LA MER
avait lorgné, jadis, à la Porte-Saint-Martin, jouant, si j'ose risquer cette hyperbole, jouant dans le Petit Faust le rôle d'une écolière, oh! de la grande classe, de talent nul, d'ailleurs jolie.
Blonde, diamantée comme la devanture de Lère- Cathelain, la débutante a un de ces corps qu'Alfred de Vigny lui-même n'eût pas trouvé triste au fond d'un bois; les éléphants ont beaucoup plu, eux aussi, mais môssieur le Directeur a supprimé — raison d'économie — les chevaux et les bêtes exotiques du défilé final, ne conservant que deux chameaux dont la présence, emmi les figurantes de la Gaîté, étonne comme une superiétation. Quel œil triste, ces pauvres bêtes, lasses d évoluer à travers les décors insuffisamment retapés, et les fautes de français de Chivot-Duru, ces Rosa Joscpha de la basse littérature!
Signalons la présence d une première danseuse, MUo de la Motte Maupassant nous avait déjà présente, dans Notre Cœur, M1110 des Burnes. Allons, ça va bien, ça va bien!
30 SEPTEMBRE. — Instantané de l'auteur de la Mer (par Vanor, photographe amateur). Un lorgnon sur une barbe; une tête de lion à lunettes; un sourire d'homme bon qui dément vite 1 aspect d abord renfrogné.
Frère cadet du docteur Louis Jullien, l'éminent chirurgien de Saint- Lazare . Ancien chimiste comme d autres littérateurs sont anciens polytechniciens; perpétue ainsi la tradition des écrivains i->>us des classes de sciences.
Dirigea Art et Critique, la revue aux rubans verts, où tant d'Alcestes encore juvéniles exerçaient hebdomadairement leur misanthropie littéraire contre les philistins du journalisme boulevardier. Art et Critique, où certaine« Ouvreuse » à barbe cribla de petits bancs les parterres des rois de la musique.
Protagoniste du théâtre vivant, est l'ennemi
outrancier du jeu au souffleur, des fauteuils face au public, des sorties à trois temps, etc.
Signe particulier : la plus loyale poignée de main du jeune monde littéraire.
Les trois actes de la Mer se déroulent, à l'Odéon, dans le même décor, aperçu sous des ciels d'aspect différent.
Les deux Beaux-Frères. — Un coin de lande armoricaine, KerbehoU, non loin de Tréguier, cher à l'empoisonneur Renan; à gauche, d'énormes rochers gainés de lierre et dorés de genêts. A droite, une auberge au toit pointu, aux briques disjointes, noircies par les averses, qui abrite les matelots revenus de la pêche, attablés devant les bolées de cidre et les verres de fil-en-quatre. Au fond, surplombant le chemin qui descend à la grève, un Calvaire auquel il ne manque guère que •d'être écrit par M. Octave Mirbeau, avec une lance, une échelle, une éponge, tout ce qu'il faut pour un crucifiement.
Et, à l'horizon, la mer!
Successivement, nous faisons connaissance avec tous les personnages de la pièce; voici la pauvre Jeanne-Marie, pliant sous un lourd paquet d'ajoncs, montrée au doigt et appelée Filte du Diable, parce qu'elle a fauté. Ce qu'il y en avait, hier soir, à l'Odéon, de demoiselles ayant Satan pour papa, et qui n'en paraissaient pas plus timides!
Voici mon frère Yves, bien loti (c'était forcé) avec son pantalon gros bleu, son tricot et son béret bordé de rouge, comme les yeux de Mllc... ne la nommons pas'
Voici François, un ivrogne, porteur d'une barbe flave comme celle du pauvre diable qui s'est suicidé sur la tombe que vous savez, mais sans cheval noir. Puis des pêcheuses de bouquets, point farouches, les jambes nues, ah! tais-toi, mon cœur!
Quand Yves revient au village après avoir long-