‹ Soirées perduesChapitre 103 sur 116 · AU DAHOMEY · texte numérisé non relu

AU DAHOMEY

chera gaillardement jusqu'àla centième, du moins ses amis l'espèrent, et il a beaucoup d'amis — en dehors de l'Institut.

10 DÉCEMBRE. — Heureuse la Porte Saint- Martin!

Au Dahomey, Behanzin- Taillade fait noir de sonépëe; sombres projets, tête couleur d'encre, vinaigre. Il n'a que la voix d'blanche, c'iascar-là.

On se flanque des coups, c'est indiscutable; mais nos couleurs finissent par triompher, c'est indiscutable aussi. Des coups et des couleurs non est disputandum.

Permettez-moi de vous présenter les auteurs Û'Au Dahomey : M. Le Faure, spécialiste pour pièces militaires, est surnommé clans les cercles diplomatiques « Le Russe N> depuis le gros succès aue remporta jadis une Sainte Russie de sa façon. Quant à notre confrère Gugenheim, c'est un jeune littérateur brun, preste et leste, serviable, charmant, et rédacteur à YAutor ité par-dessus le marché. On n'est pas parfait.

Lorsque M. Rochard reçut, l'an dernier, la pièce de ce couple, elle portait le nom de la Légion ; pendant les deux mois de fermeture, des at fiches posées à la porte de celle Saint-Martin nous la promettaient pour la rentrée. Vaines promesses, affiches fallacieuses! On n'eut rien de plus chaud que de monter Martyre, puis le Maître d'armes. Les coups d'épée de celui-ci frappèrent s l'eau ; les larmes de celle-là ne purent vaincre l'indifférence du public, si bien que l'oublieux directeur finit un beau matin par se rappeler l'existence de la Légion qu'il avait déjà restituée jau vx Russe ». Et pris pour ces cinq actes d'une n violente, quoique tardive, il s'écria : Vay ■ uls-moi ma « Légion »

Seulement, — on est directeur ou on ne l'est 3as, — i! ne put résister au désir de triporelatouiler le manuscrit sauveur. L'action se passait au

Tonkin; il la transporta en Afrique, et comme les auteurs semblaient modérément enthousiastes du voyage, il leur adjoignit le Matinal Oswald, collaborateur de Boucheron pour Mariage galant, collaborateur de Rochard lui-même dans la perpétration d'une Mam'zelle Quinquina, touchante mais fugace, qui mourut jeune à l'Ambigu. Et nunc erudimini, juvenes qui assiégez les antichambres directoriales avec des manuscrits sous l'aisselle — sub ala.

Jamais, même aux grandes soirées de Patrie et du Tour du Monde, la poutraison du théâtre n'a eu tant de monde à supporter. Des centaines de charpentiers se sont enrichis à consolider les planchers qui n'auraient pas manquer de crouler sous le poids de l'importante cavalerie et de la multitude de bipèdes réunis par Rochard le Magnifique; de plus, on a pris soin d'écarter les gens obèses et de n'engager que des figurants d'une rassurante maigreur — c'est ainsi que le beau Romain, trop ventripotent, dut céder le rôle clu sergent Jacques au fluet Camis — mais, malgré cetle précaution, je ne saurais trop le répéter pour rassurer les personnes timides peu soucieuses d'assister à un écrabouillement pittoresque, la préfecture de police a exigé impérieusement que Ton étayât la scène où se massent des guerriers à trente sous par tête, dix fois plus nombreux que d'habitude. En effet, il n'a pas été possible de faire remplir par les mêmes citoyens, comme c'est l'usage, les rôles des deux armées, car le temps aurait manqué à ces malheureux marsouinsdahoméens pour se débarbouiller et se renoircir la figure six fois dans la soirée. Sans préjudice des maladies affectant le derme, qu'un maquillage aussi fréquemment renouvelé aurait occasionnées fatalement, maladies dont M. Rochard aurait été contraint de payer à beaux deniers comptants la guérison. Et dame, quand on est, comme lui, propriétaire, on n'aime pas payer le derme des autres.

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