‹ Soirées de S. M. Charles XChapitre 7 sur 16 · K S. M. CH ARI.KS · texte numérisé non relu

K S. M. CH ARI.KS

trouva l'usage de ses sens qu^ui moment où on achevait de le déshabiller. 11 se tut, ol laissa faire , et répondit au médecin c^ron avall envoyé quérir que son accident provenait de la promptitude avec laquelle il avait cheminé pour rentrer au château. Lne potion cal mante lui fut donnée, et on le laissa sous la <jarde de surveillance des agens ordinaires.

Il était donc dans son lit lorsque du fond de la chambre qu'éclairait une lampe accrochée a la muraille et ne jetant qu'une faible lueur, il vit s''avancev vers lui cette apparition qui, ce soir Ta, le poursuivait avec tant dcî constance. Cherchant a vaincre sa terreur et à dominer T horreur qui s*'emparait de lui, il tint ses yeux ouverts , bien que son cœur battît étrangement.

L^ apparition approcha , et lorsqu'elle fut près de lui, elle souleva lentement le linceul qui la couvrait , et le page alors reconnut les traits de sa maîtresse. Il ne put les contempler sans retomber dans un évanouissement nouveau qui ne finit cju'aui matin. Le page consterné garda le silence ; il fut saisi d'une fièvre T. 1. 17

violt'iile pendant laquelle il demeura presque toujours en délire. On ne comprenait rien à ses propos incoherens et qui paraissaient sans suite a ceux non inities au secret de son aventure.

La comtesse, ne le voyant pas revenir, fut assez hardie pour envoyer savoir de ses nouvelles. Instruite de sa maladie, elle vint le voir, et par cette démarche s\ittira la reconnaissance du jeune homme qui promit de ne pas faire faute aux doux rendez-vous lors- <|ue la santé lui serait rendue.

Fidèle à sa promesse , il retourna chez la comtesse dès qu''il fut rétabli ; mais lorsqu''à une heure du matin il la quitta , il entendit sur le petit escalier les mêmes soupirs , vit dans le jardin le fantôme qui déjà s''était montré a lui ; tous les deux sortirent du jardin ensemble , et il fut poursuivi jusqu'^au château comme la première fois.

f ]ette fois , il ne perdit pas Tusa^e de ses sens; mais dès qu''il fut couché, la forme sinistre , pénétrant dans sa chambre , se replaça silencieusement devant lui, et, soûle-

vaut la draperie funèbre, lui montra ses traits, qu''il ne connaissait que trop. Sa terreur fut au comble. Il écrivit ce qui se passait, et allant trouver son confesseur, lui compta Taffaire de point en point. Cet ecclésiastique était le curé de la paroisse Notre - Dame , M. de Bricqueville , prêtre charitable et pru dent. Il ne crut dans cela qu'Ali un seul fait, celui d^me liaison criminelle , rejetant le reste sur les hallucinations d'un cerveau malade. Il recommanda au page la })rière , et une rupture entière avec madame de S****. Bientôt son zèle apostolicjue , soutenu par les fonctions importantes qu'ail remplissait, le détermina à faire lui-même une démarche auprès de cette dame.

Sur ces entrefaites , une des femmes de la comtesse, dont M. le curé de Noire-Dame était également le confesseur , s\idressa a lui , et lui donna au tribunal de la pénitence le premier vent du crime commis. Alors il apporta plus d^atlenlion à cette affaire, il fit i\iw, vu (|uéte; ceux qui avaient lu le testament d< la jeune fille , provo(|ués li parler, firent luii-

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naître ce qui sVtait passe. Le digne curé dressa du tout un mémoire et le remit au baron de Breteuil.

Le baron, parent , je ne sais comment , du chevalier de M*****, le fit prévenir qu''il devait quitter la France s''il ne voulait aller passer de lonorucs années a la Bastille. Il ne se le fit pas répéter , tellement sa conscience lui parlait haut , et dès le lendemain il était en route pour la frontière.

(^e témoin important disparu , ce fut au tour de la comtesse. Son mari, mandé , reçut Tordre de Pemmener dans ses terres , châtiment trop doux dont elle eut Taudace de se plaindre , et qui à la révolution lui servit de prétexte pour se ranger parmi nos ennemis. J^ignore ce quVlle est devenue.

Le page survécut peu a ces divers événemens. Ecrivant chaque jour dans son journal ce qui avait eu lieu la veille , il y consigna le retour périodique et nocturne d''une apparition qui ne cessa d*'étrc signalée par lui qu''au moment oii ses forces épuisées ne lui permirent plus de tenir la plume.

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Les philosophes prétendirent que le laiitônie n''existait que dans son imagination. Les gens de bien , qui savent que la puissance divine n''a pas de borne , se turent en se rappelant le nombre des prodiges par lesquels elle s*'est signalée depuis les premiers âges du monde.

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