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LA FOLIE DE PIERROT

On a beaucoup applaudi la parodie Rosa- Josepha, exhibée au calant fïi'e 0 plott de la Marquise Alice.

22 SEPTEMBRE. — Hier soir, à la Scala, on

pouvait voir — difficilement, à cause de l'épaisse fumée nicotinique qui bleuissait la salle — la critique au granci complet, beaucoup de représentantes du demi-monde, et quelques jeunesses appartenant à tout le monde. On m'a dit, même, qu'avec une forte jumelle et beaucoup d'attention, j'aurais pu découvrir un petit lot de femmes du monde. La vérité, c'est que je n'en ai aperçu qu'une, au contrôle.

Ces personnalités de tout sexe s'aggloméraient, fiévreuses, pour acclamer les débuts de M. Mévisto. En effet, on a couvert d'applaudissements la verve sinistre, la poignante énergie du mime funèbre chargé d'interpréter la Folie de Pierrot, grande scène inédite de MM. Arthur, Byl, Louis, Marsoleau, Paul, Vidal... pardon, si j'oublie quelqu'un.

Le sujet, oh ! simple le sujet. Pierrot, trompé par Colombine, boit, pour s'étourdir, des alcools que le Laboratoire municipal a grand tort de laisser dans la circulation. Sous l'action de ces liquides blâmables, sa pauvre tête s'exalte, sa raison arrive au terme — je veux dire qu'elle déménage — ; il fait son Coupeau, il croit voir des rats, des oiseaux de proie tournoyants, des phénomènes astronomiques de Tordre le plus subversif (1<- soleil tombant sur la lune, entre autres). Puis il serre le goulot de sa bouteille, pensant étouffer Colombine. Nous avons tous passé par là.

Je le répète, le succès de M. Mévisto a été très grand ; d une voix rauque et farouche, il a su mettre en relief, merveilleusement, les rimes inattendues qui se becquètent au bout des vers de la Foli* de Pierrot ; et les applaudissements ne cessaient pas, après qu'il eut récité un< pièce effroya-

blement macabre, la Veuve, due à Jules Jouy, l'homme de France qui connaît le mieux la guillottine, après M. Deibler.

P. S. — Pour mettre un ternir à des manifestations ridicules qui n'ont que trop duré, je propose à la direction de l'Opéra de nous exhiber un Lohengrin véhiculé non plus par un cygne, mais par un bicycle. Le fils de Parsifal chanterait : . « Mon cycle aimé... » Puissent ces concessions ingénieuses désarmer la famille Choudens !

24 SEPTEMBRE. — A l'occasion du Mitron de MM. Maxime Boucheron et Antony Mars, tous les gens d'esprit de la presse parisienne (nous sommes bien dans les cinq cents, sans compter Carjat) ont bluté le van et l'arrière- van des métaphores minotières « pain sur la planche ; rapporter de la galette ; succès ejusdem farinœ ; bonne pâte, etc. » Ah! chère et noble France, n'y a qu'toi! n'y a encore que toi! Flambeau de l'esprit humain, va!

Certains délicats — de ceux que le bonhomme estimait malheureux, puisque nul vaudeville ne saurait les satisfaire — certains raffinés reprocheront peut-être à Maxime Boucheron d'user avec trop d'abandon de plaisanteries faciles, de quitter trop vite une charmante idée de comédie pour s'engager dans les imbroglios du vaudeville à tiroirs ; il pourra leur répondre que sa carrière très brillante de chroniqueur parisien lui a de longue date appris quel genre de gaîté « portait» sur le public, que, si la critique désire une œuvre . ■ de littérature, il lui suffira d'entendre V Ami de la Maison, en répétition au Théâtre-Français, dont les spectateurs réclament une autre pâture intel- , lectuelle que ceux des Folies-Dramatiques, et qu'après tout le Mitron n'est pas médiocrement gai.

Oyez maintenant : Madelon, la boulangère,

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