VINGT-CINQ LETTRES AU COMTE CINI
Al nohil aomo il signor Conte Cini^ Santa Lucia, Napoli.
Rome, 26 août, i834.
Cher et aimable amî,
Je veux d'abord vous remercier des journées aimables que nous avons passées à Guzano. Rome est si chaude, le soir surtout, que je repars pour Albano. Il n'y a rien de nouveau qu une quarantaine mise sur les provenances de Toscane et de France. Ainsi je crains bien pour les envois que M'"® la comtesse P. . . pourrait faire à Civita-Vecchia. J*ai passé trois fois chez Don Michèle sans le trouver, ainsi je ne puis vous donner
des nouvelles de D, Fi (i). J*ai appris des détails qui confirment toujours plus ma défiance en matière d'argent.
J'espère que votre voyage aura été heureux. Vous ne le serez jamais autant que le désire votre dévoué
De Beyle.
(i)Don Michèle et Don Filippo Gaetani, dont il est constamment question dans cette correspondance. C'est à Don Filippo que Btîyle léguait ses livres, dans son testament du 8 juin i836. En i83a, il logeait à deux pas du palais Gaetani (un palais du x\i" siècle, puissant et sombre, dans une rue étroite, via délie Bottighe oscure ; c'est un des plus riches palais de Rome) ; « les trois princes de ce 410m, écrivait-il, sont mes meilleurs amis. Leur mère, ancienne .amie de Paul-Louis Gourier, me donnait une occasion charmante de bavarder le soir» (Cor. in., Il, i56). Beyle les voyait souvent et avec plaisir. Aujourd'hui encore «on souvenir est resté vivant chez le fils et la fille de Don Michèle, qui ont souvent entendu leur père citer les traits d'esprit ou les boutades de Beyle.
La famille des Gaetani est une des plus anciennes de Rome ; Boniface VIII était un Gaetani. Ralliés au gouvernement italien, ils ont conservé autorité et fortune. Leduc de Sermonetta actuel fut maire de Rome. Sa sœur, la comtesse Lovatelli, a le salon le plus littéraire et le plus savant de Rome ; elle est elle-même membre de l'Académie des Lincei.
Il y avait dans cette famille une tradition d^esprit et de culture, •chose assez rare à Rome ; Stendhal y trouva donc à qui causer. — Après Stendhal, Balzac y fut reçu. Il dédiait les Parents Pauvres à ce même « Don Michèle Angelo Gajetanî, prince de Teano » Taine, plus tard, devait y trouver l'hospitalité. (Note qne je dois à la complaisance de mon ami Paul Arbelet.)
M"*® la comtesse Julie prend-elle soin de son estomac? Conjurez-la de ma part de ne pas me prendre pour un médecin pédant. Mais sans la santé, il n'est pas de bonheur.
Adresse de la réponse, si vous avez le temps d'en faire : Palazzo Conti, Piazza Minerva.
Âl nobil uomo il signor Conte Cini, Santa Lacia,
NapolL
Albano, 5 sept. [i834].
J'ai à vous remercier, mon cher Comte, de votre très aimable lettre. C'est avec le plus vif plaisir que j'ai appris que l'estomac de votre aimable compagne de Voyage se conduisait bien. Je vous remercie des curieux détails que vous me donnez sur l'éruption d'Ottajano. Cela donnera du sombre au jeune avare de Velle. Le jour de la fête de S. E. le Cardinal Pacca, il a dit la messe et distribué les fameuses dots : quatre venant d'une pieuse personne et deux de M. le maire.
M. de Ta. m'a assuré pour la seconde fois que la
demande de dot à laquelle s'intéresse M"® la comtesse Ci. est enregistrée à Saint-Louis. On lit à côté ces grands mots : recommandé par Af . A de Ta. Si. le dit M. de Ta. est encore ici Tannée prochaine, à répoque delà distribution des dots, le succès est assuré ; s'il a un successeur, je le séduirai et je demanderai à M"*® la comtesse Ci. le secours de deux ou trois paroles aimables.
Le Cardinal Ber[utli] a envoyé quatre gendarmes pour chasser du palais Magnanelli un prêtre ou monsignore qui ne voulait pas céder la place à la banque d'Escompte. On avait donné 800 éc. à ce monsignore pour s'en aller le i*"^ septembre, et il ne voulut partir que le 3o. Je n'ai rien appris sur la grande question : les billets Jouffroy auront-ils un cours forcé?
S. A. D. Carlos et le général Rodil jouent à la gatla cieca (i) comme nous à Genzano, mais ils sont moins gais. D'ailleurs ils n'ont remporté aucun avantage réel l'un sur l'autre, malgré les fréquents mensonges des deux partis. J'ai des nouvelles du 25 août de Paris. La France n'interviendra pas pour le moment. 4 000 Portugais dont 3 5oo étrangers entrent en Espagne et vont en Biscaye jouer à la gatta cieca. La révolte des Druses de Syrie contre le vice-roi d'Egypte est apaisée. La Gazette d'Augsbourg est vendue et ment. Les Druses se battaient pour ne pas voir leurs
(i) A la « chatte aveugle », jeu probablement de colinmaillard.
impôts augmenter, absolument comme les Biscayens. Le Guipuscoa paye ii ooo francs et M. Torino demandera à cette petite province 5oo ooo francs au moins.
L'Espagne,aulieu de payer la moitié de sa dette, n'en payera probablement que le quart. S. M. Ferd. /VU a signé pour 700 millions de francs et en a reçu 63, ou signé pour 600 et reçu 70.
L'Angleterre, la France"ont une dette, inais l'Angleterre doit à des Anglais, la France à des Français ; TEspagne doit à des étrangers, voilà pourquoi elle ne payera que le quart. D. Pedro fait tout ce que demande le parti cardinal. D. Miguel a couché le 3 septembre à Viterbe, on l'attendait à Rome le 4> mais la fête de Santa Rosa Ta peut-être retenu à Viterbe. II s'est conduit à Gênes comme un porc. Je viens de recevoir de [illisible] une lettre qui porte la date " du 22 août. Elle dit : Je reviens à Rome d*ici à peu de jours, ce qui m'ennuie extrêmement ; pourtant il faut que je le fasse. La vie que je mène ici est trop agitée pour mon physique... Si à Rome mes affaires domestiques ne prennent pas un pli plus raisonnable, adieu à Rome. Saluez-moi tous mes amis, particulièrement les Ci...
Ne vous gênez point pour me répondre, cher et aimable ami. Je retourne à Rome le 8 ou le 9 septembre. J'ai trouvé hier la chaleur de Rome supportable. Je n'ai pas eu le temps de voir Monsignor et B.
Comment trouvez -vous mon français ? n'est-ce pas
bien pour une plume anglaise? Farewell, my dear
friend.
George Simple.
J'apprends que la fête de Pie di Grotta sera splendide, vous aurez la garde nationale. Mais comment va l'estomac de M™*' G. ? L'humidité qui tombe à 2 4 heures est bien dangereuse.
Soyez assez bon pour présenter mes respects à M"® la princesse Torella, au duc son fils et à Tangélique Angélique.
Quelle volupté pour Don Filippo !!
Par le bateau du 3 septembre, M"° Louise V[ernet] est partie pour Lucques avec son père ; il va faire le portrait du duc, et D. Fi.(i)dîne deux fois la semaine chez ce jeune duc : quelle recommandation aux yeux deM"«!...
iMême adresse],
Apbano], 7 septembre [i834].
Cher et aimable Comte, Votre dernière lettre est allée à Civita-Vecchia ; si
(1) Don Filippo, D. Fi — toujours Don Filippo Caetani,
VOUS êtes encore assez bon pour m'écrire, adressez-les Palazzo Conti, Minerva [à Rome].-
Ce que vous me dites de l'estomac de Taimable comtesse Julia me fait le plus vif plaisir. Ses promenades au serein me perçaient le cœur. Mais à 20 ans le plaisir de monter à cheval fait croire qu'on est immortel. Encore la mort n'est pas grand' chose, mais la douleur 1
Voici un mot que je reçois de Civita-Vecchia et qui dit qu'il n'est arrivé aucun paquet à votre adresse. S'il vient, faut-il l'envoyer à Naples ? Si vous devez revenir le 25 septembre, il me semble que ce n'est pas la peine, car la quarantaine de 10 jours a dérangé les bateaux à vapeur. Peut-être courront-ils entre Gênes et Naples sans quarantaine.
Au lieu de transcrire les petites nouvelles de Rome je vous envoie la lettre (i). De même pour 2 mots
(i) Voici la lettre que Stendhal communique à son correspondant, après en avoir rayé les deux premiers paragraphes :
« Cher ami, je. voudrais bien vous écrire, il fait froid, mais comme je transpire en vous écrivant, je ne puis vous le dire. La chaleur a une ténacité extraordinaire. J'ai vu il y a peu de jours M. de [illisible], il m'a dit qu'il n*y avait rien qui sollicitât votre présence, que vous faisiez bien de chercher à vous garantir de la fièvre.
« Je voudrais bien vous dire quelque bruit d'ici, il n'y en a d'autre que, hier, on disait que D. Carlos était pris, les journaux de ce matin n'en disent rien.
« D. Miguel est arrivé ici, il est chez Martign. en attendant
aSo SOIRÉES DU STENDHAL CLUB
de l'aimable D. Fil. qui écrit le i®'* qu'il partira dans lo jours par terre, s'arrêtant à Florence 2 jours, ce qui veut dire 6.
On joue toujours à la gatta cieca, en Navarre, la reine va être obligée de se jeter dans les bras du parti Mina.
On vous aura appris que M°*® Letitia [Bonaparte] est morte le 5 septembre, on ne dit rien encore de son testament. Elle aurait dû donner la propriété aux enfants les plus jeunes de Jérôme et de Lucien, et ne laisser à ces fous que la simple jouissance. Du reste quel beau caractère ! Où est la reine, en Europe, dont le moral se soit élevé à cette hauteur ? Rien de nouveau sur la Caisse d'Escompte. L'embarras de changer en pièces d'or les verghe [lingots] d'or avant le i5 octobre ne doit pas être mince. Je suis comme mon ami de Naples, je vois tout cela bien en noir. Je voudrais que
un appartement au palais Barberini, il a été reçu par le Saint- Père en souverain, il lui a envoyé au-devant des dragons, puis il Ta reçu dans son antichambre avec lO cardinaux. D. Miguel lui a fait un compliment en portugais. Lauro Dio qui est revenu avec lui faisait l'interprète ; le pape lui a fait demander s'il parlait ou .français ou latin, il a répondu qu'il ne savait que le portugais.
« Toute la famille est bien et vous envoie ses amitiés, et moi je vous réitère l'assurance de la sincérité de la mienne. Adieu, cher ami, ne vous ennuyez pas plus qu'on ne le fait à Albano. Adieu, il fait uno caldo bugiarono comme on dit ici. Tout à vous.
« Martini ».
cet ami eût une terre de 3o ooo écus en Suisse, ou du moins en Toscane, vers Lucques, pour avoir du pain en cas de tourmente. Les Jacobins furieux mettraient un impôt terrible sur les cent plus riches des -villes et couperaient la tête aux 8 ou lo plus riches pour amener la confiscation. Quod Deus avertat.
Mille compliments à M"® la Comtesse. J'espère qu'elle aura été contente de la fête de Pie dî Grotta. Tolède vis-à-vis les Fiorentini est comme les rues Vivienne, Richelieu et S*-Honoré à Paris. Je recommande à M*"® JuUa la tête de Scipion en bronze aux Studj, le Jeune Berger apprenant à jouer de la flûte du Cabinet secret, et le tableau derrière le maître-autel à San Martine.
Jusques à quand jouera- t-on D. Giovanni de Mozart à San-Carlo ? Vers le i5 octobre je pourrai aller passer 8 jours à Naples uniquement pour revoir Don Giovanni et M"® Angélique. Ne lui dites pas cela. Mais demandez au prince Tor. jusques à quand on donnera D. Giovanni. Mes lettres de Paris du 27 août ne disent rien.
J'espère que les enfants se portent bien.
Horace Smith.
dSa SOIRÉES DU STENDHAL CLUB
Civita-Vecchia, le 27 sept.
Mon cher Comte,
Je n'ai pas reçu lasc. pa. (i) et c'est tant mieux, le paquet ne pouvait pas aller sur la dilligence, et vous savez que modestement je voyage toujours en diligence. Vos papiers pèsent 70 livres et doivent payer en tout à la Douane 5 écus 60,
Je dois bien des remerciements à vous et à l'aimable Comtesse pour le bon accueil que vous avez bien voulu me faire a Casl. Gand. (2). Je pense que Mariette suit avec scrupule le régime prescrit par le vrai philosophe Carb. J'ai suivi l'indication qu'il m'a donnée. Je demande aux paysans : Combien avez-vous eu d'enfants. On me répond : 9, et 6 sont au ciel. Je comprends que le bon air et l'exercice ne suffisent pas.
J'ai dîné chez les Caet. (3). J'ai vu l'appartement
(i) Laissez>passcr.
(2) Castel Gandolfo.
(3) Gaetanî.
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que le colonel (t) se fait arranger; quant à D. Philippe sa chambre est si commode et si bien adaptée à ses idées que je trouve qu'il a grandement raison de ne pas vouloir changer. Je serais heureux si Castel Gand. n'était qu'à 8 ou lo milles de Civita-Vecchia ; deux ou trois fois la semaine, j'irais passer la soirée avec la belle Comtesse et perdre une partie d'échecs avec son savant frère qui en sait mille fois plus que moi. La soirée est la partie difficile dans la vie de campagne. J'ai une ressource de plus que la Comtesse, je lis^ mais les soirs on n'a pas l'envie de lire et d'ailleurs on se fatigue les yeux. Nous devions avoir une troupe comique, mais, tous les arrangements pris, elle a manqué de parole. Nous avons eu un ténor qui devait chanter à Rome avec la De B. au théâtre Alibert, mais pour ne pas porter dommage à l'admirable compagnie de Valle on les a renvoyés. Je passe donc mes soirées^ à regarder la mer, en regi'ettant de n'être pas marié à une jolie femme. Un de nos enfants serait toujours un peu malade, j'appellerais M. Garb. et cela m'amuserait.
M. le Cardinal Gamberini a dit à quelqu'un :
Voyez-vous mon crucifix, ilyal. N. R. L, cela veut dire lo Non Rinascero In eterno.
11 y a eu une panique à Civita-Vecchia. On craignait
(i) Don Michèle Caelani, frère de Filippo. — Voir Isk lettre I.
une augmentation d'un tiers sur les tissus et autres objets. Jamais la Douane n'a eu autant de ballots que lundi dernier. Les Juifs de Rome, arrivés en poste dimanche, avaient donné l'alarme. Ils ont envoyé leurs tissus en transit à la foire de Viterbe. Les brigands ont dédouané.
Adieu, cher Comte, mes respects à votre belle compagne. Mes salutations au joueur d'échecs.
A. L. Capello.
Al nobil uomo il signor Conte Cini, Palazzo CinU Piazzia di Pieira (i), Roma.
C» V* le 4 novembre [i834].
Excusez, mon cher Comte, si je vous adresse aussi tard lès explications que je vous ai promises sur le drap. Anciennement le drap payait un droit de 3 1/2
( I ) Au centre de Rome non loin du Corso, la place est bordée d'un côté par la grandiose colonnade du temple de Neptune, où se trouvait en ce temps la douane. Tous les voyageurs venaient là, à leur entrée dans Rome.
écus par aune. Maintenant il ne paye plus que trois pauls par aune environ ; il faut 3 aunes pour faîre un manteau, dont l'épargne sur le droit à payer, en achetant le drap à Civita-Vecchia, ne serait que 9 pauls.
Mais les marchands romains ne payent qu'environ 2 pauls par aune au moyen de certains cadeaux. Civita-Vecchia n'a pas de bon tailleur. Quand on veut avoir un bon manteau, il faut aller au Ghetto et demander la maison Cave Rondi,
Parler à M. Rondi lui-même et demander du drap de la maison Le Jeune Vincent expressément fabriqué pour manteau. Ce drap peut se vendre à Rome 22 fr. l'aune.
J'espère que la santé de M""' la Comtesse se trouve bien de ce temps si beau, et que vous en profiterez pour tuer force alouettes. Ici on a tué trois sangliers magnifiques.
Un voyageur m'a raconté ce matin que M. Beugnot a épousé une Anglaise âgée et est avec sa femme à Alger. Voilà, en vérité, tout ce que je sais de nouveau; je ne vous parle pas de mon sincère attachement pour vous et toute votre maison, ce n'est plus chose nouvelle.
Croyez-moi tout à vous.
De Beyle.
Bien des choses à D. Philippe et à M. Annibal. Nous allons entreprendre des fouilles superbes après la première pluie.
(Même adresse).
Givita-Vccchia, le 1 4 novembre [i834]*
Il y a huit ou dix jours, mon cher comte, que j'ai reçu deux paquets d'arrow-root. J'apprends par notre ami Annibal que cet arrow-root vous est destiné.
Lundi prochain, à deux heures moins un quart, envoyez un de vos domestiques hors de la porte Cavalegieri sur la route de Civita-Vecchia, à 200 pas hors de la porte, je lui remettrai ces deux paquets.
Je ne prends pas de lasçiar passare. Rome est menteuse, elle dirait bientôt qu'à chaque voyage je fais pour i.ooo écus de contrebande.
Mille compliments à Taimable Comtesse.
N'oubliez pas d'envoyer un domestique lundi prochain à 200 pas en dehors de la porte Cavalegieri, Je passerai entre 2 et 3 h. 1/2. Je lui remettrai les 2 paquets d'arrow-root.
Et j'aurai le plaisir de vous voir le soir.
Tout à vous.
Durand.
(Même adresse).
De chez M. L...gano, [Paris] le mardi gras, 3 février, à 10 h.
Cher et aimable Comte,
J*ai su hier que M. L. était à Paris et partait. Toute ma journée du mardi gras a été remplie par une course en voiture avec des fous masqués ; je comptais demain acheter des caricatures et vous écrire une longue lettre. Je vais chez M. L., il m'apprend qu'il pari le mercredi des Cendres au matin.
Je n'ai donc que le temps de vous remercier de la charmante lettre que vous m'avez écrite sur le mariage de la princesse Egi.
Voulez- vous . encore des caricatures ? Voulez-vous Molière illustré, superbe, en 2 vol., 3o ou4o fr. ?
Je retournerai vers le mois de mars.
Mille amitiés à M. Annibal à qui je comptais écrire.
Comment vont les Cae. ? Enfin j'ai reçu une lettre de D. F. (i).
Mes respects, je vousprie, à la très aimable Comtesse, J'espère que les chaussures de Paris vont bien.
Mille et mille amitiés aux Caetani et à Annibal.
[Adresse :] à M. B., n° 17, rue du Mont-Blanc.
Tout à vous,
D. Gruffo Paper a.
[Même adresse].
Mercredi [mars i836].
Je VOUS dois mille et mille remerciements, mon cher Comte. Rien ne peut m'intéresser davantage que ce que vous avez la complaisance de me raconter. Oseraije vous dire que je n*ai point cru qu'un habitant ou natif de [illisible] qui veut voler ou tuer soit assez simple pour ne pas prendre une lampe à pied et 2 ou 3 couteaux.
(i) Toujours les Caetani, — Don Filippo Caetani.
Rappelez-vous cette reine de Lombardie, femme de Joconde, qui belle et jeune faisaitramour avec un nain difforme. Quand une femme est fort noble et fort riche, elle prend Fâme seule. Quand on a Tâme desséchée par l'orgueil, un domestique vigoureux que Ton peut appeler par un coup de sonnette vaut mieux que M. Malatesta ou M. de Stal dont tout le monde sait rhistoire et qui d'ailleurs peut bavarder et être cru.
Je donnerais 4 écus pour que M™® C. puisse faire prendre une jolie histoire. Mais si ce mauvais bruit a quelque fondement, la voilà dans la dépendance de^ ses domestiques. L'horreur d'une telle histoire devrait la faire aller à Paris, où. le seul crime est ce qui nuit à quelqu'un, c'est-à-dire tuer ou voler. Quant à s'amuser avec son corps, rien de moins nuisible, surtout quand on est séparée d'avec son mari.
Je vous serais bien obligé si vous consentiez à avoir l'extrême bonté de me tenir au courant.
Probablement que M. Thiers nommera un nouveau préfet de police à Paris, auquel j'écrirai pour votre affaire si cela vous convient.
Mille respects à M™* la Comtesse et autant d'amitiés à D. Fi. et Annibal. M; Guglielmi, l'homme le plus riche de Civita-Vecchia, vient de mourir à Rome pour avoir pris froid en allant solliciter de S. S. une dispense pour marier sa fille à un cousin germain imbécile. Son testament est un roman absurde selon moi. Mais vous avez lu cela à Rome. Le consul de
3 go SOIRÉES DU STENDHAL CLUB
France à Gênes a gagné 8.000 fr. au phaiaon ; c'est ce que je vous souhaite et surtout à moi.
D. Gruffo Papera»
[Même adresse] ,
Mon cher Comte,
Marseille, 16 mai [iSSôJ.
Je viens de prendre pour vous unheau Gll Blais qui coûte 18 fr. 5o c, environ 3 écus et demi. Ce paquet arrivera à M. Lysimaque (i) à Civita-Vecchia vers le. 24 mai. Là, tâchez de le faire prendre. Présentez, je vous prie, mes respectueux hommages à M™® la comtesse Cini et mes compliments les plus affectueux à D. Fi. et à Annib.
La prospérité de Marseille est tellement croissante que la malle-poste est arrêtée d'avance pour 6 jours et les diligences pour 4- J'ai retrouvé un ancien ami qui, avec une complaisance extrême, m'en fait partir le 16 au soir. Je suis à vos ordres à Paris. L'éclipsé m'a
(i) Voir sur M. Lysimaque la lettre de Donato Bucci, page 286»
paru insignifiante ; il fait plus obscur un jour nuageux d'hiver. Cette circonstance a gâté tout à fait Téclipse pour moi. Passage superbe de Civita-Vecchia à Li- \ourne, i4 heures par le Pharamond. C'est le bâtiment le plus rapide. De Livourne à Gênes, 9 h. 1/2. De Gênes, après 28 heures de séjour, le passage n'aété que de 22 heures. Les bateaux napolitains, plus commodes, vont plus lentement. Voyage magnifique.
Tout à vous,.
Du Boy».
[Même adresse,]
[Paris] ag mars [1887].
Vos lettres sont charmantes, mon cher Comte.
Rien de plus clair et de plus amusant. Je dicterai un de ces jours une longue lettre, mais un ami partant dans une heure pour Marseille, je veux vous donner
signe de vie.
Nous avons eu un temps infâme depuis le 2 septembre jusqu'à ce jour. A cela près, Paris est un séjour
aga soirées du stendhal club
divin. Rien ne peut égaler en magnificence le bal des Tuileries. L'enfilade des salons illuminés est longue comme six fois la façade du palais Chigi sur la place. Quant au prix de la vie :
une chambre superbe avec deux cabinets dans les quartiers à la mode • 65 fr.
frais de cirages, bottes, etc la
dîner 5
déjeuner afr •••• 2
Mes amours ressemblent beaucoup à M°** Martini qui était à Rome il y a deux ans et me coûtent 1 20 fr. par mois. Il est vrai que je ne prétends pas à une fidélité miraculeuse.
Le Salon est plat. Il y a 4o tableaux comme le Tasse de M. Perfetti.
M. Delaroche a un fils. Un de ses médiocres tableaux a été acheté 3oooo francs, ce qui veut dire 20 000 par lord Sutherland, je crois. Milles amitiés aux Caet., à Annibal. Je n'ai point reçu sa lettre. Priez-le d'envoyer sa lettre à M. Lysimaque à Civita- Vecçhia. Mes lettres m'arrivent en 7 jours de Civita- Vecchia. Mes respects à M"*' la Comtesse. Donnezmoi des nouvelles des aimables enfants. M! Gallois va avoir de l'avancement. Donnez-moi des nouvelles des aimables enfants.'
Je prie D. Felippe de leur donner des gâteaux en mon nom.
Capeva.
LA CORRESPONDANCE SqS
Le mariage est sûr.
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On vient de publier tous les chefs-d'œuvre de la littérature française en i34 volumes in -i8, à 7 sous le volume.
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[Même adresse.]
[Paris] 9 avril [1887].
Je VOUS demande pardon de ne vous avoir pas parlé dans ma dernière lettre de M"*** C. Je n'avais pas eu de réponse.
On m'apprend à Finstant que M"* la Comtesse Cini qui logeait rue Saint-Jacques, u** i3, a été inhumée le 2 avril 1837.
Demain je passerai rue Saint-Jacques et je ferai des questions.
Mais je n'ai pas voulu retarder les nouvelles. Je vous écris de chez l'ami que j'avais chargé de découvrir l'adresse de M""* la Comtesse C.
Mille respects à la véritable et aimable Comtesse, à
D. Annibal, D. Fill et D. Michel. M. Soult va être ministre. .
Capeva.
[Même adresse,]
[Paris] Hôtel Favart, Place des Italiens, le 28 avril [1837].
Mon cher Comte.
J'étais à la campagne ; à mon retour hier soir j'ai reçu votre lettre. Comment pouvez-vous douter de mon empressement. Je suis allé ce matin à la municipalité du 12" arrondissement, rue Saint- Jacques. Là, j'ai lu sur le registre l'acte de décès de M"** la Comtesse Cini, mariée à M. Canfora. Le décès a eu lieu rue Saint- Jacques, n° i3, le i*''^ je crois. J'ai demandé un extrait mortuaire que j'aurai et vous enverrai dans trois jours. Un monsieur qui loge rue de Londres a déjà pris trois extraits mortuaires. M"** Cini laisse quelques dettes, un créancier s'est présenté chez M. le juge de paix, n° 119, rue Saint- Jacques, et a dit que M"* C. lui devait i 5oo francs.
LA COI^RESPONDANCE SqS
Maintenant cette pauvre femme ne fera plus de folies et ne compromettra plus votre nom.
L'heure de la poste me presse. Je ferai avec plaisir et empressement tout ce (jue vous voudrez.
Je suis ici chargé d'un grand travail pour le Mi[nistère], il faudra plusieurs mois pour le terminer un peu bien. Nous sommes fort tranquilles, on nous fait des contes sur votre pays, et sans doute on vous fait des contes sur Paris.
Mille choses à iios amis. Je vous écrirai dans trois jours par Civila-Vecchia, mais je mets la présente à la poste.
J*ai lu moi-même l'acte de décès. M™** C. logeait n"* i3, rue Saint- Jacques. Si M. Canfora veut se charger des dettes, c*est là qu'il faut écrire pour demander les titres.
Mille respects à M"" la Comtesse C. Je n'ai jamais reçu de lettres d'Annibal. Je l'engage à adresser sa lettre à M. Lysimaque à Civita-Vecchia et je me chargerai de toutes les commissions de livres. Ils sont à rien maintenant. Un Voltaire in-8° magnifique, 90 volumes, s'est vendu 160 francs. Il y a une édition à 7 sous le volume, une à i franc, une à 4 francs, de tous les chefs-d'œuvre. Mille compliments à M. le comte de Praslin. Je vais lui écrire. Soyez assez bon pour le prier de donner mon adresse à l'ambassade.
[Même adresse.]
Paris, le II juillet 1887.
N^ 8f rue Gaumartîn.
Je dicte à mon secrétaire pour que vous puissiez tout lire.
Mon cher Comte,
C'est à mon adresse que je vous prie de me donner vos ordres. J'ai reçu des nouvelles de Naples si terribles que je commence à avoir peur pour vous. Montez sur un bateau à vapeur et venez à Marseille avec Taimable Comtesse et vos enfants. Si par malheur le choléra pénétrait dans les Etats Romains, les bateaux à vapeur n'iraient plus à Civita-Vecchia, de peur d'être mis en quarantaine à leur retour à Marseille. Il me semble que vous aviez l'idée, il y a deux ans, de faire un voyage d'agrément; pourquoi ne pas aller dans ce moment aux bains de Lucques où règne une fraîcheur charmante ? Si, comme je le désire, le choléra ne vient pas à Rome, vous retournerez à votre palais dans deux mois. Songez que vous vous embarquez à Civita-
taMMa^l-^M^^^^^i^^^^^i^kwM^B^MM«^^^M«aBMWM^^^^P^«^^ ,^^^^^^,^ ,L J.l-L. ■ 111 ■■■■■■ ■ I I I ■
Vecchîa à 5 heures du soir et qu'à sept heures du matin le lendemain, après une nuit fort agréable dans votre cabine sur le pont, vous vous réveillez dans le port de Livourne, Là, vous prenez une voiture qui, en moins de 4 heures, vous conduit aux bains de Lucques. Songez qu'il n'y a qu'un remède sûr contre le choléra, ce sont les chevaux de posté. Enfin vous êtes sage et prudent, mais comme on vous parle tous les jours du choléra, peut-être vous êtes- vous accoutumé à cette idée, et il n'y en a qu'une de raisonnable, aller jouer au pharaon à Lucques. J'engage l'aimable Comtesse à mettre trois écus sur le 7. Je vous prie de faire lire nja lettre à D. Philippe. On dit que M. R. de M. a pris la fièvre et que M. de San Teodoro est venu mourir à Livourne.
J'espère que vous aurez reçu les deux lettres que je vous ai écrites par la poste ; le notaire Girard, rue de la Harpe> n° 29, dit qu'il n'a point reçu le testament de M"*** Cini. Mais songez qu'on croit que cette M"® Cini avait à Rome 100 000 écus que son frère lui retient. Tout le monde ne sait pas comme moi qu'elle n'avait pas cent écus.[Peut-^tre les amis qui ont soigné M™® Canfora sont des anges de vertu et de probité, mais, si ce sont des intrigants, ils épient les démarches de ce frère si riche qui est à Rome. Pour peu que ce frère ne montre pas une profonde indifférence, ils lui présenteront des lettres de change et billets dûment signés par M"' Canfora Cini et s'élevant en-
45emble à 63 5oo francs ou bien à 62 200 francs.
A votre place, puisque l'épicier du n"* i3, rue Saint- Jacques, a déclaré que les meubles laissés par M°*° Cinî valaient plus que ce qu'on lui devait, je ne m'occuperais plus de cette affaire.
J'ai donné quatre francs à la personne qui est allée interroger Tépicier, le secrétaire du juge de paix {n° 119, rue Saint- Jacques) et enfin les trois notaires du quartier ; j'avais remis précédemment, je crois, sept francs à la même personne, ce qui fait en tout onze francs que vous me remettrez à Rome dans votre salon vert.
Adieu, cher Comte, faites lire ma lettre à D. Philippe et à Annibal ; quant à D. Michel, en sa qualité de •colonel et de prince, il doit prendre le commandement de Rome quand le choléra aura mis tout le monde en fuite. Bien des choses à Giacobini le volé et à Egiste l'heureux mari. Si vous voyez le comte de Praslin, 'dites-lui que je m'apprête à lui écrire une lettre charmante dans laquelle je lui raconterai l'histoire de la Comtesse d'Aumont, surprise dans un fiacre sur l'esplanade des Invalides, à une heure du matin. Je prie le dit Comte de présenter mes respects à M. et M"* Falconieri qui m'ont donné à dîner à Gênes. J'espère tou*jours que ce sera M. de Barante qui ira au palais •Colonna. Adieu encore une fois.
D. Ghuffo Papeka..
[A la suite de cette lettre, ce reça :] Tai reçu en deux Jois onze francs de M. Beyle pour une demi-douzaine de courses,
Paris, le ii jailUt 1837.