LE TRESOR
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GciLLAVME Alexis, /c Passe-temps de tout homme et de toute femme.
La condition des Juifs au XlIIe et XlVe siè= clés était horrible; mais les Juifs de ce tempslà acceptaient avec reconnaissance servitude et avanies, pourvu qu'ils trouvassent moyen de rançonner le pauvre monde. On les pendait entre deux chiens, on les fouettait dans les rues pen= dant la semaine sainte, on les brûlait pour amuser la populace ; mais l'usure compensait de reste ces légers inconvénients du métier. lis n'a=
valent pas môme la ressource de se faire chré= tiens , carie baptême les dépouillait de tout leur avoir , regardé comme impur et mal acquis.
Philippe-le-Bel , qui faisait argent de tout , les chassa de France pour s'emparer de leurs richesses, sans autre forme de procès^ le roi Jean , qui resta toujours pauvre plutôt que de fouler son peuple d'impôts, fit payer chèrement aux Juifs leur retour passager. Enfin Charles ^'I, dit le Bien-Aimé, les expulsa de nouveau par une déclaration du 17 septembre 139.4 , qui leur enjoignait de sortir de ses états dans res= pace d'un mois , sous peine de la hart et de la confiscation de leurs biens. On peut croire que cet arrêt , aussi injuste qu'impolitique , fut arraché par les prêtres au monarque en démence. Les Juifs offrirent en vain des sommes considé= râbles pour acquérir au moins le droit de rési= dence dans les principales villes du royaume. Tous les jours la canaille venait les insulter jusque dans le quartier des Halles, qu'ils habi= taient à Paris : ils comprirent qu'il n'y avait plus d'espoir pour eux que dans la fuite , et leur émi= gration fut aussi prompte que silencieuse. Apres leur départ, le numéraire devint d'une rareté excessive en France , et le commerce déjà lan=;
guissant cessa tout-à-fait. Cependant quelques traînards , qui ne comptaient pour rien la vie sans la bourse, restèrent cachés jusqu'au terme de rigueur, afin de faire rendre gorge à leurs débiteurs, s'il était possible, avant l'échéance des obligations.
C'était le 1 5 octo bre 1 894 , vers six heures du soir. Dans une chétive échoppe attenante à la petite porte de Saint-Jacques-la-Boucherie, JNi= colas Flamel etPerrette, ouPernelle, sa femme, s'occupaient en silence, l'un à écrire en lettres gothiques un missel orné d'enluminures, l'autre à tourner entre ses doigts les grains de buis d'un chapelet, et la sombre clarté d'une lampe de cuivre suffisait à peine à diriger leurs travaux. Le vent d'automne se plaignant autour de la grande tour de l'église, agitait la fleur de lis mobile qui servait d'enseigne à l'écrivain ,• le couvre-feu était sonné, et dans les rues voisines, cloaques de boues et d'immondices, on enten= dait le grognement des pourceaux , les cris des oiseaux de nuit et les abois des chiens errants.
« Niîolas, dit Pernelle d'une voix glapis= santé, je songe à part moi que, trois jours encore , ne sera plus parlé des Juifs dans tout Paris ; chose bien profitable à la religion , aux
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églises, aux moùtiers et à messires les clercs j car Juif et Antéchrist, c'est tout un.
— » Femme, reprit gravement Flamel sans quitter son ouvrage, pourquoi réjouir ton ame à notre dam? Faisait-on déjà tant d'écritures par= mi ces discords et grosses guerres que menaient messeigneurs les princes durant la frénésie du roi Charles? Ceux-ci au moins, bons et dignes Juifs , employaient jour et sérée , ma tantha=" bile plume à récrire actes , parchemins et cé= dules; cela fut de meilleur rapport que peintures de missels; maintenant il me prend goût de me noyer dans un baril d'encre plein , ou de me larder le cœur du taillant de cette lame désor= mais oisive.
— » Fi î sied-il à un vrai chrétien de tenir tel langage désespéré? Croyez-vous que la vue et la main vous manqueront avant le travail, d'au= tant qu'il n'est pas d'écrivain plus adextre que vous n'êtes , au dire des lettrés? Aussi mon con= fesseur, messire Jean Adam m'a dit que les Juifs départis , reviendrait dévotion , partant livres d'église et belles écritures à lettres en or et couieur
— » Qui me seront achetés en prières et messes : par mon écritoire ! c'est viande creuse
nE WALTER SCOTT. 3()
que semblable monnaie ; je n'en veux pas. Au diable ! «
Ils en étaient sur ce propos, lorsqu'on frappa doucement à la porte de la boutique, etPernelle s'étant levée de sa chaise basse avec autant de promptitude que le lui permettait sa goutte de soixante-dix ans, alla ouvrira un petit vieillard ayant longue barbe blanche, yeux vifs et robe jaune; mais à l'aspect de l'arrivant, elle fit un mouvement de colère avec un signe de croix , baisa ses patenôtres et reprit sa place en répétant tout bas : « Juif damné ! que le feu Saint-An= toine Tarde î que la lèpre le ronge jusqu'à la moelle des os ! » iSicolas Flamel, au contraire, tendit la main à Manassès, qui n'y plaça que le petit doigt de sa droite , selon l'usage de sa nation , et lui désignant un siège :
« Sedete dextris meis , dit-il , et devisons en bonne étrenne. Je vous pensais hors de la ville
— » Plût à Dieu et à monseigneur Saint- Jacques! murmura Pernelle.
— » A quoi vous puis-je servir, mon père, continua Flamel, que vous venez ainsi par le froid, la pluie et la nuit noire? Cependant vous savez les dangers où vous vous engagez, si des
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écoliers de l'Université vous étiez reconnu. Ils ont mis en croix tel qui vous valait , ne vous déplaise l .. .
— » Mon fils , interrompit Manassës, le Dieu d'Isaac et de Jacob veillera sur mon vieux â(je , et quand les hommes maltraitent les siens , il étend sa dextre omnipotente , qui protège ainsi qu'une targe ou un haubert. Mais j'ai hâte de l'entretenir seul à seul: fais que nul ne nous écoute, pour cause, et tu béniras le Seigneur Ado n aï. »
Nicolas Elamel , enveloppé dans son ample robe de bure , la tête couverte de son chaperon fourré, alla tirer les verroux de la porte par laquelle Perneile venait de sortir sans attendre qu'on l'en priât, et le rabbin, après avoir écouté le bruit des pas qui se perdait en s'éloignant dans la solitude des rues, présenta à Flamel une bible qu'il tira d'un sac de cuir aromatisé.
« Sur ce saint livre , Nicolas, jurez vos grands dieux que tairez les mystères qui viendront à votre connaissance , et je vous rends riche comme le roi Salomon et la reine de Saba.
— » Au nom du Père , du Fils et du Saint- Esprit, je jure, s'écria Flamel la main haute ; ce serment, Manassès, vaut bien celui du Styx ,
DE WALTEfx SCOTT. 4^^
ce me semble , et les parjureiirs en paradis n'i= ront jamais.
— » Voici ce qu'il est besoin de faire. N'en dites donc mot. Hélas ! l'édit royal qui nous exile de France bien iniquement nous a baillé un mois de grâce pour recouvrer nos prêts et obligations. Mais ce sont diables que débiteurs , aucun n'a voulu entendre payer à si procham terme, et même des nobles seigneurs nous pro= mettaient coups de bâton, sinon mieux. Par ainsi nous sommes plus pauvres que monsieur Job , si tu ne nous aides un petit pour ton bien et le nôtre s'entend.
— » Où et comment, mon maître ? ordonnez et la plume mienne est votre servante comme par le passé. Est-ce supplique et remontrance qu'il faut jeter par écrit sur parchemin blanc et neuf? ou plutôt serait-il opportun de requérir justice contre les emprunteurs ?
— )) Autant profiterait la plainte do Fagnel ép-orgeté par le maître boucher. Mais il est un moyen plus convenable, et pour ce, ai-je ima= giné user de toi en cachette. Voilà comme. Tu connais la mode du parlement, l'art des écri= tures , et par-dessus tout la langue hébraïque , ensemble vingt jolis tours dont le moindre serait
de lenir dame fortune. Or ça , de la part dames frères, je te donne gros intérêts en nos dettes, plus numéreiises que les étoiles du ciel, et ce, à condition que, par ruse et expédient, tu t'en= tremeî tras à ce que nous ne perdions le tout.
— » Trois fois merci , Manassès; je me ferais circoncire judaïqnement, tant je suis alègre et dispos |)0ur aider de dignes gens issus de monseigneur Moïse. Passez icelles créances sur ma tête, et je les muerai en deniers, francs et an=» gelots d'or; je vous les porterai en Judée et audelà, sans faute, si mieux aimez.
— » Sois-tu digne de si haute confiance! Tiens , en ce registre sont par ordre cinq cent mille écus non prêtés sur gage, les larrons n'y ont eu garde, fais en sorte que le principal nous retourne , du reste tu feras ton profit »
Nicolas Flamel s'empara de ces précieux ti= très , laissant entre les mains de Manassès une reconnaissance en bonne forme de ce dépôt 3 les conventions de ce singulier marché furent arrê= tées, et le lendemain le rabbin juif était en route pour l'Espagne , où se réfugiaient les en= fants de Moïse et de l'usure. Nicolas Flamel ne perdit f)as de temps, et comme il se contentait de la moitié des dettes sans intérêts, à force d'a=
dresse et d'activité, il se vit possesseur déplus de deux cent mille écns, somme énorme alors , vu le manque presque total d'espèces. Il craignait trop les scrupules dévotieux de sa femme pour lui apprendre la source de sa subite prospérité ; toutefois il acquit du couvent Saint - Martin un terrain situé dans la rue Montmorency, près de la porte de la ville , et il y fit construire plu= sieurs maisons. C'est là qu'il établit une classe d'écriture que gouvernait son clerc Mangin ; et dans les caves de sa nouvelle demeure , ses ri= cbesses furent enfouies.
Deux mois seulement après la visite de Ma= nasses , sa femme et lui , assis en face d'un feu clair, devisaient sur la iVoël procbaine, etFlamel ayant dit que volontiers il ferait oblation à la paroisse Saint-Jacques d'un ciboire d'or pur et sans alliage :
(( Sainte Vierge! se récria Pernelle , vous nous damnez comme des serpents; faut que vous ayez fait pacte avec le grand diable d'enfer, pour être devenu si bien fourni en pécune , que rar= gentier du roi de France n'est qu'un gueux au= près. J'ai peur que par châtiment la terre nous abîme en la géhenne , comme jadis Dathan et Abiron.
— » Pernelle;, reprit l'écrivain en riant , t'ai-je pas dit mainte fois rfue j'avais été prédestiné dès le ventre de ma mère , et que mon étoile avait couleur argentine. Je veux que tu vêtes robes de velours semé de figures d'oiselets en or tin , puis des patins à la poulaine , puis des mer= veilles d'orfèvreries...
— )) Vieille comme je suis , le plus simple ac= coutrement est le plus convenable, en attendant que la mort m'habille du linceul. Mais vous^ qui n'avez encore mon âge, gardez d'avancer le vôtre par des pompes sataniques qui con= duisent droit au fagot. Je vous prie , dites-moi si avez recueilli quelque héritage, afin que je ferme le bec aux jaloux et méchants , dont il y a foison cette année.
— » Ecoutez, s'il vous plaît j si je ne vous le dis plus tôt c'était crainte du trop parler. J'ai découvert parmi d'antiques parchemins un inap= préciable manuscrit hébreu, lequel fut composé par Abraham le patriarche, et écrit sur écorce d'arbre ; il était couvert de lames d'or engravées de caractères mystiques, avec fermoirs d'argent; au dedans se voyaient de belles images bien coloriées, et des hiéroglyphes inconnus. Enfin, à triple renfort de besicles , je parvins à lire les
ardus secrets d'icelui ; je possède le Grand OEuvre par chimie et géométrie.
— » Un chacun le disait hautement , et je ne le voulais croire : montre ce divin livre qui ap= prend à faire de l'or, que je l'adore en guise de reliques.
— » Je n'en eus que faire, connaissant la pierre philosophale ; et de peur qu'un autre y mît le nez à mon détriment , je l'ai réduit en cendres. Mais, ajouta-t-il en riant plus fort, ne révélez ces choses à pas un , autrement courrai-je ris= que de la bourrée, comme impie sorcier, ce dont je me passerai autant qu'il se pourra. »
Le lendemain , à l'heure où les écoliers et les moines allaient de porte en porte demander l'aumône de la journée, Peruelle, qui était sortie avant le jour , rentra accompagnée d'un prêtre à la mine enfarinée : c'était Jean Adam, chape= lain de Saint-Jacques-la-Boucherie, son confes= seur. Il portait une cape brune, espèce d'uniforme adopté par le clergé d'alors , qui s'habillait aussi de noir et même de bleu. Ce patelin enfroqué honora Flamel d'un salut hypocrite et d'un sou= rire faux comme son amej puis, s'étant assuré que personne ne pouvait les écouter, il com= mença en ces termes, au grand désappointement
de l'écrivain, qui iiiaudit tout bas l'indiscrétion de sa femme :
« Maître Flamel , il m'est avis que vous êtes bien coupable ou imprudent ; on fait bruit de par la ville que vous avez le Grand OEuvre trouvé
— » Que n'en est-il ainsi! mon maître, mais j'adjure tous les saints et saintes....
— «A quoi bon nier? pas de mauvais ser= ments ! Je ne viens que vous conseiller de bonne amitié
— » Pourtant, vous dois-je tirer d'erreur avec un grand merci.
— » Nicolas , pensez-y à trois fois : vous avez forfait à Dieu et aux hommes , vous avez mérité châtiment des deux parts j car démons seulement sont complices de magie , et icelle abominable science encourt feu ici et damnation là bas.
— » Mais oyez mes raisons , messire; onc je ne fis or ni argent , et c'est affaire à plus doctes que moi , pauvre clerc , quoi que j'en aie.
— )) Loin ces feintises! mes paroles ne sont gonflées de vent , afin que le sachiez ; et si vous n'avouez pas par manière de confession , une enquête en votre domicile en dira plus peut-être que je ne fais.
— » Plume d'oie! monseig^neur, ces gens de justice voient dans une goutte d'eau de quoi pendre un homme, chrétien ou non; je n'ai que faire de l'enquête —
— » Bien , mon fils , parle franc , et tu ne t'en repentiras. Tu l'as cette pierre mirificjue, la= quelle Salomon tenait en son pouvoir. 0 le divin chef-d'œuvre! Aurais-tu peur que je ne te tra= hisse, comme Judas fit Jésus-Christ? va, je t'aiderai plutôt à évader pièges et embûches; mais, dis, ne veux-tu pas m'apprendre ton secret —
— » Vous moquez , messire Adam ; je vous atteste par la sainte Eucharistie?...
— «Assez : mais ce serait pitié qu'on t'accusât devant messeigneurs du parlement; donc , afin que je fasse dire des messes et gagner des indul= gences pour ton compte, au besoin, remets dans mes maius quelques cents pièces d'or , que je les distribue aux pauvres et souffreteux. Ce sera pour le salut de ton âme. »
Nicolas Flamel vit bien que la retraite était impossible ; jetant un regard de reproche sur Pernelle, il quitta la salle sans sonner mot, descendit dans sa cave , et fit en soupirant une légère brèche à son trésor. Jean Adam eut peine
à déguiser son avarice sous de pieux semblants , lorsque l'écrivain lui apporta une sébille pleine de monnaies tror.
— « Eh ! eh ! dit le cafard en examinant de près un parisis tout neuf encore , le métal est de bon aloi , et frappé au coin du feu roi Philippe de Valois. Force m'est de crier au miracle , et l'admire que ces pièces ne sentent ni le soufre ni odeur infernale. Jeu ferai bon usage , maître Flamel ; adieu , que le ciel vous tienne en joie î l'argent vous coûte si peu , que je ne m'en ferai faute à l'avenir.
— » Femme, véritable fille d'Eve, dit le désolé écrivain à Pernelle ; maudite soit la langue qui nous met à mal !
— » A vous un avertissement , reprit le cha= pelain au moment de passer le seuil ; je fais des vœux et des prières afin que votre heur ne soit troublé ; car on ne va pas si dru de pauvreté à richesse , sans que Satanas y ait sa part. Envie est vice de petites gens j tâchez qu'on vous laisse en repos. Or , en cas que soyez inquiété, il est avantageux d'avoir des amis : donc ayez égard au bon Dieu et à son clergé j fondez couvents , bâtissez chapelles , dotez églises , ornez autels , et vous vivrez long-temps : j'entends que vous
ne mourrez que de mort naturelle , et en votre mémoire seront célébrés de beaux obits en musique. »
Nicolas Flamel, qui voulait se créer de puis= sants auxiliaires , commença dès lors à suivre le prudent conseil de Jean Adam, et, pendant sa vie, quatorze couvents et autant d'églises eurent part à ses générosités vraiment royales. Il édifia une voûte du charnier des Innocents, fit con= struire le portail de Saint-Jacques-la-Boucherie, sur lequel il était sculpté à genoux, vis-à-vis sa femme, en costume de capucin; enrichit les églises de Ste.-Geneviève-des-Ardents, de Saint- Côme , des Saints-Innocents , et donna à plu= sieurs paroisses des tableaux , des vitraux , des reliquaires , sur lesquels il était toujours repré= sente sous différents habits , avec ou sans barbe, et son écritoire appendue à la ceinture. On doit s'étonner qu'il n'ait pas été canonisé avant sa mort.
C'est quatre mois après l'expulsion des Juifs , que la déclaration du 2 mars iSgS défendit ex= pressément à tous leurs débiteurs de leur rien payer, et mit leurs créances à néant. Nicolas Flamel dut ce bon office à ses alliés les prêtres , et déjà sa dévotion était si manifeste, qu'on ne
songeait plus à rechercher les causes de sa subite opulence.
Un matin que ce célèbre écrivain se livrait aux soins de son état, Manassès , en haillons , les yeux creux , la face pâlie , la barbe en désordre , se présenta devant lui.
« Flarnel, lui dit-ii sévèrement , je viens qué= rir l'argent des Juifs et te rendre ton seing. Je vois que tes affaires ne t'ont laissé loisir d'aller en Espagne, ainsi que convenu était entre nous deux.
— » En vérité, il n'était pas nécessaire, balbu= tia Flamel ; bourse de débiteur est dure à délier, comme savez... Et de nouveau notre sire a mis empêchement à leur bonne volonté... L'édita été publié à son de trompe et crié par les rues et carrefours
— » Flamel, interrompit Manassès, tu parles d'hier; mais d'un dépôt sacré oserais-tu faire ta proie? Tu serais infâme et déloyal; non, ce lar= cin tournerait à ta perte, et tu craindrais ta con= science, sinon la loi.
— » Manassès ! s'écria avec horreur Pernelle qui arriva en ce moment ; un Juif en ma maison ! Arrière , circoncis !
— » Un Juif! s'écria la servante Margot, qui visait à l'héritage.
— « Tue , tue le juif ! » répétèrent les élèves, qui entendirent delà classe voisine le nom dé= testé; et ils se précipitèrent en tumulte sur le malheureux vieillard , qui fut renversé dans la rue malgré sa débile résistance.
Un grand pourceau se trouvait là d'aventure , barbotant dans une mare infecte : ces enfants , qui avaient déjà le fanatisme des hommes de ce temps-là, lièrent Manassès à la queue de rira= monde animal, qui, effrayé de leurs ris bruyants et des gémissements de la victime , s'échappa de leurs mains, ne traînant bientôt plus qu'un ca= davre sanglant et défiguré.