CONCERT LAMOUREUX
sohnait — mais à temps pour entendre la Symphonie en ré mineur de Schumann, dont le trio du scherzo fut dit à ravir par les violons qui avaient à se faire pardonner leur savonnage de l'allégro.
Chut! un frisson parcourt l'auditoire; les intransigeants du promenoir ôtent leurs chapeaux; un grand silence tombe. C'est la Foret enchantée de Vincent d'Indy, dont Lamoureux nous offre une première audition. Il y a déjà une douzaine d'années que Pasdeloup, de bafouilleuse mémoire, avait cochonné cette page toute parfumée de promesses si bien réalisées depuis, sans en comprendre une seule note ; je ne sais plus quel fumiste lui avait logé cette idée dans la tête, mais le pauvre homme répétait à ses intimes, la bouche crispée d'une grimace douloureuse : « Dommage, grand dommage, qu'il ait fichu là le motif de çfried avant le premier six-huit ». Paix à tes gaffes, brave Pasdeloup. C'est bien un enchantement, cette Foret : d'abord, l'héroïque et brillante chevauchée , puis un épisode infiniment gracieux et d'un charme suprême, les Elfes enjôlant, si j'ose dire, les cavaliers d'Harald. — Conduite par Pierre de Bréville, la phalange sacrée des élèves de Franck a crié la gloire du jeune maître, et par ses applaudissements la foule a répondu, domptée, subitement amoureuse de cet adorable morceau symphonique à programme, un. sans menus détails descriptifs, où les Mathieu de la Drôme musicaux ont pu, des 1879, pressentir Wallenstein et Sauge fleurie, et même la Cloche, dont la vision n'est pas sans analogie avec la scène des Elfes, délicieuse. Oh! le thème confié à la petite ilùte, avec harpes à l'aigu et violons en sons harmoniques!
Respectueusement, je ferai observer à l'impëc- , cable Lamoureux que si sa harpe part trop tôt, les violons suivront peut être, mais le cor résistera. Après tout, comme les auditeurs n'y verront jamais que du feu, mettons que je n'ai rien dit.
Vous m'amusez, jeunes wagnériens du promenoir, quand le fracas de vos bravos salue la marche funèbre de la Gœtterdœmmerung t insoucieux des trombones qui jouent trop bas, et des clarinettes qui jouent trop haut, oui vous m'amusez beaucoup.
Et le public m'épate quand il s'emballe sur le prélude du troisième acte de Lohengrin, vingt fois entendu, avec une telle frénésie que le capellmeister doit revenir saluer cinq fois, stupéfait.
Joyeux accueil à XEspana de Chabrier, une des farces le6 meilleures de ce wagnérien de table d'hôte.
De très bonnes choses, oui-dà, dans le Colonne! passons sur un indigne savetage de la Symphonie en fa pour ne retenir qu'une suffisante exécution de l'ouverture du Roi a'Ys. Du reste, pour une telle page, suffisant est insuffisant.
Auguez, remplaçant Boudouresque promis, a chanté sans style un air de Caron (rien de Rose) pour lequel Weckerlin (conspuez!) avait (( reconstitué » l'orchestre de Lulli, et beaucoup mieux les Deux Grenadiers, de MM. Guiraud et Schumann, écrit sur d'admirables vers épiques; je parle du texte de Henri Heine.
Petit succès pour les petites pièces de Th. Dubois extraites d'un petit recueil pour piano et petitement orchestrées. C'est Georges Lorin, le poète de Toute Petite, qui, seul, pourrait en donner un petit compte-rendu.
Seul, un fil? de la Mupe, éclôs à Lilliput,
Dans des vers d'un seul pied, Blême moins*, aurait pu,
En y regardant bieu, de tout près, les décrire.
23 janvier. — Deux jeunes gens riches, MM. Moch et Vély ayant avancé trente mille francs à la direction débutante des Folies-Dramatiques, on leur reçut une revue — une politesse en vaut