‹ Soirées perduesChapitre 20 sur 116 · LA MET LE · texte numérisé non relu

LA MET LE

gage d'ingénue que de triées visions ont un peu . à son ami Edmond Morin, type nettement indiqué du jeune homme contemporain, sans

.n, sans cœur, pratique et d'un scepticisme irrémédiable. Comme leur enfance a été réjouie par une tendresse réciproque, elle pense que cette tendn = pétuée dans l'âge mûr et, déli-

catement, discrètement, chastement, elle montre

son ami qu'avec bonheur elle deviendrait sa femme. Mais celui-là, qui ne songe point à s'em-

trer d'une épouse non rémunératrice, chavire canaides encore malgré leur complexité

jà bien féminine. Doue, après cette scène, on

it que Jeanne a perdu ce dernier espoir longtemps car* ssé < t que, sans un stupéfiant hasard, elle est vouée aux rigueurs du célibat pauvre.

M. de St< llanville survint. Il réalise cette difficulté lourde de demander en mariage la fille de

maîtresse en ne cessant de lui faire la cour et oler. Il exprime en outre, de très carac-

ristique façon et dans un style fort enveloppé, tous - cérébraux de vieillard. Très

( mphatique et poète à sa façon, enjolivant d'aratx squ< - i\r style la nudité de ses ciésirs pervers, il s'explique entièrement sans user d'un mot malpropre ou trop crûment révélateur.

Il débite avec emphase le poème alambiqué de

ppétits sans un détail cynique et révoltant.

Use sauve par des jo] de style. (Les deux

répliques exc< ssives ont été supprimées entre la

pétition générale et la première, non pour plaire plus ment au public, mais parce qu'elles

a sans utilité pour une plus intégrale explication du type). Al'" Rou d'abord interloquée, inquiète de voir cette affection, réfléchit, femme pratique et prête à toutes les transaciux avantages sociaux de l'offi Misent.

prétends encore que cette scène, si< nv< lopp< toute de réticences, n était pas brutale et valait

:• la prudence enguirlandée du style. Mais la

tête de l'acteur (plein de talent pourtant), qui fut chargé du rôle, contribua à l'enlaidir: il avait fait, du vieux beau indiqué, ungâteux croulant et cette exagération de sénilité rendait, en effet, la ne terrifiante : au fond de mon avant-scène, le jour de la répétition générale, j'en fus épouvanté.

Dès le lever du rideau, au troisième acte, nous savons que M1110 Rousselot et le jeune Edmond, d'accord dans la machination, vont chercher conjointement à circonvenir Jeanne et a la convaincre. On est dans Palanguissement de la digestion d'un très fin déjeuner. Jeanne est rebelle, malgré toutes les gâteries de Stellanville, aux premières attaques : elle reste froide. Mais on recense les cadeaux ; très femme, et naturellement très sensible aux attentions, elle s'anime, mais dès que Mmc Rousselot, croyant trop tôt que le moment décisif est arrivé, commence à insinuer doucement la candidature du vieux beau, Jeanne s'exaspère, pleure, exige le renvoi immédiat des pré«sents qu'il lui fit; on sent que, malgré la séduction de l'or et de la situation, elle ne veut pas fléchir.

Il fallait trouver dans la conduite de la pièce un événement assez dramatique et assez puissant pour vaincre ses résistances et arriver logiquement au dénouement. S'il s'était agi d'un roman, je n'aurais pas eu recours à un moyen brutal, trop violent. En cinquante pages, où l'enveloppement progressif de la pauvre fille, par Stellanville, sa mère, et son ami, eût été relaté,- j'aurais montre' ses résistances peu à peu moins âpres se résolvanl insensiblement en concessions, en faiblesses, ei transactions qui, par dégradés ténus, eussenl abouti, après d'inutiles révoltes, au mariage nécessaire.

Mais au théâtre, j'ai deux heures pour parachever une démonstration et, qu'on veuille bien

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