et apprenant qu'il avait communié, s'emporta contre lui avec une telle violence, qu'il le jeta , dans une fournaise ardente. La mère consternée de ce que son fils ne rentrait pas, faisait retentir la maison de ses cris ; et au bout de trois jours, passant près de la fournaise en se lamentant, elle entendit la voix de son fils. Elle ouvrit la porte de la fournaise et y aperçut l'enfant, sans qu'il parût avoir rien souffert des atteintes du feu. Elle l'en retira et lui demanda comment il avait pu n'être pas consumé au milieu de ces brasiers. « Une dame vêtue de pourpre, dit-il, m'a souvent apparu ; et jetant de l'eau autour de moi, elle a éteint le feu et m'a nourri pendant ce temps-là. » Toute la ville fut instruite de ce prodige. La mère et son fils embrassèrent la foi catholique, mais le père qui s'obstina à ne pas vouloir se convertir, fut puni de mort pour son crime, par ordre de l'empereur Justinien, l'an 552 de Jésus-Christ.
Il s'opéra à Paris, en 1290, un miracle non moins éclatant. Une pauvre femme avait mis sa robe en gage chez un Juif pour garantie de trente sous qu'il lui avait prêtés. Quelques jours avant Pâques, elle pria le Juif de lui rendre sa robe, afin qu'elle remplît avec plus de décence le devoir pascal. «Volontiers, dit le Juif ; je vous la laisserai même pour toujours et sans intérêts, si vous voulez m'apporter le pain que vous recevez à l'église, et que vous autres, chrétiens, appelez votre Dieu ; je voudrais voir s'il l'est en effet. » La proposition fut acceptée. La femme alla recevoir la communion à
Saint-Méry, sa paroisse, réserva secrètement la sainte hostie et la rapporta au Juif. Celui-ci la plaça sur une table, la perça à coups de canif, et en vit couler du sang. Sa femme accourut avec effroi et fit tous ses efforts pour l'empêcher de porter l'impiété plus loin. Il n'en devint que plus endurci: il enfonça un clou dans l'hostie, qui saigna de nouveau ; il la jeta dans le feu, d'où elle sortit entière et voltigea dans la chambre; il la mit enfin dans l'eau bouillante, qui, en un moment parut ensanglantée. L'hostie, s'élevant encore, parut alors sous la forme d'un crucifix. Cette merveille frappa le malheureux Juif, qui se retira confus.
Cependant son fils, étant sorti, disait à des enfants qu'il voyait aller à l'église que vainement ils allaient adorer leur Dieu, que son père venait de le tuer. Une femme qui passait entendit cette naïveté de l'enfant; elle entra dans la maison, elle vit la sainte hostie qui voltigeait encore et qui vint d'elle-même se reposer dans un petit vase qu'elle tenait à la main. La femme chrétienne porta cette hostie à l'église et la remit au curé.
L'évêque de Paris, instruit de ce qui s'était passé, fit saisir le coupable, qui confessa lui-même son crime et ne tarda pas à recevoir le châtiment qu'il méritait. La femme et les enfants du Juif se convertirent et reçurent le Baptême. L'hostie miraculeuse fut gardée précieusement à Saint-Jean-en-Grève, où elle se voyait encore avant la Révolution. Dès l'année 1295, un bourgeois de Paris fit bâtir sur l'emplacement de la maison du Juif sacrilège un oratoire qui fut nommé la Chapelle des Miracles.
En 1608, un autre miracle arriva dans l'église de Faverney, diocèse de Besançon. Il s'y faisait d'ordinaire, aux fêtes de la Pentecôte, un grand concours de fidèles qui y venaient pour gagner une indulgence plénière.
C'était la coutume, pour cette solennité, de dresser à l'entrée du chœur un autel en bois richement décoré. On y exposait le saint Sacrement. Une bougie placée trop près d'un rideau y mit le feu, et en un instant l'autel avec tous ses ornements fat brûlé. L'ostensoir dans lequel étaient renfermées deux hosties consacrées, non seulement ne fut point endommagé par les flammes, mais il demeura suspendu sans aucun appui. Il resta ainsi pendant trente -trois heures, au grand étonnement de la multitude qui affluait de toutes parts pour contempler ce prodige. Le mardi delà Pentecôte, le curé de Menou y vint en procession avec tout son peuple; et comme il disait la messe au grand autel, l'ostensoir descendit de lui-même et alla se placer sur un corporal qu'on avait mis au-dessous. Tout cela se passa à la vue d'une foule immense de spectateurs, parmi lesquels on choisit plus de cinquante témoins irrécusables. L'archevêque de Besançon, Mgr Ferdinand de Longwy, après les informations les plus exactes, déclara le miracle authentique et en publia la relation.
On a vu plusieurs fois dans la sainte hostie Jésus- Christ sous la forme d'un enfant : c'est à l'occasion d'un de ces miracles que saint Louis fit une réponse pleine de foi. On engageait ce saint roi à aller voir Jésus- Christ qui apparaissait dans l'Eucharistie sous la forme d'un enfant: « Que ceux, dit-il, qui doutent de la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, aillent voirce miracle; pour moi j'y crois aussi fermement que si je l'y voyais de mes propres yeux. »
N'existe-t-il pas aussi un fait moral qui établit la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ? — Oui, ce fait est une démonstration véritable pour tout homme réfléchi. — Quel est-il ? — Ce sont les fruits ou les merveilleux effets que l'Eucharistie produit dans les âmes. — Quels sont ces effets ?— La pratique des
plus héroïques vertus ; la charité parfaite, le dévouement absolu, le renoncement à sa volonté, et l'immolation de soi-même. — Ces effets ne seraient-ils pas le résultat de la doctrine? — Non, car les protestants se glorifient de mieux connaître l'Écriture que les catholiques, et cependant l'on ne trouve parmi eux aucun exemple de ces vertus parfaites que pratiquent tant de pieux laïques, de prêtres, de religieux et de religieuses au sein de l'Église catholique. — C'est peut-être l'effet de l'imagination ? — Non ; car l'enthousiasme produit par l'imagination ne dure qu'un moment et disparaît bientôt ; il ne se fait sentir qu'à de rares individus, tandis que les catholiques dont nous parlons se dévouent et s'immolent durant toute leur vie, et qu'ils se rencontrent dans toutes les classes, dans tous les rangs et dans tous les âges.— A quoi ces catholiques attribuentils cette force divine qui les élève si haut au-dessus de la nature corrompue ? — A la sainte Eucharistie.
Si l'on faisait deux parts des chrétiens, l'une de ceux qui communient et l'autre de ceux qui ne communient pas, de quel côté se trouveraient les plus solides et les plus héroïques vertus ?— Dans la classe de ceux qui communient. — Deux cultivateurs cultivent leurs champs à peu près de la môme manière; mais l'un met un certain engrais sur ses terres, et l'autre ne met rien sur les siennes ; le premier récolte de belles et abondantes moissons, et l'autre quelques rares épis seule ment: pourriez-vous expliquer la cause de ce phénomène ? — Il est clair qu'il y a dans ce que le premier laboureur répand sur ses terres une vertu fécondante qui est le principe des magnifiques récoltes qui remplissent ses greniers. — Les chrétiens qui ne communient pas reçoivent à peu près la même instruction que ceux qui communient; la terre de leur cœur est cultivée de la môme manière ; cependant la moisson est bien
différente : chez les premiers, ce sont de petites et rares vertus figurées par de maigres épis ; chez les seconds, c'est souvent la réunion de toutes les vertus, et des vertus les plus parfaites: ce sont des gerbes entassées. D'où peut venir cette différence ? — Il faut bien qu'elle vienne de la réception de l'Eucharistie qui est comme l'engrais de leur âme.
Cette considération montre bien qu'il y a une vertu dans l'Eucharistie, à peu près comme dans la Confirmation ; mais prouve-t-elle la présence réelle ? — C'est une démonstration de cette présence: car si Jésus- Christ n'est pas réellement présent dans rEucharistie où ils l'adorent, les catholiques sont idolâtres. Or l'idolâtrie est la source de la dépravation des mœurs. — Comment le prouvez-vous?— Par deux raisons : 1'^ l'expérience des Gentils, qui devinrent les plus corrompus des hommes, du moment qu'ils tombèrent dans l'idolâtrie ; 2° parce que le dogme étant le principe de la morale, il faut de toute nécessité que si le dogme est altéré, la morale soit corrompue ; un mauvais arbre produit nécessairement de mauvais fruits. — Que concluez-vous de là ? — Que si Jésus-Christ n'est pas réellement présent dans l'Eucharistie, le culte catholique est un culte idolâtrique ; il doit engendrer la corruption des mœurs, puisqu'une source empoisonnée ne saurait donner la vie. Or, loin qu'il en soit ainsi, le fait prouve que l'Eucharistie produit dans les catholiques, qui la reçoivent avec de saintes dispositions, les plus héroïques vertus. Donc les catholiques ne sont pas idolâtres, donc Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie.
Résumez votre raisonnement ? — Lorsque deux propositions sont contradictoires, l'une est nécessairement vraie et l'autre nécessairement fausse. Or, voici deux propositions contradictoires : ou bien
T. IV. — 4 50IRÏES CHRKT.
liO rsEUVlEME SOIRÉE.
Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie, ou il n'y est pas présent. Cette dernière proposition est fausse; donc la première est nécessairement vraie; donc Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie. La seconde proposition est fausse, car elle renferme des absurdités. Il s'ensuivrait en effet que les catholiques sont idolâtres, et que, quoique idolâtres, c'est parmi eux que se rencontrent les plus sublimes vertus, les plus héroïques sacrifices pour la gloire de Dieu et le salut du prochain. Il s'ensuivrait donc qu'un mauvais arbre peut produire de bons fruits, et qu'une source empoisonnée peut donner la vie.
Mais les catholiques étant de bonne foi, quand ils adorent Jésus-Christ dans l'Eucharistie, ne commettent pas de péché formel; c'est pourquoi ils ne tombent pas dans la dépravation des mœurs? — Cette explication ne saurait être admise ; car en supposant qu'ils ne commettent que des fautes matérielles, comment se fait-il que non seulement Dieu ne les punit pas, mais que par suite de leur dévotion envers l'Eucharistie, il leur accorde encore les grâces les plus fortes et les plus abondantes ? Donc leur croyance est agréable à Dieu, et par conséquent Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie.
Combien de vies dans le chrétien ? — Trois : la vie du corps, la vie de l'âme raisonnable et la vie divine. — Par quels moyens conserve-t-il les deux premières ? — Par la communion ; il communie avec la matière pour conserver la vie matérielle; il communie avec la société intelligente pour conserver la vie de l'âme raisonnable. — Comment peut-il conserver la vie divine qu'il a reçue dans le Baptême ? — En communiant avec Dieu, ou en prenant une nourriture divine.
Dans quels rapports se trouve l'Église catholique avec le synagogue et la Jérusalem céleste ? — Saint
Denys l'Aréopagiie dit qu'elle doit participer à la nature des deux. — Quelle est cette participation? — Saint Eucher la fait connaître en disant: « Dieu s'est construit trois tentes : la synagogue qui avait des ombres sans la réalité ; l'Église qui possède la vérité et les ombres ; le ciel, où il n'y a plus aucune ombre, mais la vérité dans tout son jour et son éclat. » "
Qu'étaient les anciens sacrifices? — La figure du sacrifice de la loi nouvelle. — Est-ce là une vérité certaine ? — Oui, car saint Paul l'enseigne expressément dans son Épître aux Hébreux; tous les catholiques et les protestants en conviennent. — Mais si l'Eucharistie ne contient pas réellement le corps et le sang de Jésus- Christ, peut-on dire qu'elle est la réalité des anciens sacrifices ? — Non, ce ne serait encore qu'une figure, et moins parfaite que les anciennes ; car l'immolation de l'agneau pascal représentait plus parfaitement le sacrifice de Jésus-Christ que ne saurait le faire TEucharistie, si elle n'est que la figure du corps et du sang de Jésus-Christ.
Comment peut-il se faire que le même corps de Jésus-Christ soit dans plusieurs lieux à la fois : par exemple, au ciel et au saint Sacrement de l'autel, et dans toutes les hosties consacrées ? — Rien n'est impossible à la puissance de Dieu. L'histoire rapporte que des saints se sont trouvés dans plusieurs lieux à la fois ; ainsi saint Liguori, saint François-Xavier, etc. ; on n'a pas encore démontré qu'il y ait contradiction à ce que le corps de Jésus-Christ soit dans plusieurs lieux à la fois. — Que faudrait-il pour prouver qu'il y a une véritable contradiction ? — Il faudrait connaître parfaitement toutes les qualités d'un corps glorieux, la nature et les attributs de tous les corps, du lieu, de l'espace et l'étendue de la puissance de Dieu. Or, personne au monde ne connaît parfaitement toutes ces choses.
lli> NEUVIEME SOIRÉE.
N'y a-t-il pas pour l'Eucharistie deux manières d'être présent dans un lieu ? — li y a pour le corps de Jésus- Christ la manière naturelle d'être tel qu'il était durant sa vie sur la terre et tel qu'il est dans le ciel ; et ensuite la manière sacramentelle, c'est-à-dire qu'un corps est présent tout entier dans le lieu et tout entier dans chaque partie du lieu, à peu près comme l'âme de riiommeest présente tout entière dans son corosettout entière dans chaque partie du corps. — Est-ce le pain et le vin qui sont changés au corps et au sang de Jésus- Christ? — Non, c"est la substance du pain et la substance 6M\'\\\(\m sont changées en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. — Sait-on parfaitement ce que c'est que la substance d'un corps glorieux et spirituel ?— Non, mais dès qu'il s'agit d'un corps spiritualisé, on conçoit qu'il doit avoir quelques qualités analogues aux qualités de l'esprit.
Exphquez cette présence réelle en plusieurs lieux par des comparaisons ? — Un prédicateur qui parle en présence de trois mille personnes envoie à chacune sa pensée tout entière avec sa parole ; voilà donc une parole qui donne un corps à une pensée et qui se trouve en trois mille lieux à la fois. L'âme de l'homme esttout entière présente à tout le corps et tout entière à chaque partie, du corps. La lumière du soleil, en supposant, comme quelques savants le prétendent, que ses rayons sont quelque chose de la substance de cet astre, se répand dans plusieurs lieux, et cependant il n'y a qu'une lumière et qu'un soleil.
La substance du feu est unique, et elle est la même et tout entière partout où il y a du feu. Le feu ne se multiplie qu'à raison des lieux, mais jamais en luimême ni dans sa nature. On dira toujours le /ew, au singulier, et jamais les/ew^, à moins qu'il ne s'agisse de faire entendre que le feu brûle en plusieurs lieux.
Ainsi on peut dire de Jésus-Clirist dans l'Eucharistie qu'il commence d'exister et qu'il cesse d'exister, comme on le dirait d'un feu qu'on allume dans un en droit et qu'on éteint dans un autre, de l'âme qui se meut dans un membre et qui est sans mouvement dans un autre. Il n'y a là aucune contradiction. Le corps do Jésus-Christ se multiplie, non pas en lui-même, mais à raison des hosties consacrées.
Comment Jésus-Christ peut-il se trouver sous chaque hostie et sous chaque partie de l'hostie? — De la même manière à peu près que la parole se trouve renfermée dans toutes les parties delair qui vient frapper les oreilles de chaque auditeur. Ce n'est qu'une portion de l'air ébranlé qui arrive à chacun^ et cependant chacun a la parole tout entière et la pensée tout entière.
Lorsque vous êtes devant une glace, vous n'y voyez qu'une image; si vous la brisez, Timage se reproduira entière dans chacun des morceaux.
Mais comment le corps ÏÏe Jésus-Chaist peut-il se trouver tout entier sous une parcelle à peine perceptible? — Cela se conçoit aisément. Voici un homme qui pèse cent kilogrammes, et à sa naissance il n'en pesait que cinq : quoique vingt fois plus petit, il était substantiellement le même que quand il a obtenu plus de volume. — Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas le rendre cent fois, et même mille fois plus petit, tout en conservant la substance de ce corps ? — On a découvert des animalcules, ayant leur organisation complète et ne pouvant être aperçus que par le microscope.
Est-il certain que l'étendue soit une qualité essentielle des corps ? — Non, les savants les plus distingués, comme Leibnitz et d'autres, soutiennent le contraire. La raison qu'ils en donnent, c'est que la substance d'un corps ne dépend nullement de son volume
comme nous l'avons montré en parlant de la substance du corps de l'homme. Mais si, en ôtantà un corps une partie de son volume, vous ne retranchez rien de sa substance, rétendue n'est donc pas une qualité essentielle des corps.
N'avez-vous pas une réponse plus péremptoire à donner à tous ceux qui font des objections contre la présence réelle ?— J'en ai une que je crois très solide ; je leur dirai: Depuis dix-huit siècles, les catholiques croient à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et aujourd'hui les catholiques sont au nombre de deux cents millions, parmi lesquels se trouvent des hommes très savants, qui adorent Jésus- Christ dans l'Eucharistie, malgré les difficultés qui semblent choquer la raison humaine Les Pères de l'Église, les plus grands génies qui ont paru sur la terre, ont réfuté toutes les objections ; les plus savants d'entre les protestants d'Allemagne et d'Angleterre ontembrassé la foi catholique. Ce dogme ne renferme donc ni contradiction ni absurdité ; je puis croire sans craindre de me tromper, ce qu' a enseigné et cru dans tous les temps l'Église catholique, toujours dirigée par le Saint-Esprit, ce qu'ont cru et enseigné les hommes les plus intelligents et les plus vertueux qui aient jamais existé.
L'Eucharistie, dites-vous, contient Jésus-Christ; mais est-ce seulement au moment de la communion ? — C'est avant et après ; aussitôt que le prêtre a prononcé les paroles sur les saintes espèces, Jésus-Christ est présent dans l'Eucharistie, et il y reste tout le temps que les espèces ne sont pas corrompues.
Croyait-on cette vérité dans les premiers siècles de l'Église ?— Oui ; TertuUien et d'autres auteurs affirment que les chrétiens étaient dans l'usage d'emporter à la maison le pain eucharistique pour se communier eux-
mêmes, et les prêtres et les évêques de l'envoyer aux malades et aux absents. Eusèbe raconte qu'un vieillard nommé Sérapion, étant surle point de mourir, envoya un enfant prier un prêtre de lui apporter la communion ; mais le prêtre étant malade lui-même, remit à l'enfant une parcelle du pain eucharistique, en lui ordonnant de la détremper dans de l'eau et de la donner ensuite au malade,^ ce que fit l'enfant, et à peine Sérapion eutil reçu le corps de Jésus-Christ, qu'il rendit le dernier soupir.
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu demeurer dans l'Eucharistie d'une manière permanente ? — Par un excès de bonté et d'amour, afin que nous puissons lui rendre nos hommages, lui adresser nos prières, et l'adorer sur la terre, comme les anges et les saints le font dans le ciel , et enfin pour qu'il puisse être donné aux malades qui ont plus besoin de secours et de grâces que ceux qui se portent bien.
DE l'institution DE l'eUCHARISTIE.
Quand Jésus-Christ institua-t-il V Eucharistie ? — Jésus-Christ institua V Eucharistie la veille de sa mort après avoir mangé la Pâque pour la dernière fois avec ses apôtres.
Qu'était cette pâque ? —Le repas solennel que les Juifs faisaient tous les ans le quatorzième jour de la lune de mars, à l'entrée de la nuit, en mémoire de leur sortie miraculeuse de l'Egypte. — Que fit Jésus-Christ après ce repas ? — Il dit à ses apôtres : « J'ai désiré
ardemment faire cette pâque avec vous avant de mourir. » Puis, se rappelant que son Père lui avait remis toute puissance entre les mains, comme il avait aimé les siens qui étaient dans ce monde, il les aima jusqu'à la fin. S'étant levé de table, il se ceignit d'un linge et lava les pieds à ses apôtres. Que nous apprend cet abaissement de Jésus-Christ ?
— Qu'aux yeux de Dieu, il n'y a rien qui élève plus le chrétien que les abaissements et les humiliations, et qu'il doit se préparer à la communion par de vifs sentiments d'humilité. — Que marquait le lavement des pieds ? — Que pour s'approcher dignement de l'Eucliaristie, il faut être purifié du péché et de toute affection au péché. — Pourquoi Jésus-Christ avait-il un si vif désir de célébrer cette pâque avec ses apôtres ?
— A cause du bienfait inestimable qu'il voulait leur accorder, en les nourrissant de son corps, de son sang, de son âme et de sa divinité
Pourquoi Jésus-Christ se rappelle-t-il qu'il a la toute-puissance entre les mains ? — Parce qu'il s'agit d'opérer le plus grand de tous les miracles. — Comment l'Eucharistie est-elle un grand miracle ? — Parce qu'elle en renferme plusieurs : ainsi le pain y est changé au corps et le vin au sang de Jésus-Christ ; le corps du Sauveur est dans l'Eucharistie sans les accidents, puisque son humanité n'y paraît en aucune manière ; les espèces du pain et du vin subsistent sans leur substance : le corps de Jésus-Christ est en plusieurs lieux à la fois, il est tout entier sous chaque espèce et tout entier sous chaque partie de l'espèce.
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué l'Eucharistie la veille de sa mort ? — Afin de rester toujours sur la terre avec tous les fidèles qu'il aime plus tendrement qu'un père n'aime ses enfants.
Représentez-vous un bon père, sur le point de
mourir, et ses nombreux enfants entourant son lit de mort, versant des larmes et le conjurant de ne pas les abandonner. « Que deviendrons-nous, lui disentils, si jeunes, si faibles et sans expérience dans un monde rempli de tant de périls ? Nous avons grand besoin de vos conseils, de voire puissance et de votre autorité. » Ce tendre père a le cœur brisé ; il sent que sa dernière heure approche, que Dieu l'appelle à lui, et, comme chrétien, il doit se soumettre à la volonté de Dieu. Mais, d'un autre côté, il voudrait aussi demeurer avec ses entants pour les diriger, les défendre contre leurs ennemis, les fortifier dans le bien ; si seulement il pouvait se partager, obéir à Dieu qui lui commande de quitter la terre, et cependant y demeurer encore avec ses enfants.
Ce que ce tendre père ne saurait réaliser, Jésus- Christ l'exécute. L'heure est venue de quitter ce monde pour retourner à son Père et remonter au ciel ; mais il voit tous ceux qui doivent croire en son nom, il voit tous les dangers auxquels ils seront exposés, il ne veut pas les laisser orphelins. Il les aime avec une tendresse infinie. C'est pourquoi il trouve dans les trésors de sa sagesse et de sa puissance infinies le moyen d'obéir à son Père qui le rappelle dans le ciel, et de satisfaire les désirs de son infinie bonté. Plus sage que Salomon, qui décide qu'il faut partager un enfant que deux mères se disputaient, Jésus- Christ se donne tout entier aux anges et aux saints qui le réclament, et aux fidèles de la terre qui désirent le conserver. Les premiers prétendent qu'il doit être avec eux, parce qu'il doit résider dans son palais qui est le ciel ; être exalté, puisqu'il a été humilié ; qu'étant immortel, impassible et glorieux, il ne doit plus demeurer sur la terre ; enfin que les fidèles doivent avoir le mérite de la foi.
Cependant les fidèles répliquent que Jésus-Christ étant le fils de l'homme, il doit demeurer parmi les hommes, puisqu'il déclare qu'il fait ses délices d'habiter avec eux, qu'il est l'époux de l'Église, et que répoux doit rester avec son épouse ; qu'il est le pasteur dans cette bergerie et qu'il doit marcher toujours à la tête du troupeau ; qu'il est le père de cette grande famille et qu'il ne doit pas quitter ses enfants.
Jésus-Christ trouve moyen de contenter les uns et les autres : « Non seulement, dit Jésus-Christ, je demeurerai avec les chrétiens sur la terre, mais je m'unirai à tous, corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit, et d'une manière si mystérieuse qu'il y aura de quoi exercer leur foi. Et en même temps je m'asseoirai sur mon trône dans le ciel, et je manifesterai ma gloire à tous les anges et à tous les saints. »
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué l'Eucharistie après avoir célébré la pâque ancienne ? — Pour montrer à ses apôtres que le temps était venu de passer delahgureà la réalité, de la promesse à l'accomphssement, et de l'ombre au corps. — Que suit-il de là ? — Que Jésus-Christ est réellement présent dans l'Eucharistie ; car si le pain qu'il donne à ses apôtres n'est pas son corps, ce serait une répétition inutile et superflue, puisque l'agneau pascal est une figure bien plus expresse et plus significative de son corps qu'un morceau de pain.
Comment Jésus-Christ institua-t-il V Eucharistie :' — Jésus^Christ prit du pain, et V ayant béni, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : Prenez et mangez, car ceci est mon corps.
De quel pain se servit Jésus-Christ pour instituer l'Eucharistie ? — Il prit du pain azyme ou sans levain, car il n'était pas permis aux Juifs de se servir de pain fermenté pour célébrer la pâque. — Que marque ce
pain ? — 11 signifie, dit saint Paul, que nous devons nous approcher de la sainte table avec une piété sincère et véritable, une conscience exempte de corruption et de malice ; que nous ne devons retenir aucun levain du vieil homme, mais posséder un esprit pur et un cœur nouveau.
De quelle manière doit-être fait le pain eucharistique ? — De pur froment et d'eau naturelle. — Pourquoi Jésus-Christ bénit-il ce pain ?— Pour le sanctifier d'abord et le changer ensuite en son corps. — Pourquoi, avant de le consacrer, a-t-il levé les yeux au ciel ? — Pour marquer la grandeur et l'importance de l'action qu'il allait faire, et montrer qu'il avait besoin de la toute-puissance de Dieu son Père pour opérer cette grande merveille. C'était aussi pour apprendre aux fidèles que quand ils communient ils doivent élever leur esprit et leur cœur au ciel, et aspirer à une vie toute pure et toute céleste. — Pourquoi rompt-il le pain et le donne-t-il à ses disciples, en leur disant de le manger ? — Pour faire voir qu'on divise le pain sans diviser son corps qu'il donne tout entier à chacun de ses apôtres ; et il leur ordonna de le manger, afin qu'ils fussent une même chose avec lui.
Que fit ensuite Jésus-Christ "> — Il prit du vin, et après avoir rendu grâces, il le bénit, le donna à ses disciples, en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang.
Comment les apôtres burent-ils le vin consacré ? — En se passant la coupe l'un à l'autre de main en main, comme un signe de l'union qu'exige ce sacrement. — Y avait-il de l'eau dans le vin que Jésus-Christ consacra ? — L'Écriture n'en dit mot, mais on sait par la tradition apostolique qu'il y avait un peu d'eau dans le vin que Jésus-Christ consacra, et l'ÉgUse a toujours suivi cet usage dans la consécration de l'Eucharistie,
pour rappeler la mémoire du sang et de l'eau qui coulèrent du côté de Jésus-Christ. — Que signifie ce mélange d'eau et de vin ? — Comme l'eau marque le peuple, le mélange de l'eau et du vin signifie l'union des fidèles avec Je sus- Christ.
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il choisi le pain et le vin pour la matière du sacrement de l'Eucharistie? — Parce que ces aliments étant la nourriture ordinaire du corps, ils sont plus propres qu'aucun autre à repré' senter l'effet de l'Eucharistie, qui est de nourrir spirituellement l'âme. — Pourquoi a-t-il institué l'Eucharistie sous deux espèces différentes et séparées ? — Pour représenter sa mort, qui sépara son corps de son sang. — Jésus-Christ a-t-il ordonné à ses apôtres de consacrer lEucharistie ? — Oui, suivant saint-Paul, il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous boirez ce calice. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. »
A qui Jésus-Christ a-t-il donné le pouvoir de changer le pain en son corps et le vin en son sang ? — Jésus-Christ, par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, a donné aux apôtres et en leurs personnes à tous les prêtres jusqu'à la fin du monde, l'ordre et le pouvoir de changer le pain en son corps et le vin en son sang.
De quelles paroles les prêtres doivent-ils se servir pour opérer ce changement ? — Des mêmes paroles que Jésus-Christ prononça en instituant FEuchai'istie : Ceci est mon corps, ceci. est mon sang. — Au nom de qui doivent-ils prononcer ces paroles ? — Au nom de Jésus-Christ, comme l'indiquent ces mêmes paroles.— Qui donne à ces paroles une si grande vertu ? — La toute-puissance de Dieu ; car, disent les saints Pères,
de même qu'une seule parole a suffi pour créer le ciel et la terre, la lumière et tous les êtres qui existent, et que c'est en vertu de cette parole que le monde subsiste et se conserve, ainsi Jésus-Christ a prononcé quelques paroles pour changer le pain en son corps et le vin en son sang, et cette parole conserve toute son efficacité, quand elle est prononcée par des prêtres.
— N'est ce pas là une chose incroyable ? — Elle est, au contraire, très croyable ; Jésus-Christ a parlé, et cela suffit ; car nous savons qu'il ne saurait nous tromper, et qu'il est assez puissant pour exécuter ce qu'il a promis.
Un laboureur peut-il, sans un miracle, multiplier les grains de froment qui sont dans son grenier ? —En les laissant dans le grenier, il ne peut les multiplier sans un miracle; mais il peut les multiplier en les semant dans son champ. — D'où lui vient ce pouvoir? — D'une parole que Dieu a prononcée au moment de la création, et pourvu qu'il observe les lois nécessaires à la culture du froment, le laboureur peut le multiplier sans cesse.
— Pourquoi un laïque ne peut-il pas, en prononçant les paroles de la consécration, changer le pain au corps et le vin au sang de Jésus-Christ ? — Parce qu'il n'est pas prêtre; il n'est plus dans les conditions voulues. Il ressemblerait au cultivateur qui voudrait multiplier son froment en le laissant dans son grenier. Ainsi, de même que, par la création, Dieu a donné à l'homme la vertu de reproduire et de multiplier les fruits et les semences de la terre, il donne à quelques hommes en particulier le pouvoir de reproduire et de multiplier le pain qui nourrit l'âme, ou la sainte Eucharistie.
Les paroles de la consécration sont donc la forme du sacrement de l'Eucharistie ? — Oui, ce qui marque et signifie ce qui s'opère dans un sacrement en est la forme ; or, ces paroles: Ceei est mon corps, ceci est
mon sang, marquent et signifient ce qui s'opère dans l'Eucharistie, c'est-à-dire le changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. — L'Église n'at-elle pas ajouté quelques autres paroles ? — Oui ; ce sont celles-ci : « Le calice de la nouvelle et éternelle alliance, mystère de foi, lequel sera répandu pour vous et pour plusieurs, pour la rémission des péchés. » Et après ces paroles: Ceci est mon corps, on ajoute, « qui sera livré pour vous. » Ces paroles sont tirées do l'Écriture ou de la tradition.
Que signifient ces paroles: « Ce calice est le calice de mon sang ? » — Que ce qui est contenu dans le calice est le sang de Jésus-Christ. — Et ces autres paroles : « De la nouvelle et éternelle alliance ?» — Que le sang de Jésus-Christ n'est pas donné en figure comme dans l'Ancien Testament, mais réellement et en etfet.— Pourquoi appelle-t-on rEucharistie, mystère de foi "i— On l'appelle ainsi, parce que cela rappelle que dans l'Eucharistie le vrai sang de Jésus-Christ est réellement présent, et que la raison se soumet à cette vérité par la foi aux paroles de Jésus-Christ.
Qu'enseignent ces paroles : « Lequel sera répandu pour la rémission des péchés? » — Que le sang des animaux ne pouvait expier les péchés, et que les hommes avaient besoin que Jésus-Christ répandît le sien pour purifier les âmes. — Pourquoi ces paroles : « Pour vous et pour plusieurs ? » Est-ce que le sang de Jésus-Christ n'a pas été répandu pour tous ? — Saint Paul enseigne formellement que Dieu est venu pour sauver tous les hommes; mais il s'agit ici de l'application des mérites que Jésus-Christ nous a acquis par l'effusion de son sang; or, tous ne reçoivent pas l'application de' ces mérites, par exemple, les enfants qui meurent sans Baptême.
Quand est-ce que le pain et le vin sont changés au
corps et au sang de Jésus-Christ f — Le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ au saint sacrifice de la messe, quand le prêtre prononce les paroles de la Consécration.
Comment V Église appelle-t-elle ce changement ?— VÉglise rappelle transsubstantiation, c'est-à-dire changement d'une substance en une autre.
Ce mot transsubstantiation est-il fort ancien ? — Non, il a été consacré par le quatrième concile do Latran, en 1215, pour mieux exprimer la foi de l'Égliso sur le dogme de l'Eucharistie. — L'Église a-t-elle le pouvoir d'introduire de nouveaux mots pour, exprimer des vérités chrétiennes ? — Évidemment, caria religion est la première et la plus importante des sciences. Ov toute science est susceptible de progrèsdanslefondou dans la forme, il faut de nouveaux mots pour mieux rendre sa pensée. Tous les jours les poètes, les philosophes, les savants inventent des mots nouveaux.
Est-il possible qu'une substance soit changée en une autre ? — Ce qui se fait tous les jours est possible ; oi-. chaque jour, sous nos yeux s'opèrent de semblables changements.— Quels sont-ils?— Les sucs de la terre se changent en plantes, en fleurs et en fruits; la sève des arbres produit des noyaux durs comme la pierre; les aliments que prennent les animaux se changent en leur substance, et le pain dont se nourrit l'homme est aussi changé en la substance de son corps; et pour tout dire en un mot, l'univers est une transsubstantiation incessante. Or, Dieu peut bien faire instantanément dans l'Eucharistie ce qu'il ne fait que lentement et par degrés dans la nature. Ainsi la femme de Loth fat changée en statue de sel, la verge de Moïse en serpent, l'eau en vin aux noces de Cana, etc.
Comment peut-on croire ce changement, puisqu'il ne parai en aucune manière ? — Il suffit que Dieu
l'affirme ; sa parole est plus certaine que le témoignage de nos sens. D'ailleurs, il se fait dans la nature une multitude de changements, sans qu'on les remarque extérieurement : par exemple, si l'on place un œul sous une poule, la chaleur de la poule a la propriété de changer le germe renfermé dans l'œuf en la substance de la chair, du sang et du corps d'un poulet; le dedans de l'œuf est changé en une autre substance, et l'extérieur est resté le même. A la simple vue^ vous ne reconnaîtrez qu'un œuf; mais si vous 'appliquez l'oreille et si vous écoutez avec quelque attention, vous entendrez un bruit qui décèle dans cet œuf la présence d'un être vivant. Or, Notre-Seigneur a daigné se comparer à la poule ; mais s'il a donné à la chaleur de la poule la vertu de changer l'intérieur de l'œuf en la chair d'un être vivant, sans en modifier l'extérieur, pourquoi ne pourrait-il pas, par la chaleur de son amour et la puissance de sa parole, changer en son précieux corps la substance du pain sans en altérer l'extérieur ?
Si vous ne consultez que votre vue, en considérant une hostie consacrée, vous n'y reconnaîtrez que du pain ; et votre vue ne vous trompe pas, car la vue ne juge que d'après les apparences ; mais avant de porter un jugement, consultez Vome, Jîdes ejc auditu, prêtez l'oreille, écoutez .Jésus-Christ qui vous dit: Ceci est mon corps, ceci est mon sang.
Il y a dans la nature une multitude d'objets qui paraissent autres qu'ils ne sont en effet. Placez une carafe de kirsch à côté d'une autre remplie d'eau naturelle, toutes deux vous paraîtront contenir de l'eau de puits ou de fontaine, mais en goûtant la liqueur, vous porterez un tout autre jugement. Pour avoir la vérité, il faut contrôler un sens par un autre.
Ne reste-t-il rien du pain et du vin dans l'Eucha-
DIXIÈME somiiE. ^ 1^25
ristie après la consécration f — Il n'en reste que les espèces ou apparences.
Qu'appelle-t-on espèces ou apparences ? - C'est ce qui tombe sous les sens. — Ces espèces sont-elles quelque chose de réel? — Saint Thomas et d'autres auteurs avec lui pensent que les apparences sont quelque chose de réel. — Il reste donc du pain après la consécration ? — Non, la substance du pain et du vin est changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Les savants désignent deux choses dans les aliments, la partie qui nourrit et la partie qui ne nourrit pas. Supposez que la partie qui nourrit c'est la substance du pain et du vin; et que celle qui ne nourrit pas, ce sont les accidents ou espèces. La substance étant changée, on peut dire qu'après la consécration il ne reste plus de pain, puisque la substance du pain n'y est plus; il reste les espèces, qui dans cette supposition, sont quelque chose de réel, c'est la partie non nutritive ou les accidents.
Mais d'où vient que ces espèces nourrissent encore ? — Dieu, par sa toute-puissance leur donne la vertu de nourrir, commue s'il n'y avait aucun changement. — Pourquoi ? — Pour exercer notre foi et en augmenter le mérite; car si nous avions des preuves sensibles de la transsubstantiation, nous ne croirions plus ce mystère sur la seule parole de Jésus-Christ, mais sur le témoignage de nos sens. — Pourquoi Jésus-Christ a-til voulu se donner à nous sous les espèces du pain et du vin ? — Pour nous faciliter un plus libre accès près de sa divine personne et nous faire entendre que l'Eucharistie est véritablement la nourriture de nos âmes.
Les sens nous trompent donc sur la présence réelle dans l'Eucharistie ? — Non, les sens sont destinés à nous faire connaître les apparences, et les -apparences sont les mêmes après qu'avant la consécration.
l:2ti mXIE.'^lE SOIREE.
Mais nous devons savoir qu'un objet n'est pas toujours ce qu'il paraît être, le ruolz ressemble à l'argent, et n'es, pas de l'argent. Si nous en jugeons par la vue, nous porterons un faux jugement; mais ce ne sont pas les sens qui nous trompent.
N'y a-il que le corps de Jésus-Christ sous l'espèce du pain et que son sang sous Vespèce du vin f — Sous chaque espèce du pain et du vin sont le corps, le sang, l'âme, la divinité, en un mot la personne tout entière de Jésus-Christ.
Quand le prêtre partage la sainte hostie partage-til aussi le corps de Jésus-Christ ? — Non ; Jésus- Christ demeure tout entier sous chaque partie de Vhostie.
Pourquoi Jésus-Christ est-il tout entier sous chaque espèce et sous chaque partie de Vespèce ? — Parce que Jésus-Christ étant dans l'Eucharistie, comme dans le ciel, vivant et immortel, impassible et indivisible, son corps ne peut être partagé ni séparé de son sang.
Pourquoi le corps de Jésus-Christ n'est-il point divisé ? — Parce qu'il est indivisible. Voici comme l'explique le saint Concile de Trente.
« La très sainte Eucharistie a cela de commun avec les autres sacrements qu'elle est le symbole d'une chose sainte et le signe visible d'une grâce invisible ; mais ce qu'elle a de singulier et d'excellent, c'est que les autres sacrements n'ont la vertu et la force de sanctifier que dans le moment de l'usage, au lieu que l'Eucharistie contient l'auteur même de la sainteté avant tout usage ; car les apôtres n'avaient pas encore reçu l'Eucharistie de la main du Seigneur, lorsque néannoins il assurait lui-même avec vérité que ce qu'il leur présentait était son corps.
« Et on a toujours cru dans l'Église de Dieu qu'après
la consécration le vrai corps de Noire-Seigneur et son vrai sang, avec son âme et sa divinité, sont sous l'espèce du pain et son sang sous l'espèce du vin par la force des paroles mêmes ; mais son corps aussi sous l'espèce du vin, et son sang sous l'espèce du pain, cl son âme sous l'une et sous l'autre, en vertu de cette liaison naturelle et de cette concomitance par laquelle ces parties en Notre -Seigneur Jésus-Christ, qui est ressuscité des morts pour ne plus mourir, sont unies entre elles, et la divinité de même, à cause de son admirable union hypostatique avec le corps et l'âme de Notre-Seigneur. C'est pourquoi il est très véritable que l'une des- deux espèces contient autant que toutes les deux ensemble ; car Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain et sous chaque partie de cette espèce, comme il est tout entier sous l'espèce du vin et sous chaque partie de cette espèce. >»
Comment se peut-il que Jésus-Christ soit tout entier sous chaque espèce et sous chaque partie de l'espèce ? — A peu près, comme nous l'avons déjà remarqué', de la même manière que la pensée se communique tout entière par le son de la voix à tous les auditeurs, quoique une simple partie d'air mise en mouvement arrive seule à l'oreille de chacun d'eux, ou comme l'âme est tout entière présente à chaque membre du corps. En supposant que, par un effet de la puissance de Dieu, l'âme demeure unie aux membres du corps quoique coupés et séparés les uns des autres, comm^' elle y est présente quand ils sont unis, celui qui aurait la main posséderait l'âme tout entière, et ainsi des autres membres. — Mais le corps de Jésus-Christ n'est pas un esprit ? — Non; mais il possède quelques qualités de l'esprit, parce qu'il est dans l'Eucharistie glorieux et indivisible.
Jésus-Christ quitte-t-il le ciel pour venir dans l'Eucha-
ristie ? — Non, il est en même temps au ciel et dar l'Eucharistie. — Comment cela peut-il se faire ? — P; un effet de la toute-puissance de Dieu. « J'ai une bel pensée, dit saint Augustin , et cette pensée est fruit et l'ornement de mon esprit. Ainsi Dieu le Pèi a une pensée, et cette pensée qui est son Fils, est 1 fruit et l'ornement de son intelligence; Je veux con muniquer ma pensée à d'autres ; elle vient se plac( sur mes lèvres, et par le ministère de la langue ell s'incorpore, elle se revêt de sons articulés ; pg le son de ma voix qui est son corps, ma pensée pass dans l'oreille de mes auditeurs et elle est tout entier en tous ; et cette pensée est sortie de mon esprit saii le quitter; je la possède toujours pure et entière Ainsi Dieu le Père, pour exprimer sa pensée, prononc une parole et cette parole est son Fils. Dieu le Pèr voulant nous communiquer son Fils, lui donne u corps par le ministère du Saint-Esprit^ qui a paru sou la forme de langues ; et le Fils vient à nous san quitter le sein de son Père, et il se donne à chaqu fidèle sans se diviser, comme la pensée et la paroi entrent en chacun des auditeurs sans division e sans diminution. »
Faut-il adorer le corps et le sang de Jésus-Chris dans V Eucharistie f — Oui, il faut adorer le eorp et le sang de Jésus- Christ dans l'Eucharistie parce qu'ils y sont unis à la divinité.
Quelle est la doctrine de l'Église à ce sujet? — T n'y a aucun lieu de douter, dit le saint Concile d( Trente, que tous les fidèles chrétiens, suivant la cou tume reçue de tous les temps dans l'Église catholique ne soient obligés de rendre au très saint Sacrement le culte l'idolâtrie qui est dû au vrai Dieu. Car, poui avoir été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ, afir qu'il fût reçu par les fidèles, nous ne devons pas
oins l'adorer, puisque nous y croyons présent le ême Dieu dont le Père éternel a dit en l'introduisant ms le monde : Et que tous les anyes de Dieu l'a- ->rent ; le môme que les Mages prosternés adorèrent;
même enfin que, selon le témoignage de l'Écriture, s apôtres adorèrent en Galilée. »
Sont-ce les espèces qu'on adore? — C'est Jésus- R'ist seul et non les espèces. Quand il était sur la rre, ce n'étaient pas ses habits qu'on adorait, mais îtait lui-même qui en était revêtu. Le corps même et me de Jésus-Christ ne seraient pas un objet d'ado- Lion, s'ils n'étaient inséparablement unis à la divité, avec laquelle ils font une seule personne. Quel trait de sagesse remarquez-vous de la part de îUS-Christ en instituant l'Eucharistie ? — Il avait
les hommes oubher l'adoration qu'ils devaient )ieu ; il les avait vus prostituer leur amour et leur oration à la chair et au sang ; alors pour les guérir
cette maladie mortelle, il a inventé un remède alogue au moyen que Satan avait pris pour les rdre, et il s'est dit : « Les hommes sont portés à 3rer la chair et le sang, ils offensent Dieu et ils se :'dent : avec l'Eucharistie ils pourront adorer la iir et le sang sans offenser Dieu, et je leur dirai
toute vérité : Prenez et mangez, et vous serez lime des dieux. »
^our vous faire comprendre avec quel respect vous /ez traiter l'Eucharistie, je vous rappellerai, mes "ants, la manière dont les moines de Cluny prépaent le pain eucharistique. Ils le faisaient avant er ; ils prenaient du meilleur froment^ qu'ils choiraient grain à grain, le lavaient soigneusement, et mettaient dans un sac fait exprès. Un serviteur, ne vertu éprouvée le portait au moulin, dont il ait les meules elles couvrait dessus et dessous. Il
se revêtait d'une aube et d'un amict qui lui couvrait la tête et le visage au-dessous (tes yeux ; il moulait le blé et sassait la farine. Deux prêtres et deux diacres, aussi revêtus d'aubes et d'amicts, pétrissaient la pâte avec de l'eau froide, afin qu'elle fut plus blanche, et faisaient les hosties. Un novice tenait les fers gravés dans lesquels elles devaient être cuites. Le feu était de bois sec et préparé exprès ; et pendant ce travail, les religieux assemblés chantaient des psaumes.
Sainte Radegonde, reine de France, à l'imitation de saint Germain, évêque de Paris, se trouvait très honorée de moudre de ses propres mains le blé destiné à faire des hosties, et de les envoyer ensuite comme présent à différentes églises.
Saint Venceslas, duc de Bohême, cueillait de ses mains des épis de froment, les vannait et en faisait le pain qui devait servir à la consécration.
Un roi du Japon, nouvellement converti, condamna à mort un de ses pages qui avait commis quelque indécence à l'église, et comme on le priait instamment de lui faire grâce : « Quoi ! s'écria-t-il transporté d'indignation, l'on punit ceux qui perdent le respect devant les rois de la terre, et l'on veut épargner celui qui a outragé le Souverain Maître des rois jusque dans son temple !
0NZIE3IE SOIRÉE.