UN VICOMTE
Comment ! il a eu la grossièreté de refuser une pension de 1.200 francs que j'avais sollicitée pour lui.
[Ils s' éloignent,) UN MONSIEUR de quaranteslx ans, riche. Je ne suis pas connu de vous. Monsieur, mais je permets de me présenter. Permettez -moi de vous faire ïe compliment le plus sincère. Il y a vingt ans que je n'ai pas lu un volume. . .
UNE FEMME AGEE, à GéUmer.
Elle est fâchée... mais, mon cher Auguste, tout le monde se plaint de vous. Si vous croyez que le maréchal vous aime, détrompez -vous. Vous avez tort d'offenser tout le monde.
GÉLIMER
Je ne dis jamais du mal de personne.
LA. FEMME AGEE
Votre conduite est unfe insolence continue. Vous prétendez être heureux à votre manière. Vous vous moquez des bassesses des grands, de la bêtise des industriels ; vous n'allez jamais chez les femmes ennuyeuses, si vous y allez on voit trop que c'est pour M°** de Lassans. Heureusement la pauvre petite femme ne peut vous souffrir.
UN AGENT DE CHANGE, à GéUmer.
Madame, mille pardons. Ce n'est qu'un mot. {A partj à Gélimer.) Mon cher, voilà trois liquidations de suite qui tournent mal. Enfin les 1 87.000 francs que vous a laissés votre oncle sont réduits à 53. 000. Arrangez -vous... Mille excuses, Madame. {En s" éloignant,) Accroche I Imprime des horreurs contre les industriels.
GÉLIMER
Vous croyez que j*ai offensé M"* de Lassans.
LA FBMME AGEE
Ah ça ! vous me faites jouer un joli rôle I Si je n'avais pas été l'amie intime de votre pauvre mère... Voici mon dernier avis. Si vos folies continuent, vous aurez une affaire avec le mari. Vous avez un monde d'ennemis, jusqu'à Forvîn...
GÉLIMER
Cet espion I
LA FEMME ÂGÉE
Cet espion est riche, de bonne compagnie. Il y a vingt ans qu'il se venge par la calomnie adroite de ceux qui le méprisent...
GÉLIMER
Cet homme s'est donc vengé de toute la terre.
LA FEMME ÂGÉE
De la manière que la société est disposée pour vous, donnez-lui un prétexte, même quelque chose de moins
odieux qu'un duel avec un mari, et vous verrez quelles calomnies l'on croira sur voire compte.
GÉLiuER, fièrement.
Je saurai...
LA F EMUE ÂGÉE
Ce coup d'œil-là est ce qui achèvera de vous perdre. La sociélé est décidée h tout croire sur votre compte. Déjà ce propos atroce sur "ce manteau égaré, GÉLiuER, riant.
N'allez-vous pas me croire un assassin!
LA FEMME ÂGÉE
Pauvre Auguste I Vous êtes bien jeune. Non, je ne vous croitai pas un assassin. Mais si vous m'aviez offensée comme vous avez offensé quatre-vingts personnes parmi les cent qui sont dans ce salon... GÉLiuEn, riant.
Je n'en connais pas trente...
LA FEMME AGEE
Vous avez des ennemis acharnés à qui vous n'avez jamais parlé. Un de ceux que vous avez offenses dit que vous avez le caractère atroce, un indifférent répète ce mot à un honnête homme qui y croit un peu. Ayex un duel avec un mari après cela, et vous verrez. GÉLiMER, sombre.
Je partirai...
LA FEMME AGEE, alarmée.
N'allez pas partir, on dirait que M. de Lassans vous
a foit accepter une volée de coups de canne, et de plus ordonné de partir.
GÉLiMER, avec force et étonnement.
Quelle horreur !
LA FEMME AGEE
Cher Auguste, vous n^êtes pas fait pour la société, voas n'avez besoin d'aucune place, vous êtes trop jeune pour TAcadémie. — Retirez-vous peu à peu de la société.
GÉLiMER, sérieux.
Que je suis sensible à vos bontés ! . , . Serez-vous chez vous demain?