‹ Soirées perduesChapitre 77 sur 116 · LE BON DOCTEUR · texte numérisé non relu

LE BON DOCTEUR

leur assurent la présidence de plusieurs chambres singicales.

La 3e séance musicale de la Rose ;;-; Croix, salle Durand ^ Ruel, a été marquée par un joyeux incident. Furieux d'avoir été mis à la porte par son archonte à grands coups de pied dans le sâr, Joséphin Pélachicot envoya le sous-mage Goury de Lacroze, additionné d'une fausse barbe, interrompre la réduction pour deux pianos du Rhangola (d'ailleurs crevante) par des vociférations comminatoires : « La Rochefoucauld est un menteur et un félon! » Il braillerait encore si l'astucieux Paul Fort ne lui avait bouché l'orifice buccal d'un poing solide et pentaculaire. Cette leçon vaut bien un sous-mage, sans doute.

Pas de veine, le banquier kaldéen que l'ineffable Bazalgette appelle « le Nabi moderniste ». Vieux nabi, vieux galons!

12 AVRIL. — Le Bon Docteur du Gymnase nous a tous anesthésiés : grâce à son intrigue au chloroforme, nous avons pu subir sans trop de souffrance les mots de M. Paul Ferrier et les sourires d'ogresse de la mère Desclauzas qui ne se décide pas à embellir : la tête d'Abraham Dreyfus, le corps de Capelle, les jambes deBois-Glavy. D'ailleurs, vêtue somptueusement.

Elle joue le rôle d'une dondon incandescente, Mmo Loriol, qui décrasse un purgon sans le sou, lui indique le propre tailleur de Georges Feydeau, et l'initie à de tortueuses combinaisons mafoiravéliques. Par exemple :

Viens ici, ma petite amie ; je suppose que, nYayant donné un successeur, ce nouvel amant rhumatise et se soigne aux eaux d'Allevard (Isère) ; si tu éprouves quelque plaisir à le voar (toujours Isère), tu en fais part au bon Docteur qui, vivement, te diagnostique une affection de l'utérus, pour te permettre d'aller rejoindre ce ponte aimé, mais perclus. AU rightl

Ainsi manœuvre le bon docteur; mais, terrible châtiment, il finit par épouser Desclauzas. Ça prouve bien qu'il y a un Dieu.

Certes, elle est insondablement crétinisante, la pièce de Paul Ferrier et de X. (je ne veux pas nommer Depré qui, lui, a de l'esprit, souvent.) Pourtant, je dois reconnaître que, plusieurs fois, au cours du troisième acte, le public a ri. C'était aux passages pathétiques.

N'oublions pas les décors; celui du un est charmant; sur la droite, un élégant pavillon (15 cenr times avec toilette), à l'entrée d'une allée de platanes centenaires — M,no Desclauzas sera bientôt comme eux; — à gauche, un pommier qui semble greffé sur le tronc d'un platane. L'horticulture progresse tous les jours.

Le nom de M. Cocheris (Gaston de Lantenac) est suivi sur l'affiche de l'indication Début; en effet, ce jeune marié commence seulement à venir manger, dans ce domaine, le miel de sa lune, en compagnie de l'exquise Frédérique-Darlaud qui, elle, ne débute pas, mais a déjà vu le feu, ou le loup comme vous voudrez.

Louons le très catholique directeur, M.Koning, de nous servir, en ce temps de carême une intrigue un peu maigre, louons la non moins pieuse Demarsy d'arborer pour les mêmes motifs religieux une toilette saumon.

13 AVRIL. — Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi... non, ce n'est pas ce que vous croyez, ô lecteurs d'Armand Silvestre... Mais on affirme qu'hier M. Meilhac a offert à la direction des Variétés 30,000 francs pour qu'elle ne jouât pas Brevet supérieur , qu'il trouve indigne de son talent. Comme on le voit, le grassouillet académicien devient, avec l'âge, très sévère pour ses Ï>roductions. Au temps de sa verte jeunesse, il a aissé représenter plusieurs douzaines d'ouvrages dramatiques (quelques-uns ont eu beaucoup de

Page 1