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LES HUGUENOTS

— Est-ce que vous croyez que l'auteur pense que c'est arrivé ?...

— C'est peut-être parce qu'il y a un peu de talent ..

— 11 se pourrait que l'auteur pensât que c'est arrivé.

— Alors il ne se f...icherait pas de nous ?

— Non... Dans ce cas, il ne se f. . .icherait pas de nous.

— De la salade ! de la salade ! de la salade !

La chanteuse Judassohn , de Francfort, entre autres prétentions, a celle de posséder un col de cygne. A ne vous rien cacher c'est une oie.

Ainsi se vérifie une fois de plus la justesse de la belle définition de Buffon (œuvre inédites) : « Le cygne c'est une oie qui se monte le cou ».

Elle raffole de ce palmipède ; elle en a six dans sa pièce d'eau, deux dans ses armes, un au dessous du sein gauche, etc., etc. Tout récemment, elle s'est fait sculpter par Moreau Vauthier en Léda.

Et, pour que nul n'en ignore elle montre l'œuvre à tous ses amis, leur déclarant, avec une majesté à troubler les ossements de Louis XIV : « Léda c'est moi ! ».

Pierre de Cantelaus s'en est allé interviewer tous les bipèdes susceptibles (attendez, ce n'est

Eas ce que vous croyez; ils seraient trop nomreux !) susceptibles de devenir directeurs de l'Opéra.

Le concurrent qui a les chances les plus sérieuses, c'est incontestablement le majestueux Louis, « l'huissier de la Direction de l'Académie de Musique ». C'est aussi lui qui a soumis à notre sympathique confrère le projet le mieux conçu. Oyez: — Je ne jouerai jamais que les Huguenots.

D'abord c'est un très beau spectacle, et puis c'est de la crâne musique. Y a pas mieux. Citez-moi quoi d'autre qui dégote ça ? De la mise en scène, de la danse, du chant, c'est complet. Je n'en sortirais pas. Pour la frime, je changerais les affiches. Du moment que le programme leur indiquerait une autre pièce, les spectateurs s'en rapporteraient à lui et n'y verraient que du feu. On ramasserait comme ça rudement d'argent, sans grands frais !

il JANVIER. — Au Cirque d'Eté, obscurité funèbre, gaz gelé, programme lourd, convenable exécution de la Pastorale ; l'andante marche à ravir ; dans l'allégretto final, un peu de bafouillage de la part des violoncelles, mais le public ne s'en aperçoit mie et trouve seulement que la Pastorale d'abord, et Manfred après, c'est beaucoup de paysage pour un seul concert.

M. Guy Ropartz, l'année dernière, pour un sujet de la plus simple rusticité, Le Convoi d un Fermier, s'était offert une telle débauche de cuivres que certaine Ouvreuse — éditée chez Vanier — s'effarant devant ces martiales sonneries, avait murmuré « C'est au moins un fermier général ! » Dans la symphonie bretonne : A Marie endormie jouée dimanche chez Lamoureux, il n'a pas voulu se cantonner dans les sourdines et les chuchottements, et le pianissimo ; bravement, il a multiplié les strideurs retentissantes, et les duretés (peutêtre pas indispensables), insoucieux de la plaisanterie obligée : « Il faut que Marie ait le sommeil diablement dur ». Le public n'a rien compris, mais là, rien du tout, a cette idylle d'Armorique où pourtant fleurissent d'adorables dessins d'orchestre. Quelques ânes, même, ont protesté, d'un air de dégoût excédé. Pfeiffer ouvrait des yeux énormes. Lucien Lambert disait : « Très bien ! ».

En revanche les enthousiames béotiens ont

fulguré quand une petite rousse dont le nom m'a fait songer à celui de Widor, Mllc Silberberg, a tricote le 3e concerto en ré de Rubinstein; des poses, des mines, des contremines, un petit pied ramené contre le barreau de la chaise avec des précipitations furtives, un dandinement à donner le mal d'adjoint, une affectation de relever les mains bien haut, bien vite, à peine les touches effleurées. Si le clavier est trop chaud, mademoiselle soufflez dessus ; vous phrasez bien, vous ne hacheriez plus comme il y a douze ans l'allégro de la Sonate en si mineur de Chopin qui vous valut le prix (avec Klceberg) ; vous avez assez de talent pour laisser aux cabotines du Pleyel ces mesquim s fumisteries ; soyez naturelle, et ne pressez

Eas, à l'avenir, le premier morceau de votre Ruinstein, car Lamoureux l'obstiné ne cherchera jamais à vous rattraper et il en résultera entre vous et le cor anglais un duo canonique, à coup sûr intéressant, mais bien fait pour impressionner et Dorel qui roulait vers son capellmeister impassible des veux éperdus, et l'auteur à qui je vais l'écrire, et M"10 Jaëll, hypnotisée au premier rang du parquet, et Julien Tiersot qui n'en croyait pas ses oreilles — pourtant fidèles et capaces.

Pour remplacer le rhume de Mlle Landi (à vous, Paschal Grousset !) on nous a donné Houfflack ; il n'a pas chanté, malheureusement, et s'est contenté de perler le prélude diluvien de Saint-Saëns, que je me reproche de chérir, malgré ses allures gounodiques. Mais c'est plus fort que moi !

Joli programme, bien joli, chez Colonne.

Mlle de Montalant sirote, pleine de prétention, la b'-rliozique Villanelle du « Lapin caché» et dit Armide, grandiosement, de façon à rappeler les concerts Maurice du passage Chausson ; on dort à ['Orientale, si batignollaise, de M. Dolmetsch et

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le prodigieux talent de Mme Montigny-Remaury ne peut rendre intéressante la composition de Herr Professor R. Fischof : variations nulles sur un thème quelconque. Et puis du Jocelyn.

Du Dolmetsch, du Fischof, du Paladilhe, du Widor, du Godard; il manque Ben-Tayoux! où est Ben-Tayoux? Je demande du Ben-Tayoux!

A Tournai, on donne le Tribut de Zamora. Pauvres Belges ! c'est vouloir les jeter, par dégoût de cette musique, dans les bras de l'Allemagne! Je me reprocherais de changer une virgule à la délicieuse appréciation que porte sur les interprètes de ce gounodage un journaliste local.

« M. Léonce, lui, ne connaît pas autre chose que les ovations; jamais nous n'avons eu un premier rôle sachant, disant, se grimant et se tenant aussi bien. C'est, avec M. Dolne, les enfants gâtés du public, et ils le méritent. »

.Oui, mon petit, t'es belge et tu sens bon.

Une correspondance adressée de Périgueux au Monde artiste débute ainsi :

« Du nouveau, toujours du nouveau! Telle est la devise de notre directeur, M. Mario Widmer, qui a su comprendre, etc., etc. »

Après cet exorde lyrique, le correspondant rend compte des trois nouveautés offertes à l'admiration de la Dordogne; ce sont le Lycée de jeunes Filles, Fatinitza et Madame Favart.

Ne trouvez-vous pas qu'au lieu de s'occuper de critique dramatique, cet enfant du Périgord devrait bien chercher des truffes?

Donc, la Société nationale de Musique était en liesse, et l'annonce de sa grande séance avait

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