‹ Soirées perduesChapitre 49 sur 116 · LE MITRON · texte numérisé non relu

LE MITRON

a des écus, et aussi un sentiment, tendre comme le pain du jour, pour son premier mitron, Balthazar. Amoureuse, partant jalouse, elle querelle l'heureux coquin à propos d'une baronne dont il

-t, en tout bien, tout honneur, improvisé le

.défenseur contre un mari justement irrité et,

comme elle a la main aussi vive que l'intelligence,

v'ian! elle gifle le chevalier, qui se retire la joue

chaude, le cœur refroidi, avec sa noble protégée.

Grâce au bon vouloir imbécile d'un Breton pavé comme l'enfer (le désopilant Guyon fils), la situalion s'embrouille inextricablement.

La boulangère, sans fausse honte, poursuit le volage mitron; le mari trompé, qui trompe sa femme avec une Toto Clarinette, s'imagine que la baronne est informée de ses débordements, périodiques comme ceux du Nil, mais moins féconds. Bref, tout le monde se retrouve dans le salon Louis XV de cette impure; fiez-vous à la dextérité de Maxime Boucheron pour débrouiller habilement cet écheveau, et tenez pour certain que vers minuit, mitron, boulangère, baron, baronne et spectateurs s'en vont gais et contents, le cœur à l'aise, comme le disait une chanson, un peu oubliée, au temps où l'on parlait beaucoup d'un certain boulanger moins réjouissant que celui des Folies-Dramatiques.

M. André Martinet a enjolivé cette historiette d'une partition, peu wagnérienne, qui est peutêtre ce qu'il a produit de plus joli jusqu'à ce jour.

Un mot des décors : M. Yizentini les a tout particulièrement soignés; celui du premier acte en particulier, une boulangerie ultra-selected, lustres étincelants, comptoir en marbre de Paros, etc., m'a tait regretter de n'avoir point embrassé la profession de mitron, et surtout la boulangère.

Fort agréable aussi, la prétendue riyale de Madelon, la baronne Berny, enveloppée dans un manteau jaune svmbolique (à vous baron!) Et de quel petit air méprisant — bien nature — elle dit

à son piètre amoureux, cocher assez maladroit pour avoir accroché une voiture de maraîcher : « Quand une femme se- conduit mal pour vous, sachez au moins la bien conduire'. »

Si nous vivions encore au temps où fleurissaient les sous-titres, je propose rais à mon spirituel confrère d'appeler sa pièce Le Mitron ou « Ah! quel malheur d' avoir un gendre ! »

Guyon, breton comme un menhir, joue à présent les Frédérick-Lemaîtres justiciers avec une envergure imprévue. Gobin enivre le poulailler. Les loges ont fort applaudi, et elle en était digne (des loges) Mme Grisier-Montbazon — reine de la boulangerie, amoureuse d'un Ruy-Blas du pétrin — dans les couplets que, pour elle, égrena M. Martinet, aimablement.

25 SEPTEMBRE. — Le Palais- Royal a repris hier soir une éclatante bouffonnerie, iij, rue Pigalle, dont la verve a déridé tout le monde, ce qui ne laisse pas d'être fort avantageux pour un tas de personnes endiamantées, mais blettes, qui se panadaient au balcon.

11 m'eût été doux d'en rendre compte, mais la gaîté de M. Bisson s'oppose à ce que je remplisse ma tâche coutumière. Effectivement, de 9 heures à minuit, je me suis tordu, il a fallu toute 1 énergie de deux ouvreuses robustes pour me détordre, et ces bienfaitrices ne m'ont remis dans mon état normal qu à une heure du matin, trop tard pour qu'il me fût possible de vous faire part, ô lecteurs, de mes impressions, qui n'ont pu l'obtenir (l'impression.)

26 SEPTEMBRE. — Pas de chance, le potentat massif de la Gaîté. Sa reprise du Voyage de Suzette lui coûte les yeux (je n a^ute pas v> de la tête » par horreur du pléonasme). Aussi, quelle idée absurde, inepte, carjatique, d'avoirremplacé l'adroite Simon-Girard par cette Cassive qu on

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