‹ Soirées perduesChapitre 23 sur 116 · LE MAGE · texte numérisé non relu

LE MAGE

déclaration violemment sensuelle, en mi mi majeur de la nomnu'r Varedha, qu'il repousse pour soupirer avec la captive Anahita un duo câlin: v Dis moi que tu m'aimes » destiné à faire fureur dans les casinos, cet été.

Recalée, la pauvre fille songe à s'ensevelir dans une cave et exhale sa douleur en un monologue assez puissant, retranché jadis des Erinnyes parce qu'il faisait longueur. Mais son papa, prêtre rancunier, dans l'âme dévote duquel il entre beaucoup de fiel, l'incite à la vengeance « J'ai consulté K s dieux. » dit-il, avec trombones à l'appui de son affirmation, < t. ai-lé de l'orchestre qui reprend le dessin sur lequ I h' couple a roucoulé, il lui dépeint le militaire qu'elle aime, aux bras d'une rivale, si astucieusement, plein d'une cautèle si karnac, que Margared, je veux dire Varedha, . vomit au Verdi, à six-huit, allegro con fuoeo. Voilà où mène la jalousie'

Grand défilé sur le pont de Bakhdi, via Avignon, où tout le monde passe, prisonniers noirs, chefs aux tiffes péladaniques, vierges magdaléennes — si j'en crois le motif qui souligne leur venue — >rimant leur douleur par des agitations ombilicales, esclaves porteurs de peaux, de cornes de buffles, d'articles divers, grand déballage fin de son. Le gros lot, c'est Anahita; engluée par une sirupeuse cantilène à 3 bémols de Zarastra, dont la péroraison se souvient trop fidèlement du Roide Lahore, elle accorde à son vainqueur son cœur, sa main, et ses dépendances. On va les marier, quand...

Quand arrive Var< dha ; étayée d'une grosse de faux témoins, tous prêtres comme son auteur1 (vive l'article 7 !) elle jure que Zarastra lui a promis le mariagi < t chante de 1 Hérodiade avec une conviction assez bien jouée pour persuader tout le monde, même Anahita. qui repousse son fiancé, lui esquissant un douloureux cantabile destiné à servir de thème au prélude du cinquième acte.

Fureur du général, il crie comme un putois, or l'insulte, il se rebiffe, il prend le maquis, i' s' fail cure, non sans avoir chanté en la — il est si fatigué ! — un petit thème que développeront plus tard ses disciples, dans leur hymne.

A l'acte suivant, nous le retrouvons mage encor beau, sur sa roche perché, conversant avec Dieu pendant que son peuple tournant le dos au public, — selon les fortes traditions du Théâtre- Libre — marmonne des psalmodies épouvantées, à douze-huit, sous un orage effroyable, tempête orchestrale, éclairs orientaux accompagnés d< fumée Camille Flamarion, obtenus avec un mélange de poudre de magnésium et de phosphate de chaux projeté sur une tôle rougie; l'uniforme des figurants aidant, on se croirait encore dans l'enfer (pé)-Dantesque de Benjamin Godard. Enfin, le baromètre remonte et le mage redescend débiter à ses disciples un andante douceâtre provenant de Marie-Madeleine, histoire de nous prouver que la religion catholique à copié les livres Zend, et que le sermon sur la montagne reproduil les discours, également orographiques, de Zoroastre. — Massenet, ton symbolisme à la détrempe m'épanouit.

• Pour se dépoisser de ces phrases à la gélatine, tout le monde entonne un hymne pénitentiaire, d orchestration maigre, dont les vers feront difficilement oublier Virgile, et pas jeune d'inspiration, qui, arrivant là comme mars en carême est, vous vous y attendiez, écritàquatre temps. Après quoi, l'orchestre murmure le motif entendu au commencement du trois, et Zarastra emi connaîl son Parsifal exécute une prière mimée à faire crever Gurnemanz de jalousie; mais Varedha vient troubler ses dévotions, aguicheuse : « Joli mage, monte donc chez moi, je serai bien gentille. De quoi? tu veux me cogner? vas y! un pain de toi, c'est un bécot d'un autre. » Et les appâts ballottent, et les changements de rythmes se mul-

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