MADAME LA MORT
piers, de tachistes et de pompiers-tachistes qui
attristent le vestibule. Mais vite, au rideau.
Assez longuement, avant de s'étendre, répandant une pesanteur de mèche insuffisamment ointe et d'huile bon marché, crépitèrent les Veilleuses, de M. Gabillard. L'intrigue, plutôt gaie, voici: un sonneur de village a cassé sa cloche ; sur son lit, raide, il gît; un peu d'odeur, déjà. L'orpheline le veille, assistée de maritornes dont les confabulations, après de courtois regrets à l'adresse du D. C. D., glissent à des banalités égoïstes. L'orpheline s'en affecte; à tort: pourquoi demander à ees femelles un altruisme auquel, mille diables, elle sont bien en droit de préférer ton égotisme, divin Barrés!
D'ailleurs, le bonhomme au sable ne tarde pas à passer; l'orpheline va ronfler, comme une jeune fille munie d'un père ou de deux. Et seule, auprès du cadavre qui s'obstine à fouetter, demeure une folle. Vous comprenez de reste : ni les indifférences du voisinage, ni la douleur tôt apaisée, rien que l'inconscience, et patati, et patata...
Au fond, je m'en fiche pas mal, moi, de votre sonneur: seul, son collègue nocturne, Adolphe Retté peut s'intéresser à lui. Si encore c'était le Cartahaix dont la science campanalogique et le catholicisme vigoureux effarent, chaque jour, les lecteurs de Là-bas.
Le <s Clou » de la soirée, comme ils s'expriment, L Madame la Mort. Mmc Rachilde a pu, quelquefois, se tromper, elle ne peut faire quelconque ; nul penser banal ne fut sécrété par ce cerveau « infâme et coquet n>, disait un jour Maurice Barrés ; nul truism, écrit par ces petites mains, inquiétantes et pâles, comme celles dont elle ditlelos...
L'action de ce drame cérébral n'a point de milieu, à vrai dire. Que le décor représente un fumoir avec boîte de cigares empoisonnés et panoplies kirghiz, ou un jardin dont Odilon Redon aurait dû être Le Nôtre, peu importe ; il s'agit de scènes qui se déroulent dans la vie, quelque part, voilà tout. Et seul, culmine, essentiel, le deuxièmeacte qui se passe dans le cerveau d'un névrosé, terras par l'hallucinant verium olic Lambert! et que se disputent la Mort et la Vie, personnifiées par deux actrices de bon vouloir, ainsi qu'en usaient les auteurs de soties et moralités, il y a quelques mois déjà.
A parler net, cette matérialisation forcenée me déroute. Passe pour MUc Camée — acteusc encombrante — le corps enveloppé dans un long voile qui la cache tout entière. Mais pourquoi l'autre femme (la Courtisane, la Vie), son exubérance de mots et d'attitudes, ce brutal décolletage, cette accumulation de contingences odieusement précises? A tort, peut-être, je souhaiterais que la mélopée de deux voix, sans inflexion, monotone, venues d'on ne sait où, pût murmurer, autour du patient, autour de l'halluciné, qui, perindb ac cadaver, nous épargnerait ses contorsions, ses yeux blancs, tout ce bagage de jeune premier (soupirs, mains tordues, bouche crispée) ; son immobilité poignante, je crois, toucherait...-
J'estime l'écriture de Madame la Mort très supérieure aux précédentes œuvres de l'auteur, depuis Monsieur Vénus jusqu'à Sanglante ironie: le style cursif et blanc, à peine teinté, de ces romans à succès acquiert ici des sonorités nouvelles, s'élève. Non, certes, qu'il faille déprécier l'écriture rachildienne d'autrefois « sans lalbalas et flexible », qu'a louée — c'est son honneur — ce Talentueuxaux cladéliennes truculences Camille Lemonnier, obstiné fabricant, pour sonpropre compte, de belgimathias triple.