CINQUIEME SOIREE
Quelcjues jjrands seigneurs. — Renouvelé de François I".
Je n''ai signalé de toute ma maison que mon premier aumônier ; il y avait après lui Tabbc de Villedicu comme maître de Toratoire , et Fabbé de Chabans , en qualité d\aumonier ordinaire. Le premier, bizarre aPexcès, s'aimaginant , je ne sais pourquoi , que tout le clergé en voulait a sa charge , allait jusques a craindre un assassinat. Une pareille frayeur le conduisait a des manies folles , par exemple cha cune de ses calottes était doublée d^me coiffe de fer, il portait une cuirasse formée de plusieurs mains de papier recouvertes d^m picpuépais de lafetas , il avait des euissartU, <les T. r. |:i
brassards de Ja mcnie matière, et son chapeau, bien (juil ne fût bon (\\x'li tenir a la main , pesait au moins \ingt livres par la quanlité de choses dont il était garni , toutes propres a éluder un coup inopiné et violent.
A part ce travers d''imagination , coimu d''ailleurs de peu de personnes , M. J''abbé de Villedieu ne manquait ni de science, ni d'*esprit; mais pour le faire se renfermer chez lui pendant une semaine, il aurait suffi de lui dire (]u''on avait vu un hojinne de mauvaise mine roder autour de sa maison.
M. Tabbé de Cliabans , homme de bonne compagnie, plaisait par la douceur de son caractère et Tamaliilité de sa conversation , on aimait a se rencontrer avec lui ; doux , affable, conciliant , son avis était toujours le votre , ou plutôt le sien s''effacail tellement devant celui d'autrui qu''on se demandait quelle était Topinion de M. de Chabans. Le monde est plein de ces hommes qui veulent plaire à tous, c"*est l'affaire de leur vie, le soin unique qui les occupe et le levier dont ils se servent pour soulever la société a leiu' profit personnel : ce
calcul leur réussit parfois. Il y en a d'autres chez qui, mal[jre tant de soins, ce travail est en pure perte , et qui feraient tout aussi bien de montrer plus d'indépendance et de fermeté.
Les aumôniers de quartier, les abbés de .Moulault de Poitier (neveu de Tabbé de Gaston), de Sinety, et de wSaint-Didier, étaient des gens de qualité , ou a peu près, je les voyais rarement; aussi aucun dVux n''a-t-il été Tobjet de mon étude particulière. 3ron confesseur, Tabbé Mandoux, avait aussi été celui du feu roi ; bon prêtre, simple, modeste, charitable, craignant de faire du bruit, au point qu'au seul écho de ses pas il tressaillait, regardant autour de soi en homme épouvanté de cette rumeur extraordinaire. C'était le paisible successeur du terrible Letellier, il ne me parlait que de Dieu et des pauvres, on ne le rencontrait nulle part, tandis (jue Punivers entier se fourrait sur mon passage; et quand j'*avais affaire a lui , il fallait renvoyer chercher. In tel homme était une rareté a la cour oii chacun cherche a attirer
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rallcnlioii sur soi; sa mort inc i'ulpcniblc vA si pénible, <jircn 1789 je ne Tavais pas remplacé, me servant du premier prêtre venu auquel j^accordais ma confiance momentanée, je m'en trouvais mieux et ma conscience aussi.
Ma maison civile se composait de deux premiers {gentilshommes de la chambre : le comte (le Bourbon Bussct nous appartenait parles liens dusan^ ; cette branche bâtarde de la maison de Bourbon remonte a Pierre de Bourbon, seioneur de Busset, fils naturel de Louis de Bourbon, évèquc de Lièj^e, lui-mcme de naissance ill(''oitime,etde Catherine d'I^^o^mond, princesse de (lueldre. La grandeur de la mcre ajoute a rillustraliond(î messieurs dcBusset, ilssesonl maintenus a cette hauteur par des mariantes convenables ; les familhîs au\(juelles ils se sont alliés sont les d'Vlègre, lesBorjria, les La Bochefoucauld, les Pontac, les MonI morillon, les Laqueille , les Bcrmondet, les (loufficrs, les Clermont-Tonnerre,etc. *
* Messieurs de Uoiirl)on Riisset ])réfeiident (jn'iin miriafM' Irfjitlme eut lien, entn» Louis de Bourbon vi
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lis ont produit en outre des honuiies d\\\\ mérite distiufyué; eependant depuis LouisXlV, mon grand aïeul, nous aimions peu à voir notre écusson plein, \\ part Pimpcrceptihle brisure, porte par une famille sien arrière de nous; elle en avait le droit; mais mon aïeul en leui adressant la parole ne les nommait jamais que messieurs de Busset; je me conformai 'a cette injonction tacite, non que je me déplusse avec le comte de Busset, car il ne manquait ni d^'s prit ni de noblesse d^'uiie : je Pai vu dans le malheur manifester par une fidelile à loulc «preuve combien il était diîjne de nous appartenir.
Ou moins, en se raltachantli nous, il se le naît \i son rang sans sVn faire accroire, bien cliflFérent de cette couvée de race mérovingienne qui pullula tout a coup a la cour, lors cpu' par la facilité de Monsikhu , les IVIonlcsquiou Fezensac, les Mauléon , les Pardaillan,
la piiiucssc (Ir (jucUhc'i , tuul |njil<' à « loiic (jii'il> oui raison.
L'cdiU'iir.
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les d''Esclinac , et je ne sais combien encore (i\'\ulres g^cnlilslioninies de Languedoc , de G uienne, et du comte de Bigorre se trouvèrent ioutk coup descendre a notre barbe desClovis. On prétend que la généalogie est incontestable^ je Pai toujours entendu contester par gens de science et de probité. Aussi lorsque le marquis dcMontesquiou, premier écuyer de Monsieur, comte de Provence, et auteur de ce beau cou|) de main, eut été reçu au nombre des quarante, un malin s''avisa de lui décocher le distique suivant, qui nous amusa beaucoup :
Montcsquiou-Fczcusac est de racadémic.
Quel ouvrage a-t-ii fait? — Sa généalogie.
Au reste, je ne donne pas mon opinion comme règle, je parle d''après les autres, ils peuvent se tromper comme avoir raison *.
* il V a beaucoup à dire pour et contre cette maigoii : voir à ce sujet rexcellent ouvrage de M. de Mauléon sur les Mérovingiens et les Carlovingiens.
Uédileur.
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Mon second gentilhomme , le comle de Maille *, dont le fils a eu la survivance et dont je parlerai en son temps, appartenait k une antique famille dont il ne dérogeait pas ^ vertu, honneur, probité, voila ce qui le distinguait : on passe par dessus quelques défauts, lorsqu'ils sont contrebalancés par des vertus aussi brillantes.
J''avais dix gentilshommes d^honncur : le chevalier d'^Escars , de Tilluslrc famille de ce nom, fut plus tardnonuné membre de rassemblée constituante, il y tint la conduite d''un véritable noble , détestant les innovations , faisant d abord partie de la majorité de son ordre, et, plus lard, s^associant au sein de rassemblée à celte minorité courageuse qui combattit si vaillamment pour le trône et Tautel. Il me rejoignit hors de France; je me hâtai de récompenser i«a loyauté en le nommant capitaine de mes gardes, il ne me quitta pas dans
* I-a maison de Maillt; sr rccoiiimaiulr par îia lùJc llté et l'iinportaiH^o de s«'S services.
L' éditeur.
la lonjjiu' suite tic mes malheurs, et j''ai fait ]>oiir lui tout ce que j^ii pu faire, mais pas autant j^ourlant c|u"'il le mérite, car il vit encore et je ne cesse décompter sur lui. On le nomme maintenant le comte trEscars *.
Le chevalier de Montaijjnac, homme de mérite, le comte d''Harville ({ui, a la révolution, sVst éloigné de moi, le vicomte de LaCharce, fidèle et plein d''espril , le vicomte de La l^oche-Aymon, neveu du {jrand-aumonier de France, le marquis de Saint - Chamans , le comte de Chastenay, ont droit âmes éloges , j''aime a croire que mon souvenir leur sera précieux, j''en dis autant du marquis de Saint- Hermine , du marf|uis de Mcsme et du baron de Coëtlosquet.
Mes deux chambellans étaient le chevalier
* Les d'Escars, en leur nom Peyrusse, sont de très ancienne et clievaleresque race de la province de Guyenne.
jy éditeur.
** (^elui-ci, neveu de J'éve<juc de Limoges, précepteur d<s princes.
/y éditeur.
lie la Billardeiie et le comte de (lebervillicrs, je les ai peu connus, (juoicjue mes commensaux; on en disait beaucoup de bien, leur conduite n''a pas cesse' d''étre honorable.
Le marquis de Polignac, frère du comte Jules, depuis duc, était mon premier ccuyer; on le citait pour ses bizarreries, il partafjeait cette renommée avec le comte Armand , son dig^ne parent. Premier maître d'hôtel, la comte de Fougières, Pun de mes fidèles.
Pavais a cette époque pour premier méde cin M. Lieutaud , praticien d^in rare mérite que j^écoutais parler avec plaisir ; 31. La Bordère avait sa survivance, je ne doute pas de sa science , mais son souvenir m*'est peu présent. Parmi mes médecins ordinaires, je signalerai le docteur Desions , qui prit si a cœur le mag^nétisme et dont la brouillerie avec la faculté de médecine fit tant de bruit , le docteur Trioson qui depuis a rendu son nom célèbre en l'imposant par adoption k Tilluslre peintre Girodet , le docteur Vie - dWzyr, aussi beau parleur qu'habile dans sa parlie; les méchans affirmaient fjue ses malades au-
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raient voulu que sou savoir tiit Ii la hauteur de sou élo(|ueuce.
Il y avait comme médecin allaclié li mes écuries, (jueltjue temps avant la révolution, un homme qui depuis a jeté un affreux éclat, et dont Todieuse renommée remplira long-temps encore le monde , je veux parhîr du docteur Marat, ce monstre , car aucun autre titre ne lui convient mieux, et la charité cln-étienne doit se taire en le lui donnant. (]e monstre, dis-je, ne m^ippartenait plus lorsque les premiers troubles éclatèrent en 1789, il avait été obligé de donner sa démission par suite d^ine affaire qui est demeurée inconnue jusqu'à ce moment.
Marat quoique' hid<ni\ a voir, — je ne l''ai jamais appcrçu , et je m''en félicite , — était amoureux : un tel sentir»ient s''alliait peu à sa saleté sans pareille, a rinfection qui éclatait en lui, mais enfin il aimait, ce n''était pas u!ie grande dame, c^îtaitThumble moitié d''uu de mes pahjfr(mi(!rs, coqueltc de bas-étage, créature leste, fringante, jolie , qui se |)artag('ait entre son mari a cause du devoir, et son amant,
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parce qu^elle avait le cœur sensible. Or, cet amant n''ëtait pas le docteur Marat.
11 y avait dans mon écurie la perle des picjucurs, un grand coquin, Basque d''origine , Picard de naissance, et dont la mère appartenait au pays de Caux; il résulta de ceniélanj>c un superbe garçon à la taille élancée, à la figure fraîche, toujours gai, rieur, leste, étourdi ayant une mauvaise tète et un cœur d''or. Cyprien était son nom, et tel est Tempire des belles formes et de la grâce que Cyprien était connu de toute ma maison, je me plaisais moimême a lui sourire, car enfin la beauté oii elle se trouve élève toujours riiomme ou la femme (jui la possède au-dessus de sa position sociale.
Si j''avais fait attention au superbe Cyprien, madame Noman avait plus ton venablcmentencore jeté son dévolu sur cette merveille subalterne ; et, sans respect pour les nœuds qui la liaient, elle s''abandonnait à une flamme trop commune a Versailles, à cette époque surtout, pour quVIle parut étrange. Le docteur Marat, (jui se vit repoussé avec perte, jura dr s'en venger. 11 fut trouver le mari , sorte crauto-
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nialc iinl)ocilo , lui conla ce (jiii se j>assail, exalta sa tète, et fit si bien, que voila le palefrenier Nonian qui ne respire plus que \en- 5»eancc. Oiiclle punition ehoisira-t-il? Maral consulté sur ce point, se ressouvient de la Fable inia;][inec sur un des rois de France.
Un médecin, dit-on , dont la femme était aimée par François 1" , conçut la pensée , pour punir Taifront qu''il ressentait si vivement, de s''inoculer une maladie afiFreuse, et alors dans toute sa vivacité. Il en résulta que sa femme infectée empoisonna le monarque , et tous les trois moururent a la fois. Ce fait me semble douteux. Quoi qu''il en soit, Marat malignement propose au mari outrajjc le même moyen. L''imbécile palefrenier est assez sot pour suivre ce conseil abominable; Marat, alors, va au-delà du fait Jiistori(jue, il y joint la Jjale. Oue sais-je encore!^... Bref, on adopta de point en point son ordonnance , et le fou JNoman, sa fyenlille moitié et le su|)rrl)(' |>i(picur lanjyuircnl bi(Milol, en |)roi(' \\ dcssoullrances atroces <t mullipli('ç<.
C'était \i faire pitic (|iie do les voir tous mourir lentement , tombant en lambeaux et infectant le quartier crime odeur fétide et cadavéreuse. Le mari, s^il n*'eiit point parlé, n''aurait pas cru la veng^eance complète. On sut dans mes écuries et le conseil donné , el le crime commis. L''indi[][nation générale éclata contre Marat ; on en vint a des voies de fait. Les amis du beau Cyprien imaginèrent, pendant une nuit bien noire , de se saisir du méchant docteur , comme il rentrait. On le bâillonna de manière à ne pouvoir pousser un seul cri , on lui lia les mains et les pieds, et puis, au milieu de la grande écurie, on le berna pendant un cjuartcriieure au moins.
Le misérable, furieux, et 'a part la douleur • physique, fut sur le point de mourir de confusion et de rage; il courut se cacher dès qu'ail eut été rendu a la liberté, ne reparut plus au château et vendit sa charge; on voulait le livrer a la justice, j''euslc tort de mV opposer; peut être que le juste châtiment, que le rôle qu'il avait jnu(' dans celle circonslancc lui aurait
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mérite, nous eût sauve de lui, et <[ue, déshonoré dès-lors par un blâme solennel, la révolulion n^aurait pas osé en faire sa première idole ; au reste, des trois victimes, le mari et l'amanl expirèrent en proie à d''abominables souffrances; la femme, guérie à moitié, prolongea son existence, cpie remplirent d''amertume ses regrets et ses douleurs plivsi(|ucs, bien heureuse encore si , après 1789, Marat ne s''est pas souvenu d''elle.
Le marcjuis du Hallay était mon premier veneur, ses lieutenans, M. Manegre et le marquis dcFonblancIie, lionnne de poids et d'^lionneur, et ce qu''aujourd'hui on appellerait royaliste, quand même. Dieu voulut nous en fournir beaucoup (jui méritassent ce sobriquet.
Capitaines des gardes-du-corps , le prince d'Hennin, le chevalier de Crussol; le premier avait de hautes prétentions, il se disait de la maison d'Alsace ; tout ce qu'ail y a de certain, c'est que c''esl làune race bien antique, très illustre, et'a laquelle les Toisons d*'Orn''ont pas manfjué. Ouant au prince d''Hennindont il s'agit, il étail , je ne sais ponrcpioi. crii>lé de
ridicule ; avec de Tesprit naturel il passait pour ennuyeux, ce qui motiva une plaisanterie par trop offensante du comte de Lauraguais , véritable brise-raison, pour me servir de Texpression proverbiale.
Ce seigneur était très assidu chez mademoiselle Arnould, actrice de lOpëra, et plus fameuse par son esprit que par son talent dramati(jue et sa voix. Le comte de Lauraguais , impatiente de rencontrer sans cesse le prince d'Hennin auprès de la fille du monde, s''avisa d(; demander par fortne de consultation à Bouvard et a Poissonnier Despcrieres, tous les deux habiles médecins, si Tennui pousse au comble devenait un cas de mort. Sur leur décision adirmalive , le voila qui fait rédiger par un huissier une défense au prince d''JIennin do remettre les pieds chez mademoiselle A.rnould ; une pareille incartade fit un bruit sans pareil , ( t pourtant celui contre qui elh; avait été dirigée n''en demanda même pas , je crois , raison a son auteur; je puis me tromper , tant de faits si imporlans ayant depuis rempli ma mémoire. .
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Le prince (l Hennin, la revolulion venue, ne prit pas le parti cpie voulait sa naissance et son ranj; ; les novateurs le gagnèrent, ainsi que le fils du prince de 3Iontbarrey, et Tentraîncrent îi leur suite , il s''y conduisit mal , sans pouvoir sauver sa vie ; il périt en 1794 , dans le mois de juillet , peu regretté, car sa conduite lui avait enlevé tout ce qui , dans cette fin déplorable , aurait pu inspirer de la pitié. La même fin atteignit M. de Montharrey.
Le chevalier de Crussol appartenait li la maison qui possédait la première pairie de France. Des malicieux ont voulu le faire descendre d^un apothicaire nommé Basthet , e''estune calomnie : messieurs de Crussol, ducs d"*! zcs, sont de très bons, de très anciens gentilshommes. Le chevalier, mon capitaine des gardes, mVlail fort attaché.
Mon premier chancelier, garde-des-sceaux, fut M. i\v Bastard, premier président démissionnaire du parlement de Toulouse ; la justirc rigoureuse cp^ils^îst rendue lui-même,
m'interdit do ni^UTetcr sur son compte , il mVst plus doux de parler de mon chancelier actuel , de cet excellent, de ce parfait M. de Montliyon, hommcî tout de probité, homme de la vieille roche, type des vertus terrestres et <[ui seul aurait suffi pour le faire aimer et respecter ; je ne connais pas de créature plus accomplie , que Dieu me le conserve long-temps pour le bonheur de tous et pour mon propre avantage.
l\adi\ de Sainle-Foix fut d''abord le surintendant de mes finances, il avait les bras déniesurément courts, ce qui n''empéchait pas ((u^il n''eùt les doigts très longs et crochus. Je ne sais trop comment il dirigea mes affaires, les siennes tombèrent dans une horrible confusion et force lui fut de se punir: je n\iime pas a m*'a!)pesantir sur de pareils personnages; en revanche, je ne peux que rendre juslice aux lumières et a la loyauté de M. Gojard son successeur.
.le n'avais pas, comme Monsieur , vrnm parmi mes lecteurs et secrétaires des gens de lettres d'un haut renom , ce fut de ma part
|»urc; inattcnlioii; on eu pril iJiotiFpouj'repandvv le briiil i|iic je jjicprisais la lillcraliire , cVst un mensonge : nul plus que moi ne rap|>réçie, et je suis toujours porté ii récompenser les ïrens de mérite , mais en même temps je ne peux me défendre de voir avec inquiétude le mal lait au royaume par la pliilosopliie , celte ennemie sacrilc^j^e de la relijjion et de la monarchie.
Dans mon temps , Iv parti encyclopédiste réunissait toutes les sommités delà littérature, c'élaiirécole de Voltaire, chef suprême, ayant M. d\\lembert pour son principal lieutenant; jl en résultait que tous les écrits de ces hommes de lettres portaient un cachet d''im moralité, d'impiété, que je ne pouvais souffrir; dès-lors , par une conséquence naturelle , si je repoussais les œuvres , je ne pouvais accueillir amicalement ceux qui les composaient.
11 me semble que dans ce temps Ton a toujours fait trop bon marché de la morale religieuse ; je ne sais pas conmient on peut tout à la fois se dire bcui royaliste et en même temps
se refuser de croire en Dieu ; Tun de ces cultes ne va pas sans Tautre, je suis persuadé de cette double vérité, je désire qu'acné se répande et que les hommes d^iuiourd'hui soient plus sages que ceux d''avant 1789.