COURRIER DE NICE
donner une idée des voix célestes a ciselé un charmant solo de violon (Hennequin cxccutavit parfaitementum) qui sert de thème à la marche finale. Très joli, le solo de trompette avec les flûtes, les harpes et les premiers violons divisés en quatre parties — il y en a plus que cela à la Chambre. — Georges Hue a manifesté une paternelle satisfaction à entendre cor et harpe en sons harmoniques imiter les cloches de Reims avec autant de précision que Tarride imite Kam-Hill. Le finale archaïque a de la branche.
Malgré la saharienne aridité du Concerto de Wienawski, le public a trouvé Dantin dans l'train ; on l'habille en gamine, cette violoniste de 18 ans, mais ses aisselles pileuses protestent ; jeu très net, beaucoup d'aplomb ; un seul petit sol bémol pas très bien attrapé. Mais bah ! ça va si vite !
Courrier de Nice. — Au Casino Municipal : Théo chante Ma Cousine et parle l'opérette.
M. Durier, le barnum du Théâtre-Français, pousse l'économie un peu loin : pour s'épargner frais d'affiche, la semaine dernière, il adonné Jean Marie, joué par la charmante MUo Malvau, sans faire annoncer cette pièce. Malgré ce mutisme hermétique, il paraît que la recette aurait dépassé la moyenne habituelle. M. Durier parle même de 60 ir. , ce qui est absolument invraisemblable. On craint que ce malheureux manager ne soit atteint de la folie des grandeurs.
Au Grand-Théâtre, on étudie avec acharnement La Prise de III 'et Richard Troie.
Un étrange littérateur, c'est celui qui représente, à Nice, la Société des auteurs dramatiques en même temps que la Compagnie d'assurance le Phénix.
Dernièrement, une société de jeunes gens, les Echoliers, donne une représentation composée d'un acte de Labiche et du Misanthrope. A ces débutants, plus riches d'espérance que de numéraire, Faraud réclame vingt-cinq francs. .
— Mais, monsieur, y songez-vous, nous sommes si pauvres 1 Vingt-cinq francs pour un petit acte de Labiche !
— Et ben, et le Misanthrope, il a deux actes ou même trois !
— Au moins trois, c'est vrai, M. Faraud. Mais l'auteur, Molière, est mort depuis quelque temps, et ses œuvres sont tombées dans le domaine public.
— Vous êtes sûr de ça ? oui cï Nom de nom, je ne peux pourtant pas connaître tous les décès qui surviennent. Jamais la Société n'aurait la prévenance de m'en informer. Quelle boîte !
Et il maintint sa taxe : Vingt-cinq francs.
25 JANVIER. — On ne m'étonnerait mie en disant que Marx a passé la main au docteur Charcot, désormais chargé de surveiller les ébats des fous de l'asile Cluny ; à la Salpétrière, le Carnaval d'un Merle blanc semblerait un peu incohérent : ce fiancé qui scie le bois de son futur beau-père pour se faire bien venir de la famille ; ce Bordelais dont la susceptibilité vésanique organise des duels au deuxième sang en cabinet particulier ; cette comtesse polonaise — Encaustika est son nom — pleurant un époux défunt dans le récipient que lui présentent des larbins en livrée demi-deuil ; sans parler du garçon de café qui allaite son enfant avec des bavaroses el l'oublie dans un buffet ; des fous, des fous ; plus il y en a, plus on rit.
Dans cette pochade mardi-grasse et bouleversante, Véret et Dorgat se sont montrés parfaits, l'un de bonhomie effarée, l'autre d'exaspération tumultueuse. Quand à MUc Dionys, elle est assez jolie pour voir mérité d'Ernest Raynaud, dans