‹ Soirées perduesChapitre 45 sur 116 · HELENE · texte numérisé non relu

HELENE

Les reporters content d'un air entendu que ce fait divers : ss une enfant qui, apprenant que son père avait été assassiné par sa mère, jura de le venger, x^ fut trouve par M. Delair dans un journal. Pourquoi diable ne l'y a-t-il pas laissé?

De même que le hideux Voltaire, enfin mourant,

xténuait à crier aux Parisiens froids devant ses froids alexandrins « Applaudissez donc, Athéniens, c'est du Sophocle! » ae même les amis de l'auteur — car lui-même a trop de discrétion pour battre en personne la caisse devant son œuvre — les parents des artistes, les camarades de la direction, nous répétaient hier: « Comment osez-vous critiquer? C est du Shakespeare. »

Le temps me manque, et aussi l'autorité, pour expliquer en détail la cause principale de l'erreur où est tombé M. Delair. D'ailleurs, l'issue de la tentative doit seule préoccuper le soiriste ; or, elle p'est pas douteuse: la chauminebriarde que, péniblement, patient et minutieux comme un mosaïste, avait construite l'auteur d'Hélène avec des matériaux shakespeariens, s'est écroulée. Et les ruines même ont péri.

M. Albert Carré a fait l'impossible pour donner de l'intérêt à Hélène ;la. mise en scène a été réglée avec des soins intelligents qui prouvent combien fut profonde l'influence du Maître, si âprement discuté, et combien aussi les imitateurs de M. Jean Jullien demeurent loin de leur modèle. La place du village, la chambre à coucher de la mère d'Hélène ( 1 empoisonneuse), le cimetière, autant de petites merveilles décoratives.

J'ai hâte d'arriver à la musique. Au compositeur à la lois érudit et spontané qui s'inspira si heureusemi ni de la Basoche, M. Carré doit, cette fois encore, une vive reconnaissance. Ces intermèdes, trop peu nombreux, défient toute critique par leur sobriété forte, leur mélancolie poignante, leur charme irrésistible.

Ce Bizet méritait un Daudet moins fourbu.

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