A L'INSTITUT
M. Silver, quelques critiques ; mais magis arnica veritas ! Ce jeune sémite a écrit là une des plus misérjables partitions qu'on ait jamais beuglées à l'Institut, prétentieuse et canaille, violente sans vigueur, maniérée sans grâce, du Massenet de barrière. J'ajoute qu'il est inouï d'oser introduire dans sa cantate, de toutes pièces, une partie qui^ n'existant pas dans le libretto, aurait pu être écrite d'un bout à l'autre par le professeur, si ce professeur n'avait été l'austère Massenet, audessus du soupçon.
Les musiciens n'ont pas donné leurs suffrages à ça (sauf Massenet, bien entendu, et Ambroise Thomas qui est très fatigué, décidément). Mais le débraillé de ces mélodies sans corset a ravi les peintres qui ont voté comme un seul niais pour Silver. Triomphe, Israël ! Reçois, jeune soldat, les félicitations du 720 de ligne! Mais lâche la musique ; est-ce que l'oncle Samuel ou le cousin Moïse ne pourrait pas te prendre dans sa banque ?
C'est Lutz, élève de Guiraud, qui était le lauréat, pour le Ier prix de la section de musique ; il a fallu 7 tours de scrutin pour le dégommer. Un joli brun genre Bizet, dont la partition fourmille de charmantes inspirations, parmi lesquelles je citerai la romance O mon lyrol ! acclamée.
Dans la cour de l'Académie, Sains-Saëns a consol« on mieux l'excellent garçon <\ Bah ! du
courage! moi non plus je n'ai jamais décroché le prix de Rome ! ça ne m'a pas empêché de remporter un triomphe avec la Timbale d'argent. Et Froserpine, est-ce qu'elle quitte l'affiche ? »
Autre déçu, le grand Fournier, long, sec, maigre, nerveux, bizarroïde et caustique. Féru de >ar Franck, il a prudemment banni de son .œuvre tout souvenir de son maître et construit des ariosos d'un romantico-dramatique à rendre jalouse l'ombre de Meyerb< er. Inutile sacrifice : Fournier n'est ni élève de Massenet, ni juif. Lutte impossible !
Surprise générale après l'audition de l'œuvre de Camile Andrès fort bien chantée par Clément, Dubulle, et une demoiselle dont le nom m'échappe ; Lévy, je crois. Déclamation soignée, b< aucoup de
couleur, du mouvement. Une révélation !
Propre, longue, embêtante, la cantate du pauvre Bondon.
L'auteur du poëme, Edouard Noël, bien connu, bien connu dans le quartier de l'Opéra-Comique, est ce musicien qui, naguère, analysant le Rêve, d'après des notes fournies par le gros Danbé, relevait dans l'opéra de Bruneau trois leitmotiven, trois, pas un de plus !
6 JUILLET. — Tous deux sont assotés de la Marcotte, leur servante de ferme. Docile jadis, elle résiste aujourd'hui, rebelle inexorablement, aux érotismes du père ; car elle aime le fils et sa verve juvénile. Malgré supplications et menaces elle partira, et Jean peut la suivre. (La pièce s'appelle Le Pendu, attention !)
Jean et la Marcotte, qui, réfugiés à la grange, disent leur amour, leurs projets, avisent, dans un coin obscur, un objet volumineux qui pendille : c'est le Vieux. Après des hésitations (la seule police a le droit d'intervenir !), on descend le corps, on l'étend sur la paille, on le tarabuste : rien. Le Vieux est bien mort. La Marcotte pleure, prie. Il était dur, avare, spécifie le fils, qui disparaît, hâté vers les armoires où l'âpre-maître thésaurisait.
Or, ce Rocambole des champs n'était pas mort. Il remue une jambe, demande de l'eau, prie qu'on desserre le chanvre qui le cravate, — et la compatissante Marcotte s'empresse. A peine récontorté, il se traîne aux jupes de la servante, — les effets physiologiques de la pendaison ! — l'adjure de rester, lui offre' argent, terres, mais le fils dénaturé, il le chassera ! C'est sur ces entrefaites que Jean reparaît, lourd de monnaies et hilare. « Vo-