‹ Soirées perduesChapitre 72 sur 116 · BONNE A TOUT FAIRE · texte numérisé non relu

BONNE A TOUT FAIRE

« M. Grillet n'avait fait toute sa vie qu'arranger vs la musique des autres ; il n'avait pas une idée vx à lui. VN

(Les Annales du Théâtre, tome XVIII, p. 393).

20 FÉVRIER. — Désireux de ne pas se brouiller davantage avec la magistrature, le Gil Blas n'insère plus de petites annonces , mais un de ses confrères du matin n'a pas voulu que ce commode et lucratif procédé restât longtemps en jachère; il l'a repris pour son compte et voici la réclame qu'il publie :

Théât. des Variétés, ?nassage soigné, leçons équit. par jol. bobonnes, curiosités piq. pour Mess, blases, étud. naturalistes, chaq. soir, de g à 12.

Je souhaite, car bien rarement Samuel me refuse les billets de faveur, je souhaite que ces lignes aguicheuses réussissent à remplir la salle des Variétés de spectateurs adonnés aux amours ancillaires, mais la passion du vrai, à laquelle vitam impendi, me force à prévenir ces jobards qu'ils seront volés comme dans (Dubut de) la foret de Bondy.

Certes, le sujet de la Bonne à tout faire est malpropre à souhait; cette cuisinière périgour(gan)dine qui brûle au fourneau de sa passion son patron, un baron de cercle attardé, un potache précoce, un chef de bureau qui passe dans le quartier et le souffleur du théâtre, on pourrait la croire idoine à exciter chez les « Vieux messieurs >> chantés par Ponchon quelques espérances, quelques regrets tout au moins. Hélas! Méténier est de l'affaire. Et dans l'eau grasse de son style, lamentablement attiédie, perdent toute vigueur les achards confectionnés par Dubut, expert en cuisine aphrodisiaque comme en omni re scibili; pickle de la Mirandole !

A noter la bourrée auvergnate que danse cette

Périgourdine, pour distraire un peu l'ennui du public : « A moi l'Auvergne! voici l'ennui!

Chiracochonnerie tempérée par la crainte de la correctionnelle qui est le commencement de la sagesse, la Bonne à tout f... rappelle la place du Carrousel, respectre parles balayeurs municipaux; oh ! cette place, elle est d'un long, d'un plat, d'un sale !

En dépit des auteurs, Cooper n'a pu s'empêcher d'être amusant dans le rôle de Luzard, un soupirant chic, mais infidèle à sa brebis galousc (ce n'est pas Luzard le pâtre), longue barbe à la boutonnière, gardénia au menton — tant pis ! — homme d'ailleurs supérieurement poli, comme dit l'ouvreuse de son patron Lamoureux, je veux dire que le récit du plus horrible attentat ne parviendrait pas à lui faire dresser un cheveu sur la tête.

Gentil, M. Arnould, le potache qui va aux Folies-Bergère, voir le Miroir (on s'en aperçoit à son tain plombé), et, n'étant pas de glace, fait au promenoir de telles conquêtes que le (Maize) roy n'est pas son cousin.

24 FÉVRIER. — Les Erinnyes, de M. Leconte de Lisle, c'est l'histoire d'une famille bien agitée ; la femme tue son mari quand il revient des croisades; elle est tuée par son fils, qu'entraînent ensuite de vieilles dames.

Et tout ça en vers grecs. J'aime encore mieux la famille d'Alphonse Mégalithique — du Gros-Caillou, si vous préférez.

Pour empêcher les dames de trop s'ennuyer à l'Odéon, M. Lamoureux a bien voulu nous jouer un peu de Massenet, pendant les entr'actes ; il a même bissé une aimable rêverie pastorale, dont l'auteur, expert dans l'art d'accomoder les restes, a fait une petite romance intitulée Ne'ère, qui se vend chez Hartmann.

Une jeune personne également nommée Hart-

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