‹ Soirées perduesChapitre 53 sur 116 · KEAN · texte numérisé non relu

KEAN

ténorino aphone, Delmas^ on assure que Massenet L'a imposé à l'Opéra-Comique, parce que, de tous les interprètes de Des Grieux, c'est lui qui embrasse le moins Manon Sanderson, jeune beauté dont le maestro se reprocherait d'avoir, par la faute d'un acteur trop chaud, trouia candeur inviol.

Charmante, au surplus, Sybil ; on dirait Judic, avec moins de voix, et plus de poitrine. J'en suis — encor — tout étourdi — i...

10 OCTOBRI-:. — Ce qu'il y a de plus louable dans le drame extravagant et puéril du père de M. Dumas fils qui se joue devant les fauteuils inoccupés de l'Odéon, c'est son titre. Il prête énormément aux calembours; selon qu'on prononce à la française, ou correctement, on peut obtenir, dans les sociétés peu exigeantes, de véritables succès avec quelques phrases de ce goût* :

— Pour que Porel retire sans motif de l'affiche le- beau drame de Jean Jullien, il faut qu'il, se fiche du Kean dira-t-on...

— Ce mélo antonyque et boursouflé n'est pas un Kean à la loterie du succès..., etc., etc.

Kean a du génie, Kean a du désordre, Kean a p<>ur bonne amie- une comtesse, Kean a une jeune Fille, ange de pureté et de candeur, qui l'adore au nom de Shakespeare, Kean à la beauté d'Apollon, Kean à la vigueur d'Hercule, Kean a le toud'insulter le prince de Galles, Kean a l'habitude de s'enivrer avec les matelots du port. Quel homme!

I » s pointilleux pourraient relever dans quelr exemple : « Je vous écoute, monsieur, comme -i Dieu me parlait) ^> un peu d'exagération, peut-être; mais que la tirade, dite d< - journalistes, m'a enthousiasmé! « Miss, il est vs des Aristarques d'estaminet que l'impuissance

<s de produire a jetés dans la critique ; ils flétris-

« sent ce qui est noble, ils ternissent ce qui est <\ beau, ils abaissent ce qui est grand... » — Kerst faisait un nez! — ss Mais il en est qui ont compris « leur mission du côté honorable (joliment cent), « qui sont partisans de tout ce qui est noble, dé- « fenseurs de tout ce qui est beau, admirateurs « de tout ce qui estgrand. » — Je me suis reconnu tout de suite, et des larmes heureuses imbibèrent mon faciès, quand M. Guitry pou suivit : «Donc, « déjà, ceux-là c'est la gloire de la Presse, ce « sont les anges du jugement de la nation! » Toute la salle me regardait, attendrie; les hommes m'adressaient des sourires, les femmes aussi; l'ouvreuse, en me rendant mon pardessus, m'a embrassé. Nunc dimittis ! — Clemenceau fredonnait : Good save tlie Kean !

Et je signe désormais mes lettres d'amour : Willy, ange du jugement de la Nation.

14 OCTOBRE. — Très brillante chambrée, hier à l'Eldorado, où l'annonce des représentations de Mllc Aimée Aymard avait attiré de preux gentilhommes, de nobles dames, et aussi de gentes damoiselles idoines à l'esbaudissement des lurons sans vergogne.

La débutante a été tout autant acclamée que put l'être, à Cronstadt, l'amiral Gervais : elle aussi, d'ailleurs, revient de Russie, et je ne crois pas l'amiral capable de chanter aussi finement qu'elle, car c'est une « diseuse » de premier ordre ; si j'étais pudibond, je pourrais regretter de voir cette artiste employer son délicieux talent à faire accepter sans protestation des chansonnettes décolletées jusqu au nombril, et remplies de billon dont le son est perçu (pour Carjat : de sous-entendus) ; mais je ne suis pas pudibond.

Ses camarades: Sulbac, engraissé démesurément, dont les trouvailles ultimes ressemblent à ça:

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