‹ Soirées perduesChapitre 55 sur 116 · MAMZELLE QUINQUINA · texte numérisé non relu

MAMZELLE QUINQUINA

jeune pour son fiancé de médecin, un nommé Tholozan qui, de plus, est un homœopathe. — Mon Dieu, le mot n'est pas très neuf, mais il fait toujours rire les allopathes.

Les Intimes, c'est le Marécatgeux Boisselot, et Al)dallah-ben-Pentat, et ce couple antique, les Vigneux — Vigneux amis, vieux galons! — Monsieur Edouard Noël s'en est régalé. Je cite ce zoologue pervers : « C'est un régal que d'entendre siffler ces vipères à face humaine s'enroulant autour du pauvre Caussade, bavant leur venin, et le caressant (leur venin, sans doute) de leurs dards avec des attitudes de chiens tendres. »

Des viperes-épagneuls à face humaine léchant leur venin, je crois que M. Geoffroy-Saint-Hilaire les paierait un bon prix.

23 OCTOBRE. — Quelques spectatrices de l'Ambigu ont piru surprises de ce nom singulier qu'elles n'ont jamais vu sur le calendrier, Mamzelle Quinquina. Je vais faire cesser leur étonnement; qu'elles se souviennent qu'en France on a, de tout temps, désigné certaines personnes adonnées à l'ivrognerie par le nom de leur boisson favorite : les comtes de Champagne, les ducs de Bourgogne et de Bordeaux, Rodrigue le Cidre, le maréchal d'Encre, notre aimable confrère Bernard de Rhône, et bien d'autres en sont la preuve. Moi-même, au temps de ma verte jeunesse, j'ai connu une demoiselle qui, vu la liqueur qu'elle avait accoutumé de boire, avait reçu — avec reconnaissance — le surnom sonore de Vespétro, ce qui ne l'empêcha pas d'épouser un beau garçon, après fortune faite. \ ous entendez bien que c'est par elle qu'avait été faite cette fortune. Donc, c'est parce qu'elle avale beaucoup de tonique stomachique dans les brasies où elle sert, que Thérésa a reçu le nom de Mamzelle Quinquina. Mais n'allons pas trop vite.

Quand elle était sage encore, l'infortunée Thé- ■. Didier l'aimait; Didier, fils du maire, qui la

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rendit bientôt comme son papa; chassée par une famille rigide; la pauvrette va rejoindre le fils du maire en question auteur de son arrondissement. Le séducteur n'ayant pas 21 ans, on expédie cet aspirant mari au Tonkin, où il reçoit une trempe, « Marie tremp' Tonkin » dit la ronde enfantine; il meurt ià-bas, comme il sied, et Thérèse accouche a la Bourbe, puis se laisse voler son enfant par un gouapeur, Ridoux, qui s'empresse de reconnaître le baby, pour avoir la mèie, plus tard. Truc ingénieux, que le drôle a certainement appris en voyant jouer Lucienne, un jour que Louis de Gramont lui avait donné un billet de faveur.

Cependant, Thérèse, devenue Mamzelle Quinquina, fait partie de la « Brasserie orientale », embellie par des serveuses en pantalon turc dont on ne saurait trop admirer les fez et qui trottent comme des houris; les consommateurs s'asseoient sur des ottomanes, le succès va en croissant.

La Roche Tarpéienne est près... parfaitement. A présent, Thérèse a dégringolé jusque dans un ignoble bouchon du quartier Montperno, la « Brasserie des Antipodes », ainsi nommée, sans doute, parce que les filles y servent la pratique les jambes en l'air. L'exquis Ridoux y donne une séance de bonneteau : « Pique, repique, ça me coupe la chique. Cœur, c'est du bonheur. Carreau, c:est la peau. » Il continuerait encore si des agents ne lui mettaient là main au collet.

Quand il revient, apiès avoir voyagé pendant cinq ans (voir Mazas, Clermont, Melun. Nouméa, poissim....)/\\ voit avec déplaisir que la fille de Thérèse, très grandie, devenue gentille, se livre à des travaux de couture peu rémunérateurs et, rèv mt pour elle une malhonnête aisance, il sifflotte 1 ' refrain connu :

Ah ! pet f c nitii ière, Le m lier lH' \;i plus*.

Les aiguilla s<>nt trop ehèrep.

Jl faut... Bavoii" se tirer 'iYmbarras

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