‹ Soirées perduesChapitre 73 sur 116 · LA PAIX DU FOYER · texte numérisé non relu

LA PAIX DU FOYER

mann, entraîner par le brio de l'orchestre, s'est mise tout à coup à bramer un air lamentable, ce qui a réjoui le public, littéralement élektrasé.

La reprise de Fautasio, organisée pour nous montrer Réjane en travesti, a permis de constater que l'aimable artiste a engraissé beaucoup. Un des personnages de la pièce s'appelle Marinoni. Ce nom a fait impression.

25 FÉVRIER. — Les difficultés que l'on éprouve à recoudre un ministère et à découdre Anastay, occupent tant de place que je me vois forcé d'écourter l'analyse de la Paix au foyer, pièce immorale et spirituelle de M. Auguste Germain, qui vient d'obtenir, au Vaudeville, en matinée, un succès énorme, gros comme ça.

Valentine aime fervemment son mari, le docteur Darcel, et le lui prouve mal. S'il s'attarde, il la trahit; s'il reçoit un ami, c'est pour évoquer des souvenirs scabreux de vie de garçon; s'il soigne Paule d'Argillès, il est le Nordenskjold heureux de cette Paule; un mot, un geste sont interprétés : tout, bref, irrite la jalousie de Valentine, et contre cette jalousie, consolidée par un entêtement de bourrique réfrac taire, rien, ni fait, ni raisonnement, ne prévaut, Ausurplus, — charmante. Seule à seul, elle s'accuse, pleure un peu. se fait pardonner, jure que désormais elle aura la foi, enjôle Darcel. Ces alternatives de grains et de bonaces durent depuis trois ans, — et la longanimité de Darcel est à bout, car, à la fin du premier acte, il part définitivement.

C'est chez sa mère que Valentine s'est réfugiée. Xe tyrannisant personne, elle n'aime pas qu'on attente à la liberté de ses fantaisies, cette bonne M Rivière, Son programme est donc bientôt : me débarrasser d'une fille si acariâtre, et, par con-

séquent, la rendre à Darcel. Mais celui-ci la rer prendra-t-il?

Obéissant à la fatalité d'un nom célèbre, (à la consonne initiale près), dans les fastes de la lampisterie, Darcel, dès la liberté, s'est enflammé pour Mmo d' « Argillès idéale, ô merveille ! » Le deuxième acte se passe gaiement dans les salons de Paule, où mistress Simpson et Mmos de Brasigny, Villot, des Clos et de Kergort, touces divorcées, boivent du kiimmel, taillent un bac, fument un peu de Levant, gloussent de galantes anecdotes, et vilipendent l'Eternel Masculin. Arrive M"10 Rivière, qui veut Paule pour alliée; et Paule, en effet, comprend que sa liaison avec Darcel ne gardera de la saveur, et ne durera, qu'à la condition de ne pas ressembler à un mariage.

Au troisième acte, le couple Darcel est reformé. Valentine a pour amant une bonne caricature de magistrat, qui lui faisait la cour au premier acte, et que nous avons vu à la neuvième chambre correctionnelle, dans les récents procès de presse, Darcel et Paule sont toujours du dernier bien.

Au domicile conjugal, la paix règne. L'acrimonieuse Valentine s'est muée en une Valentine du plus agréable caractère.

Les deux époux vivent en un côte à côte indifférent et courtois. Les petits adultères sont .organisés. Un peu de tristesse plane. Darcel et Valentine ne connaîtront jamais plus la joie des orages.

Je ne crois pas qu'il existe un plus fin comédien que M. Henry Mayer.

28 FÉVRIER. — Dans ce môme février où furent exposées l'œuvre d'ensemble de Camille Pissaro et la série les Peupliers de Claude Monet, il est triste de voir, aux murs de Paul Mériel peintresculpteur, de si mornes coloriages. Ce Mériel devrait remarquer comment, au deuxième acte, le visage de la princesse Olsdorv se bleuté et lacté aux réactions d'une robe or. Mais il jacasse tout

DIVORCEE 201

le temps, et du reste, ses peintures valent bien les Vereschagine et les Harlamov que la princesse, actuellement à Paris, avait l'habitude de voir à Pétersbourg.

Une clairvoyante goton , Sarah Lambert, s'éprend, elle aussi, de Paul Mériel. Pour éliminer sa rivale, elle fait insérer dans de complaisants journaux des entrefilets scandaleux où le nom de la princesse avoisine celui du peintre : et le prince, qu'elle a abonné à Y Argus, reçoit chaque jour dans sa propriété de Bogaroutchevo où il soigne son petit garçon, un paquet de « coupures ».

Soudain, il est à Paris, escorté d'une serve, Daria, et d'un domestique à tête de chevau-léger. La princesse avoue. Nous divorcerons, lui dit-il, et désormais votre fils n'a plus de mère : mais la loi russe interdit à l'époux contre qui le divorce a été prononcé de se marier avec son complice. Or, je veux que vous épousiez M. Mériel ; je veux surtout que l'origine de mon fils ne soit pas rendue louche par la divulgation des fautes de la mère : j'a>>umerai donc l'adultère ; tel jour, à telle heure, vous ferez constater le flagrant délit.

Et, en effet, le flagrant délit, — illusoire délit! ■ — est constaté entre Daria et le prince.

En ces circonstances incompréhensibles pour elle Daria témoigne d'une grâce éliacine, d'une candeur à toute épreuve, d'un dévouement délicieusement servile; et le prince Olsdorv comprend qu'il aime Daria. Et cette Daria, il ne pourra pas l'épouser (voir le motif indiqué plus haut)!

Heureusement, la princesse constate que Paul Mériel n'a nul désir de se marier, et qu'il continue à la tromper avec Sarah-Lambert. Elle s'empoifcônne donc. Arrivent sa mère, le prince et Daria. Laissez-moi mourir ! Qu'il soit fait comme vous le désirez, acquiesce le prince. Personne ne bouge, et ma toi. elle m<urt. Daria épousera le prince, et le petit Petia, qui est resté à Bogaroutchevo, aura tout de même une mère.

Les faits, j'en ai atténué la loufoquerie ; et la phraséologie est de ce ton : « non, pas adieu, au revoir! » et « si cela était tu ne serais plus de mon sang! ^> Tous ces personnages étaient si à leur place clans le roman, Divorcée, de M. de Pont- Jest. Pourquoi diable M. Henri Amie les en a-til extraits puisqu'il a, lui, beaucoup de talent et que le René de Pont... (voir plus haut) en est totalement démuni.

il .mars. — Le Don Quichotte dont s'agit, ce n'est pas le journal frondeur qu'illustre avec tant de maîtrise Gilbert Martin, crayon agill, élève deGille, non ; le Don Quichotte dont nous venons d'applaudir, au Nouveau-Cirque, les folles et généreuses chevauchées, est bien le héros, j'allais dire, le patito de Cervantes, l'héroïque loufoque appelé (disent les savants calés en étvmologies espagnoles), Don Quichotte « de la Manche », parce qu'il avait le bras long.

J'ajoute que M. Laurent Grillet, pour réconforter l'amant de Dulcinée dans ses traverses, a bien voulu les égayer d'une musique de scène, je ne vous dis que ça ! Son talent est nerveux, comme... comme le bifteck que l'on m'a servi hier soir (ça m'apprendra à faire gras, les vendredis de carême) ; mais il est plus tendre, et dans le ballet des fiançailles, notamment, j'ai remarqué une langoureuse mélodie qui respire l'amour. On s'attendait avoir descendre du cintre, charmée, la déesse de Chypre, et les mélomanes du Nouveau Cirque, préfèrent cette musique à celle de Gustave Charpentier; pour eux. les Impressions d' Italie pâlissent auprès de ces Impressions d'Idalie.

Or. donc, sachez-le, l'ingénieux hidalgo, insensible aux discours de son barbier — qu'il trouve, logiquement, raseur — se fait armer chevalier « sur le pouce » et parten guerre contre llnjustice, le Crime, l'Influenza, suivi d'un porcher, homme de sang-froid, malgré son nom. Ce n'était

Page 1