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A PROPOS DE SIGURD

voyés, avait eu l'intention de protester et d'interdire !a représentation de Siegfried à Bruxelles. Mais elle s'est heurtée contre un syndicat puissant, ayant des ramifications à Bruxelles et à Paris, et dont les deux directeurs sont MM. Lamoureux et Wilder. On a invoqué, nous a-t-on dit, les principes du libre-échange et de la liberté du commerce!

Quoi qu'il en soit, quelques rares personnes, averties par le merveilleux article de M. Stewart- Chamberlain dans la Revue wagnérienne, étaient restées chez elles. Cependant, poussées par une curiosité malsaine, elles ont voulu savoir si vraiment tout espoir de guérison devait être abandonné pour les malheureux jeunes gens, victimes de l'enchanteur Wilder qui restent, comme dans le conte de Grimm, attachés aux branches et aux herbes potagères qui entourent la Monnaie.

La chronique de M. Reyer, que certains appellent musicien par antiphrase, a renseigné les wagnériens curieux. Quelques mots sur ce critique dramatique et musical sont ici à leur place. Le public de l'Opéra a entendu de lui et de M. Camille du Locle un Sigurd, qui faisait tous ses efforts pour ne pas être pris pour Siegfried et qui y arrivait sans peine. On parle même d'une Salammbô jouée à la Monnaie, qui était remarquable par une instrumentation lâchée et des motifs vagues et lunaires. Mais nous ne parlons pas de M. Reyer comme musicien. Nous ne l'étudions que dans ses rapports avec Wagner. A côté d'Adolphe Jullien, on peut le ranger parmi les gens qui ont trouvé la sublime formule : «J'admire Wagner dans ce qu'il a de bien, mais je condamne ses défauts.»

A ce propos, une remarque curieuse. Il suffit, dans un certain monde, de se déclarer sainement modéré pour que le public ajoute foi à vos critiques. Vous dîtes, au hasard : « Tel maître a de grandes qualités, mais de nombreux défauts x>; vous développez ensuite cette vérité profonde dans un gros

volume, comme le «Richard Wagner » de lugubre mémoire, composé par M. Juthen. Il n'est plus question alois de votre ignorance absolue et profonde du sujet que vous traitez : vous êtes sacré critique, et, en fait, vous ne l'avez pas volé!

M. Rêver disait jadis dans un de ses volumes de critique : a Dans l'œuvre de Wagner, je vais jusqu'à Lohengrin, et je crois que peu vont jusque là ». Après la représentation d'une œuvre de Wilder, écrite dans le dialecte des faubourgs de sa ville natale, et qu'on appelle les Maîtres Chanteurs de Bruxelles, M. Reyer, croyant, à la suite d'une déplorable erreur, qu'il avait à faire à une œuvre de Wagner, la trouvant même très bien, ce qui témoigne chez lui plus de bonne volonté que de science, a adopté les Maîtres Chanteurs. Puis, les années sombres sont venues : on a joué la Valkyrie, Siegfried, et M. Reyer poursuit toujours sa marche ascendante, trouvant de plus en plus de qualités, sans cependant se dissimuler qu'il y a des défauts graves.

Voyons son jugement d'aujourd'hui. Notez qu'il est très juste au fond, il n'y a qu'à mettre à tous les endroits où la critique parle de Wagner, le nom de M. Wilder, pour tomber d'accord avec lui. Quand il nous dit par exemple, que « l'action de Siegfried est suffisamment rattachée aux épisodes antérieurs », nous trouvons qu'il a rencontré juste. Le Siegfried de M. Wilder est assez bien rattaché à la Valkyrie du même. Il n'en serait pas de même pour l'œuvre de Wagner, car ce maître a eu la singulière idée de faire une seule œuvre en quatre parties, qui ne peuvent être jouées séparément, sous peine d'être incompréhensibles.

Il en est de même pour les critiques portant sur la longueur de quelques scènes (scène d'amour, le dialogue de Wotan et d'Albéric, rébus de Mime et de Wotan). — Oui, dans l'œuvre de Wilder ces scènes sont longues, désespérément longues, aussi nous comprenons bien que M. Reyer en veuille

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