DÉCLARATION DE BERTHET
L'humble mais honnête réputation de la famille à laquelle j'appartiens m'aurait fait préférer une perpétuité de travaux forcés à l'échafaud. Ce choix n'a pas été en mon pouvoir ; la Cour- m'a frappé de la peine de mort ; mais à l'infamie qui doit être le terme de mes jours malheureux, je ne peux pas ajouter le secret reproche d'avoir diffamé une dame infiniment respectable et que recommande à la société la pratique de toutes les vertus morales. Ici je parle sans espoir d'adoucissement et je déclare que M"*^ Michoud doit être entièrement disculpée de toutes les fausses imputations dont je l'ai faite l'objet en présence de la Cour et du public assemblé. Mon repentir sincère, mon devoir et ma conscience avec laquelle je veux m'accorder avant de paraître devant Dieu, ont pu seuls m'obliger à rendre un hommage
éclatant aux vertus de M"*'' Michoud. Une passion qui m'a frayé le chemin de l'échafaud, Ja jalousie,, me faisait croire le jeune Jacquin plus heureux que moi ; elle me portait à croire M'"*" Michoud coupable. Si, rétractant tout ce que j*ai avancé d'injurieux à une si honnête femme, je ne puis entîèren>ent lui rendre l'honneur que lui mérite son innocence, je la prierai au moins d'accepter mes larmes et mon repentir ; je la prierai de pardonner un jeune homme bien sincèrement revenu de son égarement et de ses erreurs,un jeune homme qu'ont égaré une passion et des sentiments qu'elle n'a jamais partagés, un jeune homme qui montera sur Téchafaud avec la douleur de ne pouvoir la louer assez longtemps, de ne pouvoir réparer le scandale qu'il a donné ; avec la douleur de couvrir d'infamie, de déshonorer à jamais une famille pauvre mais honnête, et qui a toujours bien mérité de ses voisins. »
Antoine-Marie Berthet, dans son cachot, est condamné à la peine de mort.
Le jugement a reçu son exécution le 23 février 1828^
{Trouvé dans les papiers
DE Michel Duffléard, tun des jurés.) (i)
(i) Manuscrit de la Bibliolhcquo de Grenoble.