‹ Soirées de Walter Scott à Paris, recueillies et publ (volume 2)Chapitre 10 sur 16 · L'ESTRAPADE · texte numérisé non relu

L'ESTRAPADE

d>re0 que i^ai? 0Ottb^ ma lo? 9 |dla0 ie règne armant qoe toi?»

FiiAiiçott I*'y Chanson,

Le luthéranisme avait fait en France dea progrès journaliers , depuis qu'en iSsa quatre prédicants commencèrent à Meaux l'œuvre de h réforme. Chaque année Paris et les provinces voyaient le supplice de quelques novateurs ; mais^ les flammes de leurs bûchers ne servaient qu'à allumer le dévouement des néophytes qui ne refusaient pas les palmes du martyre. D'un autre côté, Marguerite, reine de Navarre et

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sœur du roi , se faisait protectrice des religionnaires , dont elle partageait hautement la dootrine : elle avait mêaie obtenu que le vénérable Melanchton viendrait à la cour défendre la cause de ses frëres opprimés; mais le cardinal de Tournon craignit que la foi du monarque très chrétien ne se laissât ébranler^ et ses ruses plutôt que ses conseils rattachèrent au parti catholique François le*" prêt à s^en séparer ; madame Anne de Pisseleu intervint aussi dans cette affeire, et la voix d'une maîtresse fut mieux écoutée que celle de Fhonneur et de la raison.

Les persécuteurs redoublèrent d'acharnement et de cruauté , les victimes au contraire de noblesse et de courage. C'était un règne d'inquisition. Madame Marguerite elle-même^ sœur du roi et reine de Navarre , ne se crut en sûreté que dans ses états; une fouie de seigneurs et d'hommes distingués^ parmi lesquels on cite Oément Marot, s'exilaient volontairement de leur patrie inhospitalière ^ et la plupart trouyèi* rent un asile inviolable auprès de madame Renée de France , duchesse de Ferrare. Rome n'est pas toujours aussi puissante de près que de loin. Proverbe historique.

Or f vers la fin de 1 534 ^ pendant que la cour

itàit à Blois, suîvart l'expression du temps^ confite en fêtes et en plaisirs y que le roi prodiguait à sa maîtresse Anne de Pisseleu y de l'ancienne famille de Heilli en Picardie; des fenatiques imprudents affichèrent, la nuit du i8 octobre i534> dans plusieurs villes de France y des pla« cards blasphématoires , dirigés la plupart contre la messe et Feucbaristie. On n'a conservé que ce quatrain y qui était écrit sur la grande porte de l'église Sainl>-Germain-l'Âuxerrois.

Fi l à Cana , noce par trop Tantée , Jésus d'eau claire a fait vin de bon lien ; Cil qui premier a la messe inventée Mua du vin en corps et sang d'un Dieu !

Ces vers y assez bien tournés en dépit de Timpiété qu'ils renferment y feraient croire que ce complot satirique, avait été conçu et exécuté par des gens doctes et lettrés.. Bonaventure Despériers, Etienne Dolet, François Rabelais, Clément Marot ne pouvaient pas être étrangers à ces hérésies rimées qui, au dire d'un contemporain y étaient moult gentilles en esprit et en langage. Cette plaisanterie rouvrit les prisons , éleva de nouveaux bûchers y et des représailles sanglantes furent, accordées aux prêtres. Le

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chancelier, cardinal Duprat^ excita les poiir« suites^ désigna les arrestations, et fit condamner à mort six personnes soupçonnées d'être les auteurs des placards. C'étaient de pauvres gens qui à peine savaient lire et écrire : Barthélemi Milon ; Nicolas Yaleton , receveur de Nantes ; Jean du Bourg, marchand drapier à Paris; Etienne de la Forge, de Tournay; Antoke Poille, maçon des environs de Meaux^ et une maîtresse d'école nommée La Catelle.

François I^' est de retour à Paris avec sa cour de prélats, de flatteurs et de courtisanes. H habite le palais des Tournelles , où sa maîtresse, ex-dame d'honneur de sa première femme, mené un train de reine , tandis que Léonore d'Autriche vit dans le Louvre comme au fond d'un cloître, sans autre courtisan que son confesseur^ sans autre délassement que la prière.

Ce jour là, Anne de Pisseleu , qui fut depuis la trop célèbre duchesse d'Etampes , tenait conseil avec son gros Duprat^ comme elle l'appelait souvent , eu égard à l'énorme embonpoint du plat personnage. Elle était assise dans un grand fauteuil ciselé et richement brodé , auprès d'an feu pétillant, dans la vaste cheminée à manteau; le chancelier restait debout , la tête découverte,

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roulant des yeux hypocrites., et souriant avec autant d'aménité qu'il en était capable. Il y avait du prêtre , du magistrat et du gentilhomme dans le costume de Duprat , qui portait la barbe pointue 9 le chapenu rouge et la robe de velours noir fourrée de menu^vair* La soie, l'or, les pier^ reries et l'hermine composaient l'habillement de madame Anne , qui n'avait pas besoin de ce luxe royal pour paraître belle , bien qu'elle approchât de l'âge où l'on cesse de l'être. Elle caressait d'une main un papegeai ou perroquet aux cou»

leurs éclatantes , et de l'autre ouvrait et fermait négligemment un livre sur la couverture duquel était peinte une salamandre d'argent au milieu des flammes , devise adoptée par François I^^.

« Prenez place « mon cousin , dit-elle , aussibien c'est assez long-temps soutenir monsieur votre ventre ; ne vous gênez pas avec nous. »

Et Duprat , s'essoufHant en profondes salu« tations, approcha le siège le plus bas qu'il put trouver dans la salle , et parvint à s'y asseoir, non sans peine , aux éclats de rire de madame Anne , qui continua en ces termes :

« A voir votre nez rouge et riche en rubis, je pei)se que ce matin la froidure est de saison*. •

— » Madame, on ne la sent pas au soleil de

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vos tant jolis yeux^ et si vous nous aidez tin pea de votre bonté y demain nous ferons €eu de joie donc il sera parlé jusqu'à Genève.

•^— » Oui dà 1 Est-ce demain le jour de la SainirJean ^ où s'allument tant de beaux feux que la ville en est quasi toute illuminée et claire comme en plein jour 1

— n Ah 1 que ne nous laisse-^t"-on faire à notre plaisir ; les forêts du roi ne suffiraient. Mais hélas 1 il ne s'agit que de six hérétiques et partant de six fegots.

— » C'est toujours même propos y monsieur Duprat; à vous ouïr, l'enfer serait dans ce basmonde, et si l'on n'y mettait ordre, j'aurais moi-*mème odeur de roussi. Mais ceci n'est pas mon affaire , et ce n'est pas du bois dont je me chauffe*. •

— » Madame , les vrais catholiques , joyeux d'être sous votre digne garde, vous prient d'accepter par amour d'eux ce petit don duquel je suis porteur.

— » Remercie2-les de ma part, reprit la favorite en ouvrant avec vivacité un coffret rempli de pierres précieuses que le cardinal lui présenta respectueusement. Voilà des joyaux bien choisis! j'en veux faire un chapelet pour les dimanches

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et fêtes, afia d'avoir plus grosses indulgences. Mais dites-n^oi, je serais bien aise de plaire à ces bons chrétiens. En vérité y ces pierreries ont dû coûter beaucoup^

— » S'il était possible que la cour fût présente à la procession et au supplice l...

— » Vrai Dieu ! ne comptez pas m'y voir ainsi que le. roi ; demain nous irons à la chasse devers Meudon • De fait , si vous pouvez retarder la cérémonie d'un jour ou deux , j'irai avec mes dames parer l'exécution des luthériens , ce qui est un spectacle préférable aux montres de la Basoche ou de Mère-Sotte.

— » A l'heure qu'il est, le confesseur de notre bon sire travaille à le gagner , de sorte que d'un mot issu de votre belle bouche , vous ferez plus de besogne que dix confesseurs abso« lution en main. Songez, madame, combien il serait profitable à la religion de Jésus-Christ et de Rome que le roi donnât l'exemple à tous, as* sistant à la procession solennelle, ordonnée en expiation du scandale et des placards impies de l'an passé....

— » Les vers étaient de bonne fabrique , et je doute que dans le livre de Gargantua , que je relis sans cesse à l'heure de l'Angélus, on pût

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trouver si grand planté de sel attique et de lardons piquants. Mon gros Duprat , avez-vousre» gret d'en avoir ri avec moi?

— » Je serais heureux ^ belle dame , de vous imiter en plus d'un point*

— » J'entends ; vous souhaitez ptendre sur sa majesté le pouvoir que j'ai j il faudrait que par miracle vous fussiez mué en femme jeune, belle, plaisante, et par^dessus tout adroite. »

lei le roi entra vêtu de noir, et l'abord sévère. Madame Anne se leva précipitamment et courut l'embrasser, sans qu'il parût y prendre garde.

Le. chancelier Duprat voulut aller aussi au de» vant de sa majesté , mais la pesanteur de son corps lui fit perdre l'équilibre, et il tomba lourdement. Sa chute et sa piteuse figure, la bruyante gaitéde madame de Pisseleu, ne déridèrent pas le front soucieux de François I«r, qui se jeta ^n silence dans le fauteuil que sa maîtresse venait de quitter. Celle-ci , accommodant son air d'après le visage du roi , se plaça à ses pieds sur un coussin semé de fleurs de lis , et lui prit les mains dans les siennes^ Duprat, qui "savait bien que ce serait peine perdue d'essayer à se relever, demeura immobile à demi-couché sur le carreau froid et nu.

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R Qtt€ veulent-ils donc? s'écria le roi avec colère; je ne sais vraiment qui est le maître^ d'eux pu de moi ! Je me ferai moquer si je ne bis la %ue à ces cafards ; ils me rendront fou ayec leurs hérétiques^ qu'ils ne valent pas | foi de gentilhomme 1 La hart et la bourrée ont déjà trop maltraité mes sujets ; foi de gentilhomme! j'aurais profit et honneur à divorcer avec l'église romaine à l'instar de mon cousin d'Angleterre ; et m^ bonne sœur Marguerite ^ que j'ai éloignée de moi bien à tort , était plus sage que toyte cette engeance ecclésiastique.

— » Sire , dit madame Anne qui se hasarda à prendre la parole > je ne vous vis onc si chagrin« Madame Léonore vous aurail>-elle encore gourmande à mon sujet?

— » Cest elle^ je gage^ qui les: instruit à me désespérer. . . • Deholit > Duprat ; je veux parfaire une belle ordonnanice qui mette hors de France, sans appel, cagots, matagots et le reste. Ce sont diables ennemis des pauvres mortels et rois de France. :

-^ 10 O mon bon seigneur ! qui vous a fait si irrité,, que lardez de maudirons messieurs les clercs qui n'en peuvent mais?

• — » As-tu idée de leur outrecuidance , ma

raie ? Demain , s*il t*en souvient , nous irons ensemble nous ébattre au déduit de la cbasse, et la nuit coucher au château de Madrid; mais voilà qu'à rencontre de nos plaisirs^ mon confesseur, que Dieu damne ! pour pénitence me convie à k procession de demain. Foi de gentilhomme ! je préfère être juif , mahométan , et mieux encore, que serf de Féglise en mon propre royaume.

— » N'est-ce que cela , sire , reprit ma»

dame Anne d'une voix douce et caressante? a vous ouïr geindre et lamenter, j'aurais cru tout au moins que veniez d'apprendre une défaite en Italie. Eh bien ! je vous tiendrai compagnie à la procession.

— » Heilli, ma bien bonne, ne les excusez pas, ces fiicheux qui sont loups couverts de peaux de brebis. Aussi bien vergogne me peignait, non pas d'aujourd'btiî, de fléchir le genou devant un vilain malotru encapuchonné, moi qui suis roi ^eFrance par la grâce de Dieu et de mon père !

— » N'en veuillez pas à ce saint homme, mais à moi seule, qui l'ai priéde feire en sorte que renonciez à la chasse de demain, d'autant que pour beaucoup ne m'absenterais d'une si belle procession et dé l'holocauste qui la doit clore.

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— » Foi de gentilhomme ! ma chëre Aune^ que ne le disiez-vous plutôt que ce sale moine , qui a odeur debouc? Ce m'est douceuF inBnie de vous obéir, et s'il vous plaisait me l'ordoufier, je prendrais froc et cilice tout à l'heure.... Mais voyez combien j'étais tarabusté de si ty« rannique pénitence, je ne vous ai encore baisée ce matin; vous avez pourtant la rose sur la joue>. souffrez que je la cueille; de l'autre, n'en parlons plus.

— » Sire, pvètons secours à mon cousin Duprat , qui s'est laissé choir à terre à votre venue. Il resterait bien là jusqu'au jugement dernier si personne ne s'offrait à le relever. Nous autres pécheurs , en cette vie portons notre croix comme le Christ ; lui , son ventre , et c'est trop de la moitié. »

Madame de Pisseleu fit au cardinal xm signe d'intelligence pour l'inviter à se retirer sans retard; puis, agitant une sonnette de vermeil, elle commanda à deux pages de sa livrée , qui entrèrent aussitôt, d'aider M. le chancelier à se remettre sur ses jambes,, ce qui n'était pas chose facile sans levier.

i< Hai ! messieurs, criait Duprat, que hs pages remuaient à peine , vous m'affolez ; hai \

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VOUS allez me démancher les bras à force de ti» rer. Hai ! gardea&*vous de me lâcher maintenant que vous avez soulevé mou corps tout meurtri ; il se briserait en tombant comme verre. >i

Anne se pâmait de rire , François I^*' en avait bonne envie y mais il eut pitié de son chanoe» lier^ qui restait suspendu horizontalement; entre les mains des pages courbés sous le laix, et il vint à temps pour lui sauver une seconde cbute plus rude que la première. Duprat^ remis en équilibre autant que possible ^ dit au roi : «Dieu vous gard' ! sire, n Et à la iàvorite : « Adieu ^ madame , jusqu'à la procession ! w Dès qu'il fut sorti, madame Anne ne s'épargna pas auprès de son amant pour défendre les intérêts de l'église catholique^ et sa majesté pardonna bientôt du fond du cœur à son confesseur , qui avait un avpcat si zélé et si persuasif. La fin absout les moyens. Une heure après ^ les yeux brillants et le teint animé^ elle se rendit presque sans suite à l'hàtèl d'Hercule /près des Grands-^Âugustins^ qu'habitait aloi^ le chancelier Doprat.

Le jeudi a i janvier 1 535, dès le point du jour, des crieurs publics annoncèrent à son de trompe^ sur les places et dans les i^arrefours, la procès» aibn solennelle où paraîtraient le roi , la cour et

tout le clergé de Paris. Les riles où elle devait passer, depuis Saint-Germain-l'Àuxerrois jus» qu'à Notre-Dame , furept tendues de draperies et d'étoffes, le pavé couvert de jonchées et de paille fraîche. Vers dix heures, la procession commença de se former devant le portail de Saint-Germain , orné de beaux tapis ; les ar» chers et arbalétriers, avec leurs hoquetons aux armes de la ville, ouvraient la marche; ensuite les ordres religieux rangés sur deux files : les augustins noirs, les carmes blancs, les capu» cins bruns, les cordeliers gris , les dominicains vêtus de blanc et noir , puis de saintes femmes pieds nus et la discipline à la main ; après tous les curés , prêtres et clercs des églises de Paris , dans leurs habits de cérémonie, chantant à haute voix les psaumes du roi David , venaient leséchevins, les bourgeois, le guet, messieurs du Châtelet , de la cour des Comptes , du Par» lement, tous en bel accoutrement, selon leur uniforme. Les archers de la garde précédaient les maréchaux de France , les gentilshommes ^ les pages et les joueurs d'instruments du roi ^ sonnant de leurs sambuques , hautbois et trom » pettes. Suivait le roi, un cierge blanc à la main et la tête découverte j à sa droite la reine Léo-

nore^ à sa gaache madame Anne de Pisseleo dans ses plus riches atours; derrière marchaient Je chancelier Duprat, les princes, les cardinaux et les ambassadeurs ; enfin les trois enfenls de France et le duc de Vendôme , premier prince du sang, tenaient le poêle sous lequel était le Saint-Sacrement, et les principaux officiers de la cour du parlement portaient les sacrées reliques de la Sainle-Chapelle. Le cortège était fermé par les laquais du roi et la garde écossaise.

Des fenêtres ,4des toits de chaque maison saillaient des milliers de têtes, et cependant, au milieu de cette multitude d'acteurs et de spectateurs , on n'entendait que le retentissement des pas, le plain-chant des prêtres et le son des instruments. Le roi et les princes assistèrent à la messe que Ton célébra à Saint-Germain-l'Auxer* rois 3 et de là ils allèrent processionnellement à Notre-Dame, où se chanta un beau Te Dcum en musique. Les offices terminés , la cour passa dans la grande salle de FÂrchevêché , et le roi , les larmes aux yeux , exhorta les assistants mieux qu'un prêcheur luthérien.

« Je vous supplie, mes très chers frères^ di» sait-il en emmiellant ses paroles , je vous sup» plie, pour le salut de votre ame, de persister

fermement dans la foi catholique , apostolique et romaine , d'autant que l'hérésie dresse lacs et embûches de tous- côtés ; gardez de vous y laisser prendre , car dans ce monde-ci je serai juge indément, comme <Iésu&-Christ dans l'autre ; et les novateurs seront brûlés sur terre avant d'aller aux chaudières d'enfer. Je sais que ces maudits mènent à mal eniants , fenmies ^ vieillards , et tous esprits faibles de nature; partant, n'oubliez d'instruire vos fils dans la religion , afin qu'ils ne tombent en ces erreurs, pestes et ordures. Dé» couvrez aux juges quiconque est entaché du venin diabolique; moi-même, s'il est besoin, je mourrai martyrisé et croisé pour l'église notre mère ; et si je doutais que mon bras fût hérétique, je le couperais coût d'abord , crainte de la contagion. Bien plus, foi de gentilhomme I je n'accorderais pas merci aux personnes de ma famille royale, ou i mes enfants, dans le cas piteux où ils deviendraient relaps et apostats. » Après cette profession de foi remarquable, François le** se rendit avec toute sa cour à l'Estrapade , où des sièges et des gradins avaient été préparés pour le recevoir. On sait que ce lieu d'exécution prenait son nom d'un ancien genre de supplice par lequel le patient, élevé en l'air

aaa soirées

par le moyen d'une poulie y était rejeté contre terre avec une telle force, qu'il était tué souvent sur la place. Cette fois seulement, le chancelier Duprat ou quelque bonne ame avait imag^iné, au grand amusement des dames , de compliquer ce supplice trop doux pour des huguenots. Un vaste bûcher avait été construit à Fentouv duquel se dressaient six potences mobiles qui devaient plonger les victimes dans les feux et les en retirer pour les y replonger encore. L'assemblée était nombreuse et^ brillante ; le roi, du haut d'un iTÔne , présidait la fête entre sa maîtresse et son cjbancelier. Quant à la reine, elle avait mieus aimé rester à vêpres que d'assister à une exécu<« tion : ce n'était pas de l'humanité , mais un caprice de femme dévote. Déjà les six condam» nés, en robes noires, sont attachés à l'estrapade, les mains liées derrière le dos avec une corde qui' soutient tout le poids de leur corps ; un si*' lence avide règne dans cette tourbe de peuple tout à l'heure si l»*uyante; les religieux qui d'ordinaire assistent les criminels murmurent les prières des morts ; sur un geste du prévôt . on alluma les fegots aspergés de bitume, et soudain , au milieu des flammes , montent et descendent les patients avec des hurlements

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auxquds la canaille répond par des rires et des cris de joie. La cour regarde avec insouciance lessoufïrances inouïes de ces malheureux y sans doute innocents^ et des railleries atroces^ des propos d'amour et de galanterie accompagnent leur inort leijte et affreuse.

i( Sire j dit madame Anne en se penchant A l'oreille du roi, je prendrais volontiers plaisir à cette comédie^ n'étaient les plaintes des patients et l'odeur désagréable de leur chair brûlée.

— » Vraiment ! reprit Duprat avec naïveté , vous n'avez donc pas été aux rôtisseries ! c'est parfum semblable quand on cuit porc , veau ou mouton.

— » Ne dites pas cela , mon gros cousin ; j'en perdrais l'appétit, de sortç que ne goûterais plus aux viandes apprêtées par le maître-queux du roi. Fi ! j'ai mal au cœur rien que d'y penser.

— )» Ânne^ ma colombelle belle, interrompitle roi, je vous accuse d'avoir tel odieux pensement ^ ce supplice tourne mes ei^rits d'autre côté, foi de gentilhomme et de chevalier français!

— » Votre majesté, reprit Duprat, voit là dedans une image véridique de l'enfer, et je gage que ces pauvres gens qui flambent ne se trouvent point en paradis.

— » Duprdt, dit François P , fais demander là-bas à ce gfreffîer qui dort , plumes et encre et trêve de langue un moment , belle dame.

On apporta au roi ce qu'il voulait , et il écrivit de sa main sur un feuillet blanc de son livre d'Heures le rondeau suivant , composé pendant Texécution à la louange de madame Anne de Pisseleu t

Comme hérétique • eût-il lèpre ou pelade , Pour Sfataiias est friande grillarde l Moi , très chrétien , ars aussi de franc jeu , Et seulement de ma mie une œillade Dedans mon ame a bouté ce grand feu.

Anne ravive avec mainte accolade ; Serais-je pas d'esperit tout malade Si j'agissais envers Amour , mon dieu , Gomme hérétique.

Anne vaut bien que rondeau et ballade A son honneur sonnent galante aubade ; Femmes , prenez modèle en si haut lieu !

Fi des cœurs faux ! certe on en verrait peu Si l'inconstance encourait estrapade Comme hérétique.

« O les gentil^ vers ! s'écria madame Anne après les avoir lus ^ ils sont à moi, et je ne les donnerais pour la moitié de votre état.

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— » Admirable! ajouta Duprat qui u'avait pas encore vu le rondeau; ce n'est pas assez pour vous d'être le premier roi du mon de > vous visez à être aussi le premier poète. Par mQo chapeau! nulrae s'apercevra que Clément Marot voyage!

— » Hs ont rendu l'aine , » disait-on en mohm trant les cadavres raides et charbon nés des sup» pliciés^ qui se balançaient encore parmi les cendres chaudes..

Les prêtres psalmodiaient le De profundis.

« Sire^ dit le chancelier offrant au roi un petit imprimé qu'il roulait entre ses doigts depuis long-temps , pardonnez si à vos beaux vers j'oppose ces rimes outrageantes que vos ennemis sèment parmi le vulgaire. » Et comme François I^'' pâlissait en les lisant^ il ajouta : « Voilà les abus infâmes de l'imprimerie! Que n'oserontils pas ceux-là qui insultent Dieu ^ le pape, et ce que vous avez de plus cher... !

— «Donnez que je voie, dit madame Anne , rouge de honte, je gage qu'on me semonce de vous aimer trop ; faites donc que ne soyez pas trop aimable. Foin des méchants et envieux !

— » Anne , ce sont des billevesées , reprit brusquement le roi froissant le papier avec rage ; s'attaquer à ma dame! je châtierai cette inso-

lence , messieurs les pygmées 1 IhipTSt , allez

de ce pas dresser un édit qui' mette a néaut l'art d'imprimerie ; s'il le jEsuot , je le si^erai de mon épée , foi de gentilhomme ! n

Le jour même y fut publié le fameux réquisi" toire contre l'imprimerie.

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