‹ Soirées perduesChapitre 8 sur 116 · SIEGFRIED · texte numérisé non relu

SIEGFRIED

une autre — tripatouillée par les mains habiles, et glorieuses déjà, de M. Clairville qui porte ce grand nom dignement.

Elles ont réussi à souhait, ces Paris-Folies. Un comédien de haute valeur, Guyon fils, par la prestesse de son jeu futé, le naturel de ses ahurissements, la netteté de sa diction mordante, a ravi les spectateurs qui, désarmés par lui, ont usé d'indulgence et sont partis à minuit, les yeux mouillés de larmes heureuses, la bouche ouverte d'un rire incompréhensible, sans force pour siffler la balourdise obèse de Gobin.

Mlle Pierny, la Fortune des Folies-Dramatiques, se fit quelque peu enlever jadis, si j'en crois les potins de coulisses. Aujourd'hui elle enlève son public. Ça vaut mieux.

Paris-Folies sans faire défiler sous nos yeux toutes les insanités commises en 1890 dans notre capitale — il faudrait huit jours, en se dépêchant

— nous en exhibe néanmoins un nombre considérable ; nous avons applaudi un duel fin de siècle, un quadrille ultra naturaliste, où s'agitent des dames souples qui dansent comme l'anse de vos paniers, ô cuisinières, d'alertes couplets, une pantomime exubérante, des costumes concis, et, pour représenter les millions prêtés à la Grande Bretagne par la Banque, de petites femmes à un louis

— l'une dans l'autre.

On m'écrit de Bruxelles : « Impression fortement rasante causée par les deux premiers actes de Siegfried remplis de dissertation ois(el) euses. Ce terrible bavard de Wotan, avec ses charades proposées à Mime, a beaucoup embêté. Le dragon rafner, en revanche, a fait rire. Mlle Langlois, une invention du dénicheur d'étoiles Oscar Stoumon, s'est fait applaudir, courtoisement, à la fin du troisième acte, mais l'orchestre manque de conviction et les malheureux exécutants qui ont subi

37 répétitions pataugent de plus en plus sous la direction de l'illustrissime Servais, si barbu qu'il ne lui manque qu'une sauce aux câpres, toujours féru de son procédé de simplification consistant à ne battre qu'un temps de chaque mesure, pour employer les autres à tremper dans un mortier imaginaire un pilon virtuel. Costumes ineffablement ridicules. Les chœurs, seuls, ne méritent aucun reproche, dans ce drame lyrique basé sur l'inceste. »

Il n'y a pas de chœurs dans Siegfried; d'ailleurs, ça n'empêche pas mon correspondant brabançon d'avoir beaucoup de mérite.

24 JANVIER. — Il ne saurait être question de discussion littéraire à propos de Thermidor, puisque :

i° La pièce est de M. Victorien Sardou (notable commerçant, exportation, articles de Paris).

2° Des moutons enragés qu'excite un ramassis de braillards conspuent cette adroite ressucée du Chevalier de Maison-Rouge, pour obtenir des lâchetés ministérielles l'étranglement d'un drame anecdotique où nulle tirade anti-terroriste ne se trouvent qu'ils n'aient admirée dans Michelet, écrite d'un autre style.

Egalement éloigné des énergumènes qui prennent leur revanche du 24 mai en huant Je ç Thermidor, et des quincailliers orléanistes qui crachent sur la Révolution pour se faire ouvrir la porte des salons bien pensants, je reproduis en la faisant mienne, l'impartiale et fine appréciation que m'envoie un anonyme, spirituel et sensé comme le sont rarement les correspondants anonymes.

« Mardi à la Comédie-Française, le spectacle était moins sur la scène que dans la Salle. Un certain nombre de personnes s'étaient rendues au théâtre avec l'intention bien arrêtée d'y faire une manifestation en faveur de la République. Ces

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