‹ Soirées du Stendhal club: documents inéditsChapitre 31 sur 33 · A. BONNAIRE · texte numérisé non relu

A. BONNAIRE

XIY

[Même adresse],

[Paris] rue Gaumartia, n** 8, le la août [1837J.

Cher Comte,

Je reçois votre lettre du 24 juillet. Je vais m'occuper de trouver un bon avoué et de le charger de la recherche du deuxième testament de M""® Canfora.

J'ai un travail qui peut-être m'obligera à voyager. Mais comptez sur moi. Mille compliments à nos amis.

D. Gruffo Papera.

Je suis on ne peut plus sensible, madame la Comtesse, aux dix lignes aimables que vous voulez bien m'adresser- Je ne prends intérêt à Rome qu*à cause des maisons Cini et Caetani. Mais cet intérêt est bien vif. On nous alarme ici par des bruits de maladie.

3oO SOIRÉES DU STENDHAL CLUB

Allez à Lucques pour peu que Rome soit meurtrier. Rappelez mon nom et les gâteaux à vos aimables enfants, et souvenez-vous quelquefois, Madame, du plus respectueux de vos amis.

[Même, adresse.']

N° 8, rue Caumartin [Paris], Le 38 septembre [1837].

Mon cher Comte,

Je suis arrivé il y a 6 heures de la Bretagne. Votre lettre de Castello m'a fait le plus vif plaisir. J'ai compris dans ce péril combien profondément je vous suis attaché ainsi qu'à votre aimable famille, à Annibal et aux Caetani. Grâces à Dieu, à Texception de ce bon Chevreri, aucun homme de mérite n*a péri, mais allez au loin ; gare la recrudescence comme à Paris et à Naples. Je me hâte de vous écrire. L'avocat que j'avais chargé de votre affaire m'a écrit en Bretagne une lettre qui probablement s'est égarée. Envoyez-moi une procuration comme je vous l'avais écrit il y a deux mois.

LA. CORRESPONDANCE 3oi

Il faut une procuration bien en règle devant le notaire de l'ambassade de France (je crois), pour pouvoir prendre une expédition du testament deM"° Cini, femme Canfora.

On dressera un avis à tous les notaires de Paris et des environs. On leur demandera d'avertir M. [en blanc] avocat, rue [en blanc], n° [en blanc], s'ils ont reçu un testament de M™* Canfora. Ces avis coûteront i fr. 5o par ligne. Pour six lignes ce sera 9 francs.

Je vous écris à la hâte afin de ne pas perdre de temps.

L'avocat, une fois qu'il aura le testament, vous dira s'il est bon. Si cela est possible, laissez en blanc le nom de l'avocat.

Mes respects à M™" Julia. Le journal français qui ment le moins c'est le journal du Commerce,

Les élections se feront le i5 novembre et donneront un quart de nouveaux membres.

La reine Victoria est amoureuse de lord S qui

est amoureux de milady C... On Ta envoyé à Madras à Soo.ooo fr. d'appointements.

Envoyez une procuration bien en règle pour prendre expédition des testaments de M™"" Cini, femme Canfora.

A Sua Eccellenza il signor Conte Cini,

Rome, Etats Romains, [Paris] Rue Caumarlin, n° 8, le xo octobre [1837].

Votre lettre, mon cher Comte, me fait le plus vif plaisir. Je demande sans cesse de vos nouvelles à M. Lysimaque ; dans les commencements, il me répondait que vous étiez à Naples, puis il a su que vous étiez à Castel Gandolfo. Je ânis ravi de vous voir loin de Rome, mais où est Castel Cellero ? Comment adresser ma lettre ? Je suis ravi d'apprendre que l'aimable comtesse n'a point été exposée à voir de près toutes les horreurs du choléra. Mais n'oubliez point que souvent le choléra s'y prend à deux fois pour décimer un pays et la seconde fois il s'adresse surtout aux classes élevées. Il faudrait choisir quelque ville de montagne point trop ennuyeuse. Si le choléra revient à Rome, vous pourriez passer à Florence, ou prendre le bateau à vapeur et venir jusqu'à Marseille. Maintenant, il n'y a plus que deux décès cholériques par jour, ce qui veut dire que dans un mois il n'y aura plus de choléra

LA CORRESl*ONDANCE 3o3

du tout. Cette ville étrangère serait plus amusante que Florence pour l'aimable comtesse.

J'espère que vous aurez lu la lettre que j'ai envoyée à Lysimaque le jour même de mon retour à Paris. Lorsque je partis, je fis parler à un avocat connu par un de ses amis ; il refusa de se charger de cette affaire trop peu importante. J'allai chez un second avocat, que je ne trouvai point ; il m'a écrit une lettre pour me dire qu'il fallait absolument une procuration d'une personne intéressée, c'est-à-dire du mari ou du frère.

Ce qui m'est resté de mon cours de droit m'avait donné la même idée et je vous demandai une procuration dans le temps.

La lettre que l'avocat ^'a écrite en province ne m'est point parvenue parce que j'ai quitté la ville le jour même que sa lettre a dû y arriver.

Envoyez-moi une procuration qui m'autorise à prendre expédition, chez tous les notaires de France, des testaments que M"* Canfora aura pu y faire ou y déposer. Approuvez-vous que l'on fasse insérer dans les journaux un article dont l'objet serait de demander aux notaires de Paris et des environs s'ils ont reçu un testament de M™* Canfora ?

Il me semble que vous pouvez faire cette procuration dans le lieu où vous êtes, faire certifier la signature du notaire par le délégat, envoyer cette pièce au secrétaire d'Etat à Rome par votre homme d'affaires

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qui la portera ensuite à Tambassade de France. On m'enverra la procuration, je ferai certifier la signature par le ministre des Affaires étrangères et alors je ferai agir l'avocat (i). ,

Je suis bien fâché de tous ces retards, mais vous voyez qu'il n'y a pas de ma faute.

Je ne conçois pas, en vérité, pourquoi l'aimable Don Philippe est resté à Rome; le choléra ne se communique point par le contact, mais, dit-on, par les exhalaisons qui sortent du corps des mourants. Quand vous écrirez à Don Philippe, rappelez-lui, je vous en prie, qu'il est à craindre que le choléra ne vienne une seconde fois à Rome ; alors, comme à Berlin, il commencera ses ravages par les gens qui habitent des palais. Il devrait aller à Florence ou profiter de l'occasion pour venir à Paris ; je lui donnerai une chambre dans mon appartement situé à cent pas du boulevard. Mes affaires à Paris n'étant pas encore terminées, je vais être remplacé jusqu'à mon retour à Civita-Vecchiapar M. Doumerc; c'est le plus ancien des élèves consuls, fort joli garçon, comme ils le sont tous. Il a passé quatre ans à Athènes et ensuite dix mois en Hollande. Il m'a dit qu'il comptait aller voir Venise et arriver à Civita-Vecchia v^rs la Toussaint. Je prends la liberté de vous le recommander. Vous trou-

(i) Les douze premiers paragraphes de cette lettre, jusqu'aa mot Commerce, ont été dictés. La fin et toutes les autres lettres sont de la terrible écriture de Stendhal.

LA. CORRESPONDANCE 3o5

verez un jeune homme à petite taille et qui a un ton parfait. Mais je voudrais bien pour vous et non pour M. Doumerc ne pas vous savoir de sitôt à Rome. Souvent, quinze jours après que le choléra a disparu d'un pays, il attaque les imprudents qui y retournent.

J'ai été bien sensible à la mort de l'excellent Chiaveri ; je lai apprise par le Diario auquel je me suis abonné pour avoir des nouvelles du petit nombre de Romains qui me sont chers, mais ceux-là je les aime infiniment. Dites-le bien, je vous prie, à notre excellent Ânnibal. Le devoir l'entraîne auprès de son père, mais ne pourrait-il pas persuader à ce vieillard singulier de quitter Rome lors de la seconde édition de la maladie ? .

Si vous avez de Tamitié pour moi, achetez des gâteaux au café et dites aux enfants que c'est M. B. qui les leur envoie.

On pense que les élections amèneront cent nouveaux .membres à la Chambre et que le ministère s'adjoindra le maréchal Soult.

Le journal intitulé la Presse tire i4 ooo exemplaires, le Siècle, x i ooo ; le ConstitationneU 9 000 ; les Débais, 8 000. Le moins menteur des journaux, c'est le Corn-merce.

Je commence à trouver bien longue l'absence qui me sépare de mes amis de Rome. Présentez, je vous prie, à l'aimable Comtesse, l'hommage de la plus sincère afifection. Ne m'oubliez pas auprès d* Annibal, de

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D. Philippe et de D. Michèle. Peut-être vous reverrai" je au mois de février.

Adieu, cher Comte, mille et mille amitiés.

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