AVIS AUX TÊTES LÉGÈRES QUI VONT
EN ITALIE (i)
lo octobre 1827.
i^ Lisez Lalande, de Brosses ;
2° Itinéraire de Valandi :
Oa vous ne comprendrez rien à rien.
Lisez, si vous pouvez une histoire de la Peintureet quelque chose sur la Musique, ou tout vous ennuiera.
Tâchez de ne pas vous brouiller avant d'être à Genève.
Quand la voisine vous ennuie, faites semblant de* dormir.
Dans chaque ville d'Italie, les grandes comme Bologne, Florence, achetez le Guide du pays, la Guida,.
(i) Beyle adresse ces avis à ses deux sœnrs : Pauline (M"** Périer-Lagrangd) et Zénaïde (M°^* Alexandre Mallein).
autrement vous vous ennuierez et ne comprendrez rien à rien.
Avant d'arriver dans une cité, lisez l'article qui la concerne dans Lalande, de Brosses, les notes par Child-Harold (sic), Valandî, etc., etc., ou bien vous ne comprendrez rien à rien. Faites toujours par écrit vos marchés avec les Veturini, Palastro de Florence est honnête. Prenez toujours, le pouvant, un veturino de Florence ; Minchîoni aussi est honnête.
Une personne seule paye lo ou 12 francs au plus par jour. Pour ces 12 francs, on la charrie, on paye la chambre et le souper du soir.
Etant deux vous devez être charriées et Spezzate pour 8 ou 9 francs. Faites votre offre et allez-vous-en. Une heure après, un vetixrino inconnu viendra vous dire oui. C'est toujours le même.
Ne concluez jamais le marché à la première Parlata.
Au reste, on vient d'établir une diligence de Milan à Rome. Les prix sont dans la Gazette de Milan des premiers jours de septembre 1824.
Etant spezzate, en partant le matin, vous donnez 25 centimes chacune d'étrennes.
Je suis allé de Florence à Rome pour 10 écus pesés. C'est Minchioni de Florence qui a été mon Veturino. J'aimerais mieux voyager par Veturino. La diligence coûte le double, et, voyageant de nuit et à heure fixe^ vous avez la vue du pays de moins, et la crainte des voleurs de plus.
Habillez-vous mal en route, tâchez que ravarice et la prudence l'emportent sur la vanité.
Prenant les Veturini, vous voyez les habitudes italiennes dans vos 3 ou ^ compagnons de voyage.
Au reste, comme je vous conseille les Veturini^ vous ne manquerez pas de prendre la diligence.
Arfe.tez-vous 3 jours à Varèze, 3 à Côme et Troinzira, n'allez à Milan qu'après la Tr... Il faut 6 jours à Bologne, autant à Florence s'il y a déjà du brouillard, s'il fait beau, restez à Florence. Je vous donne une lettre pour M. Vieusseux, libraire et homme d'esprit qui ressemble à un épervier.
Corso Buondelmonte, je crois, vis-à-vis la colonne et vis-à-vis l'église de Sainte-Trinité à Florence.
Ecrivez chacune tous les jours ou tous les deux jours ce qui vous reste d'argent. Ce qui manque chaque jour fait la dépense de toute nature.
Toi, Pauline, fais-moi une cravate le 23 de chaque mois. C'est à ce jour que je naquis en 1783. Puisse le nombre de mes cravates arriver à 1783 !
Quels sont les plaisirs d'un voyage en Italie ?
1° Respirer un air doux et pur ;
2" Voir de superbes paysages ;
3** « To hâve a bit of a lover » (1) ;
4° Voir de beaux tableaux ;
5° Entendre de belle musique ;
(i) Se faire faire un peu la cour.
6** Voir de belles églises ;
7° Voir de belles statues.
Une femme française se connaît en châles, en étoffes, en rubans, en bonnes cartes soit de piquet, soit entières, mais du reste n^a pas la plus petite idée de tableaux, musique, statues et architecture. Chacune de vous, mesdames, croit que l'architecture de sa paroisse est la plus belle chose du monde. Il faudrait vous dégrossir un peu l'esprit, et lire quelque bon livre, par exemple, Erasme ou l'éducation de la jeunesse.
Vous comprenez bien :
1° Qu'il vaut mieux prendre des Veturini que la diligence ;
2** Qu'il faut payer de 8 à 10 francs par jour, avec le dîner et la chambre. On paye la moitié le premier jour, le quart au milieu du voyage, le dernier quart en arrivant. Préférez toujours les Veturini de Florence. Méfiez-vous toujours de ceux de Rome, Ancône et Rimini. Allez de Baveno à Laveno, de Laveno à Varèze pour 12 lire. (La lira de Milan vaut 76 centimes).
La poste vous mènera de Laveno à Varèze.
A Milan, allez à la Bella Venezia, Place San Fidèle, à côté du théâtre, 2 francs une belle chambre et 3 francs un dîner.
A Gênes, la pension Suisse, 5o cent, le dîner, 2 francs pour la chambre.
A Bologne mal (?), allez chez le Français Dupuis, Dupuis, à la Pension Suisse.
LA COaEESPONDANCE * ^7^
Florence, chez M"* Imbert, ancienne femnae de* chambre de M"'"' de Bourcit, très honnête,
A Rome, chez Franck.
Franck, via Condotti. — Allez chez M. Agostina Manni apothicaire, Piazza San Lorenzo in Lucina près le Corso, près le Cours. M. Agortino Manni, le plus obligeant des hommes, vous trouvera un appartement pas cher. Prenez-le en belle vue. Je vous conseille via Gregoriana, à côté de Santa-Trinita deiMonti, vis-à-vis- M. le Consul Prussien.
11 faut sacrifier 80 francs et avoir une belle vue à Rome pendant 2 mois, vous aurez un souvenir pourla vie.
Demandez au Nonce de Sa Sainteté, à Florence, de vous procurer une autorisation pour que la douane à Rome visite vos efiFets a casa, chez vous.
Cette autorisation, on la laisse à la porte del Popolo par laquelle vous entrez, au nom de M"'' Périer.
Autrement, lorsque vous entrez à Rome, on vousmène à la douane et Ton vous y retient 5 heures car Ton fait queue, et les employés visitent chacun à leur tour les voitures qui arrivent par toutes les portes de Rome.
A Florence, allez lire les journaux chez M. Vieusseux, vis-à-vis Santa-Trinilà.
A Naples, demandez la pension Suisse.
Sacrifier [\o francs par mois pour avoir la vue de la Mer. Se loger sur le quai de Qhiaja.
Du Sîmplon à Florence il faut faire viser son passeport chaque soir. On donne 25 centimes à un petit garçon qui va à la Police.
Le seul danger c'est qu'il y ait confusion de passeports. Mettez une marque rouge au vôtre.
Achetez l'itinéraire de Valandi en français. Lisez-le d'avance de manière à savoir qu'à Bologne il y a les galeries à voir. Musée di Cita, galerie Ercoleni-Fanarî- Mareschalchi.
A Parme, le Musée dans le Palais Farnèse et la salle du couvent de Saint -Paul.
Tous les chefs-d'œuvre du Corrège sont à Parme, voir les églises où il se trouve des coupoles, gâtées aujourd'hui.
A Sarono, entre Como et Milan, — voir la peinture de Bernadino Luini.
L'excellent Agostino Manni à Rome voudra vous loger Largo dell' imperia à la Lotencia, dans le logement que j'occupais. Autant vaudrait vous loger rue Tirehouchon à Paris. La vue est infâme, mettez-vous via Gregoriana, sur le Pincio, vous aurez 8o marches à monter chaque jour en rentrant chez vous,
Stendhal.