‹ Soirées de Walter Scott à Paris, recueillies et publChapitre 9 sur 12 · AVIS AUX GENEVOIS · texte numérisé non relu

AVIS AUX GENEVOIS

Flammette , au souris engageant , N'engendre que petite flamme ; Mais ne lui faut petit argent :

Son baiser de grand's sonunes réclame :

Elle a laissé , par défaut d'or , Clément, qui pour vivre rimaille.

Que le fin premier riche homme aille Prendre sa place cbande encor , U est tantôt sans sou ni maille !

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Ces vers acres et méchants lurent placardés jusque sur la porte du temple, oà les lut M. Bmalay en allant fiiir« ses oraisons. A son retour, il trouya sa femme en larmes, «{ni, ayec'mille simagrées uailées en telle occurrence, embrassa ses genoux, pleura, cria, se tordit les mains, 8*arracha des cherenz à poignée, et finit par avouer tout le mystère. Qui se vit camus et inquiet? ce iut l'honnête homme. Il ne pouvait s'empêcher d'octroyer un triple pardon à ce gros repentir; mais d'un autre c6té, il allait remmcer à se venger du Marot , sinon du même nceud coulant , faire un collier à sa digne femme , si dolente, si honteuse, qu'il eut volontiers juré sur l'Évangile qu'elle était sainte pour l'avenir; le cceur lui en saignait. Ce fut elle qui l'engagea à chercher un hon conseil auprès de Calvin ; elle savait le hnt on die visait.

Thomas Bruslay prit sa cape et une ferme résolution. Bientôt on l'introduisit dans le cahinet du sectaire, occupé alors à écrire son catéchisme. Papyre Masson fait de Calvin un portrait peu avantageux. Il était, dit-il , d'une stature médiocre, il avait le visage allongé, maigre et basané, les cheveux noirs, la barbe rare, les yeux vi£i et étincelants, le nez aquilin,]a voix éclatante et l'abord triste et désagréable.

« Dieu te garde ! Thomas, s'écria-t-il dès qu'il aperçut l'horloger, comment se porte notre dame ta femme?

— n Bien et mal , bégaya le mari , se frappant le

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front avec la main; je ne sais quelle envie me prend de déchirer mes yétements, et de couvrir mon chef de cendre, à Tinûtation de messire Jacob oyant la nouvelle de Pobit de son très-cher fils Joseph.

~« » Qu'est-ce donc, mon père? Flammette n'est pas malade, que je pense; hier encore l'ai-je vue joyeuse à bon escient; qui vous centriste ai grièvement ?

— n Trois fois hélas ! je suis , ce dont j'ai poires d^angoisses trop amères , tout ainsi que le lévite d'Éphraïm.....

— n Par les cierges de Noyon ! interrompit Calvin y moitié colère , moitié indécis, vous me la baillez belle , monsieur le lévite ; assez sur un propos qui touche à rhonneur des dames, au vôtre , et uè me tarabustez plus l'entendement de ces vilenies.

— » Qui m'entendra si ce n'est vous, seiguem- Calvin : ma pauvre femme m'a sommé dé vous conter le cas tout piteux qu'il soit !

— 1) Or donc, contez, et cependant ayez remembrance que la loi coupe la langue aux calomniateurs.»

Thomas Bruslay commença son fâcheux récit, et Calvin s'efforçant de garder contenance rougissait et pâlissait tour-à-tour; il grinçait des dents et froissait ses mains l'une contre l'autre. Une horrible colère luttait au dedans .de lui-même.

« Ya dire à cette tille de joie » Ce fut comme

une explosion ; puis il se tut , sourit avec rage et reprit plus calme : « Ta femme a trompé toi et moi,

saus crier gare ! c^est une fausse et impudique louve ! J^ai fautaisie de Taccuserau tribunal.... Oui, ({u'elle soit traitée ni plus ni mûns qu'elle-même l'a voulu; elle que je cuidais aussi munde et chaste de corps que d'ame !

— M Hier j'en aurais dit autant et mieux encore; mais elle est contrite à faire larmojer un marbre; je l'ai suppliée de confesser au seigneur Dieu sa Êiute y quelque grave qu'elle soit de fait.

— » £t Clément ! continuait Calvin , sans l'écouter et suivant le cours de ses idées ; je l'ai retiré du bourbier d'infortune , je le souffre eu ces états tout gangrené de vices et de son métier de courtisan, et de prime-abord voilà qu'il pollue celle qui est à moi !

— » Ce bon seigneur, pensait à part soi maître Bruslay , il sent le deuil qui m'accable et se fourvoie en sa douleur chrétienne , ni plus ni moins que s' il s'agissait de sa propre femme. ,

— » Toi, premier as mis en oubli , Clément, l'hospitalité à toi donnée et promise , et parce que tu sais adextrement pour toute chose poétiser du sacré et du profane , penses-tu que nulle ioi humaine ne te puisse atteindre? Si les fagots catholiques n'ont rien pu contre ta paillarde chair , je te veux montrer que la hart qui se corde à Genève est de bon chanvre et tenace en diable!

— )> Monseigneur , que répondre à la désolée Fiammette qui fond en larmes tant et tant, que j'ai peur qu'elle en soit aveugle. Afin d'effacer la macule dn

péché, enseignez-lui une pénitence et amende honorable à suivre.

-— » Ya-t*en, Thomas, et si elle a go&t au salut de son ame et au panlon de son iniquité , rapportelui que la Magdeleine, grande pécheresse s'il en fîxt, eut par sa repentance absolution du Christ; de mauvaise gouge elle s'est faite sainte femme. Sur ce, bonsoir ! w

Ce bon mari se retira à peu près consolé; Calvin, qui ne sut jamais supporter un outrage, déborda alors en imprécations et en serments de vengeance ' jusqu'à ce qu'il e&t épuisé sa première colère. Alors il se rappela que Marot devait, le jour même , lui apporter les cinquante psaumes en Vers qu'il lui avait achetés , et craignant d'être privé de cet important travail, il résolut d'attendre, pour éclater, que le manuscrit fàt remis entre ses mains.

Marot entra dans ce moment ; il chantait une chanson galante de sa façon , sur l'air d'un psaume composé par Calvin ; l'accueil froid et sévère de son ami le frappa.

(c Or ça, mattre Clénftent, lui dit Calvin, après avoir fermé soigneusement «la porte, avez- vous paraphrasé la version des psaumes?

— )) Que nul n'appellera V aversion des savants, comme disait Bochard parlant de la traduction française de la Bible par Olivetan!.... '

— » Tu n'as que faire de rapporter une impiété!., réponds ; mes ouailles s'attendent à les chanter en

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musique, non sur des airs profanes, comme à Paris eiàRome..»*

— » Par le corps Dieu!.... s'écria Marot.

—' n Bethsamite ! Amalécite ! Philistin ! interroinpit GJvin transporté d'une sainte colère, jusques à quand blasphémeras-tu le nom de Dieu? Pas longtemps , à ce que je pense , car je rendrai une loi qui condamne les jureurs à manger des <^rhons ardents.

— n Ce sera nourriture mal saine , mais ne vous fâchez pas , père Galyin ; vous et moi ayons été élevés parmi les impies (ce sont papistes), et nous ne sommes pas si bien layés qu'il ne reste rien au fond du yase , comme dit le bonhomme François Rabelais.

— » Tu t'emploies de ton mieux à me sortir des gonds de patience! Oses-tu nommer seulement de bouche l'apostat curé de Meudon? il pue le moine et l'enfer I

— » Vrai dieu!.... Pardonnez à cette erreur de bec; mais Phonnéte Rabelais a dans ses beaux liyres défendu la doctrine éyangélique mieux qu^un ministre en chaire ! . . .

— » Certes! il enyeloppe d'ordures ce qu'il yeut n'être point touché j assez sur ce propos impie et monacal ! La yeraion des psaumes ?

"^ )> La yoici tout entière y comprises les menues prières matutinales, et bien m'en a pris de mettre à né^nt les conseils de dame paresse ( mauvaise béte qui n'est parmi celles de l'Apocalypse, ne sais pour-

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quoi ), d'autant que je miis pauvre à l'égal du «signeur Job dont on a fait une belle histoire que je tranalaterai du latin en rimes françaises*...

•— > » Je te baillerai vingt écns d*or pour prix de ton labeur, parce qu'il est écrit que les moissonneurs du matin et du soir auront même paie. Ces beaux cantiques que je fais imprimer avec avertissement et religieuse musique, vaudront mieux que la vulgate qu*on chante aux églises... mais ce n'est ce dont il s'agit pour le quart d'heure.

— - » A présent que vous tenez ce précieux manuscrit , déliez votre escarcelle libéralement; car ma main brûle de toucher cette sonnante monnaie qui est fée vraiment et se métamorphose selon notre désir. Pour moi je la veux muer en vins et chair salée, aiguillon de la soif.

— M Ivrogne , qui pour idole as ton ventre !. .. Gmibien tu es heureux d'avoir traduit David si à propos. Le seigneur Dieu, plus clément que tu n'es, t'en tiendra compte là haut, et malgré ton crime, après la punition seras conduit du purgatoire devers le ciel , au lieu de dévaller tout droit au pi'ofond de la géhenne.

— » Quelle litanie est cela, pater eancte? auriezvous en dormant vu le grand diable vous Ceiisant la baboue?.... Ohé! regardez à qui vous parlez, et, si passible est, ne jouez pas l'inspiré!

— » Qément,souviens4oide FlammetteBrusIay?

— » Je certifie que je l'ai payée six fois plus

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qu'elle vaut 1 j'en fois juge monsieur son mari , qui Teât laissée, je crois, mourir pucelle, ce qui ne s'est TU depuis la créatioiàde la femme.

— ** M Clément, ta as convoité la femme d'autrui ; il est écrit que l'adultère. asm lapidé...

-^ » Oui, si Jésus n'ft¥ait pas dit : « Que celui » d'enlre vous qui est sans péché , lui jette la pro- )> mière pierre. )» Est-ce toi, Jean GauTÎn, qui le feratf ? Tu aspires à m'efirayer peut-^kre : jene m'en dédis pas; j'ai usé de la femme de mon h6te , de sorte qu'il en aurait la fumée à son nez ; à lui seul appartient de trauYer mauvais qu'on fiiase son devoir conjugal ; je n'ai pas tempérament de vierge; et des vœux de chasteté, j'en ^ai l'an deux mille et quand aussi ferez , compagnon, car je vous connais depuis vingt ans en çà , s'il vous en souvient,

— » Tu seras pendu , Qément ! l'adultère à Genève

. -^ » Que j'aille à Rome, j'en serai quitte et absous pour u^e aumône selon le tarif du pape Jean XXII. Par Gihors ! en Pcance, que je chéris comme un fils sa mère, adultère porte en soi une absolution, et notre sire François I«v y travaille royalement, adultérant toutes les dames de sa cour ; mais aussi au secret déplaisir dea moines, on châtie le sale péché du pasteur Corydon., comme on voit, monseigneur, d'après vos épaules ilenrdeliséea à beau fer- rouge, du temps qu'à Noyon , pour l'honneur de votre pèrecabaretier , vous gâtiez les jeunes gars de bonne vokmté...

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— » Parle Ciel, ne dites telles choses.

— » Vous jurez donc d'ayenture? et le supplice des charbons! N'ayez peur , monsieur le ministre en Dieu ou en diable , je ne tous souhaite pas plus de mal qu'à moi ; mais un mot ; Serai-je pendu ?

— » Ahl mon cher Clément^ je tous complains ▼éritablement j mon cœur en saigne... Un si digne homme ! un si excellent poète !

— » Non, par tous les saints <pie tous décriez en votre Traité des reliques ! il n'en adviendra pas ainsi que TOUS et Flammette l'eapérez à mon dam! on bien , aTantque d'être pendu haut et court j je crie aux. hadauds là assemblés : Mesures Grénevois, qui par religion traitez patibulairement un honnête homme pour crime d'amour^ souffrirez-Tous qu'un Bulgare (je dirai le gros mot) tous prêche et endoctrine?

— » Vous n'en ferez rien, mon trois fins cher.

— )}Ainsi,àTous ouïr, je serais Tenume fiiire pendre à Genève , comme s'il manquait de corde en mon pays ; j'y retourne plutôt; pensez-y à deux fois , compère. Je suis Clément Marot de Cahors en<)uercy,qui a été condamné par le révérend docteur en diable Bouchart, pour avoir mangé du lard en carême; qui a deux fins été banni de France , où , pour moi et autres, c'était la saison des fagots et potences; qui à Ferrare fut fouetté par les rues , et à Venise , s'il vous en souvient , a fidlli laisser ses os ; ce qui m'aurait fait un grand mal au cœur. Pourquoi tous ces exils, martyrs et tourments , sinon pour voua ou votre damnée rhéto-

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rique^ que j'ai soutenue de paroles, d'écrits et de ges* tes contre moLQes, juges, rois, femmes, papes, em^ . pereurs et ma conscience , maintes fois. Et vous croyez bêtement que sous votre tutelle , au propre pays de la réformation, laquelle j'envoie à cinq cents charretées de diables, je me laisserai pendre parce que j'ai touché à la chair...? Serait-œ pas Quatre-Temps ou Vigile ? Vraibis ! j'eusse pu rester au royaume français jusqu'à ma mort, et au-delà , pourvu que laissasse religion aux prêtres, et en ce paradis des cocus j'aurais envahi la porte de corne du mariage, que messieurs les maris m'auraient dit seulement : Grand merci ! Travaillez donc pour ingrats! Je me suis mis en haine et péril pour vous et les vôtres; je pouvais vivre tranquille , riche, estimé des uns et chéri des autres, et pour vous ne l'ai point fait. O bien fou qui croit en l'amitié et reconnaissance ! Fi ! ne me parlez jamais : je redeviens catholique et baptisé comme devant ; je renie et Luther, et Calvin, et Satan ; je pars de cette terre inhospitalière et vais me &ire pendre ailleurs.

— M Marot, mon ami , fie^-vous en Dieu , qui n'abandonne pas ceux qui le prient et se repentent. Fuir , vous ne le pouvez; on vous happerait bientôt, et l'accusé qui cherche à fîiir sent sa faute. Ce serait vous déclarer coupable et digne de mort,

— •» £h bien! qu'ils me pendent, par la mort-I>ieu|! s'ils l'osent! le roi mon maître viendra avec son armée châtier le^ assassins de son poète et valet de chambre, et vos prudes femmes qui font mettre à mort

ao.

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quiconque les sert «n bo»ne amitié, par punition iungne, ne seront durant )e sac de Genève yic^ées par les soudards!...

— » Non , de nAm petit crédit je vous aiderai tant , que ne serez que fouetté par la ville...

— » Certes, le fait serait incomparable, et je me croirai encore à l'école des moines qui perdirent mon jeune âge!

— » Vois et juge; étranger dans Cette vjfle, mon pouvoir n'est pas stable, mon crédit n'est pas certain , comme tu t'imagines, Clément. J'attaque les vices de PÉgbfie romaine et ne puis les tol^r, bien pk», les défendre en la n6tre. Ainsi entre en contrition , tel que le Christ au Jardin des Olives , et chaque coup de verges, que tu peux bien appeler heureuses, te gagnera un an d'indulgence.

-~- » Trêve de patelinage ; je nte résigne au fouet pour me donner du bon temps; car fouetté, oif pourra me pendre plus tard; mais pendu, je ne connais que les sorcières qui me pussent fouetter an sabbat. Que sai»-je? peut-être y trouverai-je plaisir sensuel. Faites en sorte qu'on ne frappe pas trop drvi, en bonne manière de flagellation.

— » Tenez, mon frère, voici le prix de vos psaumes ; Dieu vous paiera le reste. Ayez soin d'épargner cela; l'argent est plus rare ici qu'à la cour de Rome , comme ici les péchés de smionie. Je m'en vais m'employer pour vous; mais étendant gardez de me nuire en dféeouvraiit cequi est caché entre l'arbre et Fécesce. m

La plainte en adultère avait été portée devant les magistrats j le procès fut instruit, etMarot, arrêté, emprisonné et interrogé fut condamné à éti*e pendu, selon les lois de Genève. Gilvin , qui était Tame des juges, avait écarté Flammette de Taffaire, où elle ne parut (fûCexï qualité de témoin et d^accusatrice : il fut reconnu qu'elle n'avait cédé qu'à la séduction et à la violence. Cependant, d'après sa promesse , Gilvin fit commuer la peine de mort ea cell^ du fouet et du bannissem^it. Marot s'estima heureux, d'échapper à si hou marché à l'hospitalité genevoise, jwant tout bas de redevenir catholique et tranquille comme dans sa jeunesse.

La veille du supplice , il était dans sa prison ^ assis devant un verre plein et une houteille à moitié vide; les rayons du soleil d'hiver , tombant à ti'avers les bar-» reaux, et se jouant sur le mur noir, lui semblaient l'aurore de sa délivrance ; car le lendemain à midi , l'exécution de la sentence accomplie , il devait être libre et hors de Genève. La porte ferrée s'entrouvrit, et Thomas Bruslay, enveloppé d'un manteau brun, son chapeau à larges bords rabattu sur les yeux, se précipita dans ses bras.

« Sang-Dieu ! s'écria le prisonnier en reculant , qu'ai-je fait pour mériter si prompte accolade? Compère, vous vous méprenez certainement j pom* ma part, je n'aime point baisers de Judas. Regardez à qui vos amitiés s'adressent; je suis votre adultère. Clément Marot , qui vous souhaite seulement en revanche

aa8 soiBÉKs

la peste , ou madame yotre femme l'éternité durant.

— » Non , mon frère , reprenait Thomas , ce ne sontmomeries, mais signes de repentir et htimilité. Le mal est fait , hélas! et réparation ne tient à ma pauvre Toionté. Que n'ai-je yase d'aromates à répandre sur Tos pieds, comme la Magdeleine fit é^ Jésus!

— » Quelle litanie est-ce là! Êtes-yous en démence ou ayeugle ? Le pardon ^ea injures ya<-t-il jusqu'à messire Cocuage! Four Dieu! yous moquez-yous, et u'estrce assez pour yous que je sois battu de yerges comme meurtrier ou larroneur?

— » Medculpdl mon hraye Clément, maximâ culpâ ! Je lirai deux fois la hible française pour obtenir rémission d'une telle injustice, dont je suis cause par conseil du démon ou de ma femme indigne!

Baillez-moi absolution , je yous supplie !

— » Par le bâton de la croix! yous me la baillez bonne ! vous qui me fîtes juger , incarcérer et condamner, à yous ouïr , je yous deyrais un grand merci pour ces bons oiEces : au contraire , si j'ai occasion et moyen de yous valoir cela , je yeux que soyez traité plus durement cent fois; que je vous voie eu l'eau périssant, je ne vous tendrai un fil d'araignée afin de yous retirer du danger j loin delà, à coups de pierres, je yous éloignerai du bord.

— )> Mon frère , c'est mal écouter les préceptes de la réforme...

— » Le diable emporte réforme, réformés et réformateurs ! ils n'auront de moi que haine et malédic-

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tion! Je m'en Tais de ce pas me rendre serf du pape et sacristain en qael(pie égtise.

— » Dieu vous garde d'une telle forfaiture ! Mais voyez mon cas , et j'atteste que -votre indignation passera la mienne. Sachez que l'outrecuidée Flammette m'incita à requérir vengeance contre vous, et sans soupçon de sa méchanceté, j'allai prendre avis de monseigneur Calvin , le plus abominable homme qui soit sur terre et en enfer !

•— » Pen dirai tout autant et davantage, ou plutôt je ne sonnerai mot de ce que j'en sais.

— » Yoici le fait : j'ai vergogne de l'avouer; votre punition me causait une belle joie et je m'étais résolu, ainsi que Flammette, à vous voir flagellé à son de trompe ; je vous laisse à penAer comme je rendis mille actions de grâce à cet Antéchrist fait pape de Genève par étrange folie et aveuglement! Hier soir allant en Piémont pour affaires de commerce, lesquelles m'y eussent retenu long-temps, j'eus besoin de retourner à Genève prendre quelques marchandises oubliées ; de fait , j'avais regret d'être absent à la fête de demain.

— » Le reste , je prévois , se trouve aux. nouvelles de Boccace ! Toutes les femmes sont ainsi faites !

— » C'était de nuit et je rentrai en ma demeure sans être vu ni annoncé. D^abord pensant réjouir madame de ma bien- venue , je passai en sa chambre , et devinez la belle rencontre qne j'y fis?

— » Peut-être la dame en fuite et le lit dései*t?...

23o SOIRÉES

— » Plût au bon Dieu que j« n^eusse d'autre mal que la peur ! mais en ma couche conjugale ma femme était dormant aux Bras d*UQ homme!

— » Encore un pauvre adultère qui n'est pas tant sûr que moi d'être sain et sauf, l'arrêt prononcé ! Ija dame n'a donc point assez d'un picotin?

— » Ils ne s'éveillèrent toutefois , et déjà j'armais ma dextre d'une vieille lame rouillée , pour d'un seul coup faire rendre au diable deux méchantes âmes; mais je me recordai que l'Évangile a dit que ceux qui frapperont de l'épée périront par l'épée, et j'approchai pour voir qui c'était. Aux clartés d'une lampe , j'avisai sur l'épaide du galant, une fleur de lys imprimée dans la chair , comme ont les grands crimineb.

— Il Messe de sorcières I Jean Calvin !

— 9 Lui*^néme. J'accusais mes yeux de trcmiperie et j'avais idée que Pesprit malin avait pris cette forme feinte pour me tenter mieux; mais je reconnus, faute de pouvoir douter, que le paiUard ne dormait si fort que de fatigue amoureuse , et je sortis de c^ns, cou» tent et fâché de la découverte. £ussé-je fait plus sagement d'appeler à la force ?

-»» Oh ! ah! eh ! l'admirable histoire ! j'aurais donné onze doigts de la main pour en être spectateur. Pourquoi, compère Thomas, n^avoir point sonné les cloches?.. Pardon ; j'oublie qu'il n'en est pas à Genève, au grand profitdesoreiiles! OraaitreCalvin,voUstravaillex patriarcalement à la multiplication des vrais chrétiens !

— » Par la figue ! ayez-vous cœur de rire!...

— }» Cest un digne tour de maître Gonin ; le fin renard encore promulgue des lois contre Padultère ! madame Flaçimette assurément a plus gagné avec cet amour intéressé, que moi avec mes psaumes! Gdvin semble fait pour Calvaire !

— M Que dois-je résoudre à votre avis? Rien ne me sera trop difficile, pourvu que jVn vienne à une belle vengeance! Aidez-moi, messire Clément, vous qui êtes grand clerc , bien que trop entiché de débauche ! J^ai merveilleusement déguisé mon courroux , et j^ai requis licence de vous venir voir , prétextant au Calvin damné que c^était afin .de retirer d'entre vos mains les épitres de ma bonne femme.

-^ n Si pareille infamie me fut advenue, j'aurais fait vœu de ne rogner mes ongles et tondre ma barbe , qu'après la mort violente du traître cocuficateurl

— » Je ne serai pas satisfait à moins; or, attendu que par les commandements divins il n'est licite de verser le sang, je préfère lui bailler le bouccon...

— » Poison n'aura onc été employé plus à point ; car justice en ce cas serait dérisoire ; comme il est suprême juge en cette ville abhorrée, n attendez pas qu il s'aille condamner lui-même.

— » Oui, mais il serait urgent de veiller à ses dépouilles; lui mort, Genève et la religion sont sans chefs; vous ou moi ferions bonne figure cri la place de ce pécheur.

233 soibAbs

— » Quant à moi , je ne demenreraù en arrière du côté du yin , de la gueule et des femme8.I)(mc je m'en rapporte avons pour ce qui est du poison; mais plutôt dénoncez le crime au peuple, Gilyin a nombre d'ennemis, et le fait de la fleur de lys ne sera à son avantage. Demain à Pheure où passerai sons les verges devant votre domicile, narrez publiquement le dommage qu'il vous fit, et quand vous aurez préparé les voies , je serai en état de déclarer ce que je sais de la fleur de lys, à savoir qu'elle lui fîit octroyée à Noyon pour d'infâmes pécbés, comme il appert de la revue des registres en la catbédrale...

— )) Adieu, Clément, un plus long séjour donnerail à penser. Je m'en vais réunir amis et parents ; le tout à la grâce de Dieu ! Demain , à l'exemple du lévite d'Ephraïm , j'en appelle à nos frères ; promettez par serment de certifier la vérité de mon dire.

— » De grand cccur; aussi bien Calvin n'emportera point en enfer le contentement de m'avoir mis à mal avec impunité. Demain donc les coups de verges vous avertiront de mon approche; sur ce, chantez une belle gamme à messire le fleurdelysé. «

Thomas Bruslay tendit la main à Marot , qui la secoua cordialement , et sortit de la prison ; un homme qu'il ne put reconnaître dans l'obscurité, glissa comme une ombre à côté de lui, et disparut dans le labyrinthe des corridors.

Le lendemain la populace de Genève était en joie; riante et en habits de fête, elle remplissait les mes;

les bauti<ptes et les fenêtres étaient garnies de monde; Qément Marot, demi-nu et les mains attachées sur le dos , sortit de la maison de yille , entouré d^une garde nombreuse et suivi du bourreau armé de verges. Un crieur public marchait devant à cheval, proclamant la sentence à son de trompe. Deux ministres subalternes chantant des psaumes, imprimaient à cette exécution un caractère de justice religieuse.

Marot paraissait ne pas prendre garde aux verges qui lui déchiraient la peau des reins ; il était tout entier aune grave préoccupation : seulement reconnaissant Flammette qui traversa la foule : « Ma mie , lui dit-il, que pensez-vous de la fleur de lys? Je vous approuve de métamorphoser les goûts socratiques de Jean Calvin. »

Puis voyant des jeunes femmes qui riaient, il s'adressa à l'exécuteur : « Eh ! que ne laissez vous faire aux dames? elles vengeraient leur propre cause. Je SUIS fier d'un adultère à mon âge ; car maintenant je suis trop vieux et trop laid, dont j'enrage , pour être fouetté à tel prix! »

U remarqua de loin que la maison de Thomas Bruslay était fermée; en appit)chant, son visage prenait une teinte de mélancolie; il passait, la tête baissée devant cette maison qui lui rappelait des souvenirs d'amour et de vengeance; tout-à-coup la porte s'ouvrit lentement, et Thomas, pâle et les cheveux en désordre , se traîna sur le seuil , enveloppé d'un drap qui avait l'air de son linceul.

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«Le poUon! dit-il d'une Toiz mourante, Flammette!... Mes frères, ayant de rendre Tame, saches que Calvin... lalleurdelya!... »>

Il tomba aur la pierre dans d'borriblea oonTulsiatts ; sa bouche écumait, ses yeux sortaient de leurs orbites, ses bras se tordaient ; il expira sans pouToir pro fi Srci uue parole.

« Géuerois, s*écria Marot, ce malheureux !.... » 11 ne put en dire davantage ; on le bailkmna , malgré sa résistance ; et sans que le peuple fit un moove» ment en sa fayenr, il lut jeté hors de la yiUe, ayec défense d'y rentrer sous peine de mort. A peine ar vit-il débarrassé de ses liens qu'il ressentit les dnu* leurs les plus aiguës; il parvint jusqu'à une chanmière prochaine , où de prompts secours arrêtèrent l'effet du poison, sans toutefois lui rendre la santé. Il languit pendant plusieurs mois, et mourut à Turin Fannér suivante.

Cependant Calvin , par son orgueil et sa tyrannie, s^était attiré beaucoup d'ennemis ; la haine s'empur* plus tard de cette aventure pour s'en fiûre des ai am contre lui. La condamnation qu'il avait subie et la fleur de lys qui s'y rattachait, furent l'objet d'une mquête que dirigea Bolsec, médecin, parent de Tfai>> mas Bnulay.

« Bles frères, avait dit Calvin à ceux qui lui chaient cette tache d'infamie , il suflSrait de cape bas pour faire un pied de ne« aux calomniatcor» . <*t ronvaincrt* que la fleur de lys n'était qn*en

imaginations ; mais ce serait tenter le seigneur Dieu , et pour l'amour de lui je souffrirais pis encore. Quant à vous, afin de mieux juger les choses, faites chercher à Noyon les registres du chapitre de la cathédrale , où serait, au dire des méchants, la preuve àe cette condamnation; d'avance je me soumets à ce qu'on y verra. »

Ceci s^aasait en i55a ; des protestants chargés de prendre des informations à ce sujet, furent envoyés à Noyon ; pendant qu'ils étaient en route , la cathédrale de cette ville devint la proie des flammes , et les registres du chapitre n'échappèrent point à l'incendie.

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[L'ECHAFAUDAGE.

Ne presche pins en France une doctrine armée , Un Christ empistolé tout noirci de famée , Qni , comme un Mebemet , va portant en la main .Un large coutelas rouge de sang humain.

Ronsard , Discours des Maires du temps.

La Saint-Barthélémy , dont Tidée appartient au duc d^Albe, fut complotée, dit-on^ pendant deux ans par Catherine de Médicis et ses favoris , Retz et Gonzague. Que leur manquait-il pour Pexécuter? une occasion.

Sous prétexte de cimenter la paix, la reine-mère prépara le mariage du roi' de Navarre avec Marguerite de Valois , sœur de Charles T3L. Le contrat fut signé àBlois, le 1 1 avril 157a ; cinq jours après Jeanne d'Albret mourut subitement, empoisonnée sans doute par des parfumeries que lui avait vendues un Italien

ai.

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au sei*vice de Médicis. La dispense du pape et les mesures que Fou prit pour enyelopper dans le massacre les principaux huguenots, retardèrent plusieurs mois la célébration du mariage ; enfin Pamiral G)ligny quitta sa maison de Ghâtillon-sur-Loing pour se rendre à Paris, et avec lui tous les chefs de son parti vinrent assister à ces noces sanglantes.

Le i8 août, bien que les dispenses ne fassent pas encore arrivées de Borne, le cardinal de Bourbon maria le roi de Navarre à madame Marguerite de France ; la cérémonie eut Ueu , seton l'usage , à la porte de FégUse Notre-Dame, les deux époux n'étant pas de la même religion. Tout ce que la cour avait de distingué y assistait; là se trouvaient ensemble catholiques et protestants; les ducs d'Anjou etd'Alençon , frères dit roi ; le prince de Condé et le marquis de Conti son frère ; le duc de Montpensier ; le prince Daufin, les ducs de Guise , d'Aumale et de Nevers; les maréchaux de Montmorency , de Cossé et de Tavannes ; Tamiral Goligny et le comte de la Hochefoucault. Beaucoup de ces seigneurs étaient placés par le hasard à côté de leurs futurs meurtriers. La vieille basilique, magnifiquement décorée , avait ouvert ses portes, d'où s'échappaient, avec l'encens , les graves accents de l'orgue mêlés à la voix des prêtres ; les cloches envoyaient de joyeuses volées ; la foule était dans les rues , aux fenêtres , sur les toits des maisons ; la cérémonie ne fut signalée par aucun événement remarquable, si ce n'est que le duc de Guise, qui

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avait toujours à cœur Tassassinat de son père par PoU trot de Mère, et sa haine pour l'amiral, s'approcha par derrière de G>ligny , et la main sur la garde de son épée , fit mine de le youloir frapper dans le dos. Le comte de Neyers, qui s'aperçut de ce geste impru-' dent , l'arrêta par ces mots prononcés d'une yoix mystérieuse :

A Guise , tu joues là une yie contre vingt mille ; ayes patience deux jours durant, et tu auras belle revanche j en attendant aiguise ta lame , fais dire des messes et accolle les parpayots avec beaux semblants d'amitié.

— » Ton conseil est bon , Gonzague , j'en userai ; mais, par mes trois merlettes, je tuerais de meilleur courage si j'avais de prime-abord mis à mal monsieui l'homme de bien qui m'a l'air d'avoir fait seul le crime de Poltrot, devers Orléans. »

Le cortège retourna au Louvre, où l'attendait le roi, bien appris à jouer son rolet, comme il l'avouait lui-même avec l'ingénuité de la scélératesse; Githerine de Médicis, encore belle quoique dans l'âge mûr, donnait l'exemple à son fils , en dissimulant ses projets sanguinaires sous un masque d'aménité et de mignardise , qui trompait les plus courtisans. Un groupe de ceux de la religion vint à se former autour de Henri, qui se plaignit, en riant, de la malhonnêteté dos papistes, et de ce qu'ils l'avaient reçu seulement à la porte de leur église, comme s'ils eussent craint de gagner là lèpre. Jean Goujon, célèbre depuis le règne

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