‹ Soirées de Walter Scott à Paris (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · LE PAGE · texte numérisé non relu

LE PAGE

ÎDc la l^uccUe Dire \)tmil

]Martin Framc, le Champion fies naines.

î^a ! ma îiame 9 jc ne scap que je Die 9 Jl^p par quel bout je Dope commencer 9 ^our tîOU0 manîicr la Douloureuse t)ie 4iu^amour me faict cl)ascun jour enDurer.

Charles d'Orléans, Ballade.

Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, après avoir délivré Orléans , et fait sacrer Charles VII à Rheims, fut prise àCompiègne par les Anglais, emprisonnée, jugée et brûlée dans le vieux Mar= ché de Rouen , comme hérétique et sorcière , le 5o mai i43i. Cette condamnation inique pro= noncée par Pierre Cauchon, évêquedeBeauvais, fut à peine entendue au milieu du tumulte des guerres intestines, et le roi de France, qui de== vait sa coiu'onneà la guerrière, ne fit pas même

Ho SOIRÉES

nn effort pour lui sauver la vie. C'est une ingra= titude inouïe que ne fait point pardonner la ré= vision du procès j, ordonnée quatorze ans plus tard, avec permission du pape.

CependantDunois et le hasard avaient achevé ce que Jeanne avait si bien commencé. Après la mort du duc de Bedfort , les Anglais battus de tous côtés , avaient abandonné les provinces et les villes qu'ils occupaient en France par le droit des armes 3 les défaites de Crécy , de Poitiers et d'Azincourt, étaient à peu près réparées, Paris avait ouvert ses portes à son légitime souverain , et Charles VII , trop long-temps flétri du sur= nom de roi de Bourges , était rentré dans le do= maine de ses ancêtres \ il tenait sa cour au palais des Tournellesj Agnès Surelle ouSoi;el, tenait la sienne à l'hôtel St. -Paul.

Agnès Sorel , qui avait souvent rendu réner= gie à ce monarque efféminé lorsqu'il s'agissait ,^* d'un trône, Agnès ne songeait plus qu'à garder son rang de maîtresse royale ; plus reine , en ^^ effet, que la° reine même. Elle était toujours^ comme on l'appelait alors, la plus belle entre les . plus belles , et son pouvoir sur l'esprit facile de son amant n'avait fait que s'accroître. Le dau= phin Louis XI , eut lieu de s'en apercevoir , efeil

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se révolta en i44o? plutôt contre la favorite que contre son père. Cette révolte , connue sous le nom delà Pr^^wer/e, allait renouveler la guerre civile^ Charles sut l'arrêter à temps ; c'était ainsi que dans sa jeunesse^ il avait levé les armes cou= tre l'infortuné Charles VI. Le fils suivait bien l'exemple du père.

Charles VII était donc absent de Paris ; son épouse, Marie d'Anjou, se consolait avec la reli= gion de l'insouciance du roi à son égard ; d'or= dinaireelle ne sortait pas de son oratoire. Agnès, au contraire , entourée de fêtes, d'hommages et de plaisirs, semblait triste d'une peine de cœur; le départ du roi l'avait profondément affligée , car Rolland, le plus beau des pages de Sa Majesté, était parti aussi selon sa charge. Toutefois per= sonne ne soupçonnait la cause de cette subite mélancolie de femme, qui aime en dépit d'elle et de tout.

Rollanxl n'avait ni titre ni fortune; on le di= sait fils naturelle Jean, bâtard de Dunois, qui prenait de lui un soin extrême , il est vrai , mais qui n'avouait pas de quelle nature était son at= tachement pour ce jeune homme. Agnès Sorel avait distingué Rolland , entre cent plus nobles ^Mîîoins gracieux; le page avait qsélcver les yeux

jusqu'à elle; l'amour naît des obstacles. En un mot , pendant que le roi à la tête de ses trou= pes , cherchait partout le dauphin , déjà réfugié auprès du duc de Bourgogne, son parent, la belle Agnès se promenait seule parmi les treilles et les cerisayes du jardin de l'hôtel St. -Paul, soit un missel, soit un livre de poésie amoureuse à la main, ou bien s'entretenant avec maître Alain Chartier , de mille subtilités concernant le bel art qu'Ovide a chanté.

Un jour , vers le soir , entra dans Paris , par la porte St.-Antoine, une amazone armée de toutes pièces, ayant la visière baissée et montée sur un destrier blanc richement caparaçonné. Son écu portait pour devise une main tenant une épée avec ces mots : consilio fîrmata dei. Elle était précédée d'un héraut d'armes , vêtu de blanc et d'azur , qui faisait ce cri dans toutes les rues où ils passaient, à l'admiration des ba= dauds se ruant à l'entour.

« Au nom de Dieu et de notre sire le roi Charles septième de nom , savoir faisons aux bourgeois et habitants de la bonne ville de Paris, que par incroyable miracle , la pucelle Jeanne est vive encore et libre de la prison des Anglais. ..Comment? Une autreà sa ressemblance de taille,

forme et couleur fut eu sa place brûlée à Rouen ,

il y a de cela tantôt neuf ans. Elle en chartre

privée demeura, morte de son vivant, jusqu'à

cejourd'hui , qu'elle est de retour de sa caf)=

tivité. Ses juges , atteints de maux étranges,

l'ont renvoyée sans dépens et sans rançon. La

voici de retour en cette cité où , dans un siège

qu'elle en fit, à la cuisse fut vilainement navrée

d'un coup de flèche. La voici qui a voué un Te

Deum, chanté en l'église IVotre-Dame, pourcon=

gratuler de sa délivrance le Seigneur Dieu et la

Vierge immaculée. Sur ce , hommes et femmes,

bourgeois et métiers, jeunes et vieux, moi Mont=

joie écuyer d'icelle,en sou nom, je vous convoque

aux oraisons de ce soir et à le grand'messe du

jour de demain. Dieu vous ait en sa sainte et

digne garde. »

Cette proclamation finie, il sonnait de la trompe comme les hérauts avaient coutume de faire; Jeanne d'Arc, haussant son oriflamme fleurdelisée, sur laquelle était répétée sa devise, faisait caracoler son cheval avec une grâce et une adresse qu'on ne pouvait se lasser d'ad= mirer. Ce singulier spectacle attirait tous les regards, et la multitude qui suivait la guerrière avec des cris de liesse, grossissait à chaque in«

stant. D'abord cette subite résurrection avait à peine réveillé quelques souvenirs confus ; mais le nom de la Pucelle passant dans toutes les bou= ches, retrouva bientôt son ancienne popularité, et chacun se laissait entraîner par le torrent , sans former un doute sur la vérité du récit de l'écuyer . C'était dans tout Paris un enthousiasme tumultueux , qui accompagna la Pucelle jus= qu'à la cathédrale et qui la devança au palais des Tournelles et à l'hôtel St. -Paul.

On s'embrassait dans les rues , on allumait des feux de joie^ on mettait les cloches en branle. Jeanne d'Arc témoi(jnait au peuple par des gestes expressifs , combien elle était touchée de ce bon accueil et l'écuyer continuait son cri au milieu de mille voix disant : Noël! Noël! La reine Marie apprit cette grande nouvelle sans étonnement , comme si elle ne lui était de rien ; Agnès , dès qu'elle en fut instruite , sentit son cœur battre violemment, et souhaita d'aller à la rencontre de celle qu'elle n'avait jamais aimée. Alain Chartier, qui, malgré sa hideuse figure, avait su lui plaire, au point qu'il ne la quittait jamais , s'opposa à ce dessein, de toute la force de l'étiquette, et je ne dirai pas les maux qu'elle souffrit dans l'attente. Tout fut bientôt préparé à Notre-Dame pour

recevoir la Pucelle , la nef était tendue de ta= pis de haute-lice , l'autel couvert de fleurs , les cierges allumés et les portes ouvertes à deux battants. Elle entra à cheval dans l'église, et le curé vint lui tenir l'étrier. La foule remplissait la vaste métropole, la place et les rues voisines. On joua des orgues, on chanta le Te Deum , et tout le clergé, bannières, croix et encensoirs précédant, reconduisit l'héroïne avec pompe jusqu'au grand portail, où l'écuyer était de= meure en selle.

Elle se rendit de là au palais des Tournelles , toujours suivie d'un peuple immense. On eut dit l'entrée d'un roi à Paris. La reine , qui donnait alors audience à son confesseur pour affaire de jeune, fit réponse que le lendemain après la messe elle verrait avec plaisir la Pucelle d'Orléans , sauvée par miracle du feu et des Anglais. Celle-ci, plus joyeuse qu'on ne peut penser de ce refus assez malhonnête , s'en allait tout droit à l'hôtel St.- Paul, où elle espérait meilleure réception, quand un grand chevalier couvert d'armes noires , ar= rêta son cheval par la bride, et posant un genou en terre , releva vers elle son visage maigre et pâle comme celui d'un ermite en carême.

« Jeanne, noble Pucelle, n'avez- vous pas

oublié Robert , seigneur des Armoises , qui est encore votre chevalier, à la vie, à la mort? »

Jeanne , à cette voix rauque , pourtant bien connue , ne put retenir un mouvement de sur= prise et d'impatience ; mais elle ne répondit pas.

« Ah! chère ame de mon ame, reprit le sieur des Armoises essuyant les larmes qui sil= tonnaient ses joues creuses , qui eût pensé que je vous dusse revoir en ce bas monde, vous que j'ai pleurée tout ainsi qu'un époux à la mort de son épouse! Je me préparais à vous joindre en la tombe, et voilà que je n'ai que faire de mou= rir, puisque je m'en vais porter encore vos cou= leurset devise , long-temps, s'il plaît à Dieu !

— » Au diable le vieux fou! murmura Jeanne entre ses dents ; — Messire , continua-t-elle en déguisant sa voix naturelle, nous sommes, Dieu merci , gens de revue, et je ne me sens pas d'aise de savoir si , durant cette grave absence , vous n'avez pas forfait à vos serments et à la fidélité que me devez.

— » J'en atteste madame la Vierge, votre patronne! qui désormais aimerai-je si ce n'est vous. Remémorez - vous que la parole du roi Charles, à qui deux fois je sauvai la vie et

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couronne , m'octroyait votre main , la paix conclue...

— » Par ma lame de Fierbois ! vous êtes par trop outrecuidé , beau sire, de déclarer haute= ment le bon vouloir du roi. Donc, jusques à dimanche , qui est dans trois jours , faites la veillée des armes au cloître des frères mineurs , jeûnant, priant et méditant; puis après, vous aurez loisir de me parler , et Dieu connaît seul ce qui doit advenir. »

Le sieur des Armoises s'inclina en signe d'o= béissance , et saisissant avec transport la main engantelée que Jeanne lui tendit, il la baisa respectueusement. Il eût été se faire moine , si elle l'avait voulu. Tandis qu'il se dirigeait vers le couvent , l'ame enivrée d'espoir , la Pucelle , tourmentée par des pensées bien différentes , arrivait à l'hôtel Saint-Paul.

Agnès , cachant de son mieux l'émotion pro= fonde qu'elle éprouvait , vint au devant d'elle , avec son poète historiographe maître Alain Char= tier^ ses dames , ses pages, et les gentilshommes de la cour qui n'avaient pas suivi Charles VII. Sa robe de velours , pers ou bleu céleste , diaprée d'écussons aux armes de France , dessinait raer= veilleusement ses formes charmantes ; sa jolie

tête était, pour ainsi dire, encadrée par une coif=» fure en forme d'auréole , étincelante d'or et de pierreries. Elle avaitla poitrine découverte, avec des colliers et des bracelets : c'était une nouvelle mode qu'elle vpnait d'introduire. Jeanne, en la voyant si belle , était tentée de s'évanouir , mais elle s'en garda bien , de peur des méchantes langues. Mettant légèrement pied à terre, elle leva sa visière, et se précipita vers madame Agnès, qui la reçut dans ses bras. L'accollade fut longue et bien employée.

Mais les portes de l'hôtel refermées , la foule commença à se disperser avec bruit , et pas un ne partit de là sans dire un : Dieu vous garde ! à la Pucelle. Il était environ huit heures. Sur la place Maubert , les écoliers de l'université brù= lèrent en effigie les juges et les bourreaux de Rouen. La fête ne finit que fort avant dans la nuit, et acteurs et spectateurs allèrent attendre le jour dans les cabarets.

Cependant, tout était en émoi à l'hôtel Saint- Paul; l'odeur délicieuse des mets, etleson des in= struments allaient jusqu'à l'autre rive delà Seine, Les écuyers, les pages, les maîtres-queux ne res= taient pas ce soir là, les bras croisés, à bailler aux corneilles , ou bien à jouer aux tailles et aux dés.

Agnès et Jeanne , qui semblaient être en par= faite intelligence , s'étaient retirées en la salle des Ebats royaux, pour attendre le souper, qu'elles auraient volontiers remis à demain.

On racontait des merveilles touchant la Pu«= celle, et chacun s'étonnait que Dieu s'intéressât tant et tant à sa personne. « C'est que , disaient les hommes , on ne saurait trop estimer celle qui garde son pucelage, chose de nature intenable.

— » Oui y disaient les femmes , on la croit sur parole , d'autant que quelqu'un et son con= fesseur n'en jaseront pas. DemandezL à le voir, s'il est possible.

— » Vertu de page ! ajouta un de ceux de madame Agnès, il m'est avis qu'avant d'être brûlée, la Pucelle était d'un pouce moins grande.

— )) Sang de bœuf, dit encore un vieux sénéchal , je me souviens avoir vu , à Bourges, madame Jeanne, ce jour que de son village le sire de Baudricourt l'amena à mon seigneur le roi, et certes, elle avait le teint plus halé qu'il est maintenant. Les Anglais lui auront d'aven= ture montré l'art de composer des senteurs pour la peau. »

Madame Agnès sortit enfin du cabinet avec la

Pucelle , toutes les deux les yeux brillants et la couleur vermeillette , comme si la dispute eut été vive entre elles j mais des regards et des sou= rires qu'elles échangeaient continuellement , des mots murmurés à l'oreille , faisaient foi de l'amitié dont elles s'étaient prises tout d'abord.

« Quand l'autre semaine, dit Agnes à sa com= pagne , tu me narrais à la brune , sous la tonnelle du jardin , les beaux projets de ta mascarade , je riais , pensant que c'était folie et conte en l'air. Je te vis partir, sans croire à ce précipité retour, et je faillis mourir d'effroi de te savoir engagé en ce pas périlleux. . .

— » Occasion est un fruit qui se laisse cueillir à temps. Agnès mienne et non pas sienne ! je ne me possédais plus d'être si loin ! Certes , je pou= vais revenir à l'hôtel Saint-Paul sans tout ce fra= cas, et seulement déguisé d'habit et de visage. Mais dis ; n'est-ce rien que cohabiter amoureu= sèment trois, quatre, cinq jours durant j t'ac= coler à la barbe de chacun, te voir de jour comme de nuit ! Je remercie cent fois celte bienheu= reuse feinte !

— » Mon ami , tu es gentil à faire honte à cette mauvaise bête de Pucelle , qui avait la main rude , l'abord mal plaisant et la voix enrouée.

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Mort de ma vie ! si la fourbe était découverte...

— » J'y consens , et que mort s'ensuive, pourvu que ce ne soit avant trois jours : ce n'est pas trop pour jouir de ma bonne fortune ! »

Dès que les deux nouvelles amies entrèrent dans la salle du souper, une symphonie, imitant les ramages de tous les oiseaux, se fit entendre ; les musiciens étaient cachés derrière la tapisserie. Jeanne se plaça aussi près d'Agnès que la décence le permettait ; plus d'une fois , durant ce repas trop long de moitié , leurs mains et leurs pieds se rencontrèrent, non sans un frémissement d'amour , qui ne put échapper à l'expérience attentive du vieux Alain Chartier. Agnès^ l'ayant prié de leur dire des vers, quand la table du dessert fut apportée , il récita ce rondel , qui cer= tainement fut improvisé pour la circonstance :

Dangier " s'en va , Amour s'en vient; Amour et Dangier sont en guerre.

Gente dame , sage naguère , D'honneur vrai plus ne se souvient ^ Noble alliance lui convient ; Las ! pourquoi la quérir vulgaire .'' Dangier s'en va , Amour s'en vient ; Amour et Dangier sont en guerre.

' Dangier, dans les vieux poètes , signifie presque toujours un mari, ou amant jaloux , qui a un rival.

Aiiis si Danf;ier plus tôt revient ?

L'imprudente n'y songe guère.

Parmi les cours Male-langue erre , Et ce qu'on n'attend pas advient.

Dangier s'en va , Amour s'en vient ; Amour et Dangier sont en guerre.

Agnès et Jeanne changèrent de couleur , comme si le sens de ces rimes devait être compris de tous les assistants ; mais l'amour , qui leur avait donné le courage de s'exposer aux plu«s grands dangers, ne céda point à ce contre-temps.

(( Alain , dit Agnès avec malignité , j'ai sou= venance d'un semblable rondel , qui est aux œuvres de Christine de Pisan, votre sœur en Apollon.

— » C'est raillerie , belle dame , reprit vive= ment Alain, blessé d'un soupçon de plagiat, les= dits vers me sont venus en tête sur l'heure , je vous jure.

— » Preuve que , malgré votre grand âge , vous avez mémoire de jeune homme. Mais je vous prie , eu égard à votre honneur et au mien , de ne les redire à aucun, et je vous en saurai gré, vu qu'ils déplairaient fort à d'autres qu'à moi. »

Alain sentit le reproche et le conseil qu'on lui adressait; il garda le silence.

DE WALTER SCOTT. gj

« Or çà, maître Alain , maintenant que nous vous avons fait part de nos volontés, allez, dès ce soir, joindre notre bon sire à son camp, afin de transmettre en beau langage ses faits et gestes , selon votre emploi d'historiographe.

— » Vous riez , ma tant douce maîtresse?

— » Est-ce ainsi que vous acceptez mes ordres? Partez, vous dis -je , et ne revenez qu'avec le roi , mon maître et le vôtre. Il se fera de beaux coups de lance et d'épée j j'aurais regret que vous n'y fussiez. Ce soir, il y a clair de lune , et le voyage sera moult agréable ; surtout que votre rondel soit comme s'il n'avait jamais été. Adieu. »

Alain, furieux d'une disgrâce que sa fran= chise lui avait attirée , se promit bien d'avoir sa revanche ; il salua madame Agnès , et sortit précipitamment.

« Qu'as-tu fait , mignonne , dit à demi-voix Janne d'Arc en le voyant se retirer , le méchant renard en sait trop , plus qu'il n'en faut pour me faire pendre, et tu veux qu'au roi il s'en aille me vendre à beaux deniers comptants ? Au= tant vaudrait nous-mêmes avouer la ruse et mander un confesseur.

— » Que non pas , enfant ! il n'oserait me

trahir , crainte de la vengeance ! Je suis aise d'être défaite d'un si ennuyeux témoin , et nos amours s'en trouveront bien. »

Cependant , sur la prière de Jeanne , elle voulut en vain rappeler Alain Chartier ; il avait déjà passé la porte de l'hôtel , et le lendemain il rejoignit Charles VII;, campé non loin d'Or= léans.

Mais ses sages avis avaient été oubliés aussitôt qu'entendus. Le plus grand témoignage d'amitié était alors de coucher dans le même lit. Agnès ne voulut pas se séparer de sa chère Jeanne , et la couche royale , qui avait dix pieds de long sur douze de large, les réunit pendant cette première nuit sous des courtines de soie, armoiriées et se= mées de fleurs de lis d'or ; tout rappelait à rinfi= dèle son royal amant. Jeanne ne lui laissa pas le temps d'y songer.

Il faisait grand jour, lorsque la Pucelle, cou= verte de ses armes, quitta à contre-cœur l'hôtel Saint-Paul pour le palais des Tournelles. Ac= compagnée de son fidèle écuyer, elle futintro= duite dans une galerie, où la reine la trouva au sortir de sa chapelle. La suite de Marie d'Anjou était composée de son confesseur , de trois évê= ques et d'un moine , à joyeuse figure , nommé

Trithème, qui lui tenait lieu de bouffon , citant à tout propos la Bible et l'Evangile. Ces saints personnages aux regards lubriques et effrontés , avaient l'air de dire qu'une pucelle ne leur fai= sait pas peur. Jeanne néanmoins ne rougit ni ne baissa les yeux.

M Ma sœur, dit la reine, après les salutations réciproques, n'est-ce pas un ange qui vous a gardée d'aller au bûcher? nommez -moi son nom , que je ne l'oublie en mes prières.

— » Des visions que j'ai eues, madame, ré= pondit Jeanne, la plus étrange fut celle qui , dans ma prison, préserva ma pauvre chasteté; un desjuges,queje ne nommerai par bienséance, me poursuivait de honteuses sollicitations , si bien qu'il tenta de me forcer un certain jour que j'étais en mon lit ; mais des yeux charnels je vis ange ou chérubin , c'est-à-dire une tête d'enfant sans corps, avec des ailes, lequel souffla si raidement sur le mécréant , qu'il tomba et se cassa la jambe, dont il mourut peu après.

— » Père Trithème, demanda la reine , que vous semble de cette pieuse histoire ? était-ce ange ou diable?

— » Ange, sans nul doute , reprit gravement le moine, car où il n'y a cornes , il n'y a diable;

à ce vous les reconnaîtrez, déclarent les saintes Ecritures. )>

Cette audience entièrement théologique se termina enfin à la satisfaction de Jeanne, qui ressentait un désir irrésistible de revoir sa mie Agnès. Elle dit donc un grand merci à ma= dame Marie, dont elle prit congé après cette exhortation vraiment chrétienne.

« Ma fille, lui avait dit la reine, si m'en croyez, vous jetterez aux orties ces armes et ha= bits d'homme , ainsi que l'ordonnent les canons, bulles et décrétalles de Rome j car, sans penser à mal, c'est scandale manifeste de voir une fille de Dieu, vraie pucelle s'il en fut, porter haubert et salade , vivre au camp, parmi les soudards, et aller en guerre.

— » Madame , objecta Jeanne avec une no= ble énergie, si j'eusse pensé comme vous, sourde à l'appel de Dieu et de la patrie en désarroi , à cette heure , seriez-vous reine de France par la grâce du ciel et de mon épée? »

Depuis deux jours, la Pucelle n'est point sortie de l'hôtel Saint-Paul, où l'amour, sous l'apparence de l'amitié, l'enchaîne auprès d'A= gnès. Le peuple de Paris, inquiet sur la destinée de la guerrière , qui n'a pas même paru à Notre-

Dame , où des messes ont été célébrées à son intention, s'imagine bientôt que des ordres se= crets du roi ont fait disparaître une seconde fois celle qui leur avait été rendue par l'intervention divine. Mille bruits sinistres circulent dans Pa= ris ; on va même jusqu'à répandre que l'esprit malin- avait pris la forme de Jeanne, et que ce spectre armé de pied en cap est rentré dans l'enfer, qui l'avait envoyé. On doute, on craint; l'agita Lion redouble, et les échevins s'assemblent pour délibérer à ce sujet.

Cependant il est question de présenter une requête au parlement ; les alentours du grand Châtelet, le pont au Change et la Cité sont déjà obstrués de gens de tous états ; la foule s'amasse, le tumulte est à son comble.

(( La Pucelle î Ce cri est répété avec fureur par les femmes , les vieillards et les enfants.

— » Au feu la sorcière , disait l'un. — Elle est, je gage, en un cul de basse-fosse, disait l'autre. — On l'aura méchamment mise à mort, s'écriait celui-ci. — Sainte fille, qui nous a sauvés des Anglais ! s'écriait celui-là. — Voyezvous pas qu'elle est en campagne contre lesrévol= tés? — Patience, compère, vous la reverrez, seulement là-bas où sont les démons, ses pa=

reils. — Que la Pucelle soit de nouveau visitée par médecins et matrones. »

Une députation des notables monta au Palais de Justice , où étaient messieurs du parlement , en grand'peine de faire cesser la sédition. Le prévôt des marchands prit la parole, etseper= dit en beaux raisonnements , appuyés sur des versets de la Bible , pour que la Pucelle, si faire se pouvait, fût montrée au peuple d'une fenêtre haute du palais. Il importait de rétablir promp= tement l'ordre , à quelque prix que ce fût. Le parlement, par décret en forme, somma ladite Jeanne de comparaître devant les habitants de Paris ; mais comme le peuple encombrait toutes les issues, et que, d'ailleurs, la venue de la Pucelle pouvait tarder encore long-temps , le prévôt des marchands eut l'idée de faire prendre à un clerc de la Basoche une vieille armure appendue dans une salle basse, depuis la se= conde race.

Il était temps 3 les plus mutins menaçaient déjà le parlement, lorsqu'un huissier lut au peuple la sommation par laquelle Jeanne était requise de paraître publiquement sur la grande table de marbre. En effet, tandis que la Pu= celle ne s'inquiétait guères de ce qui se passait

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hors de l'hôtel Saint-Paul, le basochien , ha"= bille de fer , et le casque prudemment fermé , se pavanait au poste où l'on l'avait placé. La foule circulait sans encombre autour de la table de marbre, et tout le monde se retira satisfait de la déférence du parlement, si ce n'est que d'anciens routiers, qui avaient com= battu au siège d'Orléans, disaient en hochant la tête : « La Pucelle allait aux assauts la face découverte^ a-t-elle aujourd'hui plus de crainte des regards des siens que naguères des arbalé= triers anglais? et puis dans la prison s'est perdue toute sa contenance martiale ; elle tenait , par Dieu! la lance en sa main senestre ! »

Le lendemain, jour de dimanche, vers dix heures, le roi revint à Paris avec sa noblesse. La révolte avait été appaisée sans coup férir par la retraite du dauphin à la cour de Bourgogne. Charles, affectant de croire que sa courte absence avait paru à sa maîtresse aussi longue qu'à lui, alla d'abord à l'hôtel Saint-Paul annoncer luimême son retour. Agnès et Jeanne s'étaient levées ce jour-là de meilleure heure qu'à l'ordinaire.

Le front de Charles se rembrunit lorsqu'on lui parla de la réapparition de Jeanne d'Arc ; il demanda tristement où elle était; on lui répon=

lOO SOIREES

(lit, ainsi qu'A(jnès l'avait ordonné, qu'elle se renfermait en sa chambre pour prier et se pré^ parer à la communion. Agnès , sur ces entre= faites , accourut à lui avec tout l'empressement qu'elle put feindre, et lui jeta les bras au cou, en disant :

« Chariot, mon petit roi, loué soit Dieu qui me rend votre bien venue : dites, messire le dauphin est-il châtié selon ses mérites ?

— » J\on ; David pardonne à son fils Absalon , mais il est terrible et inclément à l'égard des traîtres qui en veulent à son honneur , sinon à son sceptre maudit !

— • » Qu'est-ce donc? interrompit Agnès, dissimulant à peine sa violente émotion, qui sont ceux-là, félons et déloyaux, lesquels ex= citent cette grosse colère ? vous auraient-ils fait tort de quelques joyaux de votre trésor ?...

— » Tu dis vrai, Agnès de Promenteau, c'était bien le plus précieux joyau qui fut onc sur la terre, et je n'attends pas mieux du paradis : mais remettons à en parler plus longuement. Tu as vu, n'est-ce pas, celle qui est ditelaPucelle?

— » En vérité , mon bon seigneur , je ne l'ai quittée d'un instant jusqu'à hier, qu'elle s'est recluse pour faire pénitence !...

DE WALTÉH SCOTT. ïof

— » Sang d'Armagnac ! c'est agi sagement. Agnès , tu ne t'informes pas de ce que je te rap= porte de mes provinces? mais adieu; madame Marie m'attend aux Tôurnelles. Un mot 3 de ma part dites à cette Pucelle, dont je paierai à intérêts les bons offices , que tantôt , si je ne la vois , je i'irai déranger de ses prières ; elle vous aura grande obligation du bel accueil que vous luifitesj par amour de moi peut-être. »

Il s'éloigna sans qu'Agnès hasardât une seule parole pour le retenir. « Malheur de moi ! s'é= cria-t-elle , il fera occire mon ami ; Dieu veuille qu'il m'en arrive autant , et que j'aille en para= dis î Alain , honte à ta traîtrise ! »

Charles est au palais des Tôurnelles; il n'a pas demandé à voir la reine ; mais il pleure , il gé= mit j il veut renoncer à la couronne et à la vie, la chambre où il se trouve seul pour la première fois lui montre partout des chiffres d'amour , sur les vitraux et sur les tapisseries. Ce sont autant de témoins qui déposent contre une infidèle. i( Alain aurait-il menti ? » pensait-il en luimême ; et cette pensée était la fin de tous ses projets de vengeance. Agnès , de son côté, n'c= prouvait pas moins d'angoisses.

M Rolland, dit -elle ^ la fausse Jeanue

d'Arc, va-t-en d'ici , ou choisis de n'en sortir vivant dans une heure. Alain a conté tout à monseigneur.

— » Alain! Par ma bonne épée! je donnerai son vieux corps à manger aux corbeaux...

— » Pauvre cher enfant, il est bien affaire maintenant d'un inutile meurtre! Songe de prime-abord ou jamais à te tirer de leurs mains.

— » Et toi , mon tout , ne seras-tu point com= pagne de ma départie...?

— » C'est-à-dire que tu veux que tous deux soyons pris ensemble , fuyant la maison du roi ! En ce cas, ôtons-leur la peine de nous suppli= cier , et enfonce ta dague en ma poitrine.

— » Mais toi demeurant, cuides-tu qu'il te soit fait merci? tes yeux ont pouvoir infini... Que ie meure s'ils te donnent la vie sauve!

— )) Je n'ai pas souci de cela , il sera temps demain d'y penser; petit, cesseras-tu de me bai=

ser ainsi le cou et les mains L'heure est pro=

che, où uotre sire te fera venir en sa présence. Sus! revêts ces habits de page que voilà , sus , et pars à la grâce de Dieu et de mes prières !

— M Agnès , s'écria Rolland , en s'appro= chant de la fenêtre, les cours de l'hôtel sont jà pleines de gardes. Fuir n'est pas de saison : re=

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commandons notre ame et notre amour à tel saint qu'il te plaira, baisons-nous en signe d'a= dieu, et ayons bonne espérance en face de la laide mort 1 »

Midi sonnait , lorsque Charles VII, le sourire à la bouche , et le poignard dans le cœur , s'assit sous un dais, dans la grande salle des Tournel= les; sa cour était nombreuse et brillante; le bâtard d'Orléans, autorisé depuis peu à porter le nom de comte de Dunois , se tenait debout auprès de son maître. La fausse Jeanne d'Arc parut honorablement escortée d'archers de la garde du roi. Elle s'avança lentement, les yeux baissés, jusqu'au pied du trône. Là elle s'age= nouilla et attendit son arrêt; elle ne tremblait que pour Agnès!

« Jeanne, dit le prince d'une voix qu'il essayait de rendre calme, je veux du bien aux Anglais qui m'ont renvoyé mon brave général d'armées, sans me le faire savoir, bien que la nouvelle en valut la peine. Par le pont deMon= tereauî j'aurais gagé ma tête et mieux encore que de toi ne restaient que cendres aux vents.

— » Je me réjouis, répondit Jeanne, d'un air contrit, qu'il me soit permis de mourir au service de mon bon sire.

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— n En vérité, c'est le moins que je te doive pour m'avoir fait sacrer au maître -autel de Rheims. Prononce toi-même quelle récompense tu requiers à ce titre ! »

Jeanne, ou plutôt Rolland, frémit de Tironie cachée sous ces fausses paroles d'amitié , et comme un coupable qui vient d'entendre son arrêt de mort, il restait à la même place muet et pétrifié, quand le sieur des Armoises, couvert d'armes blanches, entra brusquement et parla au roi en ces termes :

« Sire, par deux fois dans la mêlée, je vous ai secouru à temps du danger de mort ou bles= sure, et pour guerdon de ce, votre parole ai= dont e j'étais assuré d'épouser pardevant l'église, ma dame Jeanne la Pucelle, de qui je serai che=^ valrer, tant que j'aurai souffle de vie au corps. Adonc le procès et sujjplice faits à Rouen , me laissèrent veuf devant le mariage , et d'aujour= d'hui seulement je romps mon deuil. Or chose inespérée et moult consolante ! Celle-là que j'ai= mais voire même après son trépas , revient triomphante en votre cour ; elle m'a baillé pour pénitence de séjourner en retraite pieuse au cou= vent des bons pères cordeliers , et maintenant rétabli en joie et jubilation , je réclame votre

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ancienne promesse^ afin que les épousailles se fassent soit à Paris , soit à Metz , où ma famille réside. Mais par mon brevet de chevalier! épar= gnez à votre féal serviteur les retardements d'usage, f^ite et tôt, c'est ma devise.

— » Qu'en dit la Pucelle ? » Et Charles se tourna du côté du page , qui releva la tête tout à coup, comme sortant d'une profonde méditation.

— » Sire , reprit Rolland avec une tranquil= lité bien jouée , si elle n'était pas réelle , ne croyez pas que je m'en défende j au seigneur Robert, mon loyal chevalier, ma main, de droit sinon de fait, appartient depuis mainte.s ap= nées. L'épreuve fut rude et longue ; partant le prix trois fois acheté. Donc votre permission que je requiers plus que tout , puisse être d'ac= cord avec mon désir , et la Pucelle se fait femme. D'ailleurs il n'est pas d'Anglais à vaincre, ni de sacre à faire , votre courage y mit ordre à défaut du mien. Ainsi, mandez le gardenote et le prêtre; messire des Armoises, donnez votre main. »

Cette présence d'esprit faillit sauver Rolland; du moins sa perte fut-elle par là retardée de quelques jours ; car le faible Charles VII re= tomba dans ses doutes , et l'amour plus fort en

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son cœur que tout autre sentiment, justifiait presque Agnès Sorel. Il s'imaginait quelquefois reconnaître les traits et la voix de Jeanne. Mais Alain Chartier, d'un autre côté, n'était pas homme à faire un faux rapport à ses risques et périls. Le scandale en cette affaire lui semblait plus fatal que tout ce qu'il craignait. Il fit en= core une adroite tentative pour découvrir la vérité.

« Dunois, dit le roi tout haut à celui-ci , d'où vient que trois jours en çà , monsieur Rolland , le page que m'avez donné à bonne enseigne , n'a été vu d'aucun parmi ma suite ? Est-il sans mon congé de retour au château de ses père et mère.

— » Sire, répondit Dunois en souriant, j'a= vais la même idée et je n'en sonnais mot ce= pendant. Quand nous passâmes à Montlherry , où vous avez couché, l'enfant s'en vint me con= ter que certaine belle , qu'il ne me nomma , le tiendrait éveillé jusqu'au jour. Je raillai son imberbe jeunesse , dorai son escarcelle , et re= gardai sa lame, de peur qu'elle ne fût en état. Puis il partit sans monture, ce coureur de filles, et ne revint pas. Possible est qu'il se trouve bien où il se tient; c'est manque de discipline et

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j'entends qu'il en porte la punition. Après quoi, mon amour pour lui est tel, que je surmonte la vergogne que j'ai, en vous priant de pardon= ner comme je fais , sauf votre respect!

— » Oui dà ! mon beau cousin , vous deman= dez plus qu'homme ne peut donner. Nous de= viserons à cette fin , quand il me semblera bon d'y voir. Mais d'avance ayez fiance en ma jus= tice. Je sais des cas où dix requêtes et la vôtre ne parviendraient à muer ma volonté.

— » Pourquoi madame Agnès n'est-elle ici , monseigneur ?

— » En enfer soit-elle plutôt l »

Pendant cet entretien , le page déguisé avait

tiré à partie sieur des Armoises, fier et satisfait de la noble alliance qu'il allait contracter. Ses yeux ronds étincelaient , il n'eût pas changé son sort contre celui du roi.

(f Mon très cher époux, lui dit Rolland, avez-vous pas remarqué l'embarras et mécon= tente ment du roi , quand il s'est agi de notre union? Monsieur Dunois (n'en prenez nul om= brage) , serait trop content que je l'eusse préféré à vous , que je préfère à tout, sinon au paradis. Il s'en va user de son gros crédit pour empêcher icelui mariage, où il n'est de rien !

— » Si le bâtard osait semblable félonie , j'irais le défier au combat à outrance, et le pied sur la ^orge, je le ferais par serment se confesser lâche et infâme

— » Je n'ai garde de douter de vos grands coups de lance : mais plus bas, je vous dis , on nous écoute , et ce n'est le moment qu'on nous entende. Demain , s'il vous agrée , je suis vôtre, sous nuptial affaire

— » Demain , est-ce pour vrai? Par la jour= née de Patai ! j'en mourrai d'aise !

— » Or çà , pour raison que vous dégoiserai par la route , désertons Paris à nuit close , et rendons-nous à Metz en votre château pour con= dure sans empêchement ni retard, contrat et cérémonie. Autrement, j'ai grand'peur que ce jour tant désiré soit remis étei^nellement. Voyez comme messireDunois s'évertue à tourner con= tre nous notre bon Sire. J'ai bouté en vous seul mon espoir. Allez faire amener deux chevaux en la rue, et partons à bride avallée. »

Ce projet conçu et exécuté sur-le-champ réus= sit mieux qu'on ne pouvait l'espérer, le page s'était glissé hors du palais , et le galop de deux chevaux se perdit bientôt dans le lointain. Le sieur des Armoises et la fausse Jeanne d'Arc

arrivèrent dans la ville de Metz , où ils furent reçus avec transport. On célébra leur mariage , où il j eut grand' presse , dit la chronique , mais l'épouse disparut le soir de ses noces, et le bruit courut alors que le diable , sous la fig^ure de la Pucelle, avait tenté le sieur des Armoises, qui se fit moine de désespoir. Cette aventure, dont l'ignorance du temps faisait les frais, plai= sait singulièrement à Charles VII , qui la racon= tait à tout venant et plus volontiers devant madame Agnès, quelque chagrin qu'elle en eût.

Le page Rolland avait été trouvé percé de coups , non loin de Montlherry ; on dit qu'il fut tué par des voleurs. Alain Chartier, disgra= cié , se retira dans la ville d'Avignon , où il mourut cinq ans après.

Le roi aima la belle Agnès jusqu'à sa mort , arrivée subitement en i449;> ^^ château de Mesnil près de Jumiéges. On croit qu'elle fut empoisonnée. Le dauphin, qui la détestait, de=5 vait être un jour Louis XL

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