AU THEATRE D ART
forme le sujet des Ccnci. Je renvoie à l'admirable version publiée par M. liaabe les lettrés qui voudront connaître cette œuvre sans pair dont le critique anglais Georges Moore a dit : « Je n'imaginais pas qu'une langue étrangère pût, à ce degré, conserver les teintes et les harmonies aériennes des vers de Shelley. »
Que ne puis- je renvoyer aussi, mais pour toujours, au Théâtre d'Art, l'extraordinaire auteur de l'extraordinaire Morized , moins extraordinaire pourtant comme littérateur que comme secrétaire général, qui a laissé pendant vingt minutes, mortondus, grelottant à la porte du contrôle, les infortunés critiques, avant de les admettre à escalader les hauteurs du « poulailler » d'où ils purent contempler, mélancoliques, la fleur des épiciers de la rue Saint-Placide confortablement installée aux fauteuiis d'orchestre.
Interprétation délirante ; Béatrice Cenci, tous les auteurs s'accordent à le proclamer, était d'une beauté ravissante, c'est donc une idée singulière d'avoir confié le rôle de cette martyre, aussi séduisante que malheureuse, à Mlle Camée qui n'a du bijou que le nom; d'ailleurs, pavée comme l'enfer.
M. le directeur-acteur Paul Fort aura beaucoup de succès au Palais-Royal, s'il persévère; son bafouillement bredouillard est d'un comique irrésistible. Mais, à sa place, je me laverais les mains quelquefois, pour voir.
Malgré cette troupe qui serait sifflée par le public de la foire aux pains d'épice, l'œuvre de Shelley est si puissante, la traduction de Raabe si merveilleusement adéquate au texte, que les rares lettrés de l'assistance, perdus au milieu de ce public de calicots, ont pu, insoucieux des lazzis grossiers, des interruptions ordurières qui insultaient à la plus sublime poésie, admirer cette terrifiante et géniale conception.
19 JANVIER. — \1 Hôtel Gode lot, c'est une réé*
dition de la Demoiselle à marier agrémentée de grosses calembredaines, construite sur la scène pivotale de S lie steps to conguer, avec l'idée mère de M. de Chalumeau.
Est-ce parce que l'action se passe à Montclimar, patrie du nougat, je n'en sais rien, mais le sujet a paru agréable et de digestion aisée; si enfantin, au demeurant que, sans ma courtoisie coutumière, je le déclarerais nougâteux. Je gage qu'à ce jugement la population de Montélimar, que cïis-je, toute celle du département de la Drôme adhère (N'allez-vous pas rire comme bossus)?
En 1876, malgré son toupet, Sardou n'avait pas osé signer ça. Aujourd'hui qu'il a tout honte bue, il campe son nom sur l'affiche, à côté de celui de Crisafulli. Sois fière, Académie française!
Deux Parisiens, logeant dans l'hôtel particulier de M. Godelot, pensent être à l'auberge. Ils se conduisent là comme des goujats, si bien qu'à la fin du troisième acte, Godelot donne sa fille au plus mal élevé.
Francès qui créa le rôle de Godelot, il y a quinze ans, n'avait pas, alors, beaucoup de naturel. Il n'en a plus du tout aujourd'hui; il prodigue ses grimaces les plus vomitives, roule des yeux sarahbernhardiques, hurle, piaffe.. . Les petites places de la Renaissance l'applaudissent comme l'incarnation de la vieille gaîté francès.
Si l'on payait Mme Irma Aubry à raison de cinq sous la livre, il y en aurait au moins pour soixante dix francs. Et la débutante, Mlle Calix, a une bouche où l'on entrerait à cheval.
Je n'aime pas l'ouverture de Ruy Blas et j'en suis bien content, car, si je l'aimais, j'arriverais chez Lamoureux à temps pour l'entendre, et elle m'embêterait prodigieusement. Par bonheur, je ne suis entré au cirque, hier, qu'au moment où la dernière note sonnait — j'allais écrire mendels-