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son testameut en septembre i84o (i),il se décida, sous rimpression de cette idée, à renoncer à sa qualité de Français, et que devant adapter une nouvelle patrie, il donna la préférence à Milan, son pays de prédilection, où, ainsi qu'il le disait souvent, il avait passé les plus beaux jours de sa vie, et dont les souvenirs étaient aussi cbers à son cœur qu'à son esprit. Voilà pour moi la conjecture la plus probable. Qu'en ditesvous ?
A propos du gouvernement de Louis-Philippe, il me disait un jour : « C'est un bîai mauvais gouvernement sans base, et qui peut être renversé du jour au lendemain, et si nous vivions encore quelques années, je crois que nous verrions quelqu'un de la famille Bonaparte au pouvoir, car, quoi qu'on en dise, l'empire a laissé des traces bien profondes en France. » Sa prophétie ne tarda pas à se vérifier, mais malheureusement il n'a pas pu avoir le bonheur d'en être témoin. Je crois, cependant, que tous les actes du nouvel empire jEï^auraient pas également obtenu ses sympathies, et surtout sa politique dans la déplorable question romaine, qui, après avoir mis la France dans une impaisse> est plus loin que jamais d'une solution satisfaisante.
Voici une anecdote que vous serez bien aise de connaître.
(i) La politique n'est pour rien dans le Milanese, Tépitaphe fut rédigée bien avant i84o.
Me trouvant Tautre soir à causer avec un Français, personnage haut placé, très connu dans le monde politique, de la situation actuelle du gouvernement républicain, la conversation tomba sur M. B^ « Voilà, je lui dis, un homme qui connaissait parfaitement les rouages compliqués et rouilles du gouvernement répubhcain, et la corruption de tous ses fonctionnaires. » Je lui citai à ce sujet sa lettre sur la Tartarie Chinoise que Ton n'avait pas pu livrer à la publicité, en Finsérant dans sa correspondance médite, parce que plusieurs personnes dont il y était question, étaient encore en vie (i). « Je U connais, me dit-il, et voici comment j'en ai eu connaissance. Cette lettre fut envoyée par l'auteur, je ne me le rappelle pas bien, si à Louis- Philippe ou à M. Guizot. Le gouvernement français, pour vérifier ses appréciations, envoya, sous le plus grand secret, à Rome, un des principaux employés de la police, homme de beaucoup de tact et d'esprit. Cet individu résida à Rome pendant un an, et il envoya à M. Guizot un rapport qui contenait des notes en regard à chaque personnage de la lettre en question, et complétaient leur biographie. Ce rapport contenait, en outre, un chapitre extrêmement curieux et intéressant, intitulé : Tarif des cardinaux. Le même employé, que je connaissais beaucoup, et qui était sûr de ma discré-
(1) Elle a été publiée depuis dans les Lettres inédites qui font suite aux Souvenirs d*Egotisme,
tion, voulut bien me le faire lire. Lorsqu'il vous plaira de me donner de vos bonnes nouvelles, je vous prie de me dire si le Grec est encore à Paris, où il était venu pour briguer un avancement ou un changement de résidence.
J'achève ma lettre, mon cher monsieur Colomb, en vous souhaitant pour vous et les vôtres, à l'occasion du nouvel an, dans lequel nous venons d'entrer, la satisfaction de tous vos désirs, et en vous répétant l'assurance des sentiments, aussi invariables que sincères, de parfaite estime et cordiale amitié, avec lesquels j'ai le plaisir d'être
Votre ami et serviteur très dévoué.
D. Bucci.
Civita-Vecchia, le lo janvier i858.