‹ Soirées perduesChapitre 71 sur 116 · MA FEMME · texte numérisé non relu

MA FEMME

a réalise une harmonie assez rare, tant elle est partait»', du dedans et du dehors. Richepin sent le poète d'une lieue ; sa tête, autant que son œuvre, témoigne de ee qu'il est. Qu'y faire? Il faut se résigner. Je l'ai vu tondu ras, en petites moustaches, comme un sous-officier, glabre comme un acteur ; de toutes ces façons il me sembla déguisé. Pour être parfaitement naturel, il faut qu'il soit la vivante image de ce Tiarko que, dans un de ses romans, il fait apparaître à Miarka, la fille à l'ours.

A propos d' « ours », laissez-moi vous confesque je n'aime pas beaucoup Par le Glaive, ses cinq actes, ses sept tableaux, ses alexandrins ronflants, -.l chanson de V Homme-noir musiquée par Richepin lui-même, les décors représentant Ravenne au XIV0 siècle, et le tyran Conrad qui meurt, et Rinalda, sa femme, qui meurt aussi, et tant de gens qui meurent !...

g FÉVRIER. — La comédie-bouffe de MM. Guillemaud et Bourrelier (dit Duharnois), Ma femme \ lut refusée au Palais- Royal, à l'Opéra-Comique, au Cirque d'Eté, ailleurs encore, jusqu'à ce qu'il plût au directeur de Déjazct de mettre fin à tant de pérégrinations etdel'emboscher. J'aime à croire qu'il ne s'en repentira pas de sitôt.

Le plus joli décor est celui qui représente la maison de campagne du bonhomme Pichambart; maire dr Machinville sèche d'envie d'arriver à la députât ion et n'omet aucune des basses manœuvres idoines à créer aux courageux qui les emploient ce que l'on est convenu d'appeler la popularité. Feux d'artifice, rafraîchissement- variés, invitations à voir sa maison de campagne. .. électorale, rien n'y manque.

Candidat quinquagénaire, mais incandescent et gorgé de Musset, il voudrait bien mêler les frimas

de sa chevelure neigeuse aux boucles « vernales » (comme disent les poètes Cymbalistes) de la chanteuse Emma Printemps, à laquelle un reste de pudeur l'empêche de réciter des vers de Rolla, j'allais écrire <\ Rolly », mais il est contrarié clans entreprises amoureuses par sa femme, personne obèse et acariâtre, et aussi par une gentille Andalouse.

Celle-ci, la senora Ev'a Martcn's, (oh! ce galant décolletage !) finit par se contenter, pour tout potache, d'un lycéen vigoureux, rablet môme, mais d'une incurie crasse... l'incurie d'Augias !

Je m'en voudrais d'oublier, dans cette énumératlon, Mllc Lucette, propriétaire d'un joli cou et de jolies épaules, mais celui-là trop enfoncé dans celles-ci.

L'auteur à? Une Andalouse , devenue Le Crampon, et enfin, Ma femme, est mon camarade de collège. C'est dire que je lui souhaite de marcher de succès en succès, ruisse-t-il égaler un jour son quasi-homonyme, l'illustre auteur de Musottc, Guillemau... passant.

Ml,c Rolly est très bien ; M. Rablet aussi; moi également.

15 FÉVRIER. — Oyez l'ami Stoullig, cependant enclin aux iudulgences :

« Soyons franc : la pièce que nous donnèrent « les Menus-Plaisirs, avec le titre de Graciosa, « opéra-comique en trois actes, de M. Théodore « Massiac, musique de M. Laurent Grillet, était « purement « idiote », disons le mot. C'était, d'ail- « leurs, ce soir-là, le cri général, et notre aimable « confrère Théodore Massiac l'aurait poussé le « premier, si, au lieu d'être à l'avant-scène, d'où « l'on juge si mal, il eût, comme nous, occupé son « fauteuil de critique. Quanta la musique, signée « de M. Laurent Grillet, l'excellent chef d'orenes- « tre du Nouveau-Cirque, que voulez-vous que je « vous en dise ? Elle n'existait pas davantage

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