‹ Soirées de Walter Scott à Paris, recueillies et publChapitre 8 sur 12 · LE FOUET · texte numérisé non relu

LE FOUET

Parqaoy i^pert que des grands on tient compte :

Qn'en faisant mal , ils sont^iavorisés :

Mais les petits sans cesse méprisés

N*ont pour loyer^que la peine et la bonté.

FRAirçois Habbkt , Fabie du Lion , du Loup et de PAsne*

Clément Marot aVait été forcé desortii* de France pour la seconde fois; il avait translaté en rimes françaises les psaumes de David. Cétait une hérésie digne du dernier supplice «tl s^était retiré à Genève y où Jean Cauvin , dit Calvin , ( du nom latin Calpinus \ son ami et son co-reHgionnaire , achevait Pœuvre de la réforme. Le pouvoir de ce dernier était si grand au temporel comme au spirituel q[u'on le désignait sous le nom de Pape de Genève* Marot, qui avait servi au péril de sa vie la cause persécutée de Calvin , avait le droit de s^attendre à une existence tranquille et

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heureuse, lUns une yille soumûe au gouvernemcut de celui-ci ; mais il signala encore son caractère immoral et cet esprit turbulent qui ayait failli le mener au bûcher , malgré la protection de François !">', et celle de sa maltresse Marguerite, reine de Nayarre , éprise de belle passion pour Fhomme le plus laid de la cour. Elle suiyit en cela Texemple de Diane de Poitiers, qui préluda à la conquête de Henri II , par ses amours avec le poète du Ouy et Nenny. Quant à Marot , enthousiaste et insouciant à la fois, il était incapable dVne liaifon un peu solide et d W ouyrage de longue haleine. Il se laissa prendre à la réformation par le caprice de la nouTeauté, et il Faima commr il eût lait une femme ; sana doute il aurait quitté Pane aussi facilement que Pantre , maia les prisons, procès, exil , vexations qu^on lui fit éprouver à ce sujet Vy attachèrent par contradiction. Au reste à cette époque n^ayant encore que quarante-sept ans, il avait déjà toutes les infirmités d*une vieillesse anticipée. La galanterie, ou plutôt la débauche , avait bonne part dans ce délabrement. De gai , riant , p<intagruélUant qu^il était , il devenait de jour en jour plus morose et plup bourru , ses cheveux neigeaient avant le temps , sa taille se rabougrissait, ses yeux sMteîgnaient et auo visage se ridait; seulement il demeurait passé maitrr en libertinage.

Il arriva à Genève, y fut reçu avec distinction , élut *:on domicile chez un riche horloger, et, sans beauooup «Pcffort , il eut vrai , sétlulsit la femme de son liACr.

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Citait une belle Genevoise nommée Flammeite.

Thomas Bruslay, son mari, s^occupait moins die sa moitié que du prêche; en revanche celle-ci , plus d'affaires galantes que du reste. Elle traita bien Marot à cause des bijoux qu^il possédait, peutnêtre du fait de madame Marguerite , et qu'il donna volontiers pour quelques privautés au-delà du baiser; que sais-je? Le mari trompé aimait franchement son hôte, à cause des psabnes qu'il faisait presque sans y penser. Un vieux proverbe dit que cocuage est toujours content de lui-men^e, des autres aussi.

Mais il parait que Marot, sans compter le mari, n'était pas le seul qui fût dans les bonnes grâces de la dame ; sans doute qu'il croyait le contraire. Calvin, tout gourmé de rigidité, se délassait quelquefois de cette morgue d'apparat et de position. U avait épousé Idelette de Bure, veuve de Jean Serder , anabaptiste réfugié à Baie. Cette union avait été malheureuse; la perte de sa fille unique ne fit que précéder celle de la mère, et plusieurs années laborieusement employées, le débarrassèrent à peine du fardeau des regrets. Flammette , par charité chrétienne , ne contribua pas peu à l'en délivrer ; personne n'était dans la confidence, pas même le mari. L'adultère était puni de mort à Genève ; on pendait les deux criminels dos à dos, comme pour les séparer de vive force en les envoyant dans l'autre monde.

Marot , qui ne recevait plus à l'étranger les pensions de valet de chambre du roi, de secrétaire de la

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reine de Navarre , et les 8ommeB énormes ^'il prâe> Tait sur la ooor avec une épigramme ou une dédicace, en était réduit, pour vivre, à rimer le Ffiier nôêter et VOraUon dominicale. Avait-il quelque argent, il allait le perdre au jeu des tarots, sorte de cartes particulières dont on fait encore usage en Allemagne : la fortune semblait l'avoir abandonné de guerre lasse. Flammette voyait son ambui' diminuer en raison des ressources pécuniaires de l'exilé. En6n une brouille acceptée de part et d'autre survint à la suite d'un refus fait par Marot, de sacrifier à la cupidité de cette dame le produit modique d'une édition de ses œuvres, imprimées à Lyon, par son confrère en poésie, Etienne Dolet. Ils ne s'en tinrent pas à des injures données et rendues; l'irascible et imprudent Marot jeta sa bile dans un buitain qui, passant de bouche en bouche avec commentaires , scandalisa bientôt la yille tout entière.

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