LA MEULE
P. S. — Aux Menus-Plaisirs, fructueuse reprise dos Noces de J/"° Loriquet, un allègre vaudeville Clunyque de l'ami Grenet-Dancourt-, joué avec un entrain du diable par la troupe du sinistre I h-ivmbourg. On sent que ces braves gens ne se tiennent pas de joie en songeant que leur négrier va bientôt vuider les lieux, — ce à quoi il s'entendra beaucoup mieux qu'à remplir une salle de théâtre.
26 FÉVRIER. — La Meule, a broyé des fausses pudeurs, concassé des indignations de commande ; mais qu'elle fut donc lourdement jouée par Antoine-, avec quelle veulc gaucherie, presque aussi mal qu'auraient pu le faire des cabots de théâtres subventionnés. Et puis, dites, c'est un parti pris ne plus jamais apprendre ses rôles } Si la Compagnie du Gaz voulait bien ouvrir des bras miséricordieux à son employé prodigue, las d'avoir tait paître tant de cochons (sans compter celui de la Nuit de Noël), je crois qu'elle ferait une médiocre acquisition, mais elle nous rendrait un signalé service.
( ar, enfin, elle méritait une autre interprétation, cette œuvre cruelle, d'une férocité logique, sinistrement glaciale. Accoutumées aux mornes turpitudes des naturalistes, les bouches des acteurs, grimaçantes, ne savaient plus prononcer phrases de Georges Lecomte, d'une originalité fière.
On a feint de s'effarer des audaces; devant moi, un gros peintre brun, décoré, criait: « (-'est invraisemblable et dégoûtant ! » Dis donc, obi fignqleur de scènes Louis XV, tu ne connaîtrais pas un monsieur — un peintre brun, décoré; — qui", après la mère, s'est offert la fille ?
Je crois, dit l'auteur, que ma pièce étaitd'une tenue serrée. Il a raison. Au fait, si je lui laissais la parole. Il s'exprime mieux que moi. Marchez. Lecomte !
« Comme l'indique licitement Willy, l'intuitif soiriste, j'ai tenté de ss montrer l'écrasement des bonnes volontés et des caractères, même loyaux, sous les nécessités sociales. D'où ce titre : la
Meule. ^
Je prenais deux âmes honnêtes, celles de M. Rousselot et de sa fille Jeanne; à la fin du rerilier acte, < lies réalisaient le maximum de çauté humaine. Et il fallait que, par une démonstration rigoureuse et très précise, elles fussent, à la fin du quatrième acte, complètement déprimi et vaincues. Je ne vois le drame que comme un raisonnement mathématique mis au service d'une passion ou d'une philosophie et j'ai tenté, sans y réussir évidemment, de déduire logiquement jusqu'au bout les scènes les unes des autres.
Or, après le premier acte, il est entendu que le père ne transigera jamais et que la fille résistera aux volontés de sa mère qui, dans mon esprit, symbolise toutes les compromissions et toutes les défaillances. (Le rôle de la femme dans la vie conçu philosophiquement me semble délétère).
Dès le début du deuxième acte, on apprend que, trahissant leurs promesses, Mmc Rousselot et sa fille ont aussitôt revu M. de Stellanville. C'est la première défaillance, sans gravité encore, mais qui est une indication des défaillances' futures. J'avais d'ailleurs, dans les dernières répliques du premier acte, légèrement fait pressentir les désobéissances possibles de Jeanne, qui résiste aux exhortations de M. Rousselot, l'adjurant de ne pas regarder les soldats et s'écriant, courroucé : v\ Jeanne, tu me désobéis déjà! »
Aussitôt après, il me fallait justifier par les troubles moraux et phvsiques de la jeune fille, par son ennui, ses inquiétudes, sa nervosité, son ardent désir du mariage et d'une situation sociale, l'acceptation qu'elle fera ultérieurement de la main du vieux Stellanville;. Elle exprime donc toute sa tourmente d'âme et de corps, en un lan-