‹ Soirées du Stendhal club: documents inéditsChapitre 32 sur 33 · V. ALEX. CoNSTA?îT · texte numérisé non relu

V. ALEX. CoNSTA?îT

Avez -vous reçu une lettre de moi par Civita-Vecchia il y a dix jours ? On n*a plus peur du choléra en France. Il est un peu partout, c'est une nouvelle maladie qui remplace la petite vérole.

Al nobil uomo il signor Conte Cini, Palazzo Ciniy

Piazza di Pieira,

Roma, [Paris] 8, Caumarthî, 28 novembre 1887.

Cher et aimable Comte, j'ai remis votre affaire à M. Colomb, monsieur fort entendu. Votre lettre est <:harmante. Ecrivez-moi, je vous prie, beaucoup de détails. Vous vous en acquittez à ravir. Mille apiitiés à Don Fi., Annibal, D. Michel, mes respects à Tai-

^ . i^.di

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mable Comtesse. Songez à décamper si monsieur choléra revient (i).

(i) Ce mot écrit sur une bande de papier accompagnait une lettre^ que voici, de Romain Colomb au Comte Cini :

Paris, le 28 npvembre 1837.

Monsieur le Comte,

M. Beyie, consul de France à Civita Vecchia, m*a confié la procuration que vous lui avez adressée à Pefifet de :

i*^ Obtenir une expédition authentique du testament de feu M™* Canfora, déposé et ouvert dans le mois d'avril dernier, en l'étude de M* Morisseau, notaire à Paris, rue Richelieu, n" 60.

2* Rechercher si M*"* Canfora n'aurait pas fait de dispositions postérieures au testament ci-dessus.

Je viens de déposer la procuration au ministère des affaires étrangères, pour faire légaliser la signature du chargé d'affaires de France à Rome ; sous deux jours cette formalité sera remplie, n faudra alors remettre la procuration à un interprète assermenté pour la faire traduire en français et lui donner le caractère d'authenticité nécessaire. Après ces préliminaires, je me présenterai à M. Morisseau, notaire, pour obtenir une expédition du testament et j'examinerai s'il réunit les conditions légales.

Quant à ce qui concerne la recherche d'un testament qui aurait pu être fait ultérieurement, le meilleur moyen serait, selon moi, d'insérer, dans trois journaux accrédités, un avis à cet égard. Mais puisque vous répugnez, monsieur le Comte, à l'emploi de ce mode, j'écrirai une lettre circulaire à MM. les notaires de Paris et de la Banlieue. Si donc le testament que vous avez intérêt à trouver a été déposé chez l'un de MM. les notaires du département de la Seine, j'espère le découvrir .^ Si au contraire ce testament était dans l'étude de quelque notaire hors

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[Même adresse.]

Rue Gaumartîn, n<* 8, le 24 janvier [i838].

Mon cher Comte,

Je n'ai que le temps de vous dire deux mots. M. Colomb m'a envoyé un paquet énorme. Ce sont des, quittances et deux testaments je crois de M""® Canfora. Mais comment vous les faire parvenir? Il faut une occasion. Cela est gros comme loo numéros du Diario,

Vous ne connaissez pas les prix de Paris. Impossible de rien diminuer. Le moindre avocat dans ce cas

du département de la Seine, le moyen que j'emploie pour le trouver serait insuffisant.

Enfin, monsieur le Comte, vous jugerez si dans le cas où mes démarches n'amèneraient aucun résultat, il ne vous conviendrait pas d'user d'un moyen de publicité dont Tétendue pourrait être plus favorable à mes recherches, celui des journaux. Je pourrais choisir certains journaux d'affaires fort répandus parmi les gens qui s'occupent spécialement d'affaires et qui très probablement ne vont pas à Rome. Je vous prie d'être

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eût pris 200 fr. et 3 fr. par c. et il y en a vingt je crois. Je tirerai sur vous une lettre de change de la somme de 25o fr. environ pour débours et honoraires. J'ai la somme exacte dans les papiers. Je remettrai cette traite à M. Flory Herand, qui l'enverra probablement à MM. Laisné, La Rozière et C'**.

Mille tendres amitiés à D. Filipe et D. Michel. Je me recommande au souvenir de la très aimable Comtesse. Je prie D. Filip de donner des gâteaux venant de Paris aux enfants.

J'ai vu M. et M™** de Saint-Aulaire qui se portent bien. M"® de [en blanc], sa fille, a fait tme grosse fille. M"** Vernet (M™* Delaroche) se porte bien et a un fils, mais elle est changée. M. Vernet est toujours le même, et est allé à Constantine et revenu en cinq semaines. Il fait qu^atre grands tableaux de Constantine. Mes compliments à la famille Potentiani si vous la rencontrez. Nous parlons de vous avec l'aimable comte

persuadé qut je ne négligerai rien de ce qui pourrait servir vos intérêts.

J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération,

Monsieur le Comte, Votre très humble et très obéissant serviteur,

R. Colomb.

Chef da bureau de la comptabilité aux messageries royales, rue Notre-Dame" deS'Viàtoires à Paris.

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de Praslin. Mes compliments à M. Falconîeri. Son frère va être cardinal, n'esUce pas ? Mille amitiés.

D. Gruffo»

Mon cher Comte,

La caisse que nous croyons vous appartenir est arrivée à Civita-Vecchia, on Ta ouverte avec soin. Voicî les seuls papiers trouvés dedans. Il n'y a pas de lettre à votre adresse. Cela me semble bien bon marché. Quelque autre personne, sans m*avertir, a-t-elle fait

venir une caisse d'objets féminins ?

Mille amitiés,

Gruffo Paper a»

Mon cher Comte,

M. le vicomte} D..., un ami de M, Praslin, qui arrive de Rome, me fait une description superbe de la

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quantité d'étrangers dont vous jouissez. Je vois d'ici Taimable Comtesse allant au bal deux fois la semaine* et je devine qu'elle s'y amuse beaucoup plus qu'il y a trois ans ; elle sera toujours aussi jolie, mais maintenant qu'elle est obligée de jeûner pendant le carême, elle aura perdu une partie de cette timidité qui l'empêchait de s'amuser en voyant les ridicules du monde. Avez-vous toujours ces jeunes barons allemands plus empesés que le col de leurs chemises ? Avez-vous eu le bonheur de rencontrer et d'entendre pérorer le plus nigaud des Français, un M. Fulchiron, député, qui était à Rome en novembre ? Nous avons ici un temps ^ encore plus abominable qu'à l'ordinaire, je suis enrhumé à lond ainsi que tous mes amis, mais jamais^ nos soirées ne furent occupées d'une façon plus agréable : il s'agit de savoir si le ministère sera renversé. Chaque jour on fait un pas en avant ou en arrière, et comme ceux qui attaquent ainsi que ceax qui défendent sont gens d'esprit, la dispute est fort amusante. Il y a coalition dans la Chambre des députés, c'est-à-dire qu'on voit réunis M. Guizot, chef de ce qu'on pourrait appeler les ultras tels qu'ils sont possibles après i83o, M. Thiers, l'éloquent représentant des modérés, enfin M. Odilon Barrot, chef de la gauche.

M. Duvergier deHauranne a publié deux excellentes^ brochures qui ont expliqué à tout le monde le fond de la question. Nous sommes amusés et intéressés à ce-

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point que le meilleur roman du monde,, vînt-il à paraître, semblerait ennuyeux.

Trois voleurs se réunissent pour voler un homme possesseur de ce beau diamant qu'on appelle le pouvoir, une fois l'homme à terre comment s'y prendrontils pour se partager le diamant ?

Vers le 12 janvier il y aura bataille à la Chambre des députés, c'est-à-dire qu'on discutera YAchesse. MM. Guizot, Tlîiers, Odilon Barrot, Duvergier de Hauranne, Jaubert, Passy attaqueront. MM. Mole, Salvandy, Janvier, Barthe défendront. Les attaquants veulent faire voter par la Chambre une phrase qui blâmera vivement la politique du ministère et pourra l'obliger à donner sa démission. Mais voici le plaisant de l'affaire, et c'est pour vous le faire comprendre que je vous ai raconté cette longue histoire, les attaquants ne peuvent pas dire au ministère : Au lieu de faire ceci vous eussiez dû faire cela.

Car s*ils réussissent, le lendemain ils seront ministres, et alors,par leurs discours de la veille, ils seraient obligés à faire cela.

Il faudra donc trouver un moyen ingénieux de blâmer outrageusement le ministère sans dire jamais ce qu'il aurait dû faire, autrement les discours de la veille seront excessivement embarrassants le lendemain.

Vous pouvez comprendre maintenant, mon cher Comte, combien cette bataille est amusante pour ce

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peuple qui a tant d'esprit. Notez que les combattants sont pour Tesprit les premiers hommes de la nation, et d'ailleurs ils parlent de nos affaires les plus intéressantes.

Jamais il n'y eut tant de grands seigneurs étrangers à Paris et ce que je n'avais jamais observé c'est qu'ils prennent autant d'intérêt que nous aux discussions de nos Chambres. Hier et avant-hier, on a fait la vente annuelle en faveur des Polonais. Figurez-vous une fort grande salle située sur le boulevard, dans le plus beau quartier. On établit quinze petites boutiques et chaque boutique est tenue par les quatre plus jolies femmes d'une nation, par exemple les quatre plus jolies Espagnoles présentes à Paris tiennent une boutique, les deux suivantes sont tenues par les huit Anglaises les plus jolies et les plus nobles, viennent ensuite les Françaises, les Allemandes, etc. Au milieu de ces boutiques circulent tous les beaux jeunes gens de toutes les nations, tout ce qui se croit noble, spirituel ou riche. C'est là qu'auraient dû venir Don Philippe et Don Michèle avec leur air si noble ; je les ai cherchés en vain.

La Reine et les Princesses ont envoyé beaucoup d'écrans de broderies et autres petits ouvrages faits par elles, vous pouvez penser si Ton s'empresse de les acheter. Un seul député, M. Parent, en a acheté pour mille francs. J'ai acheté, moi, un bouquet de violettes qui m'a coûté cinq francs. Cette réunion, surtout

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quand j'y étais, est sans doute la plus belle de l'Europe. Les dames marchandes font des agaceries aux passants, jugez des singuliers dialogues qui s'établissent, il faut avoir de la grâce et de l'esprit ou périr, jamais vente n'a été aussi brillante; Avant-hier on a fait 4.900 francs, et la valeur des objets vendus peut bien être 4 ou'5oo. On a beaucoup ri d'un étranger qui, pour payer dix francs, avait donné un Napoléon d'or, et attendait soU reste comme il eût fait dans une boutique de la rue. Remarquez que comme cette salle donne au midi et reçoit le plus beau jour, les femmes âgées se gardent bien d'y paraître, c'est peut-être pour cela que l'on y rencontre beaucoup de gaîté. Don Philippe, passé maître dans l'Art de tourner la tête aux belles Anglaises, verra qu'une matinée passée là avance plus les affaires d'un galant homme que dix soirées ordinaires. A propos de soirées, on va beaucoup cette année à celles de la comtesse Granville, ambassadrice d'Angleterre, il n'y a point de gêne inutile, c'est tout dire en un seul mot.

.M"® Rachel est une pauvre petite mendiante de 18 ans, fort maigre, qui joue la tragédie comme si elle inventait ce qu'elle dit ; elle a fait révolution au Théâtre Français, qui fait six mille francs de recette quand M"** Rachel joue. Avant elle il faisait i.5oo fr. Le triomphe de M"*' Rachel c'est le rôle d'Hermione dans l'Andromaque de Racine. Elle exprime l'ironie d'une façon sublime. Maintenant elle est à la mode, un

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homme invité à dîner peut fort bien dire : ce soir-là, je ne puis pas, j'ai un billet pour M"* Rachel. Cette pauvre petite juive ne gagnera que 26.000 francs celte année, si elle eût su faire son marché elle en aurait eu soixante. Il est vrai qu'elle a une pension viagère de 4.000 francs payable parla Comédie française, M"** Rachel est fille d'un juif allemand qui jouait des parades dans les foires, elle a un génie qui me confond d'étonnement toutes les fois que je la vois jouer ; il y a deux cents ans que l'on n'a pas vu pareil miracle en France.

Le Préfet de police est le roi de Paris, le roi d'une ville qui a 62 millions de rente et dont les 909 mille habitants consomment six mille bœufs par mois. Le préfet de police qui a fait emprisonner tous les républicains à l'époque heureusement passée des émeutes s'appelle Gisquet; le Messager, journal, l'accusa il y a deux mois de faire des cadeaux à ses maîtresses (M"" Foucault et M"* de Pradel) avec de l'argent appartenant à la Ville de Paris, c'est-à-dire en leur donnant le privilège d'établir une espèce de fiacre nommé omnibus. M. Gisquet aurait dû faire la sourde oreille, au lieu de cela, comme c'est un homme violent, il a attaqué le Messager en diffamation, le procès se juge maintenant et, pour le malheur de M. Gisquet, il est à la mode. Dès quatre heures du matin il y a des gens qui gardent les places à la porte de la Cour d'assises, car c'est un jury qui juge ce procès ; par conséquent,

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il n'y a pas moyen de séduire les maîtresses des juges. Depuis trois jours on en parle pas d'autre chose à Paris, ce procès fait un effet immense dans la garde nationale et dans la petite propriété qui se scandalise à fond. Nous autres, nous savons depuis longtemps ce qu'a fait M. Gisquet et M. de B., le plus célèbre de sea prédécesseurs. L'importance de cette affaire, c'est qu'elle tue la crédulité parmi les petits bourgeois de Paris, d'ordinaire fort bêtes et fort honnêtes, qui composent la garde nationale. Désormais ils vont ajouter foi aux dénonciations des journaux.

Je vous conseille toujours de lire le journal du CommercCy c'est le moins menteur de tous. Le Constitulionel se vend souvent, le National est fou, les Débats se vend toujours. Le Charivari est fort amusant, il a souvent autant d'esprit que Voltaire, mais je ne sais s'il arrive chez vous.

L'adresse de la Chambre des députés a été lue à la commission le V janvier, Son contenu est un grand secret. Hier au soir dans un salon d'ordinaire bien informé on lisait deux phrases de cette adresse (que la Chambre doit présenter au Roi). Si la Chambre adopte ces phrases, les ministres se retireront, mais quels seront les noms des successeurs ? C'est ce que personne ne sait aujourd'hui 2 janvier. Au total, jamais Paris n'a été si amusant : nous avons M"" Rachel, le procès Gisquet et le changement de ministère.

Si vous voulez, mon cher Comte, me rendre un ser-

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vice auquel je serai fort sensible, rappelez-moi au souvenir de l'aimable Comtesse, dites-lui que je demande de ses nouvelles à tout ce qui vient de Rome. De temps en temps, achetez des gâteaux, donnez-les aux enfants eif leur disant que c'est M. B. qui les envoie de Paris.

Je comptais écrire à Don Philippe, à Don Michèle qui a eu la bonté de mettre quelques lignes dans une lettre de M. Bu[cci]. Mais je me dis que leur parler de mon amitié ce serait les entretenir d'une chose dont j'espère qu'ils ne doutent pas. Quant aux nouvelles de Paris je ne pourrais que répéter en d'autres termes ce que je viens de vous dire. J'aime mieux leur écrire dans une quinzaine de jours quand il y aura quelque chose de nouveau. Si cette lettre n'est pas ouverte, elle vous parviendra cachetée avec un C. Rappelez-moi je vous prie au souvenir de l'aimable Giacobi. J'espère qu'il n'aura pas été volé une seconde fois. Dans l'occasion, présentez mes respects à l'aimable marquise Potenzi.

On m'a demandé l'autre jour dans une Société savante ce qu'il fallait penser des manuscrits du Tasse qu'un M. Alberti va publier je crois à Turin. Quand j'ai vu M. Alberti, il m'a paru fou et ses manuscrits fabriqués par quelque galérien adroit. Peut-être il en est dupe lui-même. Qu'en pensez-vous? Qu'en pensen Don Michèle et Don Philippe? Cachetez, je vous prie, et mettez à la poste les lettres incluses. Donnez-moi

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beaucoup de détails, infiniment de détails, toujours des détails sur ce qui se passe aux environs de la place Colonna, ce pays que j'admire m'intéresse infiniment, et par les journaux je sais beaucoup mieux ce qui se passe à Philadelphie que ce qui se passe chez vous. A-t-on découvert quelque belle statue ? Quelque nouveau tableau s'est-il fait remarquer ?

Croyez à ma vive et sincère amitié.

2 janvier iSSg.

Sua Eccellenza Il signor Conte Cini,

Très obhgeant ami,

Je me hâte de vous annoncer que je n'aurai besoin de la cravate noire cachant la chemise, que samedi soir. Je la rendrai dimanche. Le peintre (i) ne veut travailler que dimanche matin.

(i) Sodermark. — Son portrait de Stendhal fait maintenant partie de la collection Gheramy. — Ce portrait sera légué au musée de Versailles.

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Je reçois ces tristes nouvelles sur le choléra :

Marseille, 89 décès en tout.

Touloiî, 1.020.

TSice, 5 en ville.

Bagne de Villefranche, 20 décès.

Mille compliments,

Pabos.

Al nobil uomo il signor Conte C'mi, Palazzo Cini,

Piazza di Pietra,

Roma,

Mon cher Comte,

Quand vous parlez d*écus à un Parisien, il faut traduire la valeur. Par exemple, là où il y ^ 7-ooo écus, mettre entre parenthèses (38. 000 fr.), là où il y a 200 écus (1.060 fr.), autrement le Parisien croit qu'il s'^agit d'écus de 3 fr.

Peu importe, penserez-vous peut-être. Mais comme nous avons affaire à un nouveau Figaro il pourrait dire qu'on a voulu tromper le Parisieh. Vous savez que

SaO SOIRÉES DU STENDHAL CLUB

d'après les derniers cours, Técu romain vaut, si je ne

me trompe, 5 fr. 45.

Voilà ce que j'ai oublié de vous dire ce soir. Mille

amitiés.

De Beilb.

Madame, Madame la Comtesse Cini, Palazzo Cinij

Rome,

Je n'ai reçu qu*aujourd'huî un paquet adressé à la plus aimable des Comtesses. Le voyageur qui s'en était chargé Ta bravement laissé il y a trois jours à la grande Europe. J'ai un lascia passare applicable à M. de L. qui passera vers le V^ décembre et sera porteur du paquet de klispo pour la Piazza di Pietra.

Mille compliments à l'aimable famille et à mes excellents amis D. Fil. Boutade àD. Miguel le brillant

époux.

De Beyle.

Givita-Vecchia, 29 novembre, iSBq.

Al n. «. il signor Conte Cini, Piazza di Pietra,

Roma,

I avril [i84o].

Votre lettre, mon aimable Comte, m'a fait à peu près TefTet du chant du coq sur feu saint Pierre. J'ai cru que vous alliez me parler des flacons plats d'eau de Cologne. J'allai chez le marchand le lendemain de mon arrivée^ il était absent, je n'y ai plus pensé, j'y retournerai demain.

Il n'y a rien de nouveau pour l'aflfaire des bœufs ; seulement j'ai su ces jours derniers qu'on en avait acheté 3ooo en Sardaigne. La Sardaigne étant un pays encore plus sauvage que les environs de Civita- Vecchia, je suppose que les bœufs y sont à meilleur marché. Dès qu'il sera question d^achats, j'écrirai par la poste à vous et au ministre de Piansano. Dieu sait si la poste va à Piansano.

M. Horace Vernet sera à Rome en même temps que ma lettre ; il a fait la joie des habitants de Civita- Vecchia, grands et petits, en paraissant dans les rues vêtu

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en Bédouin ou en Turc, je ne sais lequel, ayant peu de pratique des modes orientales.

J*»i eu des nouvelles de Calcutta. Toute l'Inde An* glaise est occupée des préparatifs de l'expédition contre la Chine. Il y aura trois divisions anglaises : la première partira de Calcutta, la seconde de [en blanc], la troisième de Caylan.

Mes lettres de Paris me font penser que la bataille àe^ fonds secrets qui a dû se livrer le 24 mars aura fini à Tavantage des hommes d'esprit, MM. Thiers, Rémusat, Jaubert et Cubière.

On dit que Monseigneur Cioja, duc du Saint-Esprit, va être fait car. (i), il serait remplacé par M. Piati, missionnaire. Vous devez savoir cela mieux que moi. Je regarde les canons sous mes fenêtres avec amour depuis que je sais le plaisir qu'ils font à M. Pepino. Nou& avons eu un joli exercice à feu en Tlionneur du cardinal de Angelis ; j'ai dîné à côté de ce prince et l'ai trouvé fort poli ; il a été ambassadeur avec le duc de Mantebello dans les temps de l'espion Conseil, J'espère que M. Pepino se porte bien ainsi que mon amie M"® Virginie. S'ils se portent bien, leur aimable mère se porte bien aussi, et les amis du soir sont heureux et satisfaits. J'ai chassé hier 5 heures sans m'asseoir pour tâcher de me donner cette passion. Mais il faut de l'espérance (2) comme en amour, c'est là ce qui

(i) Cardinal.

(2) On peut lire aussi : expérience.

LA CORRESPONDANCE SsS

manque ; il faudrait savoir lancer un coup de fusil aussi bien que vous. Je ne tue rien de plus gros que des alouettes.

Adieu, bien des choses à tous les amis du soir «t à leur aimable présidente.

J'ai fait tous les efiPorts possibles pour être lisible.

Tout à vous.

C^ DU Tonneau*

Coinpiègne, le a 5 février i84a.

Mon cher Comte,

Je reçois votre lettre du 6 février. C'est avec un sensible plaisir que j'apprends que M"** la Comtesse jouit d'une excellente santé et ne s'est retirée qu'à 5 heures du matixi de la fête brillante donnée par notre Ambassadeur.

Je reçus, en effet, dans les premiers jours de janvier et au Havre où j'étais à la chasse, la lettre que vous me chargiez de remettre. Je ne suis revenu à Paris qu'il y aune vingtaine de jours. Arrivé vers midi, je suis reparti pour Compiègne à 6 heures du soir. Je suis

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allé d'abord minformer de l'adresse de la personne qui loge rue de TUniversîté, n° 43. J'y suis allé vers les 3 heures, elle n'y était pas; j'y suis retourné en partant à la nuit, je n'ai pas été plus heureux. Alors comme je pensais rester peut-être une quinzaine de jours à la campagne, j'ai cru devoir mettre votre lettre à la poste, ainsi je n'ai pas fait votre commission exactement comme vous le désiriez. J'en ai été d'autant plus fâché qu'un hasard imprévu m'a fait revenir à Paris, avec la famille que j'avais suivie à la campagne, 4 ou 5 jours après.

Je ne puis pas vous offrir de remettre une nouvelle lettre en mains propres, car j'ai presque le projet d'aller passer quelques jours à Londres vers le milieu du mois de mars..

En France, on peut charger une lettre. Dans ce cas la personne qui la reçoit est obligée d'en donner reçu sur un registre. Il est possible que la poste de Rome reçoive les lettres chanjées pour Paris. Lysimaque peut prier M. Fansin de Marseille de charger une lettre pour Paris. Vous aurez vu dans les journaux que le comte Pozzo di Borgo est mort il y a peu de jours dans son hôtel rue de l'Université, n^ 43. Je suis fâché, mon cher Comte, de n'avoir pas mieux fait votre commission.

J'ai pensé bien souvent à vous étant à la chassé dans les belles forêts des environs de Gompiègne. Une dame de mes amies, qui avait un mari fort âgé et grand

LA CORRESPONDANCE .3a 5

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chasseur, a perdu cet époux, les formalités nécessaires l'ont obligée à aller habiter son château. Elle a prié ses amis de venir lui faire compagnie dans cette triste circonstance. En ma qualité de chasseur, j'ai hérité d'une chasse superbe, cinq jours par semaine au moin» je faisais 5 ou 6 lieues avec des chasseurs du voisinage qui sont bien vite devenus mes amis. Pourriez-vous le croire? j'ai souvent regretté les solitudes de Civita- Vecchîa, la politesse m'obligeait à faire presque continuellement la belle conversation avec ces chasseurs et je ne pouvais me livrer aux pensées que j'aurais eu tant de plaisir à trouver dans ces forêts magnifiques. Pour comble de misère, sous peine de passer pour fier, j'étais obligé d'écouter la conversation amusante de trois valets de chasse du feu maître de la maison, auxquels je donnais cinq francs par jour toutes les fois que je tuais quelque chose ; je tirais en général de 5 à lo pièces. J'aurais ét^ charmé de pouvoir payer lo francs et rester maître de ne jamais dire un mot ; mais je me serais acquis une réputation abominable auprès de Mesdames les femmes de chambre de la maison et des huit ou dix domestiques qui nous avaient suivis. Un autre malheur, c'est qu'il n'était guère possible d'assister au dîner sans faire toilette. Gomme le maître de la maison, défunt, avait 35 ans de plus que la jeune veuve, il avait été décidé que, malgré sa douleur et pour ne pas trop attrister les amis qui étaient venus de Paris pour lui faire compagnie, elle pouvait donner à dîner

aux dames des environs ; malgré les routes abominables on venait à ses dîners de 3 lieues de distance ; je You* avouerai même que ces dîners étaient d'une gaîté qui nous enbarrassait. Enfin il est question de revenir sinon< à la chasse, du moins à la campagne aux premiersjours de mars. Notre hiver jusqu'ici a été fort beau^nous avons un beau soleil deux fois par semaine, à peine avons-nous vu la neige ; je vois dans les journaux qjue Bologne en a été accablé ; et vous à Rome, avex-veus été contents? Pardonnez-moi cette longue leUie,. je suis si paresseux pour écrire que je profite avec empressement de cette bonne occasion de faire une longue conversation avec vous.

Trouvez ici, je vous prie, mon cher Comte, l'assurance renouvelée de mes meilleurs sentiments et de ma considération la plus distinguée.

Ces lettres ont été publiées dans la Revue Blanche^ d'après les originaux.

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