JEANNE D'ARC
du drame qu'il représente, une œuvre forte, une œuvre de foi que les invraisemblables ritournelles de Benjamin Godard n'ont pu ridiculiser, ce qui est évidemment Lesigne d'un réel mérite
M. Joseph Fabre, qui promène Jeanne d'Arc héroïquement, depuis une dizaine d'années, sans qu'aucune rebuffade ait pu lasser sa persévérance de Dupanloup laïque, doit pleurer de joie à voir enfin sa bonne Lorraine recevoir des directeurs du Châtelet une hospitalité digne d'elle. Car MM. Floury n'ont rien épargné; leurs quatorze tableaux sont quatorze chefs-d'œuvre de décoration, à commencer par le premier, la Prairie du Bois Chenu (rappelant tant elle est longue et plate, M Yvette Guilbert), à l'horizon de laquelle se dessine le village isolé de Domrémy. Les musiciens admirent le bel effet que Domrémy fait seul assis. Toute la gamme !
Très appréciées aussi les danses « morisques » exécutées devant Charles VII qui éprouve le besoin de se distraire pour oublier ses défaites ; on a constaté depuis longtemps la corrélation existant entre la chorégraphie et les calamités publiques ou privées. Pour ne citer qu'un exemple, il est rare que des parents vraiment dignes de ce nom, quand ils s'aperçoivent que la vertu de leurs filles a subi quelque avaro, ne s'empressent pas de leur f... une danse.
Au cinquième tableau, les Français, avant de livrer une bataille décisive, prient Dieu avec des accompagnements de harpe si déplorables que le Seigneur, indigné, détourne d'eux sa face et laisse blesser Jeanne d'Arc, qui accomplit des prouesses d'équitation sur les juments du manège Charassé.
Après un court intermède pour nous montrer Talbot père sanglotant sur la mort de Talbot jeune occis par le beau Dunois (M. Segond) qui, ctivement, a tout à fait Pair... dunoie, il nous est donné d'admirer les troupes royales, fantassins, cavalier.-, etc.
Les gens de
Les f rcns de pied vont tous à pied ; Lee cavaliers, plein de c
Y' ut mme il
Les tambours ronflent, les trompettes strident, et, pour donner du cœur aux troupes, on leur en distille un tout particulièrement détestable. Mais bah ! ces imperfections disparaissent dans les splendeurs de la mise en scène, assez éblouissante pour faire oublier la grotesque musique de la Marche du Sacre, au tableau suivant : enfants de chœur chantant un Venite adoremus plutôt long, prélat majestueux, gentes damoiselles coiffées comme astrologues de bonnets pointus, cardinaux, évêques. bref tout ce qu'il faut pour un sacre bien conditionné.
Jeanne reste, mais Agnès sort, elle ; le personnage de cette dame de cœur est confié MIL(3 Cogé, une charmante personne aux yeux de velours dont la bouche rose fait la plus jolie moue du monde, sans avoir égard aux situations : les jeux de la moue et du hasard.
Etonnant Mévisto — quel Cauchon d'enfant ! — dans la grande scène du tribunal, interrogatoire, répliques, contrerépliques, etc. On attendait la déposition de M. Liégeois, qui n'est pas venu ; mais son absence n'a pu affaiblir le succès qui, je le répète, a été considérable.
Plusieurs anglais « de qualité » se trouvaient dans la salle. Ancun n'a cru devoir siffler les tirades patriotiques débitées parles Français, ni jeter des poignées de sous aux acteurs, comme font les robespierrots du Théâtre-Français . Autre peuple, autres mœurs.
De Bruxelles, M. Al.ph. Charpentier 'écrit : « La parodie de « Salammbô » Salle en beau, permet d'attendre la première de Sole Frite, une paro-