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LE PROCES VERBAL

haye, chef de chant à l'Opéra, assez estropié du cerveau pour trouver que Wagner ne sait pas écrire la musique, assez peu soucieux de son devoir professionnel pour palabrer contre Lolicugrin, assez raseur pour entretenir de ses préférences esthétiques les voyageurs que leur mauvaise étoile conduisit dans son wagon, entre Paris et l'Isle- Adam...

Alléchés parle succès de Cendrillon, MM. Floury

songent à faire représenter au Châtelet une autre féerie, la Belle et la Bâte; un des principaux rôles sera tenu par M. Carjat.

14 SEPTEMBRE. — Décidément le Théâtre Cluny semble voué aux titres juridiques.

Après la fructueuse reprise du Procès Vau radieux voici le Procès Verbal de M. Barré qui semble appelé lui aussi à fournir une longue carrière. On voit que l'immeuble de M. Marx n'est pas éloigné du Palais de Justice.

Essentiellement, il s'agit dans la pièce de M. Albert Barré, qui fut huissier — ce qui lui permet de se connaître en rôles — d'un mari trompe'-; conformément à la poétique du vaudeville contemporain, tout mari doit être trompé; celui-ci se distingue de ses coeugénères en ce qu'il a quelque soupçon de sa disgrâce; seulement avec une perspicacité qui l'honore, ce n'est pas l'amant de sa femme que surveille cet Othello fantochetique, mais bien un peintre, innocent de ce chef (le chef du mari, vous m'entendez bien) et féru d'amour pour une gente demoiselle.

Pour faire constater officiellement son malheur, car il est de ceux qui veulent étaler sous le nez inquisiteur de la Justice les misères de l'alcove conjugale, mon homme enjoint au garde champêtre de l'alaiseau de dresser procès-verbal aussitôt qu'un joli flagrant délit...

Sérieusement, n'êtes-vous point édifiés? Il est certain que cette homme à plaque commet une erreur sur la personne; certain que l'imbroglio va s'obscurcissant jusqu'à la fin du troisième acte ; certain que tout s'arrange à souhait; certain que le Procès-Verbal fera de l'argent. Que désirer de plus ? M. Barré, en charpentant ces trois actes, n'a pas, que je pense, prétendu poser sa canditure à l'Académie. Alors?...

L'excellente troupe de l'excellent Théâtre Cluny a joué, d'excellente façon cet excellent vaudeville. Mettons hors de pair M. Lureau, grognard, important, ahuri à souhait dans le rôle du garde champêtre. M. Numa, qui profite de ce qu'il s'appelle Aristide pour dire juste, nous a montré un peintre-amateur délicieusement distingué, souliers jaunes, chapeau de paille avec bordure de couleur. Ah ! ma chère, les serveuses des brasseries du quartier latin en vont rêver. Les autres hommes ont beaucoup réussi. Et ces dames m'ont semblé pleines de charme.

15 SEPTEMBRE. — V Hclbne du Vaudeville, c'est M1,c Hamlet. M. Delair a transporté, de Danemark en Berry, les principales scènes du drame shakespearien, traduites en un idiome précieuxet flou; pourquoi faire? Malgré l'agacement que produit ce patois distingué, genre Meunier d'An-

fibaut, la beauté des situations, parfois, enlève, um Beispiel, la scène où Brandès, belle-fille de l'assassin Fosse, prie sur celle de son père ; <s dans ce cimetière de village (a dit un soiristc de la Paix, pour lequel je n'ai que de la sympathie), les rafales enragées apportent la nuit comme un écho de la terrasse hantée d Elseneur. »

Belle phrase, un peu romantoc, mais judicieusement inspirée de 1 Oraison funèbre d Henriette d'Angleterre ; vous savez ben, comment donc?... « O nuit effroyable! où retentit... Elseneur! Elle est morte ! »

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