‹ Soirées chrétiennesChapitre 8 sur 32 · DE LA FRÉQUENTE COMMUNION. — DES AVANTAGES DE LA COMMUNION · texte numérisé non relu

DE LA FRÉQUENTE COMMUNION. — DES AVANTAGES DE LA COMMUNION

Est-il à propos de communier souvent ? — // serait à désirer que les fidèles fussent assez parfaits pour communier à chaque messe qu'ils entendent, comme faisaient les premiers chrétiens.

Pourquoi une telle coutume serait-elle à désirer ? — Parce qu'en communiant à la messe les fidèles participeraient au sacrifice avec plus de fruits, et qu'ils entreraient d'une manière plus parfaite dans l'esprit du sacrifice. — N'est-ce pas là aussi l'intention de Jésus- Christ ? — Oui, le saint Concile de Trente l'explique de

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cette manière : « Quant à l'usage du sacrement, les Pères ont bien sagement distingué trois manières de le recevoir ; car ils ont enseigné que les uns ne le reçoivent que sacramentellement, et ce sont les pécheurs; les autres seulement spirituellement, comme ceux qui mangent par le désir ce pain céleste, en recevant l'utilité et le fruit en vertu de leur foi vive qui opère par la charité; les troisièmes sacramentellement et spirituellement tout ensemble, et ce sont ceux qui s'éprouvent et se préparent de telle manière qu'ils s'approchent de cette table divine revêtus de la robe nuptiale. Or, dans la réception sacramentelle la coutume a toujours été dans l'Église que les laïques reçussent la communion des prêtres et que les prêtres célébrants se communiassent eux-mêmes ; et cette coutume doit être gardée, avec justice et raison, comme descendant de Ic^lradition des apôtres.

« Enfin le saint Concile, avec une affection paternelle, avertit, exhorte, prie et conjure par les entrailles de la miséricorde de Dieu tous ceux qui, en général et en particulier, portent le nom de chrétiens, qu'enfin pour une fois ils s'accordent et se réunissent dans ce signe de l'unité, dans ce lien de la charité et dans ce symbole de la concorde, et que se souvenant d'une si grande majesté et de l'amour si excessif de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a livré son âme bien-aimée pour le prix de notre salut et nous a donné sa chair à manger, ils croient les mystères de son corps et de son sang avec une telle contenance et fermeté de foi, et les révèrent avec une telle piété, un tel respect, et une dévotion de cœur telle, qu'ils soient en état de recevoir souvent ce pain, qui est au-dessus de toute substance, et que véritablement il soit la vie de leur âme et la santé perpétuelle de leur esprit ; enfin qu'étant fortifiés par cette divine nourriture, ils puissent passer du pas-

passer de cette misérable vie à la patrie céleste, pour y manger sans aucun voile le même pain des anges qu'ils mangent maintenant sous des voiles sacrés.

« Le saint Concile souhaiterait, à la vérité, qu'à chaque messe, tous les fidèles qui y assistent communiassent non seulement spirituellement et par des sentiments intérieurs de dévotion, mais aussi par la réception sacramentelle de l'Eucharistie, afin qu'ils retirassent des fruits plus abondants de ce saint sacrifice. »

Comment vivaient les premiers chrétiens, qui communiaient si souvent? — Ils étaient constamment occupés de Dieu et de leur salut, et toujours prêts à souffrir la mort pour Jésus-Christ. — Quelle est la doctrine de saint François de Sales sur la fréquente communion ? — « Si les mondains, dit-il, vous demandent pourquoi vous communiez si souvent, dites-leur que deux sortes de personnes doiven' souvent communier : les parfaits, parce qu'étant bien disposés, ils auraient tort de ne point s'approcher de la source et fontaine de perfection ; et les imparfaits, afin de pouvoir justement prétendre à la perfection ; les forts, afin qu'ils ne deviennent pas faibles, et les faibles, afin qu'ils deviennent forts ; les malades, afin d'être guéris, et les bien portants, afin qu'ils ne tombent point malades; et que vous, comme imparfait, faible et malade, vous avez besoin de communiquer souvent avec votre perfection, votre force et votre médecin. Dites-leur que ceux qui n'ont pas beaucoup d'affaires mondaines, doivent souvent communier, parce qu'ils en ont la commodité, et ceux qui ont beaucoup d'affaires mondaines, parce qu'ils en ont nécessité, et que celui qui travaille beaucoup doit aussi manger des viandes solides et souvent. Dites-leur que vous recevez le saint sacrement pour apprendre à le bien recevoir, parce qu'on ne fait guère bien une action en laquelle on ne

s'exerce pas souvent. Communiez donc souvent et le plus souvent que vous pourrez, avec l'avis de votre père spirituel. »

Outre l'intention de Jésus-Christ et celle de l'Église, quelles sont les autres raisons qui doivent porter les fidèles à communier souvent ? — Ce sont les grands avantages qu'ils retirent de la sainte communion.

Quels avantages retirons-nous de la sainte communion ? — La sainte communion conserve et augmente en nous la grâce que nous avons reçue par les autres sacrements ; elle nous fortifie contre les tentations et nous remplit de Joie et de consolation.

Que produit en nous la nourriture corporelle ?— Elle entretient et conserve la vie du corps. — Que produit dans rame Tinstruction ou la lecture des bons livres?

— Elle entretient et conserve la vie de l'intelligence.

— Que doit donc produire lEucharistie dans le chrétien ? — Elle doit, pour la même raison, entretenir et conserver en lui la vie divine, puisque l'Eucharistie est la nourriture divine de l'âme.

Quelle grâce recevons-nous dans les autres sacrements? — La grâce sanctifiante qui constitue la vie surnaturelle et divine. — Comment l'Eucharistie la conserve-t-elle en nous ? — A peu près comme la nourriture conserve la vie du corps, linstruction la vie de l'intelligence; l'Eucharistie donne à l'âme la force d'éviter tout péché mortel, qui seul fait perdre la vie de l'âme. — Si l'âme n'avait pas la grâce sanctifiante, l'Eucharistie la lui donnerait-elle ? — Si un chrétien était en état de péché mortel, et croyait être en état de grâce de bonne foi, on croit communément que l'Eucharistie produirait en lui la grâce sanctifiante ; mais s'il était de mauvaise foi, il commettrait un sacrilège en recevant l'Eucharistie en cet état.

Comment l'Eucharistie augmente-t-elle la grâce ? — A peu près comme la nourriture corporelle augmente et développe la vie du corps, comme l'instruction augmente et perfectionne la vie de l'intelligence. — Quels sont les eifets de celte augmentation de grâce ? — De même que quand la vie du corps est augmentée tous les organes du corps sont développés et fortifiés, ainsi, lorsque la vie surnaturelle est augmentée en nous, toutes les vertus surnaturelles sont augmentées dans la même proportion. — Comment cela? — Parce que la communion nous unit de plus en plus à la nature divine, et nous fait participer de plus en plus aux perfections divines.

Montrez-nous comment l'P^ucharistie développe et perfectionne la vertu de foi ? — L'Eucharistie communique l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit de lumière et d'intelligence ; il est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Or, de même qu'en ajoutant la lumière du soleil à la clarté d'un flambeau, il résulte une grande abondance de lumière, en unissant l'esprit de Jésus-Christ, le soleil des intelligences à notre esprit, notre âme doit être inondée de clarté. — Comment Jésus-Christ a-t-il donné à ses apôtres lïnteL igence des Écritures ?— Il a soufflé sur eux et leur a communiqué son Esprit. — Quand les disciples d'Emmaûs ont-ils reconnu Jésus-Christ ? — A la fraction du pain, c'est-à-dire à la communion. — Que représentait la colonne de nuée et de feu qui dirigeait le peuple hébreux dans le désert ? — Jésus-Christ, qui dans l'Eucharistie se donne tout entier à chaque fidèle pour le diriger dans le désert de cette vie.

Comment l'Eucharistie augmente-t-elle la vertu d'espérance ? — En ce qu'elle est le gage de la gloire ; nous possédons Dieu par l'Eucharistie aussi réellement que les saints dans le ciel. — Qu'est-ce qui nous

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donne sur la terre l'espérance de la possession d'un bien ? — Deux choses : un titre authentique, comme un contrat ou un testament revêtu de toutes les formalités ; puis une prise de corps, ou un commencement de possession. — Quels sont nos titres à la possession du ciel ? — Le premier est la promesse de Dieu, consignée dans le Testament qu'il a fait à notre profit et qu'il a signé de son sang ; le second est une prise de corps ou la possession par la communion ; les saints se nourrissent de Dieu dans le ciel, mais en le voyant face à face, et les fidèles s'en nourrissent sur la terre dans TEucharistie sous des voiles sacrés ; les uns et les autres possèdent le même Dieu.

Comment l'Eucharistie augmente-t-elle la vertu de charité ? — Parce que Dieu est charité ; en communiant nous recevons la charité elle-même et le principe de toute charité ; nous plaçons dans notre âme le foyer de l'amour divin ; comment n'en serait-elle pas embrasée ? — Pourquoi Jésus-Christ se donne-t-il à nous dans l'Eucharistie ? — Pour nous communiquer son esprit et son cœur, sa nature divine et ses perfections, pour s'unir à nous, corps à corps, esprit à esprit et cœur à cœur.

Quel est le cœur de Jésus-Christ ? — C'est un cœur brûlant d'amour pour la gloire de son Père et pour le salut des âmes. — Se peut-il que, placé à côté d'un tel cœur, le nôtre n'en reçoive pas une ardeur nouvelle ? — Non, pas plus qu'un fer mis au feu ne saurait y résister sans devenir brûlant comme le feu. — Qu'ont éprouvé les disciples d'Emmaùs pendant que Jésus leur expliquait les prophéties touchant le Messie ? — Un feu divin embrasait leur cœur. Si quelques paroles tombant de la bouche du Sauveur sur le cœur de ses disciples étaient capables de l'échauffer si ardemment, que sera-ce quand son cœur sera tellement uni au nôtre (pi'il ne formera plus qu'une même chose ?

Quel est l'apôtre qu'on nomme l'apôtre de la charité ? — C'est saint Jean l'évangéliste. — Où a-t-il puisé la charité qu'il a répandue dans ses écrits ? — Dans le cœur de Jésus sur lequel il eut le bonheur de reposer sa tête après la dernière cène. — Que concluez-vous de là ? — Que si le cœur de Jean a été rempli d'une si ardente et si divine charité pour s'être reposé un moment sur le sein adorable du Sauveur, que sera-ce de notre cœur, en recevant le Cœur même de Jésus- Christ?

Comment l'Eucharistie augmente-t-elle la vertu de prudence ? — Parce que nous recevons dans la communion la sagesse vivante et éternelle de Dieu, et cette sagesse nous éclaire et nous fait choisir les moyens les plus propres à notre sanctification. — Quell-'^s preuves en avez-vous ? — La conduite des apôtres et des martyrs ; lorsque les magistrats les interrogent, ils répondent avec une sagesse admirable, et il n'est précautions qu'ils ne prennent pour éviter jusqu'à l'apparence même du péché.

Rapportez les paroles de sainte Afre. — Livrée d'abord à tous les mauvais penchants, celle sainte fut conduite devant le juge, nommé Gaïus, qui lui dit : « Sacrifiez aux Dieux ; il vaut mieux vivre que de mourii' dans les tourments. — J'ai été une grande pécheresse avant de connaître Dieu, répondit Afre ; mais je n'ajouterai point de nouveaux crimes à ceux que j'ai eu le malheur de commettre, en faisant ce que vous exigez de moi. — Allez au temple et sacrifiez. — Jésus-Christ est mon Dieu, je l'ai toujours devant les yeux, sans cesse je lui confesse mes péchés, et parce que je suis indigne de lui offrir un sacrifice, je désire me sacrifier moi-même pour la gloire de son nom, afin que ce corps que j'ai tant de fois souillé puisse être purifié par les tourments. — Je sais que vous êtes

une femme de mauvaise vie. Sacrifiez donc, car vous ne pouvez prétendre à l'amitié du Dieu des clirétiens.

— Notre-Seigneur Jésus-Clirist a dit qu'il était descendu du ciel pour sauver les pécheurs. L'évangile rapporte qu'il permit à une courtisane comme moi de lui arroser les pieds de ses larmes, et qu'il lui pardonna ses péchés ; loin de rejeter les pécheurs, il s'entretenait familièrement avec eux et mangeait à leur table. — Sacrifiez, afin d'avoir beaucoup d'amants qui puissent vous enrichir. — Je renonce pour toujours à un semblable gain. J'ai foulé aux pieds tous les biens que j'ai acquis de la sorte. Les pauvres d'entre nos frères n'ont pas voulu les accepter, quoique je leur dise que je les leur donnais, afin qu'ils priassent Dieu pour moi. — Jésus-Christ ne voudra point de vous. C'est en vain que vous le regardez comme votre Dieu, une courtisane ne peut jamais être appelée chrétienne.

— Je l'avoue, je ne mérite pas le nom de chrétienne, mais Jésus-Christ m'a fait la grâce de m'admettre au nombre de ceux qui croient en lui, — Sacrifiez aux Dieux, et je vous sauverai. — J'ai pour Sauveur Jésus- Christ qui sur la croix promit le paradis au larron qui confessa sa divinité. — Sacrifiez, ou je vous ferai fouetter en présence de vos amants. — Il n'y a que le souvenir de mes péchés qui puisse me causer de la confusion et de la douleur. — Sacrifiez, encore une fois ; j'ai honte de disputer si longtemps avec une femme comme vous. Si vous n'obéissez, je vous ferai mourir. — C'est ce que je désire, si toutefois je suis digne de sacrifier ma vie pour mon Dieu. — Si vous refusez encore de sacrifier, je vais ordonner qu'on vous tourmente, puis je vous ferai brûler vive. — Que ce corps, qui a été souillé de tant de crimes, souffre mille tourments, il les mérite ; mais mon âme restera pure, et jamais l'on ne me verra offrir de l'encens aux démons. )>

Alors le juge la condamna à être brûlée vive. Au milieu du supplice, Afre, levant au ciel ses yeux baignés de larmes, fit cette prière : « Jésus, Dieu tout-puissant, qui êtes venu sur la terre pour appeler non les justes, mais les pécheurs à la pénitence, daignez accepter mes souffrances en expiation de mes crimes ; puisse ce feu temporel me délivrer de celui ({ui doit brûler à jamais les corps et les âmes. Je vous rends grâces, ô Seigneur Jésus, de ce que vous daignez me recevoir comme une hostie immolée à la gloire de votre nom, vous qui vous êtes offert sur l'autel de la croix comme une victime d'expiation pour les péchés du monde, vous qui, quoique innocent, avez voulu mourir pour les pécheurs. Je vous offre ma vie en sacrifice, ô mon Dieu, qui vivez avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen. )> Cette prière finie, elle expira.

Dans cette conduite, dans ces nobles paroles, on voit éclater tout à la fois la prudence, l'humilité, la justice, la force, la tempérance, la confiance en Dieu, la charité ; ni for, ni l'argent, ni les plaisirs, ni les tourments ne peuvent l'empêcher de se sacrifier pour son Dieu.

A quoi les saints Pères attiibuent-ils la force don les martyrs ont donné des preuves si éclatantes ? — A la réception de la sainte Eucharistie. Saint Ambroise, dans un de ses discours, s'adressant à saint Laurent, martyr, s'écrie : « D'où vous vient donc, ô illustre martyr, ce courage inexplicable qui vous fait supporter les plus affreux tourments comme si vous étiez insensible ? Le feu consume vos membres, et vous ])ravez le tyran et ses bourreaux. Ah ! c'est que vous avez reçu dans la sainte communion le Dieu fort et puissant, c'est que son sang coule dans vos veines. »

Saint Jean Chrysostome dit que les chrétiens, après

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avoir communié, étaient terribles au démon et ressemblaient à des lions qui respirent la flamme. — L'Eucharistie produit-elle les mêmes eft'ets dans les chrétiens de nos jours ? — Oui, elle leur imprime une force surnaturelle pour repousser les efforts de leurs ennemis visibles et invisibles ; elle modère la violence des passions et tempère l'ardeur de la concupiscence.

Comment l'Église explique-t-elle les effets de l'Eucharistie ? — « Notre Sauveur, dit le concile de Trente, étant près de quitter ce monde pour aller à son Père, institua ce sacrement dans lequel il répandit pour ainsi (Jire toutes les richesses de son amour envers les hommes, perpétuant la mémoire de ses merveilles, et il nous commanda d'honorer sa mémoire et d'annoncer sa mort en le recevant, jusqu'à ce qu'il vienne luimême juger le monde. Il a voulu aussi que ce sacrement fût reçu comme la nourriture spirituelle des âmes, qu'il les entretînt et les fortifiât en les faisant vivre de la propre vie de Celui qui a dit: «Celui qui me mange vivra aussi pour moi >s et comme un antidote par lequel nous fussions délivrés de nos fautes journalières et préservés des péchés mortels. Il a voulu déplus qu'il fût le gage de notre gloire future et de notre bonheur éternel, et enfin le symbole de l'unité de ce corps, dont il est lui-même le chef, et auquel il a voulu que nous fussions unis et attachés par le lien de la foi, de l'espérance et de la charité, comme des membres étroitement serrés et joints ensemble, afin qu'ayant tous un même langage, il n'y ait point de schisme parmi nous. )j

Que remarquez-vous dans cette doctrine ? — Je remarque: 1° que lEucharistie renouvelle la mémoire de la passion et de la mort de Jésus-Christ, et fournit le moven d'honorer Dieu comme Jésus-Christ l'a honoré

sur la croix ; 2o que c'est un sacrement qui fait vivre les chrétiens de la vie divine; 3" que c'est un antidote ou un remède qui préserve des péchés mortels et délivre des péchés véniels ; 4° qu'elle est le gage du bonheur éternel et de la gloire future; 5° qu'elle est le symbole de l'union qui doit régner entre tous les chrétiens.

Qu'est-ce qu'un gage ? — C'est un objet donné comme assurance de l'abandon d'un autre que l'on promet.— Gomment savez-vous que l'Eucharistie est un gage de la vie éternelle ? — Jésus-Christ l'a dit expressément : u Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. » Ainsi le chrétien, par l'Eucharistie, possède sous des voiles mystérieux la substance divine qui constitue la vie éternelle.

Comment l'Eucharistie est-elle le gage de la résurrection glorieuse ? — Parce que la chair de Jésus-Christ est une chair vivante et vivifiante, qu'elle est pour le corps un germe d'immortalité qui le fera ressusciter un jour glorieux et incorruptible, en sorte que, comme la mortalité est entrée dans la nature humaine par un fruit défendu, la vie et l'immortalité lui sont rendues par un autre fruit et un autre aliment.

Quels sont en résumé les fruits de l'Eucharistie dans le chrétien ? — A peu près les mêmes que ceux que Jésus-Christ a produits étant sur la terre; elle rend la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la vie aux morts, ^a santé aux malades, la force aux faibles, etc., mais dans l'ordre moral.

Comment l'Eucharistie est-elle le symbole de l'union qui doit régner entre les fidèles ? — « Parce que, dit saint Paul, en mangeant le même pain, nous ne formons plus qu'un seul corps. » —Comment les Docteurs expliquent-ils ce merveilleux effet ? — De môme que le pain et le vin forment comme une seule et unique

chose, ainsi les fidèles deviennent comme une même chose par l'Eucharistie. Les grappes et les grains de raisin sont différents les uns des autres ; mais après qu'on les a foulés dans le pressoir, et qu'on a ôté ce qui n'est pas du vin, on ne peut plus distinguer ce qui vient d'une grappe ou d'un grain de ce qui est produit par une autre grappe ou une autre grain. Chaque goutte ressemble parfaitement aux autres gouttes et toutes ensemble elles ne forment plus qu'un seul tout. Les épis et les grains de froment diffèrent les uns des autres: mais après qu'ils ont été écrasés sous la meule du moulin et qu'ils ont perdu tout ce qui en eux n'est pas de la farine, les grains se ressemblent tous et forment un seul pain. Ainsi, les chrétiens, en communiant, doivent se dépouiller de tout ce qui est opposé à l'esprit de Jésus-Christ, et lorsqu'il n'y a plus rien que de divin en eux, ils forment un seul tout avec Jésus- Christ.

Qu'y a-t-il dans le chrétien qui soit plus particulièrement opposé à l'esprit de Jésus-Christ ? — C'est l'orgueil, la cupidité et la sensualité.

Comment l'Eucharistie détruit-elle l'orgueil ? — En ce qu'elle communique l'esprit de Jésus-Christ qui est un esprit d'humilité. — L'Eucharistie n'est-elle pas par elle-même une grande leçon d'humilité ? — C'est la plus frappante : pour se faire homme, le Fils de Dieu s'est dépouillé de sa majesté infinie, et il s'est anéanti jusqu'à mourir sur une croix entre deux voleurs ; mais il descend plus bas dans l'Eucharistie ; il devient pour ainsi dire, le frère d'un grain de poussière ; il est au dernier degré de l'existence. Or, Jésus aime ceux qui lui ressemblent; nous devons donc nous humilier et nous anéantir comme lui.

Quelle est la vertu qui découle de l'humilité? — L'obéissance. — Jésus-Christ dans l'Eucharistie n'est-

il pas un parfait modèle d'obéissance ? — Oui, il obéit aux méchants comme aux bons. A la parole d'un prêtre sacrilège, il se rend présent entre ses mains; il entre dans le cœur de ceux qui le reçoivent en état de péché mortel. — L'Eucharistie doit donc faire disparaître la première cause des divisions?— Oui, l'esprit d'orgueil et de révolte qu'elle remplace par l'esprit d'humilité et d'obéissance.

Comment l'Eucharistie détruit-elle la cupidité ? — En communiquant l'esprit de Jésus-Christ qui est un esprit de pauvreté, de charité et de dévouement. — Pourquoi Jésus-Christ s'est-il fait pauvre? — Pour nous enrichir. — Est-ce par intérêt qu'il est venu pour nous sauver?— Non c'est uniquement par amour pour nous. — Qu'a-t-il donné pour notre rançon ? — Il a tout sacrifié, repos, santé, honneur, vie, et il se donne tout entier à chaque fidèle.

Quel est le principal commandement du Sauveur ? — C'est de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. — Est-il possible qu'un chrétien reçoive dignement l'Eucharistie sans éprouver un vif désir d'imiter Jésus-Christ, de pratiquer comme lui les vertus de pauvreté, de charité et de dévouement ? —Non, l'expérience prouve qu'elle est la source de ces vertus. — Quelles sont en général les personnes en qui l'on remarque un plus grand détachement des biens de la terre, plus de charité et de dévouement ? — Ce sont celles qui communient le plus souvent.

Il y a quelques années, un prince protestant, touché du dévouement des sœurs hospitalières qui soignent les malades dans un hôpital à Berlin, disait à un catholique : « Je ne m'explique pas le dévouement de vos sœurs. Nous avons aussi des infirmières religieuses auxquelles un de nos ministres fait de fréquentes instructions pour les encourager dans l'accomplissement

de leur charitable mission ; et cependant elles remplissent leurs fonctions comme des gens à gages. Vos sœurs, au contraire, reçoivent peu d'instructions, et on les voit soigner leurs malades avec une tendresse maternelle et un dévouement sans bornes. » Le catholique lui répondit : « Vous avez raison, Monsieur, mais si nos sœurs n'ont pas des instructions aussi fi'équentes quo vos infirmières, elles ont, pour entretenir en elles le feu de la charité, un moyen que vous n'avez pas. Trois ou. quatre fois par semaine elles reçoivent Celui qui est la charité même et qui s'est immolé pour le salut de tous. C'est ce qui leur inspire ce beau dévouement pour leurs malades. »

Comment l'Eucharistie détruit-elle l'égoïsme ? — En communiquant l'esprit de Jésus-Christ qui est un esprit de mortification et de pénitence, suivant ces paroles de saint Paul : « Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses convoitises. » — Quelle preuve en avez vous encore?— La conduite des apôtres, des martyrs et de tous les pénitents qui ont illustré l'Église. — Quels sont parmi les chrétiens les hommes les plus mortifiés ? — En règle général, ceux qui communient le plus souvent.

Comment se maintient le monde matériel ? — Par la combinaison de deux forces, la force d'attraction et la force de répulsion. S'il n'y avait que la force d'attraction, tous les mondes, les astres, les planètes, se réuniraient pour ne plus former qu'une masse immense ; et s'il n'y avait que la force de répulsion, ils s'en iraient se perdre dans l'espace ou le vide. Mais au moyen des deux forces combinées, l'ordre et l'harmonie se maintiennent. — Comment se maintient l'ordre moral ? — Par la vertu toute puissante de l'Eucharistie. Il y a dans les cœurs une force qui les éloigne les uns des autres et les rend ennemis les uns des autres: laissés à

eux-mêmes, ils se livrent à tous les désordres, c'est l'anarchie ; mais l'Eucharistie est la force d'attraction qui rapproche les cœurs les uns des autres et maintient l'harmonie entre tous. — Mais cette vertu de l'Eucharistie est invisible ? — La force d'attraction et de répulsion le sont également, et cependant tous les savants les admettent.

Homère et les anciens poètes disaient que Jupiter avait une chaîne d'or si merveilleuse et si puissante, que par elle il pouvait enlever la terre et la joindre à la plus haute sphère du ciel, en liant par des chaînons les dieux aux hommes et les hommes aux dieux. Ce sont là comme des ombres de nos vérités et des présages de nos mystères; car il y a une chaîne admirable, composée de trois chaînons, par laquelle le Père éternel lie la nature humaine, le corps et l'âme à l'essence suprême de sa divinité. Le premier chaînon est la communication de la substance de Dieu le Père à son Verbe selon ces paroles : « Le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu, » Les ariens ont voulu briser ce chaînon.

Le second est l'incarnation du Verbe, selon ces paroles : « Et le Verbe s'est fait chair, » ou la communication de la nature divine à la sainte humanité de Jésus-Christ, de manière qu'il y a union personnelle entre les deux natures. Les nestoriens ont essayé de rompre ce second chaînon.

Enfin le troisième est la communication de la substance divine à chaque chrétien par le sacrement de l'Eucharistie, selon ces paroles: » Et il a habité en nous. )) Les protestants ont essayé de briser ce troisième chaînon. Jésus-Christ a anéanti ces trois hérésies par ces quelques mots dans la prière qu'il fit à son Père, la veille de sa mort : < Je suis en eux et vous êtes en moi, afin qu'ils soient en nous une même chose. » Ego in eis, et tu in me, ut etipsi in nohisunumsint.

Ainsi par ces trois chaînons, nous sommes substantiellement unis à l'essence de Dieu, même dès cette vie.

Écoutez saint François de Sales qui nous dit: « Communiez le plus souvent que vous pourrez avec l'avis de votre père spirituel. Et croyez-moi, si le corps prend les qualités des aliments dont il se nourrit habituellement,... vous verrez que, nourrissant souvent votre âme de Fauteur de toute beauté et bonté, de toute sainteté et pureté, elle deviendra à ses yeux toute belle, toute bonne, toute pure et toute sainte. «

Un homme qui ne se nourrirait que d'oranges répandrait partout l'odeur de l'orange. Ainsi celui qui se nourrit souvent de Jésus-Christ dans l'Eucharistie doit aussi répandre partout la bonne odeur de Jésus-Christ; ses pensées, ses paroles et ses actions sont toutes parfumées de la suavité et de la sainteté de Jésus-Christ.

Peut-on, sans communier sacramentellement, obtenir quelques-uns de ces avantages? —Oui, en communiant spirituellement. — Qu'est-ce communier spirituellement ? — C'est avoir un désir ardent de recevoir Jésus- Christ et de s'unira lui dans l'Eucharistie. — Comment doit-on faire cette communion spirituelle ? — Avec le même esprit, la même foi et les mêmes dispositions que si l'on communiait léellement. — Quand faut-il communier spirituellement ? — On peut le faire en tout temps, mais particulièrement lorsqu'on prie l)ieu, qu'on entend ou qu'on lit la parole de Dieu, qu'on assiste à la sainte messe et qu'on donne le sacrement de l'Eucharistie.

Tous ceux qui communient reçoivent-ils les avantages dont nous avons parlé ? —Non, il n'y a que ceux qui communient avec les dispositions nécessaires.

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