‹ Soirées perduesChapitre 51 sur 116 · LA MER · texte numérisé non relu

LA MER

long-longtemps navigué, il apprend que ce gueux de François (un homme marie !) lui a volé... violé... sa promise. Enragé, le matelot saute sur ce sale lascar et va, comme il dit, l'arranger à son idée, quand, sa propre sœur la femme du rossé, Elisabeth, intervient, l'amadoue : « La moitié de la maison t'appartient, Yves, vient l'habiter avec Jeanne-Marie et nous... » Emporté, mais faible, il accepte.

Il va de soi que la bonne entente ne dure guère ; sans les supplications de Jeanne-Marie, Yves, écœuré, s'embarquerait pour aller en Islande, avec les camarades. Joli décor, d'ailleurs :

Pas plus de nuage au ciel qu'à l'horizon politique, après un discours de M. Ribot; ciel radieux,

mer (l'argent, genêts d'or. Une orande table,

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quatre bancs, si charges de buveurs qu on pourrait

craindre ce que le Code appelle une rupture de ban. On consomme du cidre, effroyablement ; il y a même un acteur qui s'appelle Pommier.

La fin de cet acte, émouvante et discrète, a suscité des applaudissements sans fin ; toutes les femmes ont accompagné leurs maris ou leurs fianpuis elles ont gravi le calvaire et là, tandis que tinte la cloche du port, elles agitent leurs mouchoirs, crient un adieu tremblant, et s'agenouillent au pied de la Croix, répandant des larn < - avec leur prières. Pauvres femmes, que vou- ]< a^-vous, c'est bête, ça lirait hausser les épaules à ce Pochon et à ce Cocula...

A ■ crime. — Le temps se gâte, comme les dents

ma vieille concierge ; ciel d'encre traversé de

menaçantes rougeurs de tempête ; la nier rauque.

Et c'est alors qu'a lieu ce que l'on pourrait app 1er le coup du père François.

La Gabarr< est encore en mer, quand tons les autres bateaux de pêche sont rentres déjà. Ellea, dit-on, subi une avarie, 011 a vu un homme tomber pardessus bord, et périr. Est-ce Yves? e-^t-ce

François? gémissent les deux belles-sœurs, en larmes au pied de la croix. Enfin l'embarcation rentre, Yves a disparu. Le survivant raconte l'accident... Les femmes, toutes deux, devint nt le crime. Jeanne-Marie ne trouvera asile nulle part. <s Ça ne serait pas la peine de rester honnête, dit la cabaretière Menguy, si les coureuses n'avaient pas un peu de malheur » — Les honnêtes femn de cette trempe ne sont pas toutes en Bretagne.

Ier OCTOBRE. — Nouvelle édition, « ad usum Gymnasii » de l'odéonesque Numa Roumestan, revue, corrigée, et considérablement diminuée. Cette satire politico provençale, mon Dieu, elle ne m'affolait pas d'enthousiasme quand j'allais la voir, après avoir dîné chez Foyot ; quand on dîne chez Marguery, elle ne semble pas Beaucoup plus forte. Et pourtant, M. Alphonse Daudet a fait

I impossible pour rajeunir son œuvre. Ainsi tenez, au premier acte, on voit le buste de Sadi-Carnot.

II n'y a pas à dire. Ça, c est un effort.

Le sujet, qui 1 ignore? Numa, l'incoercible menteur méridional a épousé la fille d'un magistrat septentrional, franche et droite. Et tout de suite c'est la lutte entre le Nord et le Midi. Le politicien trompe sa femme, salement ; elle en pense mourir, elle veut rompre, quand une poitrinaire ex machina, sa sœur, ramène la paix da'ns ménage, paix apparente, tout au moins Aux

Aux Arènes, on voit défilertoute la ville d'Aps. Rosalie, femme de Numa Roumestan, Parisienne intelligente, sérieuse, même un peu « réfréjon v>, dont les oreilles délicates craignent les braillements méridionaux et l'estomac la cuisine à l'huile, qui ne peut s'accoutumer au Rabagas clérical, tumultueux tt paillard, dont elle est devenue la femme ; sa sœur, la jolie Hortense, « premier prix d'imagination •>, assez folle pour s éprendre d'un rustre qui joue du tambourin, de beaux yeux, d ailleurs; la hurlante, écumante, tonitruante,

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