CHEMINS DE FER
— du Lctcrricr de derrière les Vanloo — ne double victorieusement le cap, etc., etc. Seulement, s'il ne se trouve pas un prix de Rome sur le pavé pour baisser de deux tons les couplets d'Offenbach, Jeanne Granier s'esquintera vite; faudra la remplacer par quelqu'un ayant à peu près la môme voix qu'elle, — Baron, par exemple.
J'oubliais... A l' Ambigu-Comique (Comique!), 11 mars, le Muezzin, des enfants, avec M. Paulin- Ménier. Aux Folies-Dramatiques (dramatiques!), 15 mars, Joséphine vendue par ses sœurs, avec Mlle Mily-Meyer. Evidemment, c'est gentil, mais enfin il me semble que si l'on confiait, histoire de changer un peu, le rôle de Paulin à Mily, et celui de Meyer à Ménier, ça ferait venir le monde.
29 MARS. — Pourquoi diable Cluny reprend-il ça?
Lors de la première, en 1867, la troupe du Palais-Royal monta tout entière dans ces Chemins de fcr\ l'idiot Tapiou, manchot des deux bras, c'était Hyacinthe au nez proboscidien, à qui succède aujourd'hui le bon Lureau. tout épanoui de gaieté communicative. L'illustre Geoffroy faisait pressentir Veret dans le rôle du majestueux actionnaire; avant Nu mas, Gil Perez glapissait les répliques de Jules. Enfin, Lassouche avait coiffé sa tête simiesque du bonnet de Colombe, la cuisinière altérée (dame, puisqu'on lui dit Bois- Colombe!)
Les hoirs n'ont pas fait regretter au public de Cluny leurs glorieux ancêtres, et je voudrais bien que ces Chemins de fer fussent des trains de plaisirs.
Mais pourquoi diable Cluny reprend -il ça?
30 MARS. — MM. Jules Méry et Victor Melnotte ont introduit dans leur «adaptation» du Premier chant de V Iliade quelques épisodes pris
dans les autres chants et quelques images extraites des tragiques. Ils ont teinté d'un léger moyen ag< les bravacheries des guerriers autour des captives dont la virginité n'est plus que du butin. Leurs vers, au beau timbre, aux amusantes coagulations d'épithètes, aux allitérations parfois trop ostensibles, sont mouvementés et aventureux. Thersite a des mots riches de satire, de rancune et de bouffonnerie. Au quatrième tableau, les auteurs ont accusé à souhait l'allure cancannière du débat olympien, sûrs d'héroïser de nouveau les événements par les strophes de la muse récitante. Mais ils n'avaient pu décider les acteurs du Théâtre d'Art à jouer en veston, alignés devant la rampe. Mercure ne savait où mettre les ailes de son chapeau; Neptune s'était efforcé de se faire le masque de Raphaël Shoomard; Jupiter semblait déclamer dans les Femmes savantes; Briséis semblait étonnamment asparagoïde et premier empire ; Jules Méry, sous le coup de poursuites en cour d'assises, pour un article de Y En dehors, jouait Calchas en Latude. Ariette était très humaine en déesse. Mlle d'Epernay (Hébé) versait du moët. Bref, tout le monde était très bien, et M. Gabriel Fabre (le récent auteur d'un Orgue sur paroles de Cros) avait composé des musiques belliqueuses et drôles.
Les Noces de Sathan. — Passent Faust, Adam, les démons stercoraires, des incubes, des succubes, des demoiselles, Eve dont la poitrine tressautante trouble Jules Lemaître, Méphistophélès, — et Sathan est fort marri de voir comment ils salissent son beau scénario, avec quelle incurable stupidité ils exécutent le mal. Si Christ était "là et que lui aussi passât en revue son troupeau, il ne serait pas moins désolé que Sathan: le Bien de l'un serait aussi piteux que le Mal de l'autre. Et, enfin fraternels après tant de sottes histoires d'héritage. Christ et Sathan se réconcilieront pour
CONJURATION D'AMBOïSE 200,
l'enchantement de Psyché toujours un peu inquiète des aventures de son grand diable. — Le tableau dessiné au programme par M. Henri Colas démarque gauchement un verni mou de Khnopff.
Sans doute, les deux scènes de Vercingétorix de M. Edouard Schuré étaient surannées. Mais il est beaucoup plus difficile de faire parler Vercingétorix que de remettre en vers François Coppée : aussi les ricanements de ce M. Georges Rodendenbach, trop connu dans un Paris qui ignore Emile Verhaeren et Georges Eekhoud, ont-ils paru assez ridicules. Pendant les entr'actes Si. Rodenbach enseignait les belles-lettres à d'antiques spectatrices qui, tout de môme, le trouvaient trop bouffi. — Au programme, une druidesse de M. Odilon Redon.
Echantillon du Premier cliant de l ' Illiade :
Voici. Agamemnon fait lancer sur la mer On vais-seau noir, ou vingt rameurs nerveux s'appliquent. 11 le charge des offrandes et des suppliques, Etlui-mème y conduit Chryséis. Le prudent l le ehef. — Or le vaisseau, fendant
ix disparaît à tire de voili .
les yeux «les étoiles, monde d'asperger la mer stérile, avant iiis «le brûler dans le vent i de la graisse allumée
Tourbillonne sur les ailes de la fuma
2 AVRIL. — On dit M. Porel enchanté de passer la main, et qu'il rit; m'est avis qu'il réjanc; la uve, c'est que pour dégoûter à jamais les honnêtes gens de i Odéon, d joue un tour pendable à ses successeurs, et le plus terrible drame en vers de Bouilhet, poète normand, ami de Flaubert et auteur d'un dictionnaire célèbre.
t embêtant, mais connu : la maladie du petit 1-Yançois II, quechercheà conjurer Ambroise rare, d'où le titre : Conjuration d' Ambroise ; la
femme du roitelet souffreteux, Merril Stuart, débite de pénibles alexandrins qu'Henri de Régnier m'affirme n'avoir jamais lu clans les Gammes. Guitry semble glacial dans le personnage de ce Condé qui aimait les femmes et le jeu, comme le révèle son cri de guerre Cunnusl Aléa! Nous avons tous admiré lerou de la perruque portée par Catherine de une heure moins cinquante-quatre minutes, virago qui n'en fait qu'à son guise.
s< A l'Hippodrome, réouverture des plus brillantes », c'est-à-dire que dans la salle, il y avait environ trois fois plus de spectateurs que de places; toilettes de printemps, panachées de souvenirs hyémaux — Veste d'astrakan et chapeau de paille par exemple — au buffet, deux douzaines de jeunes idiots, pour la plupart sémites, menaient un tapage effroyable, payaient fastucusement à des méharis hors d'âge des bocks à 50 centimes, et vociféraient pour épater le bourgeois, des inepties qu'un spécialiste n'aurait pas osé fourrer dans une revue de lin d'année.
Le triple tandem de chevaux sauteurs, par Mllc Gontard a été justement applaudi, mais il faut renvoyer au plus vite sur les places publiques, le duo de MM. Wilson et Cadas (noms prédestinés aux chutes), qui a raté pendant un quart d'heure des exercices sur les trois barres, réussis par les moindres gymnastes provinciaux couramment. Sur une piste tournante de son invention, il signor Corradini a présenté un sauteur qui m'a fait songer au chansonnier Alcanter de Brahm, tant il est « bien mis ».
Impressionnants à voir fendre l'espace, puis se précipiter dans le filet, tandis qne les petites dames piaillent, émues, les frères Eugène, trapézistes Zemganoïdes ; quant aux «. Avolo » — quel nom désenchanté î leurs gambades simiesques