LEURS FILLES
c'est la foire, la foire, la foire, c'est la foire qu'il nous faut.
8 JUIN. — Dès longtemps, le capitaine Darnay ne pénétrait plus dans la couche nuptiale, et se consolait des glaces de sa femme avec de volumineuses cantatrices.
Aussi, ce soir là, fut-il étonné qu'elle le suppliât de ne pas sortir après le dîner. Non moins étonné fut M. de Nairesse, qui monopolisait l'amour de Cécile. Plus curieux que le soudard, il ne se laisse pas congédier sans explication : Cécile déclare qu'elle est grosse et que son appel à un mari qui lui est odieux a pour but de rendre vraisemblable la paternité que devra assumer le capitaine. En attendant que le rideau se levât sur le second acte, les spectateurs du Théâtre Libre imaginaient aisément dix solutions à cette aventure, badines ou pathétiques ; mais M. Maurice Le Corbeiller avait été si marri de la compacte imbécillité de ses fantoches qu'il avait renoncé à les remettre en scène. Et la pièce n'eut qu'un acte.
M. Grand a trouvé moyen de se montrer excellent en passant sous ces Fourches Caudines.
Leurs Filles. — Si Valentine Durand (sur le boulevard: Valentine d'Alencey) a une vie toute de fêtes illicites, du moins veut-elle que sa fille — dix-sept ans — passe sans transition du couvent au mariage. Mais ce que veut Louisette, c'est continuer l'industrie maternelle. Elle échappe aux sœurs de saint François Xavier, passe la matinée chez un monsieur qui lui avait donné, au part Monceau, une bague et une lettre, pui> revi< ni chez sa mère. Les arguments de Valentine indignée sent vains: la fillette a conscien.ee de sa vocation. Survient Georges de Verfuge. ss Georges! » rient, simultanées, mère et fille: car, naturellement, de Verfuge était et l'amant de Valentine et le monsieur du pare. Découragée, la mère se
soumet aux destins. Louisette triomphe, et Georges voudrait bien s'en aller.
Des figures épisodiques — une bonne, une entremetteuse — se silhouettent bien et contribuent a animer l'intrigue. Tous ces personnages ; ne se soucient guère de demi-teintes: les contrastes qu'offre le langage de chacun ont contribue à la drôlerie de cette nerveuse et preste pièce qui, surtout bouffonne, est parfois attachante. L'auteur: M. Pierre Wolff.
Lidoire. — Pittoresque et verveuse étude de soldats que M. Georges Courteline (l'inimitable Jean de la Butte, joie de Y Echo de Paris) a. salée de tous les tropes caserniers. Des sabres traînent, des gradés braillent et sévissent; bientôt, dans la chambrée dont fait partit Lidoire, il ne reste personne, tous sont à la salle de police, — personne, sauf le trompette La Biscotte rentré ivre, et qui dort.
9 JUIN. — Avec une grâce talée, douceâtre et fine, M1110 Légat joue Madeleine de Sainviile qui, au mur de son boudoir, avait pendu une batte, souvenir d'un fugace Arlequin rencontré, l'année précédente, au bal masqué des Effervescents. Un huissier, il débute, vient instrumenter chez la dame. Au cours de l'inventaire, il reconnaît la sentimentale batte, dont il fut l'Arlequin. L'amour •de Madeleine et de Georges refleurit pour toujours. La Batte a pour auteur mon bon camarade Guy Ropartz. M. Sarcey, l'a trouvée « innocente » et le public adorable. Et moi? mais moi aussi, parbleu !
M. Pradels fait vermicùler sur lesMarseillanas qu'il intitule X Héritage de Barbassou un pullulement de dodécapodes. Par fortune on aime regarder les yeux angustiéset la bouche si sinueuse de Mllc Brécourt, qui figure une chambrière.
M. Francis Thomé a écrit la musique de Chant