STRATONICE
qui part à midi). Dans le lointain, sous un ciel indigo, une ville très blanche; du soleil ; au fond, une portière... non, vous me comprenez mal, je ne vous parle pas de la pipelette, mais d'une sorte de tenture laissant voir les maisons marmoréennes, déjà indiquées, sous l'azur du ciel précité. A droite, une causeuse, meuble difficile à définir chastement, mais suggestif, tenant le milieu entre le lit et la chaise longue, et dont l'orientalisme un peu toc a ravi un des machinistes, poète auvergnat, qui s'est écrié, en voyant planter le décor ;
Je gage che qu'on veut que eue beau meuble-chi Vient de? grands magasins de la Placlie Clicfnj.
Au chevet, une table de nuit, avec tout ce qu'il faut pour, hum ! disons : pour écrire. L'amphore au long col — ça ne devait pas être commode pour tout le monde, cet ustensile-là ! — est posée dessous. De notre temps, on préfère généralement placer ces récipients moins en évidence. Mais stratoni-soit qui mal y pense. A gauche, une large baie, à demi-couverte par ce que les Syriens appelaient un velu m.
C'est par là que Stratonice lance des regards mélancoliques, attristée des rimes de M. Louis Gallet, et l'air morose, parce que les choristes chargés de proférer dans la coulisse des « chantons ! dansons ! » ne se privent pas de détonner. (Prière à messieurs les typos de composer ce mot avec deux X ; s'ils imprimaient « détoner », les urs pourraienteroire qu'il s'agit d'un chœurde pétomanes.)
Le roi Seleucus Nicator s'appelle, à la ville, Dubulle ; comme il a la voix plutôt savonneuse, ses camarades croiraient manquer à tous leurs devoirs en ne l'appelant pas « Dubulle... de savon ». C'est un monarque bien couvert ; complet blanc, grand manteau pourpre et or, bras chocolat. Je me hâte de dire que cette couleur, chère au cœur de la famille Menier, est obtenue à l'aide
d'un maillot ; Tépiderme « naturel » du chanteur est rouge ; voyez plutôt ses mains. Deux langoustes cuites !
Donc, ce monarque chérit Stratonice et le lui conte en phrases choisies ; mais il s'inquiète de son garçon, une tête faible, qui divague — en proie à quelque mal étrange — moins disciple de Bacchus que client de Charcot, plus déplacé dans la salle du festin nuptial qu'à la salle Pêtrière.
Cet Antiochus (M. Vaguet), on dirait un rhétoricien bouffi, qui, pour s'être inconsidérément bourré de farineux pendant les vacances, éclate dans sa courte tunique bleue : il s'entoure d'une ceinture (avec gros rubis central) embrassant à grand'peine sa rotondité abdominale. Mais c'est ses jambes qu'il faut admirer ! Prises dans un maillot rose, elles s'introduisent dans un extraordinaire pantalon bleu collant qui, clos au derrière, par pudeur, s'ouvre par devant, en quatre losanges que ferment des boutons blancs. A la répétition générale, pendant que ce prince ventripotent s'agitait, pâmait sur le lit de sa future belle-mère, embrassait ladite et. surpris, se sauvait tout pantois en criant : « Mon père ! »... un des boutons s'est détaché, et il a fallut que la musique d'Alix Fournier fût diantrement intéressante pour que le public ne songeât point à s'esclaffer.
Je serais impardonnable d'oublier le docteur Cratès, un joyeux drille, éventail japonais à la main, chapeau mexicain pendu dans le dos, collier à multiples rangs autour du cou, allure joyeuse de médecin Tant-Mieux, prompt à ordonner, comme remède à toutes les maladies, des festins somptu eux. Robe vieil or à dessins, large ceinture avec nœud splendide sur le nombril, tête de Richepin compliquée de celles de Gailhard, de feu Damala et de quelques autres. Ce prince de la science s'appelle, sur l'affiche, Beyle, et dans l'histoire, Erasistrate. On n'aura pas besoin de lui pour donner des soins à la pièce de l'ami Fournier, qui mar-