‹ Soirées du Stendhal club: documents inéditsChapitre 10 sur 33 · DEUX ROMANS · texte numérisé non relu

DEUX ROMANS

[Stendhal n*a écrit que le plan, et quelques passages très courtsy de ces deux romans.

Mais les fragments que l'on va lire nous révèlent la méthode dft travail de Beyle et nous livrent le jugement qu'il portait sur l'un de ses chefs-d'œuvre ; Le Rouge et le Noir],

A 1MAGINAT10:?Î (l)

L'âme passionnée, le jeune Jean-Jacques s'atlacheaux prédictions de son imagination, Robert ne fait que ce qu'il voit.

On a souvent pensé à faire un jeune homme mon-

(i) A Imagination = sans imagination, A étant ainsi privatif.

tant vers la fortune à travers les circonstances d'un monde dételle époque, par exemple, le monde de 1811: Cambacérès, le Conseil d'Etat, la Cour des Tuileries, «te.

L'auteur voulait, il y a dix ans, faire un jeune homme tendre et honnête, il l'a fait ambitieux mais encore rempli d'imagination et d'illusion dans Julien Sorel(i),

Il prétend faire Robert absolument sans imagination autre que celle qui sert à inventer des tours pour parvenir à la fortune ; mais il ne s'amuse pas à se figurer la fortune et ses plaisirs. L'expérience lui a déjà appris <jue ces imaginations -là ne se réalisent point ; alors comme alorsy dit-il, c'est sa maxime favorite.

En embrassant la plus jolie femme, il ne voit que ce que le plus sec des jockeys ne saurait nier, c'est -àdire la beauté et la valeur de ses pendants d'oreilles. Ne devant aucune jouissance à son imagination, Robert •est fort attentif à la commodité de son fauteuil, à la bonté de son dîner, au confortable de son appartement, etc, etc.

Robert à quatorze ans est un petit coquin complet, quant au cœur. Il vole des bonbons aux étalages des petits marchands avec Carière, son camarade, âgé de ^eize ans. Celui-ci n'a point d'amitié pour Robert, mais sa vanité espère des jouissances de l'habileté de Hobert. L'auteur raconte que Carière est bâtard d'une

(i) Ce plan fut donc écrit vers i8âo.

femme de chambre voleuse. Carîère est donc honnête, en grande partie par défaut d'esprit ; on croit en ses promesses. Voilà comment il est utile à Robert ; Carière s'acquîtte bien de tous les détails, il a, en grande partie, le même mérite que Robert : sa lorgnette n'est jamais ternie par le souffle de l'imagination.

Il voit ce qui est dans son intérêt, mais il est pétri de petite vanité. Le comique est fourni par cette faiblesse. Robert aussi n'est pas sans vanité, mais il la nie. Le comique est fourni par Carière.

Bertrand, le cœur le plus simple, exécute les ordres y de Robert sans les comprendre.

Pour que le Robert fasse effet, il faut qu'on le voie agir.

Donc il ne faut pas que sa fortune soit faite.

On le verra faire cette fwtune.

Une position sociale

Septembre 1882 — Juillet i833.

« Je lègue ce manuscrit à M. Ab, Constantin (i),

(i) Peintre en miniatures, dont les travaux les plus importants

qS soirées du STENDHAL CLUB

mon voisin, avec prière de ne le montrer qu'en 1880, )>

Rome, k octobre 1832.

Testament. H. Beylb.

Style, — Il faut mettre plus de nombre que dans le Rouge, que cela entre davantage dans roreille.

Plan. — La duchesse ne veut de Roizard que comme consolateur.

Elle n'avait qu'une peur, c'est qu'il la regardât avec amour.

Plus tard Roizard se dit : c'est de l'amour qu'elle veut tout bonnement, et, parbleu ! je ne l'aimerai pas.

Son étonnement quand il découvre que ce n'est pas de l'amour qu'elle veut.

Suis-je donc trop vieux ? se dit-il. Alors il prend de l'amour.

* * jf

D'abord descriptions des trois caractères ; des caractères sortiront les événements.

(dos copies d'après les maîtres) se trouvent au musée de Turin.

Arrêter les caractères bien nettement ; les événements seulement en masse, admettre les détails à mesure qu'ils se présentent (12 décembre f 832). Raison : car Ton ne pense jamais aussi profondément aux détails qu au moment où l'on écrit le livre. Dans le fait, sans me Têtre dit d'avance, c'est ainsi que j'en ai agi pour le Rouge.

Au lieu de commencer le livre par la diable de description selon la méthode de Walter Scott, on pourrait débuter par l'analyse suivante du caractère de la duchesse, telle que je l'ai écrite pour moi en septembre 1882. Je trouve ces deux pages fort bonnes le 12 décembre, reprenant ceci après l'avoir oublié complètement pendant les batailles de V [idau].

Après ces deux pages conmiencer la description de la rue du Palais, et de la soirée ou réception de la duchesse*

DucsiEsse. M"** la duchesse (i)de Vaussay avait plus de trente ans, c'était on être passionné. Elle était emportée par un tempérament de feu à se livrer avec fureur à toutes les jouissances, mais elle avait toujours eu la plus haute idée du devoir, même elle n'en avait pas une idée raisonnable, mais elle s'était fait une idée superstitieuse, une idée dont le fond n'avait jamais été examiné, et dont sa facilité d'être émue s'était emparée.

(i) La duchesse paraît être Menta de la Vie de Henri Bruîard, cette Menta dont on peut lire la si curieuse lettre dans : Comment a vécu Stendhal^ i vol. Dujarric, 1 900.

lOO SOIRÉES DU STENDHAL CLUB

Elle avait eu, disait-on, plusieurs amants, et je le croirais sans peine ; son âme avait de la vie et du mouvement ; mais toujours elle avait été enlevée par les manœuvres habiles de quelque homme habitué à avoir des femmes, ou par la passion aveugle de quelque âme vraiment touchée. Jamais elle n*avait aimé la première, jamais elle n'avait voulu se donner, mais pleine de remords de sa faute, qu'elle ne pouvait envisager de sangfroid^ elle croyait pouvoir Teffacer en conjurant le remords par un dévouement parfait à Thomme qui était devenu son maître. Dans sa bonne foi elle se croyait encore liée par un devoir impérieux, quand son esprit ne pouvait lui cacher que Thomme à qui elle gardait tout son cœur déjà en attrapait un autre.

RoizARD. For me. En un mot Roizard est Dominique idéalisé (i),

Jusqu'à quel point doit aller le ton de familiarité de Tauteurqui raconte le roman? L'extrême familiarité de Walter Scott et de Fielding prépare bien à le suivre dans ses moments d'enthousiasme. Le ton du Rouge n'est-il pas trop romain ?

4 octobre i83a.

(Bibl. de Grenoble)

(i) Colomb, dans sa Notice a eité le portrait de Roizard qui est Stendhal lui-même.

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