‹ Soirées de Walter Scott à Paris, recueillies et publChapitre 5 sur 12 · LE JOUR DES INNOCENTS · texte numérisé non relu

LE JOUR DES INNOCENTS

J'«y on mary indigne d'estre aymé :

Je Tayme autant que Dieu me le commande.

Un serviteur d'aultre part estimé Sans fin me cherche et ma grâce demande.

Honnesteté , honneur me recommande.

Margitbritb , reine de Navarre , les deux fîlles et les deux Mariées.

Louis Xi en mourant avait légué la régence à sa iiUe de prédilection, madame Anne de Beaujeu; Louis d^Orléans premier prince du sang , qui avait épousé Jeanne de France, fille du feu roi, voulait qu^on fît céder les dernières volontés de ce prince en faveur de son bon droite le parlement se déclara contre lui, et Charles YIII monta sur le trône à Fâge de treize ans et deux mois. Le duc d'Orléans ^ qui s'était toujours depuis montré Fennemi de la régente, en 14B8 , entraîna dans son parti les princes mécontents, devint Fallié des Anglais et de François II , duc de

'y firit coo-

dePoî-

^■e la paix.

itrr la FnAK et la Bid^Be , ansîtôt

Samt-Avbm ; sa fiemme

m pnèrcs pour

la ooHraaoc de doc , oommc il le fat «MBodle de roi y amt éponsépar fixce en 1476, la fille de Lan XI, qû ëtait, disait-il, un maître-

quoique joKe, était petite, notre et un pea 'voàtëe. Cette légère difloimité, jointe an défrnt de sjrmpathie dans lems caractères, les éi e ig n a d'alwrd Tan de Pantre : la froideur de Loois ne fit qoe s^acxrottre de jour en jour , d'année en année, et se changea presque en haine : Jeanne, an contraire, soutenue par une piété sincère , remplit toujours les deVoirs d'épouse, avec un dévouement d'autant plus grand qu'il était nioins mérité; la prison de son mari lui permit de le mettre à l'épreuve. Cependant elle ne l'aimait point d'amour. Pendant le siège de Nantes, Louis renfermé dans cette ville avec les seigneurs de Laval , de Château-

briant, le prince d'Orange, le duc de Bretagne et ses deux filles, Anne et Isabeau, ayait donné son cœur à la première , dont un contemporain nqus trace ainsi le portrait : n Petite tête pointue, front étroit, yeux louches à fleur de tête, visage maigre, cbrreux courts, narines ourertes , grosses lèvres, menton saillant , col épais, bras longs et minces , poitrine resserrée y taille courbée plutôt que droite et jambes grêles. » Ces détails, q[ui sont traduits littéralement du latin , ne représentent pas la princesse sous des coideurs fort séduisantes; mais un portrait original du temps nous k montre avec une physionomie riante, un air de fran^ cluse, et un heureux embonpoint qui excusent et expliquent la passion du duc d'^Orléans, a lequel, suivant Brantôme y était d'un naturel un peu convoiteux et beaucoup du plaisir de Vénus;. » Il se proposait même de faire casser son mairiage avec Jeanne , sous les plus frivoles prétextes; et le duc de Bretagne , Approuvant scm projet, qui n'était pas alors sansexemple, attendait pour le nonuner son gendre, qu'une dispense du pape prononçât le divorce. La dé&ite de SaintrAubin^du-Gormier et la mort du vieux duc , qui la suivit de près, furent des obstacles que supporta bien impatiemment l'amoureux Louis. U n'avait pas perdu tout espoir d'en venir à répudier sa femme , et tandis que celle-ci à la cour du roi son frère, sollicitait le pardon de son mari rebelle, la duchesse de Bretagne entretenait une correspondance assidue avec le prisonnier du chàte^ de Lusignan ou Lezigncn.

Ce châteaux-fort, situé sur une montagne , était une des plus anti(pies merveilles de France; les gens du pays en attribuaient la fondatitm à Mélusine, ouMelissène, dont Jean d'Ârras écrivit l'histoire fabuleuse, au quatorzième siècle. Son nom est célèbre dans les romans de féerie et de chevalerie, et les enfants mêmes connaissent cette magicienne , moitié femme et moitié serpent. Ce fut Hugues deuxième du nom, dit le Bien^aimé, qui vers Fan looo , fit construire la forteresse de Lusignan, agrandie, réparée et changée de forme par ses descendants jusqu'à ce que , pendant les guerres de religion, Louis de Bourbon, duc de Montpensier, Payant prise après un rude siège, obtint du roi la permission de la faire raser de fond en comble pour éterniser sa mémoire, dit son éloge.

Louis d'Orléans, seul dans ce vaste manoir gothique, dont l'enceinte formait sa prison , environné de tous les égards dûs à son rang et à sa naissance , aurait oublié qu'il n'était pas libre , s'il n'eût pas été séparé de sa chère Anne de Bretagne ; les lettres qu'il en recevait à de longs intervalles, les lettres qu'il lui adressait sans cesse, n'étaient que d'insuffisantes consolations à ses chagrins. Le temps pour lui s'envolait avec des ailes de plomb , et la journée présente lui semblait plus lente que la journée de la veille ; il cherchait des distractions qu'il rejetait ensuite avec dégoût; car depuis deux éternelles années, il n'avait eu d'autre compagnie que celle de sa femme, lorsqu'elle revenait de la cour , désespérée de ne point avancer la dé-

DB WALTE& SCOTT. 1^5

livrance de son époux , pour qui sa présence était un nouvean supplice.- 11 allait Tolontiers ^ la ckasse des daivtf , qui a^étaient nndtipliés à Tinfini dans le parc , un des pins iMauoL de France ^ et souyent il rentrait au lofps Ibrt tard sans avoir bsandi aam épieu ; car dana ses pramenadcs solitaires, il rérait à ses amours, et c'était là son unique réjouissance. Toua les jours , il entendait une messe dans la olmpelle obscure , afyec se» ^tranX peint» d'images de saints et ses rosaces de tonfies eonleurs ; il lisait qaekfnes ouTrage» imprimés àParis , la plupart concernant la théologie ; il jouait anx tarots et à la piùne ayec le chapelmn soa conlesscur, éo0ulait les heaoac contes de» tawndiires de la faotaiiie de Mélusine , eA thésaurisait l'argent qu'il ponyait avoir. Il ne songeait uuliement à s'enftûr : car madame Anne lui a.vait déHeadu d'en rien faire, de crainte qu'il ne se retirât en son duché de Bretagne. EUb^ n'était pas d'hniaur à se remettre en guerre contre le rai de France.

La* veille de IHcyil, le duc d'Oriéans reçut une misaiye aux armes de Bretagne ^ ayant de briser le cachet , il la baisai en plsusant de joie ; elle ccntenait ce qui a'ensuit :

<t MovsiBtR ,mon cher duc,

» Votre demiàie n'a si fiirt jetée en tiouMe et M aouci ^ que tout d'abord j'ai mis la plume à la main » pour répondre catégoriquement aux choses y in- » cluses Je commence par ce qui m'est le plus plai-

126 SOtRtKS

u sant : j'entends cet honnête divorce qui ne vous V tient pu moins an cœur qu'à mot-même ; or , TaTeu » (jue youfl dites m'a tant fait de bien, (foe j'en ai » songé deux nnits dorant. Serait-il yrai que n'avez it jamais touché de chair madame votre épouse? A » yoos croire , elle serait pncelle cnmmft an ventre de >i madame sa mère Charlotte de Savoie. Si ainsi est, » monseignenr, le pape voos haiUera licence de la u répudier, prétextant que Payez époosée par oon- » trainte, sans accomplir le conjugal devoir. De fidt, » elle a taille mal prise, peau bnmette et grands » pieds; mais elle est belle de visage, gracieuse de sa » personne , avec tetins rondelets, et ce que vous n'a- » yez onc va ni touché. Par saint Tugal de Laval! •» j'ai peine à ne pas crier au miracle ; la chose eûti> elle été possible , madame Jeanne, laide et dégoû- » tante comme on en voit tant? Sur ce, visitez le )) fonds de votre mémoire oà soit caché q[uelque vieux. » souvenir. En cas que la conscience nette , puissiez » jurer sur les saints évangiles que ladite madame » Jeanne est demeurée vierge au'*lit d'hymen, ne » vous faites point faute d'en écrire secrètement 1) eu la cour de Rome, requérant des commissaires » pour traiter de cela en Sorbonne et au parlement. i> Alors l'affaire une fois entamée, je vous aide de » mon petit pouvoir ; et si le bon Dieu , qui nous a en » sa digne garde , veut bien se ranger de notre parti ^ )> vous êtes , pour Pàque prochain hors de chartre pri- » vée , et à la Pentecôte, je vous offre en dot ma bonne

^^ duché de Bretagne, et, ce qui vous duira mieux » encore , ma- personne , par-deyant Péglise. Pensez-y n à deux fois , et n'agùsez de léger , crainte que je » vous désavoue, si tant est quHl importe à mon hon- » neur. Dès ce moment je vous tiens pour féal servi- » teur , et vous supplie de ne pas avoir ' regret au 1) pucelage de madame Jeanne ; on vous en rendra » rintécét avec un beau conjungo ; quant aux condi- » tionsdu contrat, il seratemps d'y refléchir une heure » avant ; la meilleure pour vous est ^le je vous aime » tant et plus ; car , dit le poète , absence à Tégard )» d'atnour est pareille au vent , qui pour éteindre un » petit feu, allume le grand. £n attendant la tant dé- » . sirée acoointance , je voua commande en guise de » pénitence dix aue Maria à dépécher à jeun sitôt » votre réveil. Il est bon de se garder la protection de » la divine Vierge : en cas que n^idame votre femme « soit de retour à Lusignan,' persévérez en votre con- » tinence et vous en aurez leloyer icibaSysinonlàhaut.

' » La vôtre à toujours et à jamais.

» AirirB, duchesse de Bretagne. »

Cette lettre causa une ivresse inexprimable à cet amant marié, qui n'espérait pas un si beau succès de son mensonge ^ femme qui aime bien est crédule, et madame Anne avait saisi avec empressement Pocca^ sion de se faire croire à elle-même qu'elle était sans rivale. Le duc couvrait de baisers le papier qu'il relisait depuis une heure non moins avidement que si

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c^eût été la piemière fois, lonqu'il catendbt la harse se lerer après deux «mm de oor ^ P<bs, des pas de cke- ▼anx snr le pont-lens FetcBliamit , puis des ymn et luae mmew inaocoatoinëe aaos la voAte et dans la grande eour; on monteit rapiAcnent Pesealier de pierre, il mît la lettre sur son e<mir ; la lourde porte sWTfit , et aoB épouse Jeanne étui dans ses bras !

« Le diable aa'eniporte ! oroirait-oii pas, madame, à Yons ymr à répandue en eiffeases et acooUades, que yooB arrires tout am moins de Terre-Sainte ? Vraiment, yous êtes seidement absente depuis un petit mois , etj'ai idée que oe n^esl qoe d'hier. Pourquoi de retour n rite ? à Amboise, oè estla oe«r, n'est-il plus de balSy ear r en oels , jeux de paume et ^» festins ?

— - » Comment ? yotlà deux interminables mois, monseigneur, que je sms en route , dolente àe tous quitter ! Le bon Dien n^ pa9 touIu que mon l^yage avançât de rie» à votre élargissement.

— • » Ainsi votre Isère Cbarles, votre sire et le mien , dont j'enragje ! vent que je sqîb ckitré jusqu'à ma mort en ce damné château! Le diable m'emporte si j'ai goût au métier de moine ! C'est à raison si je tiens rancune contre lux et les siens !

— » Monseigneur, fiez^vous en Dieu et en madame votre épouse, qui vous tirera dehors tdt ou tard; il m'est avis que ce moment est proche plus qu'on ne croit. Le roi , qui j'ai obsédé à ce sujet, m'a dit que si vous vouliex promettre d^étre sage à l'avenir, vous seriez son compagnon à ht guerre d'Italie qu'il a en

tête y car il est chevaleureux ce jeune sire, et il imitera quelque jour les fiiits et gestes d'Alexandre, d^Achille , de César et autres grands capitaines.

— » Le diable m'emporte ! vous ne m'apprendrez rien là-dessus , et s'il n'était que de frapper d'estoc et de taille, batailler, escarmoncher, conqnéter pour rendre beureux le petit peuple , monsieur votre frère serait le phénix et parangon des rois. Mais il ne sait , l'enfiint ! ce que c'est que régir un royaume; témoin les belles choses que lui souffle sa soeur madame de Beaujeu....

— » Il est certain qu'à votre égard elle a mal agi , et je lui en fis maint reproche. Mais votre grâce impé* trée, la conciliation entre vous deux ne demeurera en arrière*...

— » C'est toi , Loïse, dit le duc sans l'écouter ; viens çà , ma fille , que je te baise un petit ! Le diable m*emporte ! l'air de cour t'a bien profité; je te revois plus venuste que naguère. »

. n s'adressait à une charmante personne qui restait debout derrière la duchesse ; à l'appel de son parrain, elle s'approcha modestement et tendit sa joue au baiser. C'était une fille naturelle de Jean l'Archevêque de Parthenay ; Louis d'Orléans, qui l'avait tenue sur les fimts de baptême, la fit élever sous ses yeux dans sa maison ; madame Jeanne s'attacha tellement à cette demoiselle , remplie de grâces , de talents et d'esprit , qu'elle ne pouvait la quitter un instant. EUe la regardait cqmnie sa aeule amie et la rendait confidente de

l3o SOIAtES

ses peines conjugales. Sa confiance Ini coûta cher.

Les costumes de dame à cette époque ont une

gi'ande ressemblance ayeo ceux du temps de Cliar<-

les VIL Le règne de Louis XI avait mis Féconomie à

la mode, et Tayaiiee de ce roi imposa des bornes au

luxe de ses sujets , oomme si son épargne en eut souf*

fert. Charles VIII qui aimait la gloire et Féolat, donna

lui-même l'exemple de Féléganoe , et les lois somp-

toaires cessèrent d'être en yignettr» La yanité et la coi>

qoetterie remontèrent jusqu'à la cour brillante d'A;*

gnès Sorel, pour y retrouver des modèles derechercfae

et de bon goût. La duchesse d'Orléans portait une

robe longue de velours bleu , serrée à la taille , avec

des bandes de moire croisées sur la poitrine et s'arron»

dissant au-dessous des hanches } son manteau écarlato

sans eoUet traînait à terre d'une demi^aone; sa etnf-

fure était une sorte de boaiiet en coeur, passementé

d'or, bordé de grosses perles, et garni d'un voiks tom*

bant sur le cou nu et sans collier; oa commen^t ali»«

à rapprocher les chauBSores de la forme du pied.

L'accoutrement de mademoiselle Louise ne difiéiait

de celui-ci que par une grande simplicité, pins oonve*

nable à son âge et à sa naissance. Le duc d'Orléans

était vêtu avec une parcimonie qui le suivit jusque

sur le trânei. Sa tunique, flottant sur les talons, large

de manches et ouverte sur le devant, ressemblait aux

robes de chambre d'ai:goafd'hni ; eMe était de serge

brune et retenue autour des rein* par une oonrMM^

semée de clous d'argent ; l'ouverture de cette tunique

i)E WAtTEà SCOÏT. l3l

laissait aperceyoir le haut d^an justaucorps de drap j agrafé ; aea cheveux demi-^longs et bouclés s^éehappaient de sa toque de velours noir surmontée d'une aigrette de même étoffe.

« Loïse , dit le duc à la jeiaie fille ^ dont il tenait la main dans les siennes ^ as^ pas encore fait clioix. d'im dievalier qvd porte tes chiffres , écharpe et couleurs? Les tournois ) si je suis bien instruit ^ ne se font guère attendre à Amboise^ et monseigneur mon beaufrère est merveilleusement épris de tous exercices de cwps ) il rompt des lances à tout venant , et chevalerie sVn va régner aveo lui. C'est le cas d'élire un brave homme d'armes, défisnseur de ta beauté, et gardien de ta vertu ?

-* » Monseigneur , reprit Louise en l'ougissant et baissant les yeux, je ne me soucie aucunement de ce bruit de fer, de ces grands coups, toutes images de guerre et de mort ) j'ai déclaré devant Sa Majesté que nul n'aura ma foi, sinon quelque beau et honnête gentilhomme ne portant épée que par ornement , et mieux appris aux disciplines amoureuses qu'à celles du dieu Mars.

— n Le diable m'emporte ! sais-tu point que ledit Mars plaisait singulièrement à madame Vénus , qui n'aima pas moins le grand chasseur Adonis....

— v Monsieur le duc , dit en l'interrompant maclame Jeanne , blessée de l'indifférence que son mari lui témoignait) permettez que je fasse trêve à ce grave entretien pour vous présenter messire Octavian de

io8

Jacqu Arabi Soavt ae fai et je àétri-

poiso

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▼rai ' moDi sion.

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lise mal de I) que.

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X msftim an t. « j

DE WALTER SCOTT. l33

' n lé ms , ne se cachant pins sa fidblesse, ae décida » retourner à Lusignan. Octayian,qiii possédait quelques terres auprès du bourg de Saint-Gelais, paii'iiiioine des seigneurs de Lezignen , fognit v tyage indispensable et demanda à maAmir X la permission de Facoompagncr ; ceBe^ aurait tm mauvaise grâce à refuser, et même elle lin offrit , noo snns rougir^ de voyager arec die dana job coche ^ sorte de lourde et grossière Toiture , traioée par deux ou quatre mulets, dont se serraieiit encore les rois cf les princes au seizième siècle. La route leur forat s agréable qu'ils fussent yidontien repartis ea anrirast. La duchesse s'abandonnait aux cbamcs «Tne eam^ yersatioa sonrent fendre, to ujours îafriiwiBfi y^i-rquelle se mêlait mademoiselle Looise de Madame Jeanne n'étaitpaslasmle q« aimât Octa Leducd'OrléaiisaeleTade«maéçe,alb aTcc W-.

mie aurderant du poète, qu^ avait df^ T«a b coiw.ef Fembraasa en lui disait -. «Dieu

Gelais, d le seigneur Diea, de qui je indigne, Teut bien arov éçvd s mes ptim» . a^xor le premier mai dm momwti. an, ^vms Br'»t?»a € anrr* prison qoe le liean mjMumÊt de FraBoc^ T^ïa. «t,i«^ messieurs mes hoBs aina, ■yiiiÉi 1 i cb ■ jh.js*anr ^ main yers les pwii s ils cb jited émÊ. b «aW née; et tout marris qu%«epoBt de i^rèn -vti pagnie, ils s^digneat de wir c»y.^ u» • trin»^ valeureux prince!

<r-> il Mon digue seigneur, dit madame Jeanne , j^ai promesse royale que serez transféré en ma duché de Berry, et aurez pour prison d^état la grosse tour de mon château de Bourges.

— » Le diable m^emporte! s'écria Louis, j'ai joie dans Pâme de la visite dVn tant illustre poétiseur , qui rime comme un autre parle (i). Monsieur Octavian, Vous réciterez le soir autour du foyer, Vjfrf d'aimer, qui n'est encore imprimé , si l'on m'a dit

)> Henri Etienne, dans son curieux TrtUté préparât*/ à l'Apologie éCHérodote, cite un fait qui donne une idée de cette promptitude à rimer d'Octavian de Saint-Gelais , (i évesque d' Angoulesme , dit-il , et toutefois traducteur des livrés d'Ovide , de Arte amandi,

i> Il avoit faict gageure qu'en quelque temps et lieu qu'on parleroit à Iny en ryme , il feroit la resfionse pareillement en ryme lur-U-cbamp. Suyrant laquelle gageure oa luy ritit proposer ces trois iners pendant qu'il estoit bien étaposché à dnbrider la messe:

L'autre jour venant de Teschole Je trovay la dame Nicole, Laquelle eitoit de rerd vestue.

Luy (sans ancanemelkt rompre sa dévotion mesilflque oa mets- &iquale , on messiâqoai^ ) fit cette respottse prodiptememt :

Ostez-moy du col cette estole, tel si bientost je ne l'accole, J'aurai la gageure perdue. »

DE UVALTER SCOTT. l35

vrai. De nouveau j'ai lu les beUes épitres, selon Ovide, qu'avez mises en lumière.

— » Durant la route, ajouta vivement Louise de Fartbenay, monsieur de Saint-Gelais composa de gentils ver9> qu'on ne saurait compter, et l'amour valait pour lui tesi^te d'évangile.

— » £n vérité , dit la duchesse en soupirant , c'est une si douce chose qu'amour! qui se lasserait d'en bien dire ?

— » Diable , madame, répondit le duc, est-oe la cour d'où venez ou bien ma société, qui vous met en si belle humeur ! Jamais avant ce jour y ce mot amour n'était issu de votre bouche, à moins qu'il n'allât tout droit devers le Dieu des chrétiens. »

Les fêtes de Noël , qui devaient dorer quatre jours , permirent aux amfints d'être toujours ensemble , les heures étant convacrées à la promenade et aux oiBces. La messe de minuit, qu'ils entendirent dans la chapelle à peine éclairée , leur ménagea de doux instants d'entretien, où leurs âmes s'épanchèrent au profit de leur tendresse mutuelle ; les chants des prêtres, les sons de l'orgue couvraient leurs voix et peut-être leurs baisers; madame Jeanne avait oublié sa dévotion ordinaire, et non loin d'elle son mari, missel en niain , chantait plus haut que le^ chantres au lutrin. La messe de l'aurore ne fut pas moins favorable è Octayian, dont l'amour auginentait è^ proportion de ses succès. Louise de Parthenay épiait leurs regards, leurs discours, avec un intérêt mélancolique, et

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cherchait U solîtiide; ses yeux étaient muges comme à force d'ayair plenré.

Le lendeinaiii de Noël, U messe dite, la duchesse et Octayian allèrent visiter la câèhre fontaine de Mé- Insine , oà Pancienne légende raconte qae cette princesse apfiamt maintes fois sons la forme d'tme belle femme, dont le corps se terminait en monstre marin. Les cnyes de Sassenage en Danphiné , ont donné lien à une faible semblable. Ils aperçurent au bord de la fontaine nne femme assise qa^ils forent tentés de prendre poor Mélnsine elle-même ; mais en avançant, ils reconnurent Louise de Partbenay , qvà à leur approche se leya pour s'éloigner.

« Loise dit la duchesse , pourqum n'étais-tu ce matin à la messe ? Je t'y ai cherchée de l'oeil.....

-» V Madame, reprit tristement Louise, ç'il est ▼rai, je tous en sais un gré infini , d'autant que tous étiez sans doute empêchée ailleurs. Je gage , sur mon ame , que monsieur Octayian ne s'inquiétait pour lors ni de moi , ni du reste.

— » Mademoiselle, répondit gentiment celui-ci, en l'église comme partout , je songe aux dames , et m'en trouye bien.

— » Ma mie , dit madame Jeanne , changeant adroitement de conyersation , que yenez-yons quérir en cet endroit désert? Ayez-vous d''ayenture rencontré la dame du lieu , Mélusine baignant ses écailles de dragon dans la claire source, comme la voient les bonnes vieilles de Lusignan ?

^ DE WALTER SCOTT. iS^

— » Pïe riez aucunement , madame , dit Octavian , e|i riant lui-même, ma nourrice, de son Tiyant, habitante de oëans / mV jiiré ayoir tu par deux fois celle qui fut aïeule de moi;i père ; la première à Tangelus de midi, en roibe de venve, belle et reluisante comme soleil *, la «eoei^de, un samedi #p?è8 vêpres, nageant dfins l'onde sous Tapparence d'un grand basilic yert, ayant çbef fémi^iip ; chose horrible à voir! £Ue criait ai haut et si aigre , q^q les o^elets se massaient parmi la feuillée ; et prétend-on que ses clameurs sont des avertissements : de fait, feu mon père s'en alla mort à C[uelc|ues jours de là.

— » Messire , interrompit vivement Louise , Qe traitez ceci de f^ble \ la nuit dernière , les çrid de la fée ont recommencé sur 1^ créneaux, du côté où est votre chambre, et Dieu sait ce q[u'i]s présagent!

-* )) Folle! répondit la duch^se , le roman ancien de mettre Jeiin d'Arr^s t'^ jetée ces visions entête; tâche qu'elles en sortent le moips tard qu'il se peut. Mieux, te siérait de dire que l'image en pierre de Geofrciy I A» grçtnd^dent , qui est siir le portail de la grande iouf, çst descendue à bas de cheval, pieu fasse que le ja^r des Saints-lpnopents te rende sage et saine d'esprit.

T-)i A prppos,-<Ut gaiement Loui^,qui sembla frappée d'une idée soudaine , quelle sera innocentée , selon l'accoutumance? quant à moi, après-demain au matin je n'en dormirai ni plus ni moins paisiblement; nargue des innocenteurs à Lusignan I

l38 SOIKÉBS

— » Demain , Teille des Innocents, observa Oeta? yian , il sera ISté an oonvent de Saint-Maxant, la phis étrange et ridicule fSte qui soit en la chrétienlé après celles des Calendes, des Fous et des Anes, qui mènent tant de bruit , de Paris à Borne. Cette réfooisBuice cléricale, outrepasse une montre de la Basoche, des £nfants-«ans-Souci ou de PEmpire d^Orléans. Les Bacchanales des païens ne sont que riens auprès.

— « Certes , dit madame Jeanne, nous ferons le pèlerinage de compagnie et partagerons les indulgences. La traite de plus d'une Ueue s'abrégera en jolis devis; ce à quoi yous êtes naturellement enclin, et nous reviendrons par la forêt. »

Ils rentrèrent tous trois au château, et au dire des archers qui étaient de garde , la nuit fut troublée par des cris inarticulés et surhumains. Madame Jeanne qui ne dormait pas, les entendit, et pour beaucoup elle eût souhaité ne pas coucher seule. Cependant, les traits ftitigués par une insomnie agitée, elle s'habilla de bonne heure et sortit avec Octavian dans la campagne , où Louise de Parthenay les rejoignit à leur grand déplaisir. Ce témoin qui semblait les épier , arrêtait souvent les paroles dans leurs bouches, défendait à leurs regards de s'attendrir, à leurs mains de se presser... Us arrivèrent à Saint-Maxant, espérant à la faveur du tumulte. et de la foule, se soustraire à une si tyrannique contrainte.

Toutes les cloches du couvent ébranlées à la fois , proclamaient à la ronde le premier jour de la fête des

B£ WALTER SCOTT, l3g

Iniioceufâ.; c'était liesse et soûlas parmi les chapelains, clercs et sonneuits. Quant aux chanoines, sans daigner prendre part «ux saturnales du clergé snhal< terne , ils jouaient aux quilles dans le jardin ou hnvêtaient dans les réfectoires^ Mais Péglise: était livrée à des profanations qui, suivant an :ccmtemporain , n'étalent pas moins saintes que la fête de la Vierge immaculée. Le. bas peuple , ami du bruit et du scan-r dale , ne perdait pas cette occasion i^e se ruer en débauches de toute espèce. Xes stctues' de saints, les reliquaires, les autels étaient couverts de vieux draps , de nattes déchirées et de tapis en lambeaux j. une multitude de clercs et de séculiers déguisés en femmes , en animaux , en diables , se roulait sur les dalles des tombes, disputant de blasphémés,* d'injures et de f(^es. Les uns encensaient de la cendre ou de la farine, qui retombait en pluie blanche ou grise sur les assistants; les autres, vêtus d'ornements sacerdotaux tournés à l'envers ou souillés de fange j jparodiaiefnt les sacrés mystères, hurlant des chansons à. boire et dansant autour du tabernacle ; ceux-ci débitaient des sermons burlesques et impies; ceux-là se mettaient tout nus avec des cris et des contorsions effroyables. Les principaux acteurs de ces ignobles farces étaient les frères laïcs , les- frères coupe-choux , les frères quêteurs , les marmitons et les jardiniers du moûtier des cordeliers.

La duchesse ne fit qu'entrevoir de loin ce que l'on appelait la fête des Innocents; Octavian, qui s'était

l4o SOIRÉES

senri de ce prétexte pour avoir un téte-à-téte avec sa maîtresse, ne la laissa pas long-rtfoups eu présence de cette scène hideuse ; et toujours suivis de Vimporr tune Louise, ils s'enfoncèrent dans la forât dépouillée par rhiyer ; ce jour là le ciel était hleu , l'air tiède et le soleil radieux comme à la naissance du printemps,

« Madame , dit Octavian en s'adressant toiqours à la duchesse , après avoir déj^ parlé de mille objets , c'est demain .un jour ardemment attendu des amoureux ; les Saints-Innocents, à la cour comme à la ville , ont été fiiits patrons de bonnes et . galantes aventures.... •

^^ » Qu'est-ce? demanda Madame Jeanne, jouant l'ignorante, pour donner^ SainttCrçUis occasion d'ontrer en matière, J^ai ouï de merveilleuses choses touchant ce vieil usage , et n'fai suis pas mi«(m^ instruite pour cela.

<r^ n Madame , interrompit hçm» sans qu'on l'interrogeât, je vous dirai, s'il vous fWl;, OQ.<p»e j'en sais. Le jour des Innocents, qui a nom aussi la Saint- Valentin , est sacré au:i gali^nts et à leui^s amies. Voici ce que m'en a conté ma bonne marraine madame de Laval. Il s'agit avant tout pour l'amoureux d'entrer le matin an lieu où couche sa dame, d'ordinaire dormant ou faisait le semblant; malheur ou bonhenr à celle-là par ncmchaloir au lit retenue! c'est grand hasard qu'elle ne soit innocentée!...

— » Assea , je vous prie , Loïse , dit sévèrement la duchesse; j'en veux à ma cousine madame de Laval ,

DE WALTER*SCOTT. l4l

de yous avoir donné ces beaux conseils ; ceci n'appartient à un enfant tel <pie yous êtes ; sur ce , silence.

— » Un enfant ! murmura Louise , de yrai je suis plus loin de yingt-huit années que de seize !

— 1) Ma chère dame, dit Octayian à madame Jeanne, tandis que Louise de Parthenay marchait lentement derrière eux , c'est à moi , si yous m'en donnez droit et licence , de yous montrer les us et coutumes des Innocents.

— » Bien volontiers, répondit-elle d'une yoix timide ; je me contente d'un si habile maître et yous laisse dire et faire à votre bon plaisir. Mais d'abord que je sache où en venir.

— » Oma noble dame ! comment à votre cœur par l'oreille faire arriver ce que je souhaite plus que le paradis. Ces divins mystères veulent être exprimés en langue des dieux ) c'est poésie !

Saints Ii^iioc^ns, àe ma part vous avec A grand plante , messes, cierges et grâces > Si le corps nn de celle que sayez Demain au lit est & moi sans disgrâces!

Ce tant chier bien de longtemps me deyes !

Que par les draps cachée , elle remue Criant de peur , en moins de rien }e mue Sa peur en joie, en risses cris décents.

Et yous la fais , de colérëe > émue !..., Sera«ce pas gentil jeu d'Innocents?

l4^ SOIKÉES

— » Octavîan, mon ami, qu'oses-ta réclamer en, rimes si promptement trouvées?

— » Le don- d^amoureose merci, dont Tidée tant seulement m'encourage depuis six vingts jours ! Un si par^t amour de ma part demande un inestimable loyer, sans quoi je suis mort et enterré demain. Il m'est venu en pensée que l'eau de la fontaine Mélusine serait remède à ce que je soufifre d'attendre....

— )i Pour Dieu ! consens à te taire ou baisse le ton ) cette puoelle s'applique à écouter, et je ne voudrais pas pour dix ans de ma vie qu'elle ouit la moitié de ce que disons sans bonté aucune. »

Us tournèrent la tête et n'aperçurent pas Louise de Partbenay , qu'ils appelèrent sans obtenir d'autre réponse que celle des échos ; ils pensèrent qu'elle était retournée à Lusignan et puis ils n'y pensèrent plus. Leur amour gagna d'autant à ce départ, dont ils ne soupçonnaient pas la cause ; leurs pas s'égaraient dans les brisées, et leurs mains faisaient de même ; cependant ils n'avancèrent pas le jour des Innocents, quoique tous deux en eussent grande envie ^ et le soir était proche, quand ils revinrent au château y désirant déjà être au lendemain*

Louise en effet, par une résolution de dépit et d'amour, était revenue à la hâte; elle trouva le duc d'Orléans , dans la galerie, occupé à relire la dernière lettre d'Anne de Bretagne.

(( Monseigneur, lui dit-elle, c'est pitié qu'un si digne prince soit trompé à sa barbe !

— - » Qui parle ainsi? reprit le duc, que ces paroles tirèrent de sa rêverie amoureuse ? Le diable m^emporte! A trompeur, trompeur et demi. Mais dis, ma fille , que sais-tu de récent ?

— » Rierti, mon très-honoré pArrain, sinon que demain est jour des hinocents !

— w En yérîté ! il ne me oha&t à moi ! j'ouîrai en leur honneur une messe basse et les supplierai de me rendre libre plutôt aujourd'hui que demaiti ; le diable m'emporte si je mHnquiète du reste !

— -n Oui ; mais veillez qu'on n'aille au matin inno^ center madame votre chère femme.»...

— » Le diable m'emporte! s'écria iLouiâ d'OrléAns en changeant de visage; et la lettre qu'il tetiâit lui échappa des maind.

— » Je tiens pour asàuré qu'au point du jour ma« dame Jeftnne ouvrira à quelqu'^nn l'huis de ëa. thambre, et ce qui s'ensuivra voUs regarde trop plus que mol.

— » Madame Jeanne ! répétait le duo avec une surprise qui se métamorphosait en satisfaction; le diable m'emporte l j'aurais donné un doigt de la dextre pour qu'il en fût ainsi! je ne perdrai pas si belle ocea*» sion ; l'affaire fera grand bruit , et le bref papal viendra tût après... Enseigne-moi , au surplus , quel doit être monsieur l'innoceuteur ?

— » Qui serait-oe autre que M. Ootaviatt de Saint- GeUtis, plus amoureux encore que poète ?

— » Le diable m'emporte! j'en avais quelque doute,

» à qui m'en veux, j'ai lu non sans ébahissemcut » Phonnéte lettre où il est traité de mon divorce fiitur. » Or , madame, dites-m'en yotre opinion, comment » dans la chrétienté nommerait -on tel conmierce » épistolaire dont j'ai honte pour yotre sceau et bla- » son ? Quant à moi je tiens à péché mortel l'embûche » qu'on dresse pour m'enleyer mon mari, qui est » mien de foi. et de corps, j'en jure tous les saints » qui sont au paradis ! oui , c'est traitreusement qu'il » a menti, attestant qu'il ne m'approcha onc depuis » quatorze ans que feu le roi mon père nous fiança. » Je ne sais qui est le plus criminel de qui profère » ces mensonges ou de qui les croit contre toute appa- » rence de yrai. Sur ce , j'ajouterai que la nuit der- » nière , monseigneur le duc d'Orléans a fait sa tâche )) de mari , et du passé je tous épargnerai le récit. » Néanmoins , il m'est ayis que le Dieu miséricor- )) dieux par là me garde d'être fouryoyée hors du » sentier de chasteté et devoir! Donc quelque chose i) qui arrive , je me fais loi de tout pâtir , et monsieur » le duc que je révère me répudierait maintenant, » que je dirais : sa volonté soit! car je sens que.religion » procure à l'ame des joies qui passent d'autant celles » des choses tenestres , et vers elles désoriiiais tendra » mon unique espoir. Ne vous faites aucunement faute » de désallier l'époux d'avec l'épouse ; il n'en sera » que ce que voudra la Providence supemelle !

n Madame Xbaiwb , Duchesse de Berry et encore d*0rléan8. »>

DE WALTER SCOTT. l^n

TJn page d^une fidélité éprouvée fut chargé de porter ce message à madame la duchesse de Bretagne en sa ville de Nantes , et madame Jeanne entendit avec une satisfaction mêlée dUnquiétudes le galop d^un cheval le long des fossés. Elle n'aperçut pas que la nuit était venue, et le silence , interrompu au-dehors par des cris d'oiseaux , des qui vîpe! et les pas mesurés des sentinelles, l'était aussi au-dedans par des plaintes et des sanglots ; la porte s'ouvrit doucement et Louise de Parthenay, une lampe à la main, entrant dans l'oratoire, resta stupéfaite à la vue de sa maitresse agenouillée sur son prie-dieu. Elle lui était attachée au fond du cœur malgré la rivalité qui les divisait, et dans l'instant elle ne songea plus qu'à l'état d'affliction où se trouvait madame Jeanne.

ft Qui y a-t-il ? demande-t-elle impétueusement ; madame, pourquoi cet air désespéré? quel malencontre vous cause cette profonde peine? soit-il possible que j'y remédie?

— » Las ! répondit la duchesse sortant de son abattement, Loïse, vois-tu la plas infortunée et coupable dame qui soit en ce bas monde; le seul baume à mes maux serait un cercueil de plomb, et auparavant me &udrait-il un confesseur libéral d'absolutions.

— n Bon Dieu ! ma chère dame, dit Louise s'imaginant que l'amour seul causait ce désespoir, le bon Dieu qui pardonna au bon larron ne refuse d^indulgences qu'autant qu'on ne les demande. Il baille pour pénitence du péché, de n'y .plus retourner; fiiites ce

i48 soiftiBs

marché. Elle « tant ayieutemeat plewé , penaa-i-elic à part toi, iouriaiit à un miroir appenda au-deaK>iis du cnifsifis, qu^eUe mahU qqan yieitta fit laids à ce aoir.

— * 9 LoiJBe,à qiMn inaapiiea^ttt qaa i»ow«HWir d^Orléana emploi^ sa captinté, o« pendant «pie )« n'ai souci que de le voir déflempriaoïiiiéy oomme doit toute fiemme 4 Tégard de aon mari?

— • » Sani doute cfue numacigiieiir paaie aon teaipi en dévotions etyanareocHmnaiide^Ma prièret. Jeaais qu'il n'est pas en France de plus rvd^ débrideur de messes; il a vertu de prélret

•— 9 Voire même , quand il c^itretient alliance et rapports avec madame de Bretagnel.».

— }) Je le verrais, que je ne le pourrais eroirel Monsieur le duo est trop grand observateur de U fidélité conjagale,ainsiqu'im bon chrétien; madame Anne pareillement aurait peur d'un aussi gros péché, Ion même que serait faux le bruit que l'on fait de 9a ppété; adultère , comme on sait , n'est pas petite affaire en justice humaine et divine. »

Ces paroles, prononcées avec une int ent ion bien marquée , produisirent l'effet que Louise en attendait. La duchesse recommença ses lamentations en se frappant la poitrine.

— «La coulpe en esta moi , et le bon Dieu a voulu en cela me punir de ma mauvaia^pensée ; msis j'aperçois l'aMmc à temps pour m'en éloigner. Loïse, va-^en prévenir monsieur Oetavian... Non, demeure, un

billet de ma part loi portera consolatiou , et qu'il s'en aille où il a affaire , pas plus tard que demain. Ce soir s'il était d'humeur à partir pour amour de moi! mais

Angélus est sonné voilà long-temps Plutôt, de peur

des soupçons, restmis chacun à- notre place. En mon oratoire , la nuit durant , je chasserai le démon par veilles et oraisons, suivant précepte évangélique. Lo£sey tâche à m'aider de tes prières; je te le- rendrai quelque jour. »

Louise de Parthenay n'eut garde de répondre par un refus, mais elle commença d'ouvrir un bréviaire imprimé en gothique , qui se trouva sous sa main , et elle avait l'air d'y lire fort attentivement, lorsque la duchesse l'avertit qu'il était tourné à l'envers. Malgré cette distraction , elles durent gagner bien des indulgences pendant cette veillée qui leur parut éternelle à toutes deux. Le jour n'était pas loin , le coq chanta.

ti Loïse , dit madame Jeanne , le chant du coq met en fuite démons et mauvais anges ; la nuit s'achèvera sans encombre ;à cette heure je n'ai plus que faire de ton assistance : donc retire-toi en ta chambre et dors en paix.

>- » O que non ! ma chère dame, je ne vous quitterai avant le grand jour, aussi bien dans l'obscurité , j'aurais peine à retrouver le lieu où je couche , et craindrais de rencontrer par le degré quelque archer ivre.

— » J'admire ta prudence , d'autant qu'il est écrit : qui quiers le. danger y mourra. Mais que ne vas-tu de

l5o SOIAtES

ce pas dormir en ma ooncfae mie lieue oo deux Psom m^ eit htm à ton «19e.

— » Cette pennûnim m'a^prée d'anlant que en dormir j^ai grand beaoïn. Je ne larde gnère; car déjà met jeux «mt elos à moilié. IHen 'mna ^tfdM ma bonne dame.

— t» Or çà, devant qne d'entrer an Ik, màê à ce que l'entrée soit fermée, a er r m ' ei et Tcrroox. J'agirai de même, et toi partie de là , par précaution , je n'on-^ Tre à qui que ce aoit, mm pins à mon énoux. Bon aoir. »

C^endant nn homme Tétn d'ope eliape de prélre et une épée sans fourreau à la main, montait à petit bruit le degré eondniwnt à l'apparfement de madame d'Orléans; il avait Poveille aux aguets el regardait le long dcB muTB, t'il n'j seyait jmw d^au^e ombre que la oeanç. Il arriva à la porte qu'il cherdhuit, écouta encore en retenant son haleine, pcmna cette porte qui céda aans effort et la referma lorsqu'il fut entré. Un rayon incertain du jour prêt à poindre lui montra un Ht où était couchée une femme , ne dormant pas , comme l'attestait le bruit d'une respiration précipitée.

» Belle dame , dit-il , c'est aujourd'hui jour des Innocents, et 'VOUS êtes prise sans appel. Jeanne , ma mie, j'ai acquis de beaux droits ! »

Un soupir fiit la réponse qu'il obtint, et bientôt un cri étouffé annonça que les Saints-Innocents n'y perdraient rien.

« Mon ame , dit amoureusement Saint-Gelais, que

DE WALTER SCOTT. l5l

de gentf cherchsilt mbs trouver , et je trouve cela que je n'o^pérais , vu la booae opinion que j'avaia du mari. Cent fois aieffei de la préféreaiscl Ono les Innocents ne rapportèrent tant d'heur! Honte à qui le pouvait prendre qualone années en Qà ! 9

U faûait ypar , uiie porte masquée dans la tenture , s'<mvnt Iputràrconp, et le duc d'Orléans parut dans la dbwnbre aà reposaient les deun amants ; deux prêtres et plusieurs hommes d'armes entrèrent avec lui.

« Le diable m'emporte! dit-il, messieurs, voyez c^ qui en c^* 7« vous interpuUe , vous tous ici présents , comm« témoins de l'adultère et v<ws somme de faire (lerm^Pt en t^mps et lieu de la vérité du fait. N'ayez pas peur, messire Ootavian, je vous dois un gr^çd mf rçi ponr yotre pme , et pia gratitude ne s'en tiendra Ui» Vous aurev un évéché, sur ma parole ! »

Ootavian de Saipt-Gelais s'était jeté hors du Ut , et abaissant lu couverture sur la tête de sa tremblante mattrçsse , il menaça de son ^>ée le premier qui oserait faire un pas.

M Je te jure , continuait le duc en riant , que je n'ai siqet que de te reiOMire amples actions de grâce , ainsi rengaine ta lame et sors d'ici , que l'on dresse procèsverbal. D serait bon <iae tu signasseSé. . .

^ n Monseigneur, reprit noblement Octavian, faites d'abord retirer ces gens au nom de votre honneur , ensuite j'eif passerai par où vous voudrez. Je sais mon devoir et suis gentilhomme.

->- » Le diable t'emporte avec ton éloquence !

l52 SOIRÉES

ci*oi»-tu que j'agis sans réflexion, ou que j ^ignore quelle belle se musse panni les draps? C'est assez faire le chevalier, yide de céans, à moins que la farce ne te plaiae.

^ » Non, monseigneur, reprit Octayian ayecénei^ gie , loin de moi semblable lâcheté; j'en jure les plaies de Jésus-Christ! on ne m'ôtera d'ici que mort, et peut-être quelqu'un rendra l'ame ayant moi. Au contraire ordonnez que chacim s'en aille et nous nous entendrons mieux. »

Louis d'Orléans yit bien qu'Octayian ne céderait qu'à la force , et pour éyiter une scène sanglante , il pria ceux qui l'accompagnaient de sortir dans la galerie yoisine , et d'être prêts au premier signal.

— « Maintenant , dit Octayian , quand il se vit seul ayec le duc, arraisonnons en bonne intelligence. Je yous fis outrage , monseigneur , et suis de naissance à le réparer, s'il yous plait de m'octroyer le combat. Je m'en yais quérir quelque bonne lame, et là nous yerrons à qui demeurera l'ayantage.

— » Es-tu dénué de raison , Saint-Gelais, de penser que j ^expose ma yie et la tienne pour une franche catin ?

— » Par Mélusine ! monseigneur , déportez-yous d'injurier par-deyant moi celle qui encourt le blâme à mon sujet. Pensez qu'ici sous ma garde elle n'est plus yotre femme ; possible qu'elle ne le soit point de chair. A quel point yous arrêtez-yous?

• — » Au divorce. C'est médiocre châtiment, et pour

SI WALTER S60TT. l53

ma part je m'en contente. Le roi Louis XI in'imposa contre mon gré oe nMuria||e stérile et maudit ; j'ai regret çenlfoneat que ce jour n'ait été quatorze ans plus tM, je ne. songerais présentemept à époi^er inadame Aana de Bretagne.

•^ u Ne dites pas ces obères, j<^ vous prie....

— » Ai| hit, c'est temps perdu. Donc , de benne grâce , Octamn permettes que l'encpiéte seit dressée en les longes «fitées et devant témoins.

-^ n Non, monseigneur, on peut sW exempter :

ave^rYOtts soif devotve Wnte et 4c 1* tienne ? Ce que vous savos rompt l'ouion, qui ne fut oneparadievée ; cependant évadez un procès qui ne serait pas à votre honneur ; accord des deux parties déliera ce qui est lié; et madame votre épouse , qui m'a pour caution, ne sera nullement contraire à ce qu'il vous plaira de résoudre. Madame, ajoutart-il en s'adressant à celle qu'on ne voyait pas, je vous adjure de répondre par serment à ma demande. Consentez à divorcer d'avec monseigneur d'Orléans, votre légitime époux ?

— » Oui ! s'écria madame Jeanne , qui s'élança dans la chambre ,et tomba évanouie aux pieds du duc d'Orléans. »

Octavian écarte les draps qui lui cachaient celle

qu'il avait prise pour la duchesse; c'était Louise

de Parthenay !

Neuf mois après naquit le célèbre poète Mellin ou Merlin de Saint-Gelais ; son père Octavian fut nommé la même année évéque d^Ang^uléme !

i56 soiitEs

foi du monarque très-chrétien ne se laissât ébranler , et ses nues plutôt que ses conseils rattachèrent au parti catholique François I^, ^ét à s^en séparer; madame Anne de Piàseleu intervint aussi dans cette affaire y et la Toix d'une maltresse fut mieux écoutée que celle de rhonneur et de la raison.

Les persécuteurs redoublèrent d'acharnement et de cruauté y les victimes au contraire de noblesse et de courage. Cétait un règne d'inquisition. Madame Marguerite elle-même , sœur du roi et reine de Navarre , ne se otut en sèreté que dans ses états ; une foule de seigtteun et d'hottimâs distingués , parmi lesquels on cite Clément Marot, s'exilaient volontairement de leur patrie inhospitalière , et la plupaH trouvèrent un asile inviolable,auprès de madame Renée de France , duchesse de Ferrare. Rome n^est pas toujours aussi puissante de près que de loin. Proverbe historique.

Or , veiiB la fin de i534 , pendant que la cour était à Blois, stnvaut rexpresâion du temps, confite en fêtes et en plaisirs, qaé le iroi prodiguait à sa maitresse Anne de Pisseléu, de l'ancienne famille de Heilli en Picardie , des fanatiques imprudents affichèrent , la unît du i8 octobre 1 534 , dans plusieurs villes de France, des placards blasphématoires, dirigés la plupart cortitre la messe et l'eucharistie. On n'a consei*vé que ce quatrain, qui était écrit sur la grande porte de l'église Saint-Germain-fAuxerrois:

Fi i à Cana, noce par trop vantëe, Jésus d'eau claire a fait vin de bon lieu ;

DE MTALTER SCOTT. 1 57

Cil qui premier ii U messe inventée Moa du vin en corps et sang d'uft Dieu !

Ces vers , assez bien tournés en clépit de Pimpiété quHls renferment , feraient croire que ce complot satirique avait été conçu et exécuté par des gens doctes et letti'és. Bonaventure Despériërs , Etienne Dolet , François Rabelais, Clément Marot ne pouvaient pas être étrangers à ces hérésies rimées qui , au dire d'un contemporain , étaient moull gentilles en e^rit et en langage. Cette plaisanterie rouvrit les prisQns, éleva de nouveaux bûchers , et des représailles sanglantes furent accordées aux prêtres. I^e chancelier, cardinal Duprat, excita les poursuites, désigna les arrestations , et fit condamner à mort six personnes soupçonnées d'être les auteurs des placards. C'étaient de pauvres gens qui à peine savaient lins et écrire : Barthélemi Milon ; Nicolas Yaleton, receveur de Nantes; Jean du Bourg', marchand drapier à Paris; Etienne de la Forge , de Tournay j Antoine Poille , maçon des environs de Meaux, et une maiti^esse d'école nommée La Catelle.

François I^' est de retour à Paris avec sa cour de prélats, de flatteurs et de courtisanes^ Il habite le palais des Toumelles, où sa maîtresse , ex-dame d'honneur de sa première femme , mène un train de reine , tandis que Léonore d^ Autriche vit dans le Louvre comme au fond d'un cloifa'e , sans autre courtisan que son confesseur, sans autre délassement^que la prière*

l58 SOIRÉBS

Ce jour là , Anne de Pisseleu , qui fut depuis la trop célèbre duchesse d'Étampes, tenait conseil ayec son gros Duprat , comme elle Pappelait souvent , eu égard à Ténorme embonpoint du plat personnage. Elle était assise dans un grand Êiuteuil ciselé et richement bix>dé, auprès d'un fea pétillant , dans la vaste cheminée à manteau ; le chancelier restait debout , la tête découverte, roulant àe» yeux hypocrites, et souriant avec autant d'aménité qu'il en était capable. H y avait du prêtre , du magistrat et du gentilhomme dans le costume de Duprat, qui portait la barbe pointue , le chapeau rouge et la robe de velours noir fourrée de menu-vair. La soie , Por , les pierreries et l'hermine composaient l'habillement de madame Anne , qui n'avait pas besoin de Ce luxe royal pour paraître belle, bien qu'eue approchât de l'âge où l'on cesse de l'être. Elle caressait d'une main un papegeai ou perroquet aux couleurs éclatantes, et de l'autre ouvrait et fermait négligemment un livre sur la couvertm*e duquel était peinte une salamandre d'argent aii niilieu des flammes , devise adoptée par François I'*^.

tt Prenez place , mon cousin , dit-elle , aussi bieti c'est assez long-temps soutenir monsieur votre ventre ; ne vous gênez pas avec nous. »

Et Duprat, s'easoufflant en profondes salutations, approcha le siège le plus bas qu'il put trouver dans la salle , et parvint à s'y asseoir , non sans peine, aux éclats de rire de madame Anne , qui continua en ces termes :

DE 1/VALTER SCOTT. I 5q

tt A Yoir votre nez rouge et riche en rubis, je pense que ce matin la froidure est de saison...

— » Madame, on ne la sent pais au soleil de vos tant jolis yeux , et si tous nous aidez un peu de votre bonté , demain nous ferons feu de jcie dont il sera parlé jusqu'à Genève.

-^ » Oui dà ! Est-ce demain le jour de la Saint- Jean, où s'allument tant de beaux feux que la ville en est quasi toute illuminée et claire comme en plein jour?

— » Ah! que ne nouslaisse^t-on faire à notre piaiâr ; les forêts du roi ne suffiraient. Mais hélas ! il ne s'agit que de six héritiques et partant de six fagots.

— » C'est toujours même propos^ monsieur Duprat; à vous onifr, l'enfer serait dans ce bas-monde, et si l'on n'y mettait ordre, j'aurais moi-même odeur de roussi. Mais ceci n'est pas mon affaire, et ce n'est pas du bois dont je me chauffe...

-^ » Madame, les vrais catholiques, joyeux d'être sous votre digne garde, vous prient d'accepter par amour d'eux ce petit don duquel je suis porteur.

— » Remerciez-les de ma part, reprit la favorite en ouvrant avec vivacité un coffret rempli de pierres précieuses que le cardinal lui présenta respectueusement. Yoilà des joyaux bien choisis! j^en veux faire un chapelet pour les dimanches et fêtes , afin d'avoir plus grosses indulgences. Mais dites-moi , je serais bien aise de plaire à ces bons chrétiens. En vérité , ces pierreries ont dû coûter beaucoup.

i6q soirées

— » S^U éinX pofltiUe que U cour fût présente à la procession et au auppUce!...

— » Yrai Diau! ne comptes pas m'y votr aina i que le roi} demain nous irons à la chasse devers Mendon. D« fait , si Yom pouvea retarder la cMBonie d'un jour ou deux , j'irai avec mes dames parer l'exéoution des luthériens , o« qui est ùa speotade préfërahie aux montres de la Sasoohe ou de Mère-Sotte.

— » A l'bewre qu'il est, le oonfesseur de notre bon sire travaille è^ le gagner, de sorte que d'un mot issu de votre belle bottche, vous ieres plus de besogne que dix confesseurs absdiutioQ en main. Songez, madame, combien il serait profitable k la religion de lésus-Cibnat et 4e Rome que le roi donnât l'exemple à tous, assistunt à la prooession 8Dlenn«Ue ,oidonnée en e^^piation du scandale et des placards impies de l'an passent..

— » Les vers étaient de bonne fitbrique, et je doute que dans le Uvre de Gargantua , que je relis sans cesse à l'heure de l' Angélus, on pÂt trouver si grand planté de sel aUiquc et de lardons piquants. Mon gras Duprat, av«z*>voas rttgret d'en avoir ri avec moi?

— » Je serais heureux , belle dame, de vous imiter en plus d'un point.

— - » J'entends*, voua souhaites prendre sur sa majesté le pouvoir que j'ai ; il fiiudrait que par mirasle vous fiissies mué en femme jeune, belle , plaisante , et par-dessus toi|t adroite. »

DE WALTER SCOTT. l6l

Ici le roi entra vêtu de noir, etPabord sévère. Madame Anne se leva précipitamment et courut Pembrasser , sans quHl parût j prendre garde.

Le chancelier Duprat voulut aller aussi au devant de sa majesté, mais la pesanteur de son corps lui fit perdre Péquilibre, et il tomba lourdement. Sa chute et sa piteuse figure, la bruyante gaieté de madame de Pisseleu , ne déridèrent pas le front soucieux de François I'i',qui se jeta en silence dans le fauteuil que sa maîtresse venait de quitter. Celle-ci , accommodant son air diaprés le visage du roi, se plaça à ses pieds sur un coussin semé de fleurs de lis, et lui prit les mains dans les siennes; Duprat, qui ^vait bien que * ce serait peine perdue d^essayèr à se relever, demeura immobile à demi-couché sur le carreau froid et nu.

« Que veulent-ils donc? s'écria le roi avec colère; j e ne sais vraiment qui est le maître , d'eux ou de moi ! le me ferai moquer si je ne fais la figue à ces cafards; ils me rendront fou avec leurs hérétiques, qu'ils ne valent pas , foi de gentilhomme! La hart et la bourrée ont déjà trop maltraité mes sujets; foi de gentilhomme ! j'aurais profit et honneur à divorcer avec l'église romaine à l'instar de mon cousin d'An gleterre ; et ma bonne sœur Marguerite, que j'ai éloignée de moi bien à tort, était plus sage que toute cette engeance ecclésiastique.

— » Sire , dit madame Anne qui se hasarda à prendre la parole , je ne vous vis onc si chagrin. Madame liéonore vous aurait-«lle encore gourmandéà mon sujet?

]6a soiitBS

— » C'eat elle , je gage, qui les instruit à me désespérer.... Debout, Duprat; je veux parfaire une belle ordonnance qui mette hors de Franee, »m appel, cagota , matagots et le reste. Ce aont diables ennemis des pauvres mortels et nns de France.

— » O mon bon seigneur ! qui tous a iiîjt si irrité, que lardes de maudissons messieurs les clero^ qui n'en peuvent mais ?

— M As-tu idée de leur ontreeuidance, ma mie? Demain, s'il t'en souyient, nous irons ensemble nous ébattre au déduit de la cbasse, et la nuit coucher au château de Madrid; mais voilà qu'à Tenoontre de nos plaisirs, mon confesseur , que Dieu damne! pour pénitence me convie à la prooéasion de demain. Foi de gentilhomme ! je préftre être juif, mahométan , et mieux encore, que serf de l'église en mon propre royaume.

«-« » N'esttce que eeU» sire , reprit madame Anne d^nne voix douée et caressante? à voua oiui? geindre et lamenter , j'aurais cm tout ai^ moins que veniea d'apprendre une défiiite en Italie. Eh bien! je vous tiendrai compagnie à la procession.

^- » Heilli, ma bien bonne , ne les excusez pas, ces fâcheux qui aont loups couverts de peaux de brebis. Anssi bien vergogne me poignait, non pas d'aujourd'hui , de fléchir le genou devant un vil«in malotru encapuchonné , moi qui suis roi de France par la grâce de Dieu et de mon père!

— n N'en veuilles pas à ce saint homme , mais à

DE WALTER SCOTT. l63

moi seulç , qui l'ai prié d« faire e^ sorte que renonciez à la chasse de demain , d'autant que pour beaucoup ne in'absenterais d'une si belle procession et de l'ho- Ipci^uste qui la do^t clpfe.

— » Foi de genUll^ominfi! ma chère Ann^^que ne le di«iç3>Yous plutôt qne ce s^ moine, qui 9 odeur de bouc ? Ce m'est douceur infinie de tous qb^ , et s'il vous plaisait me l'ordonner, je prendrais froc et cilice tout à l'heure.* m Mais voye^ ppmbien j^étais tarabusté de ^i tjranniquç péi^tence , je ne yous ai encorçs l>^ée ce mjitiii ; yous avez ppurtant la rose sur la joue, «ouffrqz que jç la oa^Ue^ dç l'autre, x^'en parlon3 plus.

T- }> Sire, prêtons secours à mon CQUiiin P\ipraf , qui 9'«st Ifû^^é pbpir à. ter|r« à votre venue. |1 f ester^t bifn 14 jn^u'au ji^einent dernier si personne n« s'offrait 4 le velçver. IHons ^lutres péchf ura, en cette vie portqns nqtre croi^f comme le Christ; lui, son ventre, et c'est trop d^ la moitié, m

Madamç de Pisseleu fit au cardinal un signe d'intelligence pour l'inviter à se retirer sans retard ; puis, agitant une sonnette de vermeil, elle commanda à dei;|^ pages d^ sa livrée, qui entrèrent aussitôt, d'aider |d. le chancelier è se remettre sur ses jambes, ce qpi n'était pas cboe^ facile s^ns levier.

c( Hai ! messieurs, criait Duprat, que les pages remiiai^nt è peine, vous m'afiblez; h«i! yous allez me démancher les bras |i force de tirçr. ^ai! gardez- vous de me lâcher maintenant que vous ay^z soulevé mon

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corps tout meurtri; il se briserait en tombant comme verre. »

Anne se pâmait de rire, François I*^** en avait bonne envie , mais il eut pitié de son chancelier , qui restait suspendu horizontalement enti'e les mains des pages courbés sons le faix , et il vint à temps pour lui sauver une seconde chute plus rude que la première. Duprat, remis en équilibre, autant que possible, dit au roi : « Dieu vous gard' ! sire, v Et à la favorite : n Adieu , madame , jusqu^à la procession ! n Dès qu'il fut sorti, madame Anne ne s^épargna pas auprès de son amant pour défendre les intérêts de Féglise catholique , et sa majesté pardonna bientôt du fond du cœur à son confesseur, qui avait un avocat si zélé et si persuasif. La fin absout les moyens. Une heure après, les yeux brillants et le teint animé, elle se rendit presque sans suite à Thôtel d'Hercule, près des Grands- Augustins , qu'habitait alors le chancelier Duprat.

Le jeudi ai janvier x535, dès le point du jour, des crieurs publics annoncèrent à son de trompe, sur les places et dans les carrefours , la procession solennelle où paraîtraient le roi , la cour et .tout le clergé de Paris. Les rues où elle devait passer, depuis Saint-Germain-FAuxerrois jusqu'à Notre-Dame , furent tendues de draperies et d'éto£fes, le pavé couvert de jonchées et de paille fraîche. Vers dix heures , la procession commença de se former devant le portail de Saint- Germain , orné de beaux tapis ; les archers et arbalétriers, avec leurs hoquetons aux armes de la

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ville, ouvraient la marche; ensuite lea ordres religieux rangés sur deux files : les augustins noirs , les cannes blancs, les capuehis bruns, les cordeliers gris, les dominicains vêtus de blanc et noir, puis de saintes femmes pieds nus et la discipline à la main ; après tous les curés, prêtres et clercs des églises de Paris, dans leurs habits de cérémonie, chantant à haute voix les psaumes du roi David, venaient les éohevins , les bourgeois , le guet , messieurs du Gbâtelet , de la cour des Comptes , du Parlemçnt, tous en bel accoutrement, selon leuf uniforme* Les archers de la garde précédaiçn^t les maréchaux de France, les gentilshoxnmes, les pages et les joueurs d'instruments du roi, so9inai[it 4^ leurs sambuques, hautbois çt trom-^ pettes. Suivait le roi, un ciçrg« blanc à la main et la tête découyerte; à sfi droite Ik reine Léonpre, À sa gauche madame Anne de Piss^leû dans ses plus liches atours; derri^e marchaient le c^ianeelier Pupr^t, les princes, les cardinaux et les fimhassadeKrs; enfin les trois en&nts de France et le duc de Yend^me , premier prince du sang , tensîent le poêle sous lequel était le Saint-Sacrenient, et les principaux officiers de la cour du parlement port^ien^ les sacrées reUques de la Sainte-Chapelle. Le cortège étf^t fermé par \es laquais du roi et la garde éoos^ise.

Des fenêtres, des toits de clique maison saillaient des milliers 4e têtes , et cependant , au milieu de cette multitude d^acteurs et de spectateui's, on n'entendait que le retentissement des pas, le plain-chant des pré-

ift^mments. Le roi et les princes as-

^4^ V<m c&êbm à Sunt-Germain-

. .. ,v Ift îb jiUèreiit proœssionneUement

^ ^;. f« 9e dutiita «n beaa Te Deum e«

^ <, V (4lw««s lermiiiés, la ooar passa dans la

ti ^ TArdieTêclië, et le roi, les larmes

^ /*«h«ria W$ assistants mieux qu'an prêcheur

I xi>H«ijb sttppUe, mes très-chers frères, disait- il .M«Wffi^Uant ses paroles , je vous supplie , pour le vs ^M«^ Totre ame, de persister fermement dans la foi vkvlSqae , apostolique et romaine , d^autant que Phéc&m^ dresse lacs et embûches de tous côtés ; gardez de vous y laisser prendre ,car dans ce monde-ci je serai juge inclément, comme Jésus-Christ dans Tautre ; et les novateurs seront hrAlés sur terre ayant d'aller aux chaudières d'enfer. Je sais que ces maudits mènent à mal enfants , femmes, vieillards, et tous esprits faibles de nature; partant , n'oubliez d'instrtdre vos fils dans la religion, afin qu'ils ne tombent en ces erreurs , pestes et ordures. Découvrez aux juges quiconque est entaché du venin diabolique; moi-même, s'il est besoin, ie mourrai martyrisé et croisé pour l'église notre mère ; et si je doutais que mon bras fut hérétique , je le couperais tout d'abord , crainte de la contagion. Bien plus, fcn de gentilhomme ! je n'accorderais pas merci aux personnes de ma fkmîUe royale, ou à mes enfants, dans le cas piteux où ils deviendraient relaps et apostats. » ■

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Après celte profession de foi remarquable, Frauçois 1^^ se rendit avec toute sa cour à PËstrapade , où des sièges et des gradins ayaient été préparés pour le recevoir» Ou sait que ce lieu d'exécution prenait son nom d'un ancien genre de supplice par lequel le patient^ élevé en l'air par le moyen d'une poulie , était rejeté contre terre avec une telle force ^ qu'il était tué souvent sur la place. Cette fois seulement , le chancelier Duprat ou quelque bonne ame avait imaginé, au grand amusement des dames, de compliquer ce supplice trop doux pour des huguenots. Un vaste bûcher avait été construit à l'entoiîr duquel se dressaient six potences mobiles qui devaient plonger les victimes duDs les feux et les en retirer pour les j replonger encore. L'assemblée était nombreuse et brillante ; le roi, du haut d'un trône, présidait la fâte entre sa mai-

* tresse et son chancelier. Quanta la reine, elle avait mieux aimé rester à vêpres que d'assister à une exé-

• cution : ce n'était pas de Phumanité , mais un caprice de femme dévote. Déjà les six condamnés , en robes noires , sont attachés à l'estrapade , les mains liées derrière le dos avec une corde qui soutient tout le poids de leur corps; un silence avide règne dans cette tourbe de peuple tout à l'heure si bruyante ; les religieux qui d'ordinaire assistent les criminels murmurent les prières des morts ; sur un geste du prévôt, on allume les fagots aspergés de bitume, et soudain, au milieu des flammes, montent et descendent les patients avec 'des hurlements auxquels la canaille répond pai-

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des rires et des cris de joie. La cour regarde ayec insouciance les Souffrances inouïes de ces malheureux. , sans doute iùnooetits, et des railleries atroces, des propos d'amour et de galanterie accompagnent leur mort lente et affreuse.

H Sire, dit madame Anne en se penchaïkt à Poreille du roi , je prendrais volontiers plaisir à cette comédie, n'étaient les plaintes des patients et Todeur désagréa^ ble de leur chair brûlée.

— » Vraiment I repiit Duprat ayec naïveté, vous n'ayftï donc pas été aux rôtisseries! c'est parfum semblable quand on cuit porc , veau ou mouton.

— » Ne dites pfts cela, mon gros cousin ; j'en perdrais l'appétit, de sorte que ne goûterais plus aux viandes apprêtées par le mattre-qUeux du roi. Fi! j'ai mal au coeur rien que d'y penser.

— » Anne, ma colombelle belle , interrompit le roi,* ie vous accuse d'avoir tel odieux pansement} oe supplice tourne mes esprits d'autre côté, foi de gentilhomme et de chevalier français!

— » Votre majesté^ reprit Duprat ^ voit là dedans une image véridique de l'enfer, et je gage que ces pauvres gens qui flambent ne se trouvent pobki en paradis.

— » Duprat , dit François I«r , fiôs demander là-bas à ce greffier qui dort, plumes et encre, et trè?e de langue un moment, belle dame. »

On apporta au roi oe qu'il voulait , et il écrivit de sa main sur un feuillet blanc de son livre d'Heures

Ô£ WÀLTER SCOTT. lèg

le rdodeausuivai^t, compoeé pendant Texécution à la louange de madame Anne de

Camaieliérétiquii , «Auil l^re ou peUdé , pMur Siteii»«stfrûnde grillade I Moi, très èhrétian , «trs anvi àa franc jeu i Et seulemeot ds ma aie ime «iUade Dedans mon ame a bouté ce graad feu*

Aima l'avire avec mainla aooobde»

Sesais-)e pas d'«9«rii tout maUda fii i'agifsaU anvan A«tour» noa dieu j CoBiflM bérétiqua.

Aana y«at4»«i «iiè rondaM et ballade A son bonnetir sonnent §alanl* aaèade t Faniaes , prena» aMtdèle an si haut lieu i Fi das cœurs faux! carte on an venait peu Si l'inconstance encourait frtrapidf Comme hérétique.

« O les gentils vers! s'écria madame Anne après les EToir lus; ils sont à moi , et je ne les donnerais pour la moitié de votre état*

— » Admirable ! ajouta Duprat qui n'avait pas encore vu le rondeau; ce n'est pas assez pour vous d'dtrele premier roi du monde, vous vises à être aussi le premier poète. Par mon chapeau ! nul ne s'apercevra que Clément Marot voyage !

— » Ils ont rendu Pâme , » disait-on en montrant les cadavres raides et char bonnes des suppliciés, qui se balançaient encore parmi les cendres chaudes.

Les prêtres psalmodiaient le De profUndis.

« Sire , dit le chancelier offrant au roi un petit imprimé qu'il roulait entre ses doigts depuis longtemps , pardonnez si à vos beaux yers j'oppose ces rimes outrageantes que vos ennemis sèment parmi le vulgaire. » Et comme François I^' pâlissait en les lisant , il ajouta : Yoilà les abus infâmes de l'imprimerie ! Que n^oseronUils pas ceux-là qui insultent Dieu , le pape, et ce que vous avez de plus cher....!

— }) Donnez que je voie, dit madame Anne ,rouge de honte, je gage qu'on me semonce de vous aimer trop; fiâtes donc que ne soyez pas trop aimable. Foin des méchants et envieux !

— » Anne \ ce sont des billevesées, reprit brusquement le roi froissant le papier avec rage ; s'attaquer à ma dame! je châtierai cette insolence, messieurs les pygmées!.... Duprat, allez de ce pas dresser un édit qui mette à néant l'art d'imprimerie ; s'il le faut, je le signerai de mon épée , foi de gentilhomme ? »

Le jour même , fut publié le fameux réquisitoire contre l'imprimerie.

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