DE LA COMMUNION
Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué VEucharistie ? — Jésus-Christ a institué V Eucharistie pour être la nourriture spirituelle de nos âmes.
ONZIÈiME SOIRÉE. 131
Comment l'Eucharistie est-elle la nourriture spirituelle de nos âmes ? — En ce que le corps et le sang de Jésus-Ciirist soutiennent et fortifient nos âmes dans la communion, comme le pain et le vin ordinaires soutiennent et fortifient nos corps.
La nourriture corporelle entretient la vie du corps, le soutient, le fortifie et le développe ; de même l'Eucharistie entretient la vie surnaturelle de l'âme, la soutient, la fortifie contre les tentations et la fait croître en vertu jusqu'à son entière perfection. L'instruction entretient la vie de l'âme raisonnable, la soutient et la développe, ainsi la communion entretient la vie divine, la fortifie et la perfectionne.
Est-ce que le corps et le sang de Jésus-Christ nourrissent l'âme de la même manière que le pain et le vin nourrissent le corps? — Ils produisent un effet semblable, mais d'une autre manière : le pain et le vin se changent en la substance du corps pour le nourrir, au lieu que par la communion, ce n'est pas Jésus-Christ qui est changé en l'ame, mais c'est l'âme au contraire qui se transforme en Jésus-Christ, et devient comme une même chose avec lui.
Expliquez cette merveille par ce qui se passe dans la nature ? — Comme le Verbe de Dieu s'est uni à la nature humaine en prenant un corps et une âme semblables aux nôtres, de même il veut s'unir à chaque fidèle en particulier, lui donner sa chair et son sang pour le changer en lui, afin que, devenant avec lui comme une même chose, il connaisse avec l'intelligence divine, il veuille avec la volonté divine, il aime avec le cœur de Dieu, il vive de la vie de Dieu et soit glorifié de sa gloire. Les merveilles de la nourriture corporelle, sont reproduites plus merveilleuses encore dans cette divine nourriture.
Dieu a dit au commencement : « Que la terre produise
des plantes, et les plantes des fruits ; » et depuis ce temps le froment et la vigne se nourrissent de la terre, et l'homme se nourrit du fruit de la vigne et du froment. Et cette nourriture s'opère par le changement d'une substance en une autre substance : le froment et la vigne changent en leur substance propre la substance de la terre ; Thomme change en sa propre substance la substance du pain et du vin. Par ce mystérieux changement, la substance de la terre, qui, dans son état naturel, est inerte, insipide et sans couleur, prend une extrême beauté, une certaine saveur dans le végétal ; le pain et le vin prennent dans l'homme une vie animale, et on pourrait presque dire une vie raisonnable.
Qu'est-ce donc qui fait monter ainsi les êtres à des degrés plus élevés et à une espèce de vie surnaturelle? — C'est qu'il y a dans l'être une certaine force qui élève jusqu'à lui ce qui est au-dessous de lui ; ainsi la plante a la force d'élever jusqu'à elle ce qui n'est que matière, l'animal d'élever la plante, et l'homme de transformer en lui la chair de l'animal. — Que suit-il de ce principe ? — Que le corps et le sang de Jésus- Christ, unis à son âme et à sa divinité, étant donnés à r homme pour sa nourriture ne doivent pas se changer en lui, mais le changer en eux, le faire devenir le corps d'un Dieu, le faire demeurer en ce Dieu et ce Dieu en lui.
Comment peut-on expliquer cette admirable transformation ? — jPar l'amour infini que Dieu nous porte. Celui qui aime passionnément désire se rendre semblable à ce qu'il aime, et se le rendre semblable ; son amour ne connaît pas de distance, il veut établir l'égalité. Il veut être ce qu'il aime, et en môme temps, il veut que ce qu'il aime soit en lui ; il veut être une même chose avec ce qu'il aime, et pourtant demeurer
deux pour s'aimer l'un et l'autre et s'aimer intimement, n'avoir qu'une même intelligence, un même amour, une même vie, une même félicité. Or, lEucharistie est ce mystère d'amour ; et comme c'est Dieu qui aime, il aime infiniment, et il élève l'homme jusqu'à lui^ jusqu'à ce qu'il devienne comme une même chose avec lui. ( Rhorbacher. )
Qu'est-ce que communier f — Communier, c'est recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
Ne recevons-nous que le corps et le sang de Jésus- Christ dans l'Eucharistie ? — Nous recevons en même temps son âme et sa divinité. — Ne recevons-nous que la personne du Verbe en communiant ? — Comme la nature du Fils de Dieu est la même nature que celle du Père et du Saint-Esprit, nous recevons en communiant, par concomitance. Dieu le Père et Dieu le Saint-Esprit.
Jésus-Christ nous ordonne-t-il de communier .? — Oui, Jésus-Christ nous ordonne de communier en disant que, si nous ne mangeons sa chair et si nous ne buvons son sang, nous n'aurons pas en nous la vie de la grâce.
Ce commandement concerne- t-il tous les chrétiens ? — Non, il ne concerne que ceux qui comprenaient le précepte quand Notre-Seigneur le promulguait, ou l'eussent pu comprendre, s'ils se fussent trouvés présents. Si vous ne mangez, leur dit-il; il ne regarde que les adultes. - Quel est l'enseignement de l'Église à ce sujet ? — Le saint concile de Trente déclare et prononce que les petits enfants qui n'ont pas encore l'usage de la raison ne sont nullement obligés à la communion sacramentelle de rEucharistie , puisqu étant régénérés par l'eau du Baptême et incorporés en Jésus-Christ, ils ne peuvent perdre à cet âge la grâce déjà acquise d'enfants de Dieu. On ne condamne pas
néanmoins pour cela l'antiquité, qui a suivi celte coutume en quelques endroits ; car comme les saints Pères ont eu dans leur temps quelque cause raisonnable de le faire, aussi doit-on croire fermement et sans difficulté qu'ils ne l'ont fait nullement en raison de quelque nécessité pour le salut. « Si quelqu'un dit que la communion de l'Eucharistie est nécessaire aux petits enfants avant qu'ils aient atteints l'âge de discrétion, qu'il soit anathème. »
Est-il nécessaire de recevoir l'Eucharistie sous les deux espèces ? — Non ; le saint concile de Trente, instruit par le Saint-Esprit... déclare et enseigne que « les laïques et les clercs qui ne célèbrent pas ne sont obligés par aucun précepte divin à recevoir l'Eucharistie sous les deux espèces, et qu'on ne peut en aucune manière douter, sans blesser la foi, que la communion sous l'une des espèces ne suffise à leur salut; car, quoique Notre-Seigneur Jésus-Christ ait institué dans la dernière cène et ait donné à ses apôtres ce vénérable sacrement sous les espèces du pain et du vin, néanmoins, Pour avoir été institué et donné de la sorte, il n'est pas à dire que tous les fidèles chrétiens soient tenus et obligés par l'ordonnance de Noire-Seigneur à recevoir l'une et l'autre espèce.
«On n e peut pas non plus inférer des paroles de Notre- Seigneur, au chapitre VI de Saint-Jean, de quelque façon qu'elles soient entendues, suivant les diverses interprétations des saints Pères et des Docteurs, qu'il ait fait un précepte de la communion sous les deux espèces. Car celui qui a dit: « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous, » a dit aussi : « Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Et celui qui a dit : h Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, » a dit aussi: « Le pain que
je donnerai est ma chair pour la vie du monde. » Enfin le môme qui a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui, » n'a pas moins dit : « Celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
« Il faut confesser que, sous une seule des espèces, Jésus-Christ et le véritable sacrement de l'Eucharistie sont reçus tout entiers et qu'ainsi ceux qui communient de cette manière ne sont privés, quant à l'effet, d'aucune grâce nécessaire au salut.
« Si quelqu'un dit que la sainte Église n'a pas eu des causes justes et raisonnables pour donner la communion sous la seule espèce du pain aux laïques, et même aux ecclésiastiques lorsqu'ils ne consacrent pas, ou qu'en cela elle a erré, qu'il soit anathème.
u Si quelqu'un nie que Jésus-Christ, l'auteur et la source de toutes les grâces, soit reçu tout entier sous la seule espèce du pain, parce qu'il n'est pas reçu, comme quelques-uns le soutiennent faussement, selon l'institution de Jésus-Christ même, sous l'une et l'autre espèce, qu'il soit anathème. »
Pourquoi n'est-il pas nécessaire de recevoir l'Eucharistie sous les deux espèces? — Pour les raisons données par le saint concile de Trente : 1° parce que le fidèle reçoit autant sous une seule espèce que sous les deux ; 2° parce que le Seigneur a promis la vie éternelle à ceux qui ne recevraient qu'une seule espèce comme à ceux qui recevraient les deux ; 3° parce que l'Église s'est souvent contentée de donner une seule espèce.
Pourquoi les prêtres ont-ils le calice et ne le donnentils point au peuple ?— Les prêtres ne reçoivent que l'espèce du pain lorsqu'ils communient sans célébrer ; mais en célébrant la messe, ils reçoivent les deux espèces, parce que le calice fait partie essentielle du
sacrifice. Jésus-Christ lui-même n'a donné que l'espèce du pain aux disciples à Emmaus ; il est dit que lorsqu'il était à table avec eux, il prit le pain, le bénit, le rompit et le leur présenta aussitôt ; ils le reconnurent et il disparut.
Montrez que, dans les premiers temps, l'Église s'est souvent contentée de donner la communion sous une seule espèce ? — Les chrétiens conservaient l'Eucharistie à la maison sous la seule espèce du pain ; les solitaires qui demeuraient loin des villes emportaient le pain sacré pour un an entier ; et chez les Grecs, en Carême, on consacrait le dimanche pour toute la semaine.— Le pape Gélasen'a-t-il pas ordonné à tous les catholiques de recevoir le calice ? — Oui, à cause des Manichéens qui prétendaient que le vin était une créature du démon ; et ce fut un moyen pour distinguer les catholiques de ces sectaires. — Que concluez-vous de ce fait?— Que c'était l'usage pour les fidèles de ne communier que sous une seule espèce, autrement ce pape n'eût pas fait cette ordonnance.
Le Sauveur n'a-t-il pas dit en parlant du calice ; Buvez-en tous ? — Oui, mais il ne s'adressait qu'aux apôtres. — Si le commandement de boire ne s'adresse qu'aux apôtres, celui de manger ne s'adresse donc non plus qu'aux apôtres ? — Un commandement particulier se trouve renfermé dans ces paroles : « Faites ceci en mémoire de moi. — Comment cela ?— Par ces paroles Jésus-Christ ordonne de faire ce qu'il a fait, et par conséquent de distribuer l'Eucharistie ; donc les fidèles ont Tordre de la recevoir. — Quand Jésus-Christ a-t-il prononcé ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi ? — Après avoir donné le pain et non après avoir donné le calice. D"où il faut conclure que les apôtres et leurs successeurs ont reçu ordre de distribuer le pain, et non de présenter le calice.— Jésus-Christ n'a-t-il
pas dit à tous : •< Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang vous n'aurez pas en vous la vie ? »— Oui, mais celui qui communie sous la seule espèce du pain boit aussi le sang du Sauveur, puisque le corps ne peut être séparé de son sang.
Qu'y a-t-il à dire aux protestants lorsqu'ils en appellent à Tinstitution de Jésus-Christ? — Il faut exiger d'eux qu'ils pratiquent tout ce que fit Jésus- Christ en instituant la cène, qu'ils se lavent les pieds, qu'ils rompent le pain, qu'ils se passent le calice de main en main, qu'ils reçoivent la cène après le souper et qu'ils soient douze à une même table. — Ne pourraient-ils pas répondre que ces sortes de choses ne sont pas essentielles au sacrement. ? — C'est ce que les catholiques disent aussi de l'usage des deux espèces.
— Comment montrez-vous que les deux espèces ne sont pas de l'essence du sacrement ? — Parce que Jésus-Christ promet à ceux qui ne reçoivent qu'une espèce autant qu'à ceux qui reçoivent les deux, et que, dans les temps les plus reculés, l'Église a souvent communié avec une seule espèce. Or, si les deux espèces étaient de l'essence du sacrement, l'Église entière serait tombée dans l'erreur. — Que dit Luther lui-même ?—« Si vous arrivez dans un endroit où l'on ne donne qu'une seule espèce, contentez-vous d'une seule espèce et ne vous opposez pas au grand nombre... S'il arrivait qu'un concile ordonnât de prendre les deux espèces, au mépris du concile nous n'en recevrions qu'une. »
Quelle instance peut-on faire encore aux protestants?
— Il faut leur demander qu'ils baptisent comme Jésus- Christ et les apôtres ont fait, par immersion. — Comment baptisent les protestants? — Par infusion. — Y a t-il une grande différence entre l'immersion et l'infu-
sion ? — Plus qu'entre une communion sous une espèce et la communion sous les deux espèces. ~ Ne pourraient-ils pas dire que d'une manière comme de l'autre, il y a toujours de l'eau et des paroles, et que cela suffit ? — C'est ainsi que dans la communion sous une seule espèce se trouvent le corps et le sang do Jésus-Christ avec un symbole visible, ce qui suffit. — Ne pourraient-ils pas dire encore qu'ils ne baptisent pas par immersion pour éviter plusieurs inconvénients ? — C'est ainsi que chez les catholiques on ne donne point le calice pour éviter plusieurs inconvénients. — Ne pourraient-ils pas dire enfin qu'il n'est pas croyable que Dieu, qui gouverne son Église, ait voulu permettre qu'on baptisât mal pendant tant de temps ? — On dit de même qu'il n'est pas croyable que Dieu, qui gouverne son Église, ait voulu permettre qu'on communiât mal pendant tant de temps.
Jésus-Christ a-t-il déter-niiné le temps auquel on doit communier P — Non il en a laissé la détermination au jugement de l'Église. — En quel temps VÉglise nous ordonne-t-elle de communier. — L'Église nous oblige de communier au moins une fois chaque année dans la quinzaine de Pâques.
Voir les explications que nous avons donnée au quatrième commandement de l'ÉgUse.)
N'est-on pas obligé de communier en quelque autre occasion f — Oui, on est encore obligé de communier, quand on se trouve en danger de mort; c'est ce qu'on appelle recevoir le saint Viatique.
Pourquoi le chrétien est-il obligé de communier, lorsqu'il est en danger de mort ? — Pour se défendre contre les ruses et les pièges du démon, pour se soutenir et se fortifier dans ce dernier combat, le plus errible de tous; car tout soldat doit, pour ne pas être vaincu, se présenter sur le champ de bataille
couvert de ses armes et munis de toutes pièces. Enfin c'est aussi pour faire une profession publique de la foi catholique dans laquelle il doit mourir. — Quel péché commettrait-il s'il refusait de communier ? —Un péché mortel ; et le curé qui négligerait de lui administrer la communion dans cette circonstance, comme les parents du malade qui le laisseraient m.ourir sans la communion, se rendraient également coupable de péché mortel.
Faut-il attendre qu'on soit à l'extrémité pour recevoir ^e saint Viatique ? —Non, pour recevoir le saint Viatique^ il suffit que la maladie paraisse dangereuse.
Peut-on dans la même maladie, communierplusieurs fois en viatique ? — Oui, on peut communier en viatique tous les huit jours, et même plus souvent avec la permission de l'évêque.