LES COULISSES DE PARIS
les Cornes du Faune, un délicat sonnet dont voici, tout au moins, le premier quatrain ;
Au bas -lu front glacé d'ivoirines pâleur?,
I sourcils blonds ont presque un reflet de pépite ;
El la dentelle d'or 'les cheveux tins palpite
Bors d'un chapeau de ileurs de toutes les couleurs.
Malheureusement, la voix ne serait agréable que sur les huîtres. C'est drôle, la valse de Cliilpéric acidulée par elle , mais ça fait beaucoup grincer. Le chef d'orchestre qui l'entendra verjuter pendant cent soirées et plus — car c'est un gros succès, je le répète — pourra écrire des mémoires odontalgiques : Les Soirées de nies dents.
Mais raconter la pièce en détail, non ! des auteurs pareils on ne les discute pas, on les douche.
26 JANVIER — Piron. qui était bien l'animal le plus irrévérencieux, disait un jour des membres de l'Académie : « Ils sont là-dedans quarante qui ont de l'esprit comme quatre. » S'il vivait encore, il pourrait dire des auteurs de la Revue repré- €entée aux Nouveautés : « Ils sont quatre qui ont de l'esprit comme quarante. »
Quatre jeunes gens, unis comme les quatre mousquetaires, verveux comme le Diable à quatre, ayant le pied marin et habiles à louvoyer entre les écueils, en vrais « Mathurins » qu'ils sont. Car c'est le charmant Cercle des Matliurins, si connu pour son parisianisme comme on n'en voit guère, et sa gaieté comme on n'en voit plus, qui eut la primeur des Coulisses de Paris, ciseléespar ce quatuor qui vaut relui de Rigoletto. Uncouplet semble-t-il faiblard, les auteurs font entrer une jolie femme; deux, quand la situation languit ; dix, si le public ronchonne. Cette abondance de déshabillées jette le critique le plus consciencieux dans un invincible éréthisme, qui lui retire toute impartialité. Moi, je ne lutte pas ; j'aime mieux déclarer les Coulisses de Paris très bien faites, les figu-
rantes itou. Jamais je n'ai vu tant de jolies jambes à la fois, dans un théâtre, s'entend. M"° Gilbcrte exhibe des bras qui feraient le bonheur de la Vénus de Milo. Et d'exquises petites femme?, qui pourraient s'assurer une malhonnête aisance sans quitter leur chambre à coucher, consentent, par amour de l'art, à venir faire le théâtre ; on leur distribue, un peu au hasard, des rôles qu'elles remplissent avec une adorable conviction, quels qu'ils soient : à Mllc Hicks, grasse comme un curedents, échoit le Lapin ; Mll° Villers reçoit l'Avre ; la si jolie MUe Burty a le « Chat noir» ; et tout ça chante ! Avec ses imitations ingénieuses et artistiques de l'effondré Paulus et du raté Kam-Hill, M. Tarride a remporté un succès émancipé, ici est hors de pair. Il suffirait à sauver une partie plus compromise que ne le fut jamais cette évaltonée de Lucy Tenner. Germain en baigneur prudent, ceinturé de vessies, a vaincu les gaités récalcitrantes. Veni, vidi, vessies.
Des parodies ingénieuses, celle de. Miss Helyett, entre autres ; on voit se profiler la lune, argentée, copieuse, sur une toile de fond qu'illuminent les allumettes-bougies de la jeune retroussée. Le public acclame cette situation ; ies femmes qui éclairent, dit-il, il n'y a que ça !
Malheureusement, le compère Guy me semble avoir des droits sérieux à s'appeler Bollard. . .
27 JANVIER. — Vous n'êtes pas sans avoir entendu parler d'un nommé Lesigne, subversif archiviste, qui s'est donné pour tâche de prouver que Jeanne d'Arc, au lieu d'être brûlée, épousa un bon gaillard qu'elle rendit père de plusieurs enfants. Cet iconoclaste doux et raseur doit ressentir forte déplaisance, car oncques ne vit-on tant de Jehanne monter sur le bûcher, depuis peu. Chaque théâtre veut la sienne. Le Châtelet, venu le dernier, est à coup sûr le premier pour la magnificence de sa mise en scène et pour le mérite