‹ Soirées perduesChapitre 57 sur 116 · LE PERE GORIOT · texte numérisé non relu

LE PERE GORIOT

(oui !) du fait d'Eugène. Goriot n'a plus qu'à mourir, mais il ne s'y résigne qu'après tout un cinquième acte d'agonie, car il attend ses filles — qui ne viendront pas.

M. Antoine, à qui l'on peut adresser certains reproches, (ça m'est peut-être bien arrivé!) ne saurait être, sans ridicule, accusé de ne pas savoir son métier. Cette effroyable agonie, qui termine le Père Goriot, je ne vois pas quel acteur pourrait la faire accepter au public ; d'ailleurs, elle l'épuisé, c'est pourquoi il la joue avec d'autant plus de naturel et de vérité que la pièce se prolonge. Si Tabarant avait fait durer la scène cinq minutes de plus, je gage qu'Antoine mourait pour tout de bon. On pourrait essayer pour la seconde représentation ; ce serait d'un effet considérable.

Au III, la question des rapports financiers des deux amants est bien résolue, sans rigorisme.

Au IV, Anastasie a fait endosser par son père le billet qui doit paver une différence de Maxime, et Delphine dit: « Elle est revenue pour l'endos. » A l'entr'acte Zo d'Axa rectifiait judicieusement : « Klle est revenue pour le dos. »

Cette pièce de M. Tabarant est une illustration, mais qui vaut mieux que celles dont les romans de Balzac s'étaient ponctués, de Bertall à M. julien le Blant, si, bien entendu, on excepte les II. D.

Klle a beaucoup intéressé Mais ces facéties du premier acte — j'y reviens ! — ces facéties chouettorama débondées par les pensionnaires deMaman Vauquer, quelle consternation elles ont versé sur -ublic ! C'est du pur Balzacorama, pourtant. Dire que nos plaisanteries sembleront aussi piteuses dans cinquante ans ! dire même que dans |uante mois... dire même que tout de suite! Ah : si je n'écoutais que ma douleur, je me couvrirais la tète de cendres; mais c'est trop salissant. Garçon, un cilice pour un, et, comme nous bar-

bottons en plein Balzac, prenons de préférence un cilicc.,. de la ValL

Aille Sylviac exhibe des épaules concupiscibles. Et comme elle adore, encouragée par son papa, le beau Rastignac! (Grand) Dire qu'il y avait, en ces temps reculés, des pères assez gentils pour favoriser les amours de leurs filles et prêter môme des appartemennt aux greluchons.

Je suis venu trop tard dans un siècle trop vieux!

30 OCTOBRE. — Il n'y a pas à dire mon bel ami (par Guy de Maupassant, chez Ollendorff, 3 fr. 50), Le Coq est un succès. On m'a changé mon Derembourg, c'est pas Dieu possible!

Si je connaissais une petite personne un peu pâlotte qui voulût acquérir cette belle carnation ponceau si chère aux tripières, je lui conseillerais vivement d'aller voir le Coq ; à moins d'être de ces femmes hardies « qui goûtent dans le crime une tranquille paix», stigmatisées par le fabuliste latin (vous savez bien, Phèdre !) la petite personne ne pourra s'empêcher de rougir, tant les situations de MM. Ferrier et Depré sont audacieuses, leurs mots risqués, leurs sous-entendus polissons.

Aux croisades, il y a quelques années déjà, un Bouquillard écorna (ou plutôt encorna) scandaleusement l'honneur des Valmajour qui fut bientôt vengé, grâce à un adultère commis, par un membre de la famille primitivement lésée, au détriment de leurs anciens larrons d'honneur. Et depuis, de génération en génération, un Bouquillard détourne un Valmajour de ses devoirs, puis un Valmajor met à mal un Bouquillard. Ponctualité et intermittence !

A qui le tour d'être sganarellisé ?A Bouquillard. Mais celui-ci, gars prudent, attendit, pour prendre femme que l'ennemi de race fût devenu tout à fait inoffensif. C'est pourquoi, sachant le peu que vaut son telumimbelle, Valmajour cherche un suppléant

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