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LES DOSSIERS DE STENDHAL

Stendhal est un esprit de ïvni" siècle égaré dans les temps héroïques de Napoléon. Entre autres marques de cette race frondeuse et révolutionnaire, il a la désinvolture, et il a surtout ce talent qui permettait à des hommes tels que Voltaire ou Fontenelle de s'inspirer des idées d'autrui et de se montrer originaux dans cette imitation. C'était une habitude. Chateaubriand et Stendhal l'ont prise... inconsciemment.

Le premier ouvrage de Beyle : Lettres écrites de Vienne en Aairiche sur le célèbre compositeur Joseph Haydn,

SOIREES DU STEriDHÀL CLUB

suivies d'une vie de Mozart, etc. (Paris, Didot, i8i4, in-S**), publié sous le pseudonyme singulièrement bourgeois de Louis-AIéxandre-César Bombet, est une véritable supercherie. Pour ses débuts, il a fait mieux que ses devanciers. i

La vie de Haydn est une fort habile adaptation des Haydine de Carpani. Beyle a essayé de déguiser ses emprunts, son démarquage, par des changements, des additions et des transpositions qui rendent difficile la recherche des passages que Ton voudrait comparer. Dans Carpani, les lettres sont au nombre de seize ; dans Bombet, il y en a vingt-deux, parce que plusieurs ont été coupées et entièrement remaniées.

Toutefois Beyle se garde bien d'avouer qu'il s'est servi des Haydine. 11 se contente de se ménager une excuse en glissant subrepticement, dans une note de la page 276, cette vague déclaration : « Il y a plusieurs biographies de Haydn. Je crois, comme de juste, la mi«nne plus exacte. Je fais grâce au lecteur des bonnes raisons sur lesquelles je me fonde. Si cependant quelque homme instruit attaquait les faits avancés par moi, je défendrais leur véracité. Quant à la manière de sentir la musique, tout homme en a une à lui, ou n'en a pas du tout. Au reste, il ny a peut-être pas une seule phrase dans cette brochure qui ne soit traduite de quelque ouvrage étranger,,. L'auteur a fait ce qu'il a pu pour ôter les répétitions qui étaient sans nombre dans les Lettres originales, écrites à un homme

naît seulement de s'apercevoir qu'il aimait la musique. » Or, Joseph Carpani avait publié ses Haydine à Milan en 1812, chez Bucinelli, et, comme Beyle avait daté ses prétendues lettres de l'année 1808, c'était Carpani qui pouvait passer pour le traducteur de Stendhal. D'où la colère assurément très légitime de l'Italien pla^é ; nous en avons l'écho dans deux lettres datées du 18 et du 20 août i8i5, écrites de Vienne par la victime de Stendhal à '< M. Louis-Alexandre-César Bombet, Français, soi-disant auteuc des Haydine ». Ces lettres parurent à Padoue dans le Giornale deW Italiana Letteratara et rendirent public le plagiat do Beyle. Carpani épuise dans ces épitres le vocabulaire de l'injure et du mépris ; il dément la plupart des assertions de Stendhal et ne lui laisse aucune porte ouverte ; ce sont des coups de massue.

Beyle dit dans son volume qu'il assista en 1808 à la seconde exécution de la Création dans la maison du prince Lobkowitz, en présence de cinq cents personnes. Or, c'est dans la salle de l'université qu'eut lieu cette cérémonie musicale, et l'assistance se composait de plus de i5oo personnes.

Beyle dit qu'en 1799 une messe de Haydn le guérit d'une fièvre contractée à Vienne ; le fait appartient à Carpani — l'on sait, du reste, qu'à cette époque Beyle était encore à Grenoble et allait quitter sa ville natale pour la première fois.

(y SOIRÉES DU STENDHAL CLUB

Dans ses Lettres , Beyle déclare que Salieri, Weîgl, Frieberth, Griesinger et Marianue Kuszbeck lui ont fourni des notes sur Haydn. Cependant ces mêmes personnes, dans un acte authentique (déposé à Vienne entre les mains du Maestro Salieri, portant la date du 2 août i8i5, et imprimé dans la même revue de Padoue que les deux lettres de Carpani), affirment : « qu'elles n'ont jamais vu ni connu M. Louis- Alexandre-César Bombet, qu'elles lui ont d'autant moins fourni ces notes qu'elles attestent les avoir données à M. Carpani, quand il écrivait ses Haydine^ et ont signé ».

Cette démarche est déjà assez comique, mais Carpani ne s'en tint pas là, il eut recours à la publicité du Constitutionnel pour confondre son plagiaire, lequel se défendit avec quelque maladresse ainsi que nous allons le voir.

Voici les pièces du procès, empruntées au Constitutionnel du 20 août et du i*"^ octobre 1816 :

« Nous avons inséré, dit un rédacteur de cette feuille, une réclamation de M. Joseph Carpani, qui accusait M. Bombet de s'être approprié des lettres sur Haydn. Frappé des raisons alléguées par M. Carpani, nous avons conseillé à M. Bombet de remettre amicalement au réclamant sa propriété.

« Depuis, M. Bombet nous ayant écrit à son tour pour renvoyer à son adversaire l'accusation de plagiat, l'impartialité nous fait un devoir de faire connaître sa

demande au poklic. Les mêmes motifs nous prescrivent d'insérer la réponse de M. Garpaoi. Elle respire un peu la franchise et la brusquerie allemandes, mais nous devons respecter le texte et le donner dans toute sa pureté.

« A Monsieur Bombet,

(( J'ai cru. Monsieur, vous avoir moralement tué par mes deux lettres imprimées, auxquelles aprùs huit mois vous n'avoz su que répondre ; mais point du tout, vous vivez encore, j'en suis fâché, d'autant plus que vous persistez dans votre crime littéraire, en vous appropriant mes lettres sur Haydn et en m'accusant à votre tour de plagiat dans le ConslUattonnel du a6 mai. Cela passe les bornés, monsieur Bombet ! Plus opiniâtre qu'Anthée, vous vous relevez de terre, et me forcez à redevenir Hercule. Eh bien .' me voici en attitude, et prêt à vous terrasser définitivement. (( Ce qui est bon à prendre est bon à garder. » Certainement, vous me le prouvez trop ; mais il faut aussi savoir garder ; il faut légitimer son vol, au moins en ap~ parence. Tous les usurpateurs ont sauvé la décence, ce que vous ne faites pas. Que voules-vous que dise le public d'un soi-disaat auteur qui, ayant reçu d'un autre cette apostrophe publique : Monsieur, vous m'avez escanwié mon ouvrage, et en voici les preuves, au lieu de combattre CCS preuves, après huit mois de méditation, se contente de répéter hardiment par la voie d'un journal accrédité : Oui, c'est moi qui suis l'auteur du livre en question, el M. Carpani est an plagiaire ? Perlet s'est sauvé devant ses juges, ne sachant que dire pour se justifier. Vous auriez

dû Fimiter. Oui, Monsieur, il ne suffit pas d'avoir du front, il faut des preuves dans un procès comme le nôtre. J*ai donné les miennes, faites-nous jouir des vôtres. Détruisez les faits que j'allègue. Escaladez le ciel. Osez l'impossible. Le public a besoin de rire ; et, ma foi, tout peut manquer à votre étrange prétention, hors le sublime du ridicule. Dans mes lettres précédentes, ayant pitié de vous, je vous avais conseillé de vous taire, maintenant j'exige que vous parliez. Je vous en somme même. Mais comme vous êtes un esprit de la classe des récalcitrants, je parie que vous tromperez l'attente du public et mes droits et que vous vous tairez. En tout cas, que vous parliez ou non,

« J'ai rhonneur d'être et serai toujours l'auteur de vos lettres sur Haydn.

a Joseph Garpani.

« Vienne, en Autriche, ce ao juin 1816. »

Beyle, ou plutôt Bombet, se donne pour un émigré, capitaine de grenadiers de l'armée royale, éloigné de sa patrie depuis vingt ans, obligé de fuir Vienne en 1809 devant les Français et de se réfugier avec les plus nobles familles de la ville dans les montagnes de Salzbourg.

Fort de son pseudonyme, Stendhal répondit, non pas directement à son accusateur, mais au rédacteur du Constitutionnel. La cause était mauvaise, voyons comment l'accusé va se défendre. Ce document inconnu.

là du Stendhal presque iaédît, et quel Stendhal ! « Rouen, a6 septembre 1816.

u Monsieur,

« M, Louis-Aleiandre-César Bombet, mon frère, étant à Londres, fort vieux, fort goutteux, fort peu occupe de musique, et encore moins de M. Carpani, permettez que je réponde pour lui à la lettre de M. Carpani que vou» avez insérée dans votre numéro du ao de ce mois. [U se trompe, c'est le ao du mois passé.]

« J'ai lu l'hiver dernier les deux lettres italiennes' adressées par M. Carpani à M. Bombet, et qui furent annoncées dans votre journal. Elles me portèrent à lire ce que M. Carpani appelle ses Haydiae, gros volume intcrniinabic sur le compositeur Haydn. Je démÈlai, à travers beaucoup de paroles et de détails sans intérêt, que plusieurs faits de la vie de Haydn, consignés dans le livre en question, avaient été dérobés par M. Bombet, Comment se tirer de ce mauvais pas P Je m'en consolais, et je crus en conscience l'honneur de mon frère à couvert lorsque je me mis à réfléchir que Hume n'était point le plagiaire de Rapln- Thoiras, pour avoir dit, après lui, qu'Elisabeth était iîlle de Henri VHI ; que M. Lacretelle n'était point le plagiaire de M. Auquetil pour avoir traité après lui le sujet de la guerre de la Ligue.

Je fus plus que consolé, et presque joyeux, quand je me fus dit que Hume et M. Lacretelle avaient envisagé

lO SOIRÉES DU STENDHAL CLUB

leur sujet d'une manière différente» et souvent opposée à celle de leurs prédécesseurs ; que ces deux historiens avaient tiré des mêmes faits des conséquences inaperçues avant eux ; qu'enfin ils avaient fait oublier leurs devanciers. Je crains bien que ce ne soit là le cas de ce pauvre M. Carpani, qui, l'hiver dernier, était si fier de pouvoir tirer quelques plaisanteries du nom et des prénoms de M. Bombet, et qui, aujourd'hui, s'annonce comme un . Hercule, parce que, dit-il, on n'a su que lui répondre. M. Carpani dit qu'il a déployé des preuves terribles contre M. Bombet ; il voudrait une réplique en forme. Ce combat ferait peut-être penser un peu aux Haydine de notre Athlète qui moisissent à Milan chez Buccinelli. M. Bombet •et M. Carpani peuvent faire leurs preuves ensemble et de bon accord. Le moyen est simple. Que M. Carpani fasse traduire trente pages de ses Haydine, qu'il choisisse luimême ces pages et qu'il en fasse imprimer en regard trente des Lettres sur Haydn de M. Bombet ; ces dernières rseront encore au choix de M. Carpani lui-même,

a Le public jugera.

« S'il fallait d^autres preuves, je dirais que l'ouvrage de M. Bombet, imprimé chez Didot, ne contient que 25o petites pages sur Haydn, tandis que celui de M. Carpani se compose de près de 55o pages : je demanderais à M. Carpani s'il revendique aussi la Vie de Mozart, l'excellente digression littéraire sur Métastase, la Lettre sur Vétat actuel de la musique en France et en Italie, la Lettre de Montmorency sur le beau idéaL Je le prierais de nous faire connaître ses droits sur les questions que M. Bombet .a approfondies le premier touchant les vraies causes des

tion d'avoir servi de modtile ou slyUptein de grâce, plein d'une sensibilité sans affectation, et qui n'exclut pas le piqaaiil qui, peut-être, est le premier mérite de l'ouorage de M. Bombe t.

u Mais je m'aperçois qa'à mon tour je deviens an Hercule, que je pille M, Carpani, que je tombe dans le sérieux et dans Tennuyeux. M. Bombet, qui n'aime pas oe style moderne, et qui pour tout n'a eu garde de dérober le sien à M. Carpani, M. Bombct, qui est moa frère aîné, me fera sûrement de grands reproches de la liberté que je prends d'ennuyer le public en son nom. Ainsi je m'arrête, je renouvelle à M. Carpani le défi des trente pages ; ce n'est qu'en y répondant qu'il prouvera sa bonne foi.

«J'ai l'honneur, etc.

fl H. G. G. BOMBET. »

li est certain que Beyle a mis beaucoup du sifi dans les Lettret sur Haydn ; elles soDt d'une allui charmaute sinon dan style plein de grâce, telles page sur Vienne, par exemple, n'ont pu être écrites qu par lui, mais il n'en est pas moins vrai qu'il a pill Carpani, et que, tout en agrémentant les faits et le idées, il les a empruntés à son terrible accusatem Selon le mot de Romain Colomb, dans ses notes iné diteSi il est triste d'avouer en commençant la revue de

ouvrages de Stendhal, qu'il s'est rendu coupable d'une hâblerie^ d'une supercherie.

Enfin Carpani publia en 1824 une Déclaration dans laquelle on voit qu'il avait réussi à découvrir le nom réel de son plagiaire et qu'il menaçait de révéler ce nom à toute l'Italie si, par aventure, le criminel faisait la récidive, ce Sappia codesto figlio dell'Isera spumante, che, io, quando occorrà, pronuncierô tutto intero il suo nome, ed egli ne avrà allora dal Pubblico Italiano tutta queir aggiuntadi epiteti che varranno gli in disonore quello di un Bombet. » {Majeriane, Padoue,

1824, page2i4.)

La Vie de Mozart, qui accompagnait les Lettres sur Haydn dans ce même volume de i8i4, est, Stendhal le déclare, traduite de l'allemand SchlichtegroU.

Le titre est fidèle : Vie de Mozart traduite de t allemand par M. ScHUGHTEGROLL. Voici la lettre dédicace, datée de Venise, le 21 juillet i8i4 : « Vous désirez, mon cher ami, une notice sur la Vie de Mozart. J'ai demandé ce qu'on avait de mieux sur cet homme célèbre, et j'ai eu ensuite la patience de traduire pour vous la biographie qu'a donnée M. SchlichtegroU. Elle me semble écrite avec candeur. Je vous la présente, excusez son air simple. »

Ce nom de SchlichtegroU parut si bizarre que l'on crut à une mystification. Sainte-Beuve, en i854, écrivit deux articles sur Stendhal (Causeries du Lundis IX) et voulut tirer la chose au clair ; il s'adressa à M. Anders,

était réellement tirée d'un ouvrage de Schlichtegroll, auteur très connu en Allemagne, et qu'on a eu tort de prendre en France pour un homme de paille. Outre certains ouvrages de numismatique et d'archéologie, Schlichtegroll a publié pendant dix ans une Nécrologie contenant les détails biographiques des hommes remarquables morts dans le courant de tannée, c'est dans le tome II de la deuxième année (Gotha, lygS) que so trouve l'article sur Mozart (pp. S2-1 12). La traduction de Beyie est très libre; ici encore, il a supprimé et ajouté beaucoup. Il a, en outre, divisé cette biographie en chapitres. Les quatre premiers seulement contiennent des détails pris dans Sclichtegroll ; les trois derniers sont remplis d'anecdotes tirées d'un ouvrage allemand que Beyle n'indique pas, mais qui a été traduit en français sous le titre svàianX, : Anecdotes sur W. G. Mozart, traduites de l'allemand par Ch. Fr. Cramer, Paris, 1801, in-8° de 68 pages. Stendhal a emprunté à cette brochure une quinzaine de pages.

Ce premier acte de la comédie ne manque point de piquant, mais le second en a plus encore, et, outre

l4 S0IRÉJE«8 DU STENDHAL GtUS

l'intérêt stendhalien, il nous offre une surprise très amusante.

La scène cette fois est en Angleterre et Taccusatair €st l'un des périodiques les plus célèbres.

Dans son volume XXIX, p. 287, novembre 1817, VEdinburgh Review rendait compte de Rome, Naples et Florence en i8i7^ par M. de Stendhal, officier de cavalerie^ un volume in-8**, Paris, 1817. Cet ouvrage est chronologiquement le second que publia Henry Beyle. Le critique de VEdinburgh Review était très bienveillant et insistait particulièrement sur la justesse d'un passage relatif à Alfieri, commençant à la page 194 du livre de Beyle, et précédé de ces simples mots : Traduction du cahier da comte. Cette traduction allait jusqu'à la page 2o5 et était imprimée entre guillemets.

De plus, une longue discussion sur l'état de la socâétc française avant la Révolution valait h Stendhal les éloges les plus vifs.

Deux ans plus tard» dans son numéro XXXIÏ, p. 320, octobre i8ig, la même revue anglaise publiait un nouvel article sur St^idhal à propos de V Histoire 4e la peinture en Italie, et, en une petite note fort curieuse, révélait à ses lecteurs que cet écrivain continental était un plagiaire, ou du moins n'indiquait pas ses sources.

En effet le beau développement sur Alfieri était emprunté presque mot pour mot à une étude pubfiée dans le volume XV de VEdinburgh Review.

et avait été puisée dans ce même numéro XV (article sur les lettres de M"" du Defland).

Ce n'était pas tout; Beyle avait commis d'autres larcins et glané çà et là maints passages dans la collection de VEdinbargk Revieiii, celui-ci, entre autres, que sa brièveté relative permet do citer ici. Les phrases soulignées sont des additions, on verra ainsi le travail de Stendhal.

they Write, not IwcnuBc Ils [les Allemands) ccnvent they aro full of B subject, but non pas parce qu'ils sont fcecsuso thej Ibink it îs o suIj. lourmentés par leurs idéos ject upon which, with duo sur un sujet, mais parce qu'ils pains and labour, something pensent avoir trouva un sujet slrîkîng maj be writton, So sur lequel, en prenant les peitbej read and mcditate — nés convenables, et faisant les and hiving, at lenglh, dcv!- reclierches nécessaires, l'on seà corne itraage and parade- peut parvonir It imaginer zical view of the malter, thcjr quelque chose de brillant ; set about establishing it with c'est dans ce sens qu'ils ail their might and main. lisent et méditent. A. la lon-

gue, ib parviennent !i quelque point do vue ëlrango et paradmal ; alort Vaiwre da génie est faite ; il ne s'agit plus qao de l'dlablir avec toute l^artilkrie iCéradUion et de philoiophie transcendante.

The trutb is, that ibaj are Dans le fait, c'est un peu-

l6 SOIRÉES DU STENDHAL CLUB

naturally a slow, heavy peo- pie bon, lourd et lent qui ne pie ; and can only be put in peut être mis en mouvement motion by some violent and que par quelque impulsion often repeated impulse, under violente et souvent répétée, the opération of which they Leurs auteurs ^ par exemlose ail controU over them- ple^ lorsquils en sont à leur selves — and nothing can second volame, perdent tout stop them short of the last ab- jugement, tout pouvoir sur surdity. eux-mêmes et rien ne peut

les empêcher de tomber dans les absurdités les plus outrées.

Truth, in their view ol it, La vérité n*est plus pour is never what 15, but what, eux ce qui est, mais ce qui, according to their System, d'après leur système, doit ought to be. (Edinburgh Re- être.

view, vol. XXVI, p. 67, Fe- Rome, Naples et Florence bruary 18 16 : Essay on Schle^ en 1817, gel).

On ne saurait nîer la chose ; c'est une traduction, même assez servile, quoique élégante et bien faite. Mais Stendhal, on le verra, avait une manière à lui d'expliquer tout cela.

Toutefois on ne peut réprimer quelque hilarité, quand on pense que la revue anglaise ne s'était pas reconnue tout de suite, et, sans le savoir, s'était décerné des compliments à elle-même ; les éloges qu'elle adressait à Stendhal s'adressaient à Tun de ses propres critiques. La note ajoutait explicitement : « Il est très flatteur pour nous de voir nos opinions sur la littéra-

1 d'une grande vivacité et de hautes prétentions, mais il nous eût été encore plus agréable si les sources avaient été indiquées. »

En une lettre datée de Rome, 28 septembre 1816 (^Souvenirs (TEgolisme), Beyie parle à son ami Crozet de ses lectures, « Un hasard, le plus heureux du monde, dit-il, vient de me donner connaissance ofi or 5 Englishmen of the jirst rank and anderslanding. Ils m'ont illuminé, et le jour oîi ils m'ont donné le moyen de lire ihe Edinbargk lieview sera une grande époque pour l'histoire de mon esprit ; mais en même temps une époque bien décourageante. Figure-toi que presque toutes les bonnes idées de l'Histoire de la peinture en Ilalie sont des conséquences d'idées générales et plus élevées, exposées dans ce maudit livre, ïn England, if ever the H (i) y parvient, on la prendra pour l'ouvrage d'un homme instruit et non pas pour celui d'un homme qui écrit sous l'immédiate dictée de son • cœur, 11

De la part de celui qui avait pillé Carpani et les brillants essayistes anglais, cet aveu est vraiment naïf. L'on se fait une étrange idée du cœur de Beyle qui, dans cette circonstance, était réduit au rôle assez facile de traducteur.

Que Stendhal ait retrouvé dans YEdinburgh Review

(i] II. — Histoire de la Peintare en IlalU.

t8 SpmÉES DU STENDHAL CLUB

des idées qui lui étaient chères, rien de plus naturel, mais de là à retranscrire des pages entières en les habillant à la française sous prétexte que les jugements des autres étaient les siens, il y a loin. Et enfin reste toujours la question des sources à indiquer, question non résolue par Beyle.

Ce procédé désinvolte était une habitude — presqiie un tic; dans cette même Histoire de la peinture en Italie , on trouve de nombreux passages de Lanzi (i). Les extraits suivants se passeront de commentaires :

RÉFLEXIONS 6BNÉRA.LES SUR LA. REN.IISSAJÏCE DE l'aRT

Lanzi Stendhal

... Ce fut seulement dans la ... Vers la fin du xm* siê^ seconde moitié du xiii* siècle de, un œil attentif commence que Ton commença à sortir à distinguer un léger mouve- -de. l'enfance de Fart ; et le ment pour sortir de la barba- |)remier pas que l'on fît vers rie. Le premier pas que l'on un style nouveau fut le per- fit vers une manière moins fectionnement de la sculpture, imparfaite d'imiter la nature La gloire en appartient aux fut de perfectionner les bas- Toscans, etc. reliefs, La gloire en est aux

Toscans, etc.

Et ainsi de suite toute une page où l'on peut suivre Lanzi pas à pas. Autre exemple :

(i) Ces passages de Lanzi m'ont été obligeamment indiqués par mon ami Paul Arbelet, qui prépare tm volume sur Stendhal >et V Italie,

LaiL:i Stendhal

Si l'on convient i]ue Cioiï- Si Cimabue cet la Klichel-

bue fuE la Michel-Ange do Ange de celle époque, GioUo

cetto époque, il faut ajouter en est le Raphaûl

que Giolto en fut le Itaphaël

I! donna bu\ formes plus de '.,. Une certaine ajmétrie

flymétrie, au dessin plus de qui plait à l'amateur éclairé,

douceur, au coloris plus d'har- et surtout un dessin moins

monie. Ces mains roides, ces anguloui et un coloris plus

pieds on pointe, ces jeux moelleux que chez ses rudfs

cITarés qui tenaient encore prédécesseurs Ces mains

du goût et de la manière dos grûlcs, ces pieds en pointe,

Grecs, tout de»int plus vrai, ces visages rasllieureux, ces

plus rapproché de la nature... jeux eQarcs, reste de la bar-

cellei (ses compositions] dont barie apportée de Constanti-

Ics proportions sont moins nople, disparaissent pou i

grandes, sont celles qui plai- peu... Je trouve que ses ou-

sent le plus... vrages plaisent d'autant plus qu'ils sont de moindre dimcn-

■ Voici, pour finir, une maxime à laquelle Stendhal s'est coDtenté de donner quelque concision.

Lond Stendhal

Lorsque l'hommo est mé- Dans les arts, quand l'hom-

content de ce qu'il apprit dans mo est mécontent de son ou-

son enfance, il dirige nalu- vrage. il va du groisier au

Tellement ses pas do ce qui moins grossier, il arrive su

est grossier a ce qui l'est soigné et au précit ; do là il

âO SOinÉES DU STENDHAL CLUB

moins, et de là il parvient à passe au grand et au sahlîme, la régularité, à la précision, il finit par le /aci7e. Ensuite il s'ouvre un chemin vers ce qui est /grand et sublime, et il finit par ce qui est facile.

A propos du volume sur Rome, Naples et Florence en 1817 y nous avons encore les plaintes du plus grand esprit allemand du xix^ siècle, de Gœthe.

Le poète a parlé maintes fois avec Eckermann de Stendhal, dont les publications ne le laissaient pas indifférent. On ne s'étonnera point qu'un des jugements les plus exacts que nous ayons sur le Rouge et le Noir soit de Gœthe ; toutefois tenons-nous-en à l'ouvrage incriminé. Dès Tannée 1818, Beyle avait attiré l'attention de l'auteur de Faust. Le 8 mars 181 8, le poète fit copier pour Zeller deux longs passages de Stendhal sur le compositeur Mayer et sur la musique en Italie, a Ces détails, disait-il, sont extraits d'un livre rare (R. N. et F.) qu'il faut absolument que tu te: procures. Le nom est emprunté : ce voyageur est un français plein de vivacité, passionné pour la musique, la danse, le théâtre. Ces deux échantillons te montrent sa manière libre et hardie. Il attire, il repousse, il intéresse, il impatiente.

un de ces hommes de talent qui, comme olBcier, employé ou espion, peut-être tout cela à la fois, ont été poussés çà et là par le balai de la guerre. Il a vu beaucoup par lui-même ; il sait aussi très bien mettre en œuvre ce qu'on lui rapporte, et surtout il sait très bien s'approprier les écrits étrangers. Il traduit des passages de mon Voyage iTItalie et affirme avoir entendu raconter l'anecdote par une Marchesina. En un mot, c'est un livre qu'il ne suffit pas de lire, il faut le posséder. » Cette indulgence de Gœthe doit nous rendre clément.

N'est-il pas rare d'avoir ainsi sur un petit procès littéraire autant de témoignages curieux ? Et dire que, sans le savoir, un critique de la toute -puissante, et toute vivante encore Revue d'Edimbourg, et un poète olympien, presque en même temps, nous préparaient la joie de réunir les éléments de cette querelle stendhalîenne.

Beyle, cela n'est pas douteux, aimait à faire travailler les autres et à grossir ses volumes à l'aide des documents qu'on lui fournissait ou qu'il trouvait luimême tout prêts dans les livres — dans les livres étrangers surtout, la nuance est importante à si^;na- 1er.

On sait, par exemple, que le beau récit qui retrace

a a SOIRÉES DU stendhal club

Tarrivée de Napoléon à Grenoble par La Mure et les lacs de Laffrey {Mémoires d'un touriste) n'est pas de Beyle, mais de son ami Crozet, lequel fut aussi son collaborateur pour V Histoire de la peinture en Italie.

Les Nouvelles Italiennes sont presque toutes des traductions , ou des adaptations de contes inédits dont Stendhal s'était procuré des copies ; ces copies existent^ elles furent vendues à la Bibliothèque Nationale par la sœur de Beyle, M"° Pauline Périer-Lagrange. C*est même à propos de ces manuscrits que Mérimée, qui, en souvenir de son ami, s'intéressait à M"^" Périer, entra en relation avec Panizzi auquel il les offrit, sans succès du reste ; il n'en est pas moins vrai que cette démarche fut le prétexte des premières lettres qu'ils échangèrent, et qu'elle nous a valu leur curieuse correspondance.

Dans ces contes italiens copiés pour Beyle, il y en a beaucoup que Stendhal n'a pas utilisés, parce qu'il n'en eut pas le temps ; mais la veille de sa mort, il avait signé un traité avec la Revue des deux Mondes où il comptait publier ce qui lui restait encore à tirer de cette mine très riche.

L'on trouvera un jour dans ce fonds italien plus d'un épisode de la Chartreuse de Parme — ce seront sans doute nos arrière-petits-neveux qui auront à honneur de faire l édition savante de ce livre ; — en attendant, voici une petite étude comparative qui donnera un avant-goût de ce que pourrait être cette édition*

Le rccit italien est intitults : Acle de vengeance commis par le cardinal AUobraniiini sur la personne de Girotamo Longobardi, gentilhomme romain. Et c'est au chapitre XIII de la Chartreuse de Parme que Stendhal a intercalé l'aventure. Nous mettrons en regard la: traduction littérale et le texte de Stendhal.

Il se trouïait alors il Rome une certaine Anna Félicie Brschi, chanteuse de grande réputation, qui. & la douceur de la voix et su talent de l'art musical, joignait une beautâ surnaturelle...

Elle était entretenue par Longobardi, qiiî -voillait sur elle avec un soin jaloux.

Par les dires élogicuz de toute sa cour, le cardinal, ayant ouï vanter les charmes et la beauté de la donzelle, désira ardemment la connaître ; dans cette intention, étant passé devant la demeure <l'Anna, îl aperçut celle-ci accoudée i. la fenêtre...

' Un jour la cantatrice, Jiiment convaincue par la manùgo de son galant rouge que celui-ci était bien épra, ra-

Ën même ~toinps que lui

(Fabrice), se trouvait k Bologne la fameuse Fausta F ,

sans contredit l'une des premières chanteuses de notroépoque.

Pour le moment, eo miracle de beauté était sous le charme des énormes 'favoris, et de la haute insolence du jeune comte M

Notre héros se livra ï l'enfantillage do passer beaucouptrop souvent devant le palais Tanari, que le comte M.....

avait loué pour la Fausta...

Elle parla au comte M..-»

d'un attentif inconnu.

— Où la vojei-vous ? ditle comte furieux.

conta toute Tintrigue au sei- — Dans les rues, k Té-

gneur Girolamo Longobardi, glibe...

son amant...

Le jour de St-Mathieu, il Le comte M courut k

s^achemina vers réglise Ste- Saint- Jean, y choisit sa place

Marie de la Paix... et s'y derrière un des tombeaux qui

dissimula dans le fond d'une ornent la troisième chapelle

chapelle de manière à tout à droite ; il voyait tout. . . voir sans être vu...

Effrayée, la chanteuse con- ~* Eh bien I tout ce dont

lessa tout, alléguant pour vous vous plaignez est la

■cause de son obstination à se pure vérité ; mais j'ai essayé

taire la crainte de querelles de vous le cacher, afin de ne

entre son amant et le cardi- pas jeter votre audace dans

nal... des projets de vengeance

insensée...

Dans la Chartreuse de Parme, Taventure tourne au comique. Fabrice passe pour être le fils du prince, il parvient à échapper aux espions armés du comte M..., et, grâce à Mosca, on arrête, au lieu de Fabrice, un savant arrivé du Nord « pour écrire une histoire du Moyen Age ».

Dans le conte italien, tout finit par une tragédie sanglante : « Un matin, on trouvait fichée sur une pique, en pleine place Saint-Pierre, la tête de l'infortuné Girolamo ». Le cardinal est reconnu pour être l'auteur de ce crime. Mais, neveu du pape, il échappe au tribunal et aux juges ; il est simplement privé de tous ses titres, charges et bénéfices.

Il faut bien avouer que Stendhal est tout à son avan-

lage dans cette dernière épreuve, tke lasl and not Ihe hast. Une fait pas autre chose que Shakespeare dans Othello ou dans Jules César ; le poète anglais dramatisait le récit de Cïnlio ou celui de Plutarque, Stendhal, lui, psycholofjise, si l'on peut dire, la brutalité et la rudesse de son modèle. Il traduit, mais bientôt il se substitue au conteur, il imagine des incidents, complique l'imbroglio et surtout analyse les actions. II fait vraiment œuvre originale.

Et c'est un soulagement de terminer sur celle constatation ce chapitre un peu noir de critique comparée.

Ce qui est dangereux quand il s'agit de biographie ou d'idées générales ne l'est vraiment plus quand il s'agit d'une œuvre de pure fiction. Le don de l'invention avait été refusé à Stendhal, — c'est même pour cela que tout ce qu'il a écrit est si précieux, car l'on sent qu'iV n'invente rien ; — force lui a été, puisqu'il a voulu faire du roman, de prendre, à droite et à gauche, la contexture de ses récits. Et s'il a poussé les choses un peu loin, s'il a traité Carpnni, les critiques de la Revue d'Edimbourg, Gœthe et Lanzi, avec un peu trop de désinvolture, comme s'il avait été question d'un simple scénario, alors que les idées étaient en jeu et même les mots, il n'en reste pas moins un plagiaire presque inconscient, persuadé eo tout cas de son innocence, puis-

qu'il ajoutait toujours du nouveau à ses traductions et fondait habilement ensemble des éléments très divers. Il y a enfin une circonstance atténuante : c'est que le vrai plagiaire s'approprie ce qu'il a pillé dans les ouvrages d'autrui, et principalement dans les ouvrages d'un auteur de son pays et de sa langue. Mais il n*y a guère plagiat d'une littérature à une autre, quand on fait office d'imitateur intelligent, de traducteur habile ; le seul point délicat, c'est qu'il faut au moins reconnaître, sinon révéler, ses emprunts. Là-dessus Stendhal nous échappe, il faut l'avouer : mais nous ne sommes pas le jury, la postérité pour lui ne doit pas être un tribunal correctionnel, et il est inutile de faire une longue énumération de : attendu que... pour prouver quoi ? que Stendhal est un voleur, qu'il n'a pas eu une idée à lui ? On ne nous croirait pas et l'on aurait raison de ne pas nous croire.

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